Alexandre Dumas fds : Lettre à M. Cuvillier-Fleury
Ainsi, naturellement, chez les écrivains issus d’Israël, Heine, Disraeli, Heyse, Lindau, Fanny Lewald, Auerbach, Kompert; mais pareille métamorphose s’est faite chez plus d’un auteur chrétien, jusque sur le théâtre, là où il était le plus difficile de la faire accepter. Lessing n’est pas le seul qui ait osé nous montrer un juif érigé en modèle de vertu. A son Nathan der Weise , raisonneur verbeux, nimbé d’une froide auréole de sagesse, je préfère le Daniel de la Femme de Claude , un juif idéaliste, plus vrai que ne l’a cru la badauderie parisienne; je l’ai moi-même rencontré, mais plus loin, là-bas, vers l’Est. Le Daniel de M. Alexandre Dumas a fait souche; de lui semble être sorti Mordecaï, le néo-prophète de Daniel Deronda i. Selon l’observation de Valbert2, Eliot a dépeint, avec une visible sympathie, trois ou quatre types de juifs. 11 est vrai qu’Eliot écrivait sous l’in— fluence de Lewes, et que Lewes passe pour israélite. Cela a été contesté ; mais si Lewes était juif, comment un juif a-t-il su inspirer un sentiment aussi profond à une femme aussi noble que miss Evans ? Vers la même époque, un des poètes attitrés de l’idéalisme anglais. Robert Browning, dans son Rabhi Ben Ezra , mettait sur les lèvres d’un rabbin sa haute conception de la vieillesse pareille à une aurore. Si peu romanesque que
1. La remarque est, je crois, de M. E. Montégut, Ecrivains modernes de l’Angleterre , lre série, G. Eliot.