‹ IstarChapitre 19 sur 51 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

LES OELOHITES

Frère et sœur.

LES OELOHITES

LA T.ÉGENDE DE l'iNCESTE

Dans rCEther où va Vl Ronde des astres géants iJ était un petit monde, — insoumis au Soleil, — un petit monde errant,

Les Anciens des jours et ies Vigilants savent le péché des planètes.

Le Soleil, c'est le cœur de Satan qui brûle sans ranimer son épouse Sina,froidie par châtiment; mais le plus petit monde fit le plus grand péché : l'inceste.

Voici.

C'est le Déluge! La colère de Dieu engloutit TAtiantide; les eaux ont tout couvert, seul un bamoth demeure insubmergible.

Bené Satan s y dresse, ses fils autour de lui, et ses filles.

Déjà le flot vert vient mouiller la frange des tuniques, écumant son argent sur les armilles d*or des femmes. La foudre éclate et tourne autour de ces hautains dont l'orgueil n'a pas demandé grâce, comme un bourreau craintif, qui s'entraîne et qui n'ose frapper de sublimes coupables.

Cependant un cyclone effrayant va noyer le bamoth.

— Maria! — dit Satan.

Maria! » Et la trombe creva dans le lointain.

« Maria! » Et le flot s'écarta du rocher.

« Maria! » Le tonnerre cessa ses aboiements.

« Maria! » L'Océan immobile sous le ciel éclairci.

Après ce quartenaire conjuratif, il dit : « — Seigneur, je me repens du péché de mon père; il fut méchant d'oser dédire votre Verbe et tenter par luimême, ce que seul vous pouvez; je m'humilie, Seigneur, pour sauver ma famille. »

Et le fils de Satan ploya ses beaux genoux : « G conçue sans péché, qui concevras de Dieu, mon front, jamais baissé, te salue! Future mère du Sauveur, sauve Bené Satan et ses fils, qui sept mille ans avant ta naissance, s'inclinent. Avé, Marie! »

Lors, Michaël parut, éblouissant de gloire :

« Ton hommage à la Vierge te sauve, grand

coupable, et le Très-Haut veut bien commuer votre

dam en exil sur un monde errant. »

Et les Bené Satan, portés par des nuées, frappèrent

d'un pied fier et d'un cœur ranimé, la crête sauvage

du petit monde errant.

Le fils du grand déchu orbita la planète et fit Tordre aussitôt.

Puis il se reposait; un enfant Téveilla : — - Père, avec nous sauvés, des terrestres sont là,

— Qu'ils soient précipités !

Comme il se rendormait, une tille survint :

Père, je suis émue, les terrestres supphent, ils seront serviteurs, esclaves, et Dieu en les mêlant à nous, avait sa volonté ; pour cela l'irriter, serait-ce sage, ô père !

— Qu'ils soient donc supportés. -— Et Satan s'endormit après cette clémence; il rêva, atroce vision, que ses filles accouplées avec les Kalibans enfantaient des bâtards et que ses gars lubriques, dans les girons terrestres, cherchaient la volupté; et sa race d'archange se croisait de brutaux.

Il poussa un tel cri de colère et de rage que les échos du ciel en furent épouvantés. Ses enfants réveillés, accoururent.

— Dormez; un songe me hantait, un songe détestable; il s est évanoui. Enfants, je vais veiller; le sommeil est mauvais à ma paupière d aigle : mais vous, dormez en paix !

Le soir tombe. Satan, rêveur, marche majestueux à travers les champs et les grèves. Soudain, il aperçoit sa fille aimée Izél que lutine un lourdaud.

Il arrache un jeune arbre et d'un seul coup férit l'audacieux.

La Bené Satan pleure : « — Il me parlait d amour, c'était une douceur, en le tuant vous avez frappé sur votre fille. »

Satan se tut et suivit son chemin.

A labri d'un rocher, son fils Rouna prend des baisers, sur le sein d'une Kahbane.

Au courroux de son père, Tamant rébelUonné s'écrie :

« Sais-tu pas le passé et que, tombé du ciel, tu es fils, comme moi, d'une simple mortelle, avide de baisers, de spasmes et de vertiges? Lorsque tu m'as

Ista

conçu, était-ce dans la nue ou bien sur le lit parfumé d'Ereck. Pourquoi reproches-tu aux autres tonpéché?»

Bené Satan se tut et suivit son chemin. Cette nuit, il veilla à regarder dormir sa race. Les adolescents se tordaient sur leur lit de fougères, étreignant des fantômes, et les vierges baisaient leur propre chair. Un arôme d'amour montait qui fit pleurer le père.

Sur le bamoth, il attendit Taurore; au premier rayon, incanta :

— Michaël !

Et l'archange parut.

— O toi qui fus mon frère et dont l'inteUigence ne s'est pas obscurcie, conseille.

« Mes filles admirables sont béantes d'amour et mes fils semblables au taureau furieux.

« Ils n'osent marier leur flamme dans l'inceste, et l'amour va mêler le sang de Kaliban à mon sang. Sacrilège!

— C'est le dessein de Dieu ! Bené Satan ! Ton père voulut être Messie; son cœur de démon ne fut qu'un cœur de prince; il avait la beauté, le génie : la charité manquait et tout fut confondu. Dieu lui laissa sa gloire en punissant son crime ; l'âme du faux Jésus,

*aliment du soleil, resplendit sur le monde, en réalisation de son Verbe et des Normes.

« Pour toi, Bené Satan, et pour ta race, je connais un recours : Que tes fils et tes filles vivent leur vie humaine, sans amour, sans baiser, que votre race hybride ne se perpétue pas et vous serez reçus dans l'atmosphère seconde, toujours punis, mais moins humiliés.

— Tu railles, Michaël, la vie daïmonique est Famour.

— Eh bien! abaisse ta fierté, laisse les Kalibans approcher de tes filles et les femmes terrestres concevoir de tes fils. Sache que le Dieu bon, dont le rôle envié écrasa les épaules du grand déchu, veut qu à force d amour on élève la brute et que l'entendement penché sur l'idiot, le génie'féconde l'ignare. Solidaire à jamais, fais les œuvres du Christ, rejeton de celui qui pensa devancer la divine miséricorde. Allons! Bené Satan, que ton orgueil écoute ce conseil salu' taire que me dictent les liens d'une commune essence,

— Ange, — dit le rebelle, — stériliser ma race ou la prostituer aux mortels, et mêler l'étoile, un jour tombée du firmament vermeil, à la poussière vile et sale, je me lève, indigné contre ces deux supplices et tu diras à Dieu que Satan ne veut pas.

— Prends garde, esprit encoléré, il n'est pas d'autre mot qui te sauve à nouveau, le nom^ de la Madone seul a pu, une fois, écarter ton destin.

Les Arcanes te sont-ils pas présents? La science

Page 1