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J.ES AFFRES DU SOUVENIR

« Si la vertu consiste dans la résistance, les femmes en ont plus que nous », et ce dire de Fauteur du Don Juanisme écrit la grande ligne morale de la femme.

Depuis le pensionnat où l'on réprimande la spontanéité jusqu'au salon où même le jeu du paradoxe de conversation lui est interdit, la moderne obéit au commandement de négativité.

Attendre, refuser, reculer et se taire, Voilà toute la verbification demandée : ainsi la société qui est plus égoïste qu'aucun, puisqu'elle est faite de l'égoïsme général, écrase comme avec une raison d'Etat, l'individualisme des âmes.

Spectacle instructif pour servir à la preuve de la bêtise universelle; la marche scientifique n'a pas fait osciller les mœurs.

L'opinion, en notre époque où le système nerveux

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commence à être un peu connu ne voit nulle sottise à condamner deux êtres au même lit pour leur vie durant, alors qu'ils n'ont eu d'autre contact physique que celui des mains à travers le gant.

« Mon gendre est un honnête homme » se dit la mère sereine au moment où elle l'entend entrer chez sa fille, femme demain.

Il s'agit bien vraiment de qualités morales dans l'arnplexion; ce n'est pas avec sa droiture ou son honorabilité qu'on se touche; mais avec la peau : et là où il y a répulsion, il y a souffrance,

La femme est-elle d'une nature supérieure? alors, il y a martyre.

Or ce martyre, Istar l'avait vécu : tout ce qui n'est pas consenti tourne au viol, et Capimont, malgré son amour immense, produisit une affreuse nausée. Figurez-vous une rose condamnée aux baves de la plus adorante des limaces ; au lieu de pallier, l'enthousiasme en cette matière aggravé tout. Très peu d'hommes ont la volupté décorative, et le mal ne s'amoindrit que lorsque l'amplexion ne se précède et ne se suit pas de caresses.

Qui a confessé les femmes sait bien que la possession totale mais débarrassée de préliminaires et de contextes est de beaucoup ce qui les effraye le moins (1). Le supplice d'Istar se compliqua atroce-

(i). V. La Décadence Latine L Le Vice Suprême. P. 42 et 43.

(Note de l'éditeur.)

Tsiar

ment par la naïve bonne foi de Capimont, espérant toujours animer la statue, et l'accablant de ces caresses emparadigantes faites par l'Aimé, d'un dégoût infernal subies de l'inattractif.

Elle dut lui interdire ses lèvres sous un prétexte nerveux, puis ses seins : elle subissait depuis près de vingt ans des contacts répulsifs, et soudain un baiser sur sa main la menait presque au spasme. Il se fit en elle un cataclysme : il existait donc une volupté et Têtre qui contenait cette ivresse, elle eut le courage de récarter de sa chair qui avait tant pâti.

Seulement ce soir là elle ne pria pas ; son orgueil lui souffla qu'elle ornait la terre par un tel renoncement : elle vécut quelques heures, cette ivresse des victoires sur soi, la plus hautaine parce qu elle vous affronte en face de Dieu même.

Avant de s'endormir elle bouleversa des rayons, cherchant un ancien fascicule de Revue où pour la première fois le nom de Nergal jaillit à ses yeux. Quand son mari entra avec un visible <iessein de jouir d'elle:

— Je suis lasse, ami, dit-elle, laissez-moi finir cette brève lecture et reposer.

En se penchant pour le baiser du bonsoir, Capimont lut ce titre : Marche sentimentale.

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