‹ IstarChapitre 29 sur 51 · UN IMPOSSIBLE POSSIBLE · texte numérisé non relu

UN IMPOSSIBLE POSSIBLE

Le tragique de cet amour était sa brièveté nécessaire : jamais ni Tun ni 1 autre, elle en sa conception fataliste du devoir même atroce, même mesquin; lui en son expérience de la vie, ne pensèrent comme d'autres eussent pensé à rééditer la musée du département :*ces nobles êtres ne déviaient pas de leur devoir d'orgueil, Istar ne songea pas à déserter son destin lyonnais, pour venir écraser d'une vie de ménage, le destin du romancier, et lui n'avait rien de ce qui permet de refaire une vie nouvelle à la Bien- Aimée, arrachée de son milieu.

Il ne trempait pas dans l'occulte, par toutes ses tendances, comme un Mérodack, mais assez conscient de l'hermétisme pour en rêver l'application à son amour, il concevait un soir, qu'il allait à pied aux Gloriettes, le plus beau des impossibles possibles. Cataleptiser Istar, la faire diagnostiquer morte

obtenir rinhumation, substituer un mannequin de poids calculé, dans le cercueil et aidé de ses frères, les Roses Croix, emporter la morte vivante au pa3^s de sa race (1).

Là, ne la rendré à la vie qu'après avoir effacé dans son esprit tout souvenir du passé : faire oublier à la femme son mari, à la mère son enfant, à l'habitante des bords du Rhône jusqu'au ciel de FOccident.

Et lors, être aimé par une femme neuve, qui n'a plus ni remords, ni regrets, et recommence sa vie par vous. Un seul impédiment, l'éternel : l'or. Car la Norme qui ne veut pas que les grandes parties de l'individualisme soient jamais gagnées, ne laisse pasle moyen à l'audacieux, ni l'audace au moyennant.

Le propre de l'écrivain c'est d'agir en œuvre ce qu'il ne peut vivre et Nergal s'arrêtait un moment à la grille des Gloriettes, pour suivre une fiction qui l'enthousiasmait, où une femme ainsi trempée dans le Lethé magnétique recevait une vie nouvelle jusqu'au moment où un rival la Léthéisait une seconde fois. Objet de la lutte de deux magiciens, l'héroïne devenait folle par l'incohérent retour du triple souvenir.

(i). La Morte vivante drame lyrique inédit par Joséphin Péladan.

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