‹ IstarChapitre 38 sur 51 · I.ETTRE ANONYME · texte numérisé non relu

I.ETTRE ANONYME

Paris est orné de quelques journaux très lus où, en manière d'entrefilet mondain, les femmes comme il faut sont exposées à être compromises ; mais outre le vague relatif de ces alinéas, il y a toujours une poitrine derrière le propos, et cela diminue leur atrocité. La province a une spécialité où elle défie toute émulation : la lettre anonyme.

On l'écrit par passe-temps, comme on tournerait des ronds de serviette, sans aucun intérêt passionnel ou pécunier. Le provincial, qui n'a pas d'histoires à raconter ou à écouter, dans les longues soirées d'hiver, prend des cartes postales, et il écrit en capitales romaines à celui-ci qu'il est cocu; à celui-là, que sa fille a preneur à un louis ; mais c'est surtout aux femmes que ces goujats s'adressent.

Pour des Nîmois ou des Lyonnais qui simplifient l'amour par le lupanar, une femme qui a seulement une amitié tendre, seulement une préférence de relation, est une perdue. En revancl e, la jolie femme

qu'on ne peut même inculper au platonique, passe pour être la maîtresse de ses cousines.

Ce que le facteur apporta d'abominations aux Gloriettes, on n'y saurait croire, et Istar, les premiers jours, aux aguets, pour saisir une seconde plus tôt les lettres de Nergal, recev-ait littéralement, en plein visage, cette boue provinciale, elle en vint à ne plus lire d'autre écriture que celle de l'Aimé ; elle qui n'avait ni famille, ni amis, put, sans hésitation, rejeter tout ce qui lui venait du dehors ; Capimont, lui, ne put parer les quotidiens soufflets qui lui jaillissaient dxi dépouillemen''- du courrier. Même il ordonna, à son bureau, que le plus insignifiant billet lui fut remis, craignant, non sans motif, de voir une page ordurière à son endroit tomber sous les yeux du premier commis.

Qui peindra la rage perpétuelle [d'un homme ainsi insulté, sans qu'il puisse rechercher d'oii vient l'outrage, l'outrage quotidien et multiple?

Un jour même, il saisit à temps une lettre à sa fille où il était dit :

« Mon enfant, par charité chrétienne, je veux vous mettre en garde contre Vexemple de votre mère qui, hélas! est tombée au-dessous du mépr:s,

« Priez, mon enfant, pour que votre malheureuse mère ne finisse pas en prostituée, et prenez garde i qu'elle ne vous pousse au vice, pour n avoir pas à rougir votre, vertu. »

Vï

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