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LIVRE IV

AUTOUR D'UNE TOMBE

Un seul lit m'attire, — la tombe me promet la divine immobilité et je me veux désormais sans mouvement puisque l'étreinte d'Amour me fuit, l'étreinte d'Amour, le seul, l'unique mouvement qui ne soit pas vain.

L'Ame en peine.

Septième roman de la Décadence Latinb,

AUTOUR D^UNE TOMBE

TESTAMENT d'iSTAR

« Sentant la mort venir, je me suis recueillie en mon âme, et voici mes derniers désirs : je supplie mon frère et mon mari de les réaliser.

« Presciente d'une fin subite, je témoigne que j'ai été baptisée et appartiens à la religion catholique, apostolique et romaine. Trépassée, je ne veux être vue, ni approchée que par trois personnes, mon frère, mon mari et ma fille.

« Ma toilette mortuaire sera une robe de lin et un manteau de pourpre que j'ai préparés et enfermés dans mon prie-Dieu.

« On m'attachera au front, par un bandeau rouge, le pentagramme qui est sous mon crucifix.

« Je n'ai rien à moi en ce monde : ma mémoire je la lègue à mon frère et à mon mari.

« Dès que je serai morte, on appellera mon frère et

on le laissera seul toute une nuit avec mon cadavre.

« Si mon mari meurt de ma mort, je veux qu'il soit enterré à côté de moi afin que la tombe au moins lui soit douce.

« Je devais confier le soin de mon âme au T. R. P. Alta. Je confie, à Dieu seul, mes derniers jours de présence terrestre.

« Je mourrai avec joie et sans un remords. J'ai accompli religieusement la destinée; obéissant à mon père putatif le Rabi-Ben-Isdubar en épousant Capimont pour lequel j'ai été une femme soumise, jusqu'au jour où mon frère a lu sur le collier et m'a montré un nouveau devoir »

« Quant à ma fille, je défends quejamais on m'innocente à ses yeux; je ne la bénis pas, je ne la maudis pas, elle n'est pas l'enfant de mes entrailles; j'ai été mère comme j'ai été femme, au-dessous de moi; et mon cœur ne peut descendre que si une tendresse l'appelle.

« Sur cette terre je n'ai rencontré que deux dévouements, hélas! inintelligents : le curé de Cannes et mon mari; je n'ai jamais senti d'attraction que pour le Rabi-Tsdubar, mon père, et mon frère Nergal

« A lui je demande ce qui peut adoucir ma fin, et il me l'accordera, de jurer sur ma tombe une haine sans m.erci à la province; je suis chrétienne, mais reine, et je veux être vengée. Ce qui a été poursuivi et piétiné en moi, c'est la noblesse du cœur et ptérisme des tendances; les ennemis et les bourreaux d'Istar sont

Ista

donc les ennemis de Dieu et les bourreaux de ses élus. Si, un jour, Nergal allait en notre pays, qu'il emporte mes cendres et qu'il les enterre sur le mont Ereck; je ne veux pas que mes restes demeurent parmi des mécréants.

« Si un conseil est permis à une sœur, que Nergal réserve toute sa sollicitude, tout ce qu'il ne donnera pas de lui-même à son œuvre, à ses sœurs, à nos sœurs œlohites, qu'il n'écoute pas le commandement banal d'aimer son prochain, si ce n'est en reconnaissant son prochain au cœur et à l'esprit.

« Cette double pensée que j'arme ton génie contre la province et je ferme ton cœur à tout ce qui n'est pas notre race, suffit à me payer de mes maux, Nergal !

« Malgré la vie, je meurs catholique, aimée du plus grand esprit que je connaisse, aimée d'un Schlomo, et j'aurai donné ma vie au devoir et ma mort à l'Amour,

« J'irai à Dieu sans crainte, avec la certitude d'avoir fait, suivant mes forces, les efforts d'une reine contre soi-même et pour les siens. , , . .

l'amante

Aux lueurs de Taube, Capiixiont, de ses veux aveuglés de larmes, lisait cette dernière parole de la morte.

En bousculant tout, pour coucher Istar, une grande enveloppe ouverte avait jailli du secrétaire, et il ne la déplia qu'après huit heures de hurlante angoisse au pied du lit où Istar souriait de ne plus vivre, enfin.

Chez la Malabierne, au cri du hussard, une terreyr panique avait fait courir au vestiaire, comme si le feu menaçait la maison. La respectable bourgeoisie s'effara devant le drame pressenti, et soudain une anxiété de cour d'assises s'empara des assistants, chacun se croyait coupable. Capimont s'était précipité de la table où il faisait mélancoliquement le quatrième d'un whist; déjà un médecin parmi les invités s'était penché sur la Juive, magnifique ainsi étendue.

— Eh bien! docteur! vous ne dites, ne faites rien, cria Capimont.

— Apoplexie foudroyante — fit durement le praticien, puis il ajouta une frayeur, quelque hallucination...

Mais le mari n'écoutait plus ; élevant Istar sur ses bras puissants, il se précipila, renversant les invités, s'empara de la voiture de M""^ Chosalet et criant au cocher : « dix louis pour aller vite. »

Epouvanté de tenir ce corps froid et inanimé, il lui parla tout le trajet, n'osant pas prendre un baiser, et répétant « tu n'es qu'évanouie, n'est-ce pas Istar? »

Quand il l'eût couchée et que tout le monde, courant et s'affolant, plusieurs médecins furent grenus confirmer le premier diagnostic, il s'enferma, criant comme un supplicié, tordu au pied du lit et à Berthe qui pleurait pour entrer : « Va-t-en, tu n'aimais pas ta mère! tu aidas à la tuer. » Sublime dans son désespoir, « Ressuscite, Istar, et j e te donnerai àNergal.

Il se roula par terre toute la nuit.

« Tu permets que je sois à côté de toi, dans la mort, ô merci. Reine, merci, je vais t' obéir » et il fit dépêcher à Nergal.

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