I.BS BlIXKVA. — V*WTIT«I.1.I. — VàlADIim. — Ml
l.lZlk, — CaSOTA. PoMPtoBATOW». — M«wo«.
VkbKVT. RoSAHaCa»»!»»*. — CA1IA1.BTTO.
BbAUMORT. A»F1A»I. — Bossi.
La tâcheserabientôtterminée, quand nous aurons jeté un coup d'oeil rapide sur l'état des beaux-arts. Dans l'architecture, la renommée des Bibiéna s'était répandue au-delà de Fltalie.
Ferdinand Galli,né à Bibiéna, en Toscane, introduisit dans les théâtres ces éclatantes décorations que l'on a encore perfectionnées après lui. Son frère, François , fut architecte de Philippe V. tfn autre François, Cls de Ferdinand, construisit le théâtre de Bologne* — JU)uis Vanvitelli, nédpGaspard van Witel , d'Utrecht , fut déclaré , à 26 ans , architecte de la fabrique de Saint-Pierre : on lui doit le lazaret d'Ancône et son bastion. Il a élevé l'imposant et admirable château deCaserte. On remarque dans les environs, des aqueducs à trois wngs d'arcades, d'une hauteur effrayante , et dignes de l'audace des anciens Romains. Ce palais de Caserte est l'un des séjours les plus enchantés de l'Italie. Tous les genres de magnificence y sont rassemblés. Vanvitelli paraît un de ces eéniesqui, autrefois à Rome, eût élevé des monuments tels
?[ue le Colysée. — Valadier, originaire rançais, s'est fait un nom très-honorable à Rome. — L'Art rfr voir dans tes beaux "arts y le Dictionnaire de François Milizia, sont des ouvrages classiques en Italie. Il fut un des premiers a admirer Caaova.
L*art de la mosaïque , que l'Italie ik conservé seule, reproduisait les plus beaux monuments de la peinture, et il inventait des émaux éblouissants qui multipliaient les illusions et les effets de lumière. Nous nommerons à ce sujet les Aquatti , les Morelli, Raffaelli et les auteurs du beau bouclier d'Achille , long-temps interrompu, mais enfin terminé pour être envoyé en présent à Charles X, par Léon XII , et qui se trouve dans lesL appartements de Saint-Cloud.
Parmi les sculpteurs , le sooverani qui s'avance le premier , la couronne sur la tête, est le grand Antoine Canova (voyez pt. 86 et 87).
Au nombre des peintres figure Pompéo Batoni, Lucquois. Raphaël Mengs et le grand Vernet son allés à Rome; mais il faut à peu près restituer le premi''r à l'Allemagne, si encore l'Espagne ne veut pas élever un confiit; et bien certainement il faut rendre le second à la France et sans rançon.— Les Vénitiens se glorifient de Rosalba Carriéra j Vénitienne , morte en 1767, qui travaillait en pastel , et qui obtenait quelquefois les mêmes résultats de vigueur de coloris que peut offrir la peinture à l'huile. Rosalba voyagea en France , et elle y a peint des portraits
{*) Sur la planche 86 n» 4 on voit le portrait de Cauova. On peut dire de lui :
Mira colni
Che Tiea ' d'inntnn...... rome Sire.
M Voit celui qui «'iTaiice comme souTerain. » Deote , i*^* Oimtica , diaot IV.
Nous aurons beaucoup d'autres occasions de parler de lui à propos de ses entretiens avec Napoléon. Sur la planche 87 on voit l'Herciile jetant Lycas à la mer, par Canova: à droite, son Hébé si gracieuse, si svelle , si divine; à gauche, une dettes danseuses si élégantes. Si nous avions voulu représenter tout ce que Canova a fait de noble , de terrible , de charmant et d'ingénieux , nous aiuions dû retracer ses tombeaux , son Thésée , ses uym- {)hes , ses has-reliels , et surtout sa Madeeiiie qn*on peut appeler la statue du cluriitlanisme^}à composition qui rappelle tout ce que notre religion a de consolant , de tendre , et de propre à conseiller U verttt. oQ le repentir.
applaudissements dus à Benoît Marcello. Voici comment il connut sa vocation. Son père, de Tantique famille vénitienne des Marcello (*) , et sa mère , qui appartenait aux Capdlo, devaient nourrir, iians fortune, un pand nombre d'enfants. Marcello , hls aîné , loin de Venise avec sa famille, jouait de la flûte pour de l'argent devant une dame, qui demanda ensuite, en montrant Benoît, resté là taciturne, ce que savait Tautre frère. « Lui, répondit le père , il est bon à porter en voyage l'étui de Tinstrument. » Benoît rougit, s'indigna,étudia sur une sorte de guitare, et cultiva la poésie. C'est à cette circonstance que nous devons le premier dieu de la musique en Italie. A 20 ans, il composa secrètement une messe.
Comme fit depuis Alfiéri , il alla à Florence apprendre la belle langue toscane. Avant 21 ans, il avait publié un cours d'instruction de son art. Il mit ensuite en musique les cinquante premiers psaumes. — François Durante, Napolitain, surpassa Porpora et Léo, qui l'avaient précédé. Ses leçons pertectionnèrent les dispositions de Jomelli et de Pergolèse, auteur du Sta^ bat ) dont la pensée lui vint pendant une maladie. ~ Un des plus grands maîtres du XVIII' siècle fut ïartini. Né d'un Florentin établi en Istrie, il fit la nouvelle et singulière découverte du troisième son qu'on entend en touchant deux cordes a l'unisson. Appelé à Paris et à Londres, il ne voulut pas sortir de Padoue — Les Vercellois eurent plus tard leur Vallotti , qui devait être organiste de la chapelle Saint- Antoine de la même ville de Padoue.
— François Geminianl , Lucquois , fnt élève de Scarlatti et de Corelli.
Nicolas Piccinni , né à Bari , auteur de DUhriy élève du Durante, à son tour forma Pascal Anfossi.
Farinelli, excellent chanteur du temps, devint premier ministre en Espacne. Jean Paisielio naquit à Tarente en 1747. Peut-on oublier sa Nina? non, pas même après avoir entendu le MatriynoîUo segreto de Cimarosa. A la fin
(*) Il y eut wn doge de ce nom en 1^73. 24' livraison. (Italil.)
du XVIII* siècle devait naître à Pésaro Joachim Rossini, l'illustration nouvelle dont la renonmiée a parcouru toutes les parties du monde. Sa lyre est muette aujourd'hui ! Pour qui garde-t-elle donc ses derniers accents?
CaAaTiuia italishs. — Riri.>«io«s «va i>a uitO'
BIX. — LVTIIBM B> C&BMOVX.
Il faut nommer en même temps parmi les chanteurs, les David , les Sénesino, les Mandini , auxquels ont succédé les Rubini, les Tamburrini , les La Blache.
Au premier rang des plus admirables talents, on doit placer madame Catalani.
Nous avons ici une grande justice à rendre aux Italiens; il faut constater une de leurs plus nobles gloires, leur gloire musicale. Les poètes commencèrent les premiers à reconnaître qu'on pouvait intéresser le cœur de préférence aux yeux, et les musiciens s'aperçurent ensuite nue toute la puissance ne leur art, fonaée sur les accords et les lois de l'harmonie, consiste principalement dans la mélodie.
C'est là, en effet, la seule chose, dit avec raison le célèbre Artéaga , jésuite espagnol, qui fasse de la musique un art imitateur de la nature , à cause de la propriété qu'il a d'exprimer par la succession des tons et des notes les divers accents des passions. La mélodie , disent encore d'autres auteurs , par ses mouvements tantôt rapides, tantôt lents, et tantôt régulièrement interrom-
f>us , a le pouvoir de nous arracher des armes, a'exciter en nous la joie, la mélancolie, la crainte^ l'espérance, le courage, et même de nous donner des conseils (*) ; elle nous rappelle les images des objets qui ont fait quelque impression sur nos sens, toutes les fois qu elle veut nous peindre ces ima-
fes,(îomme, par exemple , le murmure 'un ruissean, le bruit d'un torrent, l'horreur d'une tempête , le souffle d'un vent frais, les hurlements des bêtes féroces, les fanfares d'une chasse, la
(*^ « La musique me donne des conseils , disait. Gustave III; voilà pourquoi je vais travailler dr "'^néra. n
niant pontifiod, sous Pie VI,if avait pas TU à sa ëisposftion assez deréeompenses pour augmenter la gloire et le bonheur d'Eonius Visoonti, qui ne pensait poB certainement encore a quitter sa patrie. i 11 peut donc exister des aveuglements ' presque universels dans les gouvernements « comme il existe souvent un travers d*esprit constant dans un individu isolé. Pourquoi c«s erreurs d'une autorité nouvelle, mal instruite et ré^ , volutionnaire, furent-elles embrassées ménie par d'honorables Italiens ? Mais rhomme est un malade qui veut à tout instant changer sa position, et qui conseille aussi ce travers à d'autres , c|uoi qu'on lui ait dit souvent qu'en la changeant brusquement, il ne fait que changer ses douleurs.
OmaAHiBATtov vinwniru dc aorAoïiB b'It&lis.
— GiniS, LA TOSCAHB, PàaMI IT ROHB klUtflS»
' A i.'Bi(nRi. x-LBVArB Pis vil ■«&*▼< bb Romb.
^ Reprenons la suite des événements politiques. L'anpereur Napoléon imnrovise un royaume composé des délais de Venise, de l'état de M ilan, d'une mrtie des provinces de Rome, de Parme, et de la principauté de Modène.
«Saint-Marin v imperceptible au haut de sa montai^ne, reste là comme une fraction négligée dans ce grand marché d^amesquifiassentsouslejoug. Il réunit Turia, Gènes , Parme, Florence, et ce qui reste de Rome, à son empire. Il iiisse un lieutenant à Naples , sous le titre de roi. Maintenant il faot se garder d'altérer les faits hautement proclamés par l'histoire.
De grands établissements sont ordonnés par celui que plusieurs personnes nommaient dans leur admiration le nouveau Théodoriç : convaincu désormais lui-même qu'il y a en Italie des talents, des vertus, des génies élevés, il la gouverne en ce qui le concerne directement, avec circoospeetioo. Presouetoutea les sommes qui proviennent des impôts de Rome sont consacrées à des travaux utiles pour cette capitale. Ce n*est plus l'andcmie avidité espagnole à Milan : cette ^nUctcslaeeaUéede bienlaits. On jette ^ lUMBl ¥«iiittiloiit le bien que Ton
peut faire à cette veuve si affligée; mais aucune félicitàtion volontaire et franche ne vient annoncer qu'elle a fait trêve à sa douleur. Maigre tant de soins et de bonne volonté judicieuse, le fléau de la guerre qui secouait ses torches pour détruire les dynasties régnantes , éloigne les étrangers , in« teitompt le commerce, et 1 Italie est livrée à une sorte de désespoir. Après avoir envoyé au pape de longues protestations (l'attacliement et de reconnaissance, le vainqueur, sous prétexte de lier son armée de Milan à son armée de Naples, avait ,oocupé les principales places de l'État au saint -père et fait nourrir ses troupes aux dépens du trésor pontifical. Naturellement le gouvernement romain adressait des réclamations; elles ne furent pas écoutées. On exigeait de lui qu'il entrât dans un système fédératir perpétuel contre tous les ennemis de l'empereur.
Le pape Pie VI s'était vu dépouillé des légations pour avoir pris part à la guerre : Napoléon , alors général , avait positivement déclaré que cette spoliation était un cliâtiment des dispositions belliqueuses de Rome. Ici Rome refusait d'entrer dans les chances des combats. Elle est donc, suivant ce que pensait autrefois Bonaparte vainqueur, elle est donc dans la voie juste et raisonnable. Mais c'était le lion qui dévoilait le juge , et il prononça ainsi : a Je t'ai punie autretois parce que tu « as fait la guerre, je te punis à « présent parce que tu ne la fais pas.» D après la logique du lion, le pape perdant une a une toutes ses villes ne cessait d'intercéder auprès du maître , pour le ramener à des luecï de conciliation. Inutiles efforts ! Les plaintes du souverain détrôné, et coiiune caché dans son palais du Quirinal, étaient importunes. Le général Miollis donne ordre au général Radet d'enlever le pape^
La résistance morale qu^opposa le pontife fut sublime, maia comment répondre à des soldats qui brisent les portes- à coups de 'haohe? Pie VII fut entraîné hors de Aome ^ comme le pontife Blarlin'(?03WJ*'^--^^ •♦il partiten bé-
de Rome ; que c'était un produit intrin* sèquement uni à ce sol, tellement que ni les fiunilles nobles, ni le souverain lui-même ne pouvaient vendre et envoyer au dehors cet héritage du peu- λle-roi , cette récompense donnée par a victoire à leurs antiques pères.
« Savez-vous, ajouta Napoléon, que j*ai payé quatorze millions les statues Borghese? Combien le pape dépense-t-il pour les arts ? peut-être cent mille écus romains! — Non, pas tant, parce qu'il est trop peu riche. — Ainsi avec moins on peut obtenir de grands résultats ? — Certainement. Sire. » On parla ensuite de la statue colossale de l'empereur, et il regretta de savoir qu'elle était nue. « Sire, Dieu lui-même n'aurait pas su faire une chose belle , s'il avait voulu représenter V. M. habillée avec des vêtements courts et ces bottes à la française : nous, comme tous les autres beaux-arts , nous avons, notre langage sublime; le langage du statuaire est Te nu, avec, quelauefois, une sorte de draperie particulière à notre art. — Mais pourquoi ne faites-vous pas nue l'autre statue colossale qui me représente à cheval ? — Il faut que celle-là ait le costume héroïque : il ne convient pas qu'elle soit nue, parce qu'elle vous représente commandant à cheval à toute l'armée. Telle est l'habitude des anciens et des modernes. Vos vieux rois de France, Sire, et votre Joseph II, à Vienne , Madame , sont ainsi figurés à cheval. » La citation de ces vieux rois de France , dont Napoléon se trouvait en ce moment le successeur , et celle de Joseph II, grand-oncle de l'impératrice, firent encore sourire l'empereur.
« Vous avez vu la statue du général Desaix en bronze; elle me semble mal faite avec cette ceinture ridicule. » Canova allait expliquer les raisons de l'artiste français ; l'empereur n'attendit pas la réponse, et il ajouta vivement : « Fondrez-vous ma statue en pied.î*— Sire, elle est déjà fondue. » Napoléon fit un signe de satisfaction , et continua ainsi : « Je veux aller à Rome. — Ce pays mérite d'être vu par V. M. ; votre imagination s'échauffera en considérant le Capitole, le Forum
de Trajan, la voie Sacrée , les colonnes, les arcs, les aqueducs, les murailles d'enceinte, ces collines historiques, toutes les magnificences romaines , la voie Appienne qui s'étend jusqu'à Brindes et toute bordée de tombeaux, les autres voies consulaires, Pompeî (voy.
pL 89) (*) — Cela est-il surprenant? les Romains étaient les maîtres du monde ! — Ah ! ce ne fut pas seulement l'effet de la puissance , ce fut l'effet du génie italien et de notre amour pour les choses grandes.
Voyez seulement , Sire , ce qu'ont fait lesFlorentins avec un si petit état, et ce que les Vénitiens seuls ont construit aussi dans leurs lagunes. Les Florentins eurent l'idée d'élever leur dôme merveilleux (voy. pi, 23 ) avec un simple accroissement d'un sol par livre sur l'art de la laine , et ce supplément seul suffit pour donner les moyens d'achever une fabrique que ne pourrait peutêtre entreprendre aucune des puissances d'aujourd'hui. Ils firent exécuter en bronze, par Ghiberti, le^ portes
(*) La planche 89 offre une vue d'une des entrées de Pompeî, appelée la Voie dea Tombeaux. La aécouverte de cette ville si intéressante est due au hasard. Quelques paysans, en fouillant pour planter des viffnes , rencontrèrent un petit priape et un trépied près du fleuve Sarno. En 1 7 5o , le roi Charles de Bourbon ordonna des fouilles régulières, et la ville de Pompeî fut retrouvée.
Elle avait été engloutie sous une pluie volcanique lancée par le Vésuve dans son éruption de l'an 79. Il veut ensuite des éruptions du même volcan dans les années io3 , sous Septime-Sévère, 47a, sous Olybrius, Sia, sous Tbéodoric, 685, sous le pontificat de Jean YII , 993 , sous Jean XVI , i63 x , sous Urbain VIII. Avant cette éruption, l'enton- ^ noir du volcan était rempli d'arbres et de verdure. Au fond, il y avait une plaine et une espèce de pâturage. En 1749, on a recommencé à descendre dans le cratère. L'éruption de 1751 dura trois mois; il y en a eu beaucoup d'autres depuis, qui ont produit plue ou moins de ravages.
Pendant qu'il commandait à Naplcs, le roi Joachim fit déblayer avec beaucoup d'intelligence et de soins, les murailles anU-
3ues qui entouraient la \ille de Pompeî^ out on connaît aujourd'hui la grandeur.
lûHsM des aouitlaâacfl, ioutoola^était dû à la leligion. Les Romains n*ont I»as fiait aatreoient : leurs ouvraees portent le sceau de la religion, ^quiles rend plus respectables et plus augustes. Cette salutaire influence de la religion sur les arts les a encore sauvés en partie des ravages des Bartnres ( voy.
page 7, les églises de Saint-Pierre et de Sain t'Paul déclarées des asiles).
Parlerai-je de Téglise Saint-Marc, à Venise (voy. pi. 21 et 22), du dôme de Pise (voy.p/. 35), du dôme d'Or- Tîète, du Gampo-Santo de Pise (voy.
pi. 86 ) , et de tant d*autres merveilles remplies des marbres les plus précieux?
Toutes les religions sont les bienfaitrices des arts ; mais celle qui est plus particulièrement et plus magnifiqueinent leur protectrice est la vraie religion, notre religion Catholique Ro- ' maine. Les protestants, Sire, se contentent d'une simple chapelle et d'une croix « et 4ie donnent pas occasion de fidiriquer de beaux objets d'art. Les édifices qu'ils possèdent ont été fabrioués par les autres. « L'empereur, s'aoressant àMarie^Louise, et l'interpellant, s'écria : « lia raison, les protestants n'ont rien d&beau. »
Nous croyons inutile d'expliquer que le oourageux Vénitien, en ce moment défenseur peut-être téméraire des intérêts de la Péninsule, et la représentant ici dans cette intrépide mission <|u'il se donnait à lui-même devant le Jupiter italique; il est inutile de remar^ -quer que le grand Canova avait un but, un but noble et généreux. Toutes ces paroles n'étaient- pas proférées au hasard. Il voulait que la conversation tombât sur la situation déplorable où ee trouvait le pape Pie VII , son bienfaiteur ,.et l'on pourrait dire son ami.
A un autre entretien, tout en ne paraissant porter attention qu'aux traits de l'iroperatriceet aux lignes douces et fines de sa figure, Canova parla tout à «oup du saint-père. Les premiers mots qui lui éobapporent furent si forts, qu'il terai^nit .un moment d'avoir commis une ioiprudenc&Jmpardoiuiable;.mais le sourcil de Napoléon n'avait pas an- «onoé l'ange* Il écoutait avec atten-
tion ces reproches, qui , quoique énergiqoes-'et tefid0i)t'evfdcnrfméht>à im but direct, étaient attelés m^ec un accent poli , respectueux , 'quelque chose du Mignard vénHfen , rempli de charmes, dans une langue où le mot propre n'arrivait pas toujours à poii^t, sansque toutefois la pensée eût rien perdu de sa valeur et d^une sorte d'incision irrésistible. L'impératrice re>
fardait Canova avec une surprise mêlée 'une satisfaction contenue. Alors, plus encouragé, il ne s'était pas interrompu tin instant; il se persuadait guel'ame de l'empereur ne devait pas être brrannique, et qu'il était gâté pat des adulateurs qui lui cachaient la vérité. Après un antre de ces mouvements d'un artiste qui paraît ne penser qu'à étudier plus à fond son modèle ( il m'a confié lui-même cetteinnoeente malice), Canova continua ainsi : « Mais pourquoi V. M. ne se réooncilie-trelle pat en quelque manière avec le pape? -^ Parce que les prêtres veulent commander partout, et être mattres de tout, comme Grégoire VII. — il me semble.
Sire, qu'il nefautpasredontercelaàpré sent, puisque c'est Votre Majestéqui est maîtresse de tout en ItaKe. — Les papei ont toujours tenu très-bas la nation italienne , même quand ils n'étaient pas maîtres à Rome à cause des factions des Colonna et des Orsini. — Certainement si les papes avaient possédé l'audace de V. M. , ils ont eu oe beaux moments pour se rendre maîtres de ritalie. •— C'est cela qu'il faut, monsieur, dit Napoléon en toudiant son épée, c'est cela qu'il faut avoir. — - Vous avez raison : nous avons vu qile si Alexandre VI avait vécu plus longtemps, Borgia, duc de Valentinois, n'avait pas mal commencé; et Jules n -aussi et Léon X en donnèrent de bonnes preuves : mais généralement -on élisait pour papes oes cardinaux vieux ; et si un de eespapes avait l'humeur entreprenante, l'antre avait leearactère reposé. -^ il faut l'épée. --* Ndli pas Tépée «seulement, mais avec alla le iUma n* Machiavel lui*4Déme^tilaili
(*) Le iUutu est le bâi(m'rtco(irbé>|ilt portaient les augures.
tomber. Ce grand politique disait :
K II me parait que les Vénitiens en- R tendent leur affaire, car ils ont fait K peindre saint Marc avec Fépée : le R livre seul ne sufBt pas. » Pourauoi lesVénitiens#nt-ilsagi comme ils Font fait souvent? Ces aristocrates dé- Gants ont craint de voir naître parmi eux un César; aussi, pour cela, ils n*ont pas voulu un seul général national sur la terre ferme. S'ils l'avaient eu , seulement avec le soin de ne pas trop prolonger l'autorité , ils auraient obtenu plus de succès de guerre. — Vous avez raison maintenant, reprit zravement Napoléon; la prolongation aes commandements est d'un grand danger. Moi , je disais aux membres du Directoire que s'ils continuaient toujours la guerre, il arriverait quelque général qui leur commanderait à eux-mêmes. »
Ces conversations si remplies de verve, de faits, de courage, a'aveux, de récriminations et de révélations politiques , devaient finir par embrasser tous les intérêts divers de l'Italie , et ici Napoléon lui-même va être amené Insensiblement à raconter de haut les principaux faits de l'époque. Le gentilhomme d'Ajaccio était en quelque sorte, à lui seul, l'Italie tout entière. Il aimait passionnément l'Italie , et dans cette circonstance, il laissera même surprendre au fond de son esprit quelques-uns des replis de sa vanité nobiliaire.
Un iour Napoléon interrogea Canova sur Aifiéri , et Canova trouva occasion le rendre un important service à Florence. « Où est le tombeau d'Alfîéri ?
— Sire . dans l'église de Sainte-Croix [voy. »/. 24)9 près des tombeaux de Michel-Ange et de Machiavel. — Qui l'a payé? — La comtesse d'Albany. — Qui a payé le monument de Machiavel ?
— Une société de souscripteurs, je crois. — Et celui de Galilée ? — Ses parents , si je ne me trompe. Hé bien , cette admirable église de Sainte-Croix est actuellement en mauvais état. Il y pleut, et de tous côtés elle demande des réparations. U est de la gloire de V. M. de oojiserver les beaux monuments, et
si le gouvernement a pris les revenus, il est bien juste qu'il entretienne les fabriques. Le beau dôme d# Florence aussi se dégrade. Sire , parce qu'on n'a affecté aucuns fonds aux réparations.
A propos de ces chefs-d'œuvre, je supplie V. M. de ne pas permettre que tant d'objets d'art , que nous po^édons, soient vendus aux juifs. — Comment, vendus? nous ferons tout porter ici! — Mais non, laissez-les à Florence, où, à côté des fresques qu'on ne peut emporter, ils font un si convenable accompagnement. Autorisez, Sire, le président de l'académie de Florence a prendre soin des fresques et des tableaux. — Je le veux bien. — Cela fera d'autant plus d'honneur à V. M. , qu'on m'assure qu'elle est d'une famille noble florentine. » A ces mots, l'impératrice se tourna vers son époux, et dit : « Comment, vous n'êtes pas Corse? — Si, répondit Napoléon , mais d'origine florentine. »
Canova reprit ainsi : « Le président de l'académie de Florence , le sénateur Alessandri, est d'une des plus illustre» maisons du pays, qui a eu une de ses dames mariée à un Bonaparte ; ainsi vous êtes Italien^ et nous nous en vantons. — Je le suis certainement, »
ajouta Napoléon.
La conversation tomba sur les improvisateurs; les deux interlocuteurs furent d'accord pour les louer ; elle tomba ensuite sur les peintres. « Vous avez de mauvais peintres en Italie; nous en avons de meilleurs en France.
— Il y a quelque temps, répondit Canova , que je n'ai vu des œuvres des peintres français; mais nous possédons en Italie des nommes habiles : à Rome« Camuncini , Landi ; à Florence , Benvenuti ; à Milan , Appiani et Bossi.— Les Français man(]uent un peu de coloris; mais 'ils dessinent mieux que vous. « Canova défendit les Italiens. « Vos peintres travaillent mieux à fresque, mais non pas à l'hui le : a vez^vous vu fa colonne de bronze? — Elle e-st belle. — Ces aigles aux angles ne me plaisent pas.
— Cependant , Sire, la colonne Trajane, dont celle de Paris est imitée, a de semblables ornements. — Cet arc que
L'UNFVBHS.
ronnonâtraît Bti boisdé Boulogne sera besu ! — Très-beau.TantdetraTBuxfont èonneur h V. M. : vos ronti^ surtout «oAt'plus'belles que cellesdes Romains.
-^ L'année prochaine, la route de fa oorfiiche sera terminée ; on pourra aller ée Paris à Gênes sans neige. J'en veux finre une -autre de Parme au golfe de h' Bpezzia , où j'entends former un unmense port {*); de là j'aurai une ligne de batteries à flear d'eau, jusqu'aux iMatteries en terrasse que Pommereul 4t'éievées près de Gastellamare ( voy. j»L ©2) C* ). — Ce sont là des projets dignes de vous : il faut penser aussi è conserver les anciens monuments.
— Vous avez raison. »
Le 5 novembre , on devait découvrir le buste; mais Napoléon dit : « Pas actuellement; il faut que je déjeune.
Je suis fatigué : j'ai dicté toute la nuit, jusqu'à ce moment. — Comment V. M. peut-elle suffire à tant d'occupations si pénibles ? — Moi , monsieur, j'ai soixante. millions de sujets, huit à neuf cent mille soldats, cent mille chevaux ; les Romains eux-mêmes n'ont jamais eu tant de forces. J'ai livré uuarante batailles : à celle de Wagram, jai tiré cent raille coups de canon , et eette dame-là, ajouta-t-il, en se tournant vers l'impératrice , cette dame-là, qui était alors archiduchesse d'Autriàie, voulait ma mort. — C'est bien vrai dit Marie-Louise. »Canova reprit:
« Remercions le ciel, les choses vont bien autrement aujourd'hui.» Ce jourlà, on ne découvrit pas le buste. Quelque temps après, en le voyant, I^apoleon applaudit de-nouveau et de très^xmne grâce à l'idée de faire ia statue de l'impératrice sous la figure de la Concorde.
(*) Il est heureux que Napoléon n'ait pas formé ce port el dépouillé Toulon. Lors de l'occupation f on ne nous aurait presque rien rendu , et Toulon aujourd'hui serait ruiné.
(**) On trouve pi. gi une vue de Castellamare, lieu de délices auprès de Naples, où fine foule d*érrangers vont passer la saison des chaleurs. Cette ville est voisine de Stable, que M. Valerj nomme la troisième vietine du Vésuve, après Herculanum etPompcï. Le palais du roi s'appelle Qw 41 stuta, « Ici on se guérit. »
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COAUTMVS VO«VBUl«S
BvwiB. — HsiTAcaATMMrt vAATxmiAas £n. >— Cosetvsios.
Mais est^l bien .po|Bible:qiK
de- tels* succès, un si fbvmidable poa< voir,' un ^ie si Mtif , une audace <; entreprenante , des talents ooimn^ surnaturas, et une conscleaee si biec eon vaincue de ses forées, la ooncorcr puisse subsister, non pas entre le yr-fqiieur téméraire et le vaincu dérf«ragé, mais même entre le feendre e: .
beau*père? Deux ties voiÂKs ée \ France, qui sembleiit n'être qtxei piedàrterref tnEuropt^ (faeepii^sanœde fféant, dont les bras étnéecen t notre globe, et coramaDdent sur toatr< les oonununications maritimes, ors deux ties:ne voulaient fias oonsentir 3 la paix tniiverseile. Contraintes d'a< bandonner au principal maître du ooonnent européen, les états qu*îl pooMifiacilement dévorer, eUes excitaien!
à r indépendance les toji— n l le> phis éloignés du sceptre dé HapoUoo.
Le .dénombrement qu'il faisait souvent de ses* ressources , et dm âe^uel il parlait aussi de 400. millions gardés dans les caves des Toileries, la confiance naturelle qu'il paraissait devoir accorder à tant de trésors en argent et en hommes dévnoés, laissa rent pénétrer dans cet esprit , d'ailleurs si juste et si sensé, des idées d^oifueii sans bornes. « Il fout vaincre la Russie. dit-il un jour, et, par la Russie, a»quérir la paix dans les ilfides ; • mais, après d'heureuses batailles , 'après d^ victoires non moins faisaculeaws qn^ les premières, il arriva qee>de5tn}^ porisations, dont ttue vounit|Kis voir ! » portée, anenèrent la saison où les eW^ ments se déchaînent qaelatiefois a^n:
furie. En vain la plus brillaiite anaet^ opposa-t'«lleleaouiagele phisgnagnans me. A côté des Français, onvDvaîtdes miUiers de TîapoBtaias, nie ReiiiaiDs, de Vénitiens, de Milanais, de Génois et de Piémontais, tous généreux et déteminés , /fwmhattte nveciasdeur.
Qn remaïqua même ^e:lair sade parut moins. souffrir que .oelle des peuples .pkis ;sqitMitdoMtt«[ « «t qm
ITAXIE.