VILLE ET TEMPLES DE SÉUMUKTE
Une espèce d'ache ou de persil , commune dans cette contrée, et nommée par les Grecs Sélinos , avait donné son nom à cette ville , dès l'époque de sa fondation. Cette petite plante a reconquis son ancien domaine.
Klle recouvre aujourd'hui les gigantesques débris des édifices et des constructions qui sans doute l'en avaient bannie. Comme les colombes du mont Éryx , elle a subsisté malgré les siècles et les révolutions.
La prospérité de Sélinunte et son édat ne furent pas de longue durée ; si , comme il est probable , leur plus ^and développement dut avoir lieu a l'époque de la bataille d'Himère, les Sélinuntins n'auraient joui que soixante et dix ans de leurs richesses et lie leur puissance. Du reste, il y avait deux cent quarante ans que Selinunte était fondée lorsqu'elle fut détruite. Si l'histoire n'efrace pas surle-champ son nom, il n'en est mention que de loin en loin et à propos
aiGiLE;
rilfeqn'AjiillcartMi'g'siid-pèrei èftil été surprit et écorg^ dans aon eamp, st que son armée avait été taillée en pièces ou faite prisonnière par Gélpn.
\ peine Sélinunte eut-elle succombé, ]ue le général carthaginois, traversant la Sicile, parut devant Uimère aveo les forces supérieures, et Tattaqua aveo ligueur. Dioclès et les Syracusains tU rent quelques faibles efforts pour la secourir, et en abandonnèrent bientôt la défense. Après plusieurs combats sanglants , Himère succomba ; les ha- [)itants furent passés au iil de l'épée^ ;t la ville fut réduite en cendres. Anilbal avait fait mettre en réserve trois mille prisonniers , qu*il lit égorger impitoyab.ement à la place même >ù son grand-père avait été tué. Une Qouvelle ville s'éleva dans la suite à quelque distance des ruines d'Himère, près des eaux thermales, d'où eJe prit le nom de Thermœ himerenses. Elle levint florissante sous la domination romaine. C'est aujourd'hui TermirU, ville assez peuplée, située dans un ;olfe riant et pittoresque, à Test de %lui de Palerme. {PL 10.)
SIÉGB ET PRI5B D'AQBIGENTB.
I.a destruction de Sélinunte et d'Hi* nère, et la barbarie avec laquelle ces ieux villes furent traitées, ré^ndirent a terreur dans toute la Sicile , et le 'etour d'Annibal à (^arthage ne calnia >as ces justes craintes, car on apprit >ienU)t qu'il y faisait d'immenses ^ré- >aratifs destinés à la conquête entière le rile. Svracuse s'alarma, chercha les alliés , demanda des secours jusque lans la Grèix, et enlin équipa une lotte nombreuse pour s'opposer à la louvelle descente qu'allaient faire les [larthaginois. Leur armée était formilable; Annibal, ^oe son grand âge rendait nwins actif, ne voulut pas la commander seul, et s adjoignit Imilron.
La guerre commença sur mer. La Hotte le Syracuse battit d'abord celle des l^aitliaginois ; mais ceux-ci ayant reçu ies renforts d'Afrique , les Syrjcusains craignirent de dégarnir leur capitale et rentrèrent dans leurs port:»^
^m ne l'oftpeM ^^hte à I9 domiile
des Africains, et bientôt la molle i| superbe Agrigente vit avec effroi leuf •rinée se développer sous ses murs»
La population des campagnes s'y àatt enfermée , et y avait conduit ses den« rées , ses troupeaux , ses ricliesses* Jamais l'opulence, Tanaour des asrta et des jouissances , n'avaient porté i un plus haut degré la splendeur d'une cité. Cependant, rassurés par leur nombre, les A grigen tins repoussèrent les premières attaques avec vigueur ; Géia et d'autres villes envoyèrent des secours; une année svracusaine défit une partie de l'armée cartheginoise près des ruines d'Himère. Mais les Agrigentjns ne tirèrent aucun parti de ces premiers sua'ès; la discorde se mit parmi eux. Ils accusèrent leurs ^éné* raux de trahison et en massacrèrent plusieurs. Cependant la famine rava** geait le camp des assiégeants , et la ville elle-même en était menacée ; un convoi considérable, envové par mer par les Syracusains , fut enlevé par les vaisseaux d'Annibal. Privés de cette dernière ressource, les assiégés, déses*
Sérant de résister à des atuques qui uraient depuis huit mois , et vaincui par la faim , se décidèrent à abandon-* ner une patrie qui ne pouvait plus être que leur tombeau. Toute la popula* tion sortit en silence avec Tarmee, efi se réfugia à Gela d'abord , ensuite à Léoutium, à Syracuse, et jusqu'en Italie. Tout ce qui ne put ou ne voulut pas quitter cette malheureuse ville tut massacré; le pillage fnt immense; les temples furent brûlés , les mura renverses. Mais Imikon conserva la ▼iile pour faire reposer ses troupes.
Annibal était mort de Li peste pen-i dant la durée du siège.
Au milieu des calamités qui sem« blaient annoncer la destruction de la Sicile , un licmme ambitieux profitait de ces déplorables circonstances pooi mener à leur but ses vastes projets* Il irritait le peuple de Syracuse oontic ses magistrats, knr rnipotait les re*
L'UNIVERS
Ten de la patrie, proposait de lever des troapes étrangères , de rappeler les tamiis, sur le secours et le dévouemeut desquels il comptait pour Taider dans ses desseins. Les syracusains crurent trouver dans Denjs le libérateur qui pouvait seul confurer l'orage qui les menaçait; ils lui sacrifièrent les premiers magistrats de la république, opposés à ses vues ambitieuses; hii ouvnrent le trésor public, lui aceordèrent des gardes, comme si ses jours étaient menacés, et s'aperçurent trop tard qu'ils s'étaient donné un mattre. Pour s'assurer des appuis
Ssrmi les Syracusains, il épousa la Ile d'Hermocrate, dont nous avons parlé, et dont la famille, même après rexil et la mort de son chef, était toute-puissante dans Syracuse.
Sur ces entrefaites, les Carthaginois avaient ouvert une nouvelle cam{)a^ne, et assiégeaient Géia. Denys sortit a la tète d'une armée de trente à quarante mille hommes ; mais il ne s'en servit
Sue pour escorter les assiésés, auxquels conseilla d'abandonner leur ville, et qu'il traîna à sa suite dans l'état le
eus misérable, pour les répartir dans s villes de Syracuse et de Léoiitium.
Camarina éprouva le même sort. A ees tristes nouvelles, l'indignation fut è son comble dans Syracuse ; une violente sédition éclata contre le tyran ; sa femme fut livrée aux plus cruels outrages et se tua de désespoir. D'un autre côté , une partie de l'armée de Denys l'abandonna. Mais le plus grand nombre des soldats étrangers lui étant restés fidèles, il entra à leur tête dans rile d'Ortygie, le quartier le plus fort de la capitale, s'y renferma comme dans une citadelle, et de là exerça ses vengeances et dicta ses lois. Il eut encore 1 habileté d'acheter la paix des Carthaginois , en leur abandonnant les deux tiers de la Sicile , à condition Qu'ils le reconnaîtraient comme roi de â}Tacuse et des villes voisines.
A peine délivré de ces adversaires redoutables, Denys ne songea plus
pendantes de la Sîdle. Mais H fab:
rassembler des troujpes pour attaque ces dernières; et les Syracusains eurot à peine les armes à la main, fiï voulurent les tourner contre le tjm Denys, qui assiégeait Herbene/nnque le temps de se réfugier de nou^a dans rtle d'Orty^e, en abandooiui le reste de la ville aux mutins, r^ l'enfermèrent si étroitement, que a perte paraissait assurée. Déjà miy faisait des offres de capitulation, toi' en s'assurant secrètement les sen&r de divers corps étrangers, et &î* autres des Campaniens , cantonnfs '} et là dans l'intérieur de la Stdlf . I • entrèrent tout à coup dans S^Tamy Denys fit une sortie au même' md et reprit l'ofifensive. Les assiéger furent complètement défaits. Dr/ usa de la victoire avec assez de aoàt ration. Il congédia les Campanit^^.
qui, en se retirant, s'emparereot «^ la ville d'Ëntelle, en massacrèmtîr habitants, et s'y établirent à h* place.
Cependant ces complots sans ces.^ renaissants avertissaient Denvs ^' ses rigueurs , son adresse , ses mi..^ ses précautions, les murs redoutaidont il entourait les divers quart it?* de Syracuse, les difCcultés sans marbre qu'on trouvait à pénétrer ju^f • lui, les appartements retirés, les p tes secrètes, ne le mettaient pas à Tai* de la haine des peuples et descocr plots de ses ennemis. Il espéra d< ^ ner une autre impulsion à resprit/»^ blic, en l'occupant de conquêtes fr^ tipliées, et surtout d'une guerre actnr contre les Carthasinois, ces vieui r> cruels ennemis oe la Sidie. Tani* qu'il s'occupait des préparatifs oectr saires à 1 accomplissement de ff^ grands desseins, deux ciroonstaoïY^ particulières purent contribuer à tcoH
rrer la violence de son caractèrr h lui ramener l'attachement des Suicusains. Sa première femme sV^^^i^ tuée à la suite des outrages qu'elle i\ ^' éprouvés dans la première révolte ^ Syracuse; il en épousa de oom^> deux à la fois , et, chose siogulierr.
il les traita avec une égale tendresse.
(t les maiBtîDt dans une union paràite. L*iine était Dons, fille d'un iche habitant de Locres; l'antre, k^ristomaque , fille d'Hip|)arinu8 , un les plus notables Syracusains , et sœur le Dion, îeune liomine d*un mérite sminent , a*une brillante réputation , orme à Técole et par les leçons de Platon. Denys parut oéder d'abord à 'ascendant de ce beau caractère; et Platon lui-même s'étant rendu en Sicile pour étudier les merTcilles de '£tna, Dion conçut l'idée de changer e cceur du tyran à l'aide des précepes et des exemples du philosophe.
dais ce dernier ne sut pas troquer ion manteau contre celui d'un cour- ;isan, et la sévérité de ses remon- :rances excita la violence et Tindigna- :ion de Denys , qui , sans reaniect pour jne si grande renommée, fit emoar- |uer Platon , ordonna qu'on Je vendit *x)mme esclave dans l'île d'Égine , où I fut promptement racheté, et renvoyé à Athènes. Cet exemple fit pen- >er à Dion qu'il serait difincile de réprimer entièrement les violences de son beau-rrère. Quelquefois cependant I se piquait de générosité envers ceux |ui provoquaient sa colère; mais, en général , les victimes de ses soupçons, le son avarice et de sa violence , furent nombreuses, et les latomies, qui ne s'^étaient ouvertes d'abord que pour les prisonniers que le sort des combats avait livrés aux Syracusains, reçurent sous son règne une foule de citoyens distingua par leurs richesses, par leurs talents, par la fermeté le leur caractère.