SUITE OB LA GUERBB DE SICILE
La prise de Syracuse fut suivie de celle d*Engyum. Le siège de cette dernière ville donna lieu à un événement singulier et dramatique, que Piutarque a rapporté dans la vie de Marcellus.
Le consul avait sommé la ville de se rendre, et les habitants, presque tous attachés aux Carthaginois, délioéraient en tumulte sur cette proposition, près d*un temple consacré aux déesses mères, Cybele, Junon et Cérès. Vicias, l'un, des principaux citoyens , également influent par ses qualités et par son éloquence, cherchait à raniener l'assemblée à un parti plus sage; il peignait avec clialeur les maux qu'une vaine résistance pouvait attirer sur sa patrie; mais ses conseils n'étaient point écoutés ; les esprits s'édiauffaient ; des menaces étaient proférées contre lui ; on Taccusait de trahison et de blasphème envers les déesses. Sa femme , présente à cette scène , avec un enfant qu'elle portait dans ses bras, partageait les dangers de Nicias; tout à coup, celui-ci paraît atteint d'un é^axement affreux, il arrache ses vête-
ments; se roule arec noicoDe, s'en que les déesses mères k poonuitet et le pressent. Il se relève, court d» un état complet de nudité; lafook le regarde avec efiroi et s'en tiourcomme d'un obiet du oourroui (tleste. Sa femme se prosterne aiupr.
des autels, implore la démenot.déesses , puis se précipite sur te :
de son époux. Personne n'ose s'cfser à leur course non plus qu'a l^ passage. A la suite l'un de l'aulrr. •franchissent la porte de la ville rt r rivent aux premiers postes rooii ^ où ils demandent asile et prourt Marcellus était d'intelligence aiA ) cjas ; il le reçut avec bienveill»''' ^ lorsque peu de jours après ii ** ' dans Engvum, qu'il allait puoir:*' sévérité, S^icias, oubliant ses^i" injures et son danger , obtint u ^r** de ses compatriotes , et fut omi d'honneurs et de biens.
Marcellus soumit encore queloi' villes qui tenaient pour les Carti^ nois. Toutefois, ceux-ci avaient (- ^rvé des places importantes, l^y ' et Hannon s'étaient renfernieb ' Agrigente ; un corps de Num commandé par un Africain intiv}*' nommé Mutines, parcourait tout^** possessions romaines, et y pon>' dévastation et l'épouvante'. Man> lui-même éprouva quelques rr«'' Mais la discorde s'étant mise eotn ^ généraux carthaginois, les Rcnprofitèrent de leurs divisions , ft ^ défirent complètement. Couvert d*' riers, mais poursuivi par de per> accusations, Marc«llus partit a Rome , pour y recevoir les honf ' du trioinple et y confondre ses c«i^ niateurs. Son départ releva les t\ rances des Cartliaginois ; MutiiH^ ^ commença ses ravages; de nouw.
troupes africaines vinrent renfi-nt les anciennes; l'armée romainei '^ contente et décourajgée, faisait entrn*!' des clameurs séditieuses. EaGnift < sul Levinus, à qui son collègue M-^ cellus avait cédé le commandent' de l'armée de Sicile, arriva dans rflie. De nouvelles discordes avain brouiUé les généraux ennsmis, et V.
SICILE
tfnes , outré contre eux , traita secrètement avec Levinus, et lui ouvrit une des portes d'Agrigente. La garnison fut surprise et égorgée; les çénéraux s'échappèrent sur un esquif; les principaux Agrigentins furent mis à mort, et le peuple fut réduit en esclavage. Ce terrible châtiment fit cesser toute résistance , et la Sicile entière reconnut dès ce moment la domination romaine.
Le consul Levinus entreprît alors de mettre un terme aux troubles continuels auxquels la Sicile était en proie Jepuis Unt de siècJes, et d'en faire la plus riche , la plus fertile et la plus paisible des colonies romaines. Pour
!. ..r^»;» il c*Affni^n Ha tonrnAr vers
prit militaire dans les villes et dans les campagnes. Ce changement s'opéra avec une extrême promptitude, et lorsque Scipion vint en Sicile pour y préparer cette célèbre expédition qui termina sous les murs de Carthase la seconde guerre punique, les Sicfiens accoururent pour voir et admirer ses préparatifs et son départ; mais ils préférèrent fournir des armes et des -hevaux, plutôt que de partager la gloire de rentreprise, et trois cents ^unes geiis qui avaient été choisis pour former un corps d'élite, demandèrent b se racheter de ce scrvirç par des sacrilices pécuniaires. Dès lors la Sicile prit un autre aspect ; ses champs se couvrirent de cultivateurs et de moissons ; de nombreux esclaves sollicitèrent ce sol si fécond. La paix accrut les richesses et la population avec une incroyable rapidité; les villes réparèrent une partie de leurs monuments si long-temps négligés , ou ruinés par tant de secousses. Le goût des arts subsistait toujours chez les Siciliens; et lorsque le second Scipion, après la prise de Carthage, leur rendit les chefsd'œuvre qui avaient été transportés en Afrique, leur enthousiasme ne connut pas de bornes. Le discours de Cicéron contre Verres , de Signù, prouve que cette passion se conserva long-temps en Sicile.
GtTERRE SERVILB , i46 arant J.-C.
Il semblait que cette île féconde, éloignée pour jamais du théâtre des guerres que Texcessif agrandissement des possessions romaines avait rejetées bien loin de l'Italie, étrangère également aux discordes et aux révolutions qui travaillaient la capitale, jouirait d'une tranquillité constante.
Mais ce terrible et puissant moyen de l'accroissement et oe la prospérité des colonies, l'esclavage, que nous avons vu de nos jours opérer les mêmes merveilles et les mêmes horreurs dans la plus belle des Antilles, livra la Sicile à tous les maux <iu'entraînei|t la vengeance , la barbarie et la férocité. Le sort des esclaves dépendait de la volonté et du caprice de mattrejs trop souvent violents et cruels. Les lois étaient presque muettes devant cet effrayant pouvoir. Deux habitants d'Ënna , Damophile et sa femme Mégallis, avaient dépassé toutes les bornes de la cruauté envers ces malheureux. Leurs esclaves, poussés à bout, s'armèrent de tout ce qui s'offrit à leur fureur, massacrèrent leurs maîtres et appelèrent leurs camarades à la révolte. L'incendie gagna avec rapidité. Un d'eux, nommé Ennus, avait acquis parmi les esclaves une réputation de sorcellerie ; ijs le mirent à leur tête. Cléon, autre esclave, non moins entreprenant, forma un second corps avec lequel il pilla Agrigente, et qu il vint ensuite joindre aux forces d'Ennus. L'armée rebelle, devenue nombreuse, proclama roi ce dernier, qui prit le nom d'Antiochus.
Cet étrange souverain signala son avènement en battant une armée romaine, et en s'emparant peu de tenips après de Tauroménium , position iin-
{lortante et d'un difUcile accès; déjà 'armée des esclaves était poï*tée à cent mille hommes, et ce fatal exem-
{)le était suivi par ceux de l'Italie, de 'Attiqueet de u Macédoine. La Sicile était dans l'effroi; les citoyens n'osaient plus sortir de l'enceinte des villes; plusieurs années s'écoulèrent
I/UmVBES.
sans qa*on pût réduire lesvrebelles, ni même les entamer ; fiers de leurs forces et de leur résistance . ils voulurent taiter on eoup décisif en s'emiiarant de Mftfisine ; mais ils Airent coniplé» tament ééùàts et refoulés dans Taiilioménium, où le consul Rupilius vint aussitôt les assiéger par terre et par mer. Les esclaves se défendirent en désespérés; en proie à une horrible famine, ils poussèrent la fureur jus** qu*à manger leurs femmes et leurs enfants.1 £n(in, la citadelle ayant été livrée aux Romains , ils se rendirat et furent précipités du haut d'un roeher escarpé. Ennus et Cléon s'étaient |etés dans £naa ; Rupilius Uss y pressa vivement. Cléon fut pris dans une sortie et mourut de ses blessures; Ennus chercha a s'échapper, et se réfu* gia dans une caverne où il fut pris ; ses compagnons se tuèrent la plupart.
Rupilius, après avoir déployé tant de vigueur pendant la guerre , pacifia en* tierement la Sicile , fit rentrer les esclaves cliez leurs nsattres, et promulgua des règlements très-sages, pour mettre les esclaves à Tabri des caprices ou de la cruauté des maîtres , et en même temps pour assurer leur soumission et empêcher de nouveaux complots.
DEUXIÈME GUEERE SBRVOE.
sqS «t. J.'C '
Les mesures prises par Rupilius eurent d'abord un heureux enet,mai8 Fexemple donné par les esclaves ne fut pomt entièrement oublié, et de nouveaux excès ayant été commis par les propriétaires, après 27 ans écoulés depuis ta première guerre servile, une seconde révolte éclata plus menaçante encore que la première. Le prêteur ^erva manqua de résolution et d'habileté, et fut battu par Salvius, un des chefs des révoltés qui assiégeait Murgantium. Un autre chef, nommé Athénien , souleva les esclaves de Ségeste et de Lilvbée, mit le siège devant cette dernière ville, et le leva bientôt en feignant qu'il en avait reçu l'ordre du cieU Athénien avait pris le
Uif de leî; Siitiiw««ù m^alk pays des LéontÎM^ se ftoDurwn aussi sou&le nom de Trafaai.Ga(liB rois se brouiUèBeiit bicimt, ek Satea fit arvéter Atltéek». tt ataii tixktifiev Trioeak, vilk asseï imuitm dans laqueUe il s'étaft nSne mxstruire un palais, toiaqiie LioÉi Lucullus, env<^ pour le rédwR.i disposa à l'assiéger ; Salvîus, i l^^ proche du danger ^ se léooociiaM soa rival, et tous deux maKhcndi:
la tête de quarante miile bcNwat»
tre les Romains. Le combat ftllui et sanglant , et les esdavo fan* vaincus. Les débris de leur ««r rentrèrent dans Trioeale; I^Éam, grièvement blessé, était resté 9i<a tas de cadavres; il parvint bal suivante à se dég^iger et à ratmte la ville. Licinius laissa peser bk jours sans l'attaquer, et cette âiitt*^ vint irréparable ; Atbénion avait e^ temps de préparer ses moyt»^^ feose. Après des assauts* funno ^ réitérés, les Roiuains levèrent boa» sèment le siège. Tryphon était v^t- Athénien fut reconnu roi, ctpotf»* vit le cours de ses succès penoutf^ sieurs années. Enfin le sénat retf résolut de mettre fin à cette gwr désastreuse. Le consul Aquiiiu»' envoyé en Sicile avec de noutiu* forces ; ce ne fut cependant qoe ^* née suivante qu'il put forcer AtfatB^ à en venir à un combat qui fut ^ sif. Ces deux chefs se renoootit'*^dans la mêlée : le consul fut lile^ mais Athénien fut tué , ^ ^\^ décida la victoire en faveur àn^ mains. Les esclaves essayèrent tff^ de défendre leur camp; un graad »^ bre se fit tuer, le reste se rendit" fiit transporté à Rome , et devise périr dans les combats du cirque.
Cette seconde guerre servile, 0if longue que la première, fiitiNeop* désastreuse et plus générale. H (^ en Sicile un million d'esclaves, t^ ^ dévastation de^ villes et des càv»jp^ les mit dans l'état le plus déplorai* Cependant la paix et les efforts du pi^ teur Asellius effacèrent assez prosT tement la trace de tant de maux^
SICILE
FAT DE L4 SICItE PBirOABT LE DBlUnBK SIÈCLE DE LA RÉPOBUQUB.
Sons la dictatuvede Sylla , Ferpennai, eutenant de Marius , s'empara de ta icile, et forma le projet A'y réunir *s partisans de cet illustre proscrit.
*orapée fut envoyé pour le réduire, i son arrivée Perpenna s'enfuit; ^ompée rétablit la tranquîHité dans Ile, et y fit chérir sa modération et a justice. Quelques années après, Ciéron y fut questeur; H assure que la îcile 'était alors couverte de villes orissantes et policées. Mais Agrigente vait perdu ses murs célèbres; ceux e Syracuse ne renfermaient plus que es quartiers abandonnés; Vue d'ôrygie était seule habitée. Bientôt la •iciJe eut à souffrir des violences et es déprédations du préteur Verres.
.PS Siciliens^ poussés à bout par les xcès et Tavidité de cet indigne maiistrat, eurent recours à l'éloquence le Cicéron , qui parvint à faire conamner leur oppresseur, en retraçant, ans une suite de discours pleins d'àresse, de force et de mouvements ratoires , ses concussions et ses crinés. Ces plaidoyers si brillants Mûrissent encore une foule de renseignelents précieux sur l'état de la Sicile , ur ses lois, ses arts et ses monuîents.
Caton, qui commandait en Sicile 51 ns avant J.-C. , au moment où la uerre éclata entre César et Pom[)ée , n gagea les Siciliens à rester specta- ;urs tranquilles de ce grand et funeste ébat , et ce sa^e conseil leur évita les lalheurs qui désolèrent tant de belles rovinces. Mais après la mort de César, extus Pompée s'empara de la Sicile, avat;ea les campagnes , pilla Syracuse t Messine, et força le second triumr irat n lui abandonner le gouvernement e r?Ie pour cina années. Le jeune ompëe se brouilla bientôt avec les •iuiDvirs, et Octave entreprit de renier en possession d'une contrée si n portante pour Tapprovisionnement e ritalie. Il échoua aans sa première *ntative, et sa flotte fut battue par ?Ile de Pompée que commandait Mé-
5* livraison. (Sicile.^
nécrates . qui fut taé dans factioD. Une seconde bataille navale fut favorable au triumvir, et lui rendit facile une descente qu'il allait opérer, lorsqu'une tempête furieuse dissipa ses vaisseaut.
Pompée; pour témoigner sa reconnaissance à Neptune , fit jeter des hommes et des chevaux vivants dans la mer. U y eut encore plusieurs alternatives âe revers et de succès entre les deux partis; mais enfin Agrippa, qui commandait la flotte d'Octave , remporta une victoire signalée dans le golfe de Myles sur celle de Pompée, et Tarmée romaine débarqua près dé l'emboiH cbure de POnobla, que les Sarrasins ont nommé depuis TAlcantara. Ce lieu était remarquable par un autel et une statue d'Apollon Archagètes, respectés seuls par Denys le tyran , lors de la destruction de la ville de Naxos. Il y avait sur la rive droite du fleuve, un temple de Vénus oii les deux sexes allaient déposer des images et des ex-voto dignes de la licence du culte de cette déesse. Il ne reste plus rien de ces antiques nionuments ; mais la route de Taormine à Catane traverse encore la plaine où campa l'armée d'Octave. On passe l'Alcantara sur un pont construit de gros quartiers de lave, et trop vanté par les Siciliens modernes, (voy. w. 17). C'est un ouvrage sarrasin fort médiocre, mais d'un effet pittoresque au milieu d'une plaine riche et fertile dont l'Etna forme le fond.
Sextus Pompée disputa pied à pied le terrain à son rival ^ et le resserra même dans Messine; mais il ne put reprendre l'ascendant sur la mer; et comme la flotte d'Octave amenait sans cesse des renforts , celui-ci se vit en état de poursuivre Pompée, qui perdit le reste de ses vaisseaux dans un nouveau combat naval. L'armée de terre découragée mit bas les armes , et Sextus s'enluit en Afrique. Lepidus , qiM commandait à Lilybee , tenta sur ces entrefaites de surprendre Messine, et la pilla. Octave furieux marcha contre lui , et le força de recourir à sa clémence.
Octave . tranquille possesseur de la
L'univers;
Sicile , devint bientôt après , sous le nom d* Au^te , maître absolu de Tempire romaio.