‹ ItalieChapitre 25 sur 31 · ÉTAT DE LA SICILE SOUS LES EMPEREURS ROMAINS · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA SICILE SOUS LES EMPEREURS ROMAINS

Les dernières convulsions de la république romaine avaient porté la désolation dans une grande partie de la Sicile. Tout Test et le midi étiient complètement dévastés, depuis Messine jusqu'à Syracuse, et depuis le promontoire Pachynum jusau*à Lilyoée. Les belles cités qui aécoraient jadis ces deux côtes, frétaient plus

gue des ruines abandonnées où les ergers et les troupeaux cberchaient leurs retraites. Uimère, Gela, Centurippe, Catane,Sélinonte, Syracuse même, étaient dépeuplées. Plusieurs villes avaient totalement disparu. Auguste, après avoir rendu la paix au monde, n'oublia pas la Sicile, dont il avait connu l'utilité et les ressources, et ne négligea rien pour lui rendre. sa prospérité. 11 y Ht plusieurs voyages pour en connaître les besoins et* ranimer par sa présence Tagriculture, le commerce et l'industrie. Ses efforts ne furent pas vains ; mais une révolte d*esclaves vint encore y porter momentanément le trouble et Tinquiétude. Un esclave y nommé Selerus, se fit passer pour un demi-dieu fils de TEtna, et, aidé par des montagnards qu'il avait entraînés, il ravagea les environs de Catane et les riclies campagnes de TKtna. Ses succès eurent bientôt leur terme; Selerus, poursuivi par une armée romaine, fut pris, conduit à Koine , et livré dans le cirque aux animaux féroces.

Auguste envoya une colonie à Syracuse pour repeupler cette grande cité.

Hais ce fut seulement Tile d'Ortygie qui forma la nouvelle ville. Les villes méridionales de la Sicile durent perdre de riniportance que jadis leurs relations avec les Grecs et avecTAfri-

3ue leur avaient donnée ; mais celles e la cote septentrionale et des rives du détroit , sans cesse en contact avec ritalie et avec la métropole, prirent

une face et une vîeiioovilk5.Pilei«, , Céphalonie ,Tyndare,Mes»ne,Tïi> menium et Catane devinreot vàtu peuplée^ , actives et puissantes. Tiit; accorda des privilèges particui-ii Sé^este. La paix dontjooissaiUv elle fut rarement troublée va 0 Césars; aussi Thistoire enpark-^ peu. Heureux les peuples pour f -* est souvent muette! Il parait qii:^« Vespasien il y eut une sédit oo ib Palerme; l'empereur, pour punir «2 viHe, donna son territoire aux <v rans. Adrien vint en Sicile, et m sur TEtna. 11 est nommé, suât médaille , le restaurateur de b v x Sévère y fut proconsul sous it -^ de Commode. Sous celui de o;-"il y eut des bandes de volean«^ eut de la peine à détruire; etsct? • de Probus ,des pirates. G auk)b<:/ gine , mirent Syracuse a feu et a >*- Du reste, ces faits épars dans itoire ne fournissent aucun «ift^"^ la situation intérieure de la Skw sur l'état de ses villes et de se numents. Cependant les lettre " valent y fleurir encore, puisque écrivains illustres y composèm*^ la fin du a* sièilc, ou au coinr" * ment du 4* , des ouvrages qu» c sont restés. L'un est Flavius Vof*;' Tun des meilleurs écrivains «[toire Auguste, et l'autre Julius micus Maternus qui , ap'^ ' composé un ouvrage sur rastr|'judiciaire, écrivit en faveur de u ^ ligion clirêtienne contre les «fj des religions profanes , en e\r • les empereurs Constani'e et O '^ à extirper entièrement le pagan'*' ; Le ciiristianisme avait f^^' bonne beure en Sicile. Saint !*• débarqua et y passa trois jours; "• sine, Syracuse, A|;rigente, Pa'^' Catane , Taunwenium eurent o^f ques des les premiers sièclesdc k- * et les prélats siciliens figurent dan^^

f premiers conciles. Les chronique* igieuses parlent aussi d'un vo)3-f ' saint Pierre y aurait fait ; elles mégalement de nombreux martvr>f' miraculeuses conversions, (ihaquf * invoque un saint dont elle se sl^r.-'

SICILE

osais les légendes sieillennes sont mêlées de trop de fables et de contes populaires, pour aue Tliistoire puisse ^'appuyer un seul instant sur leur autorité. On peut cependant y trouver (quelques faits relatifs à racfministration des villes et aux usages du temps.

TAUROHBKroM.

Cette ville, dont nous avons souvent parlé dans ce précis historique , et qui présente encore de si magnifiques débris de son antique splendeur, prit son plus grand accroissement sous la dominatioa romaine. Située sur le Qanc du mont Taurus , qui , entre Cabane et Messine , vient plonger son escarpement dans la mer , elle se trouvait ) rentrée de gorges tortueuses, et protégée par d'étroits déGlés, ou par les hauteurs inaccessibles. Ses habi- :ants durent à cette position singulière l'être souvent à Tabri des dévastations |ui bouleversaient la Sicile; maisquel- |uefois aussi elle attira sur eux des ittaques réitérées. Vers la fin de la 'épublique romaine, Tauromenium 'eçut une colonie qui la rendit plus lorissante qu'elle ne Tavait encore été; ;ur une de ces hauteurs qui la domilent d'une manière si pittoresque, les inciens rois de Sicile avaient construit me citadelle dont on voit encore quel- |ues débris, tandis qu'un autre pic ion moins escarpé est couronné par e bourg et le fort de Mola, bâtis par PS Sarrasins.

Le temps a fait disparaître la plus rande partie des constructions aont auromenium couvrait ces magnifiiies rivages. Mais rien ne détruira I brillante décoration que la nature composée dans ces lieux si pittoresue , sur ces monts où elle a rassemblé int de formes variées et d*eifets salissants. Et cependant un édifice, ncore majestueux malgré ses ruines rnoncelées , dispute à la beauté du te et lui enlève peut-être Tétonnelent et Tadmiration du voyageur;

Du haut des portiques presaue déduits qui couronnaient les gradins du lédtre, assis sur la pente méridio-

nale du mont Taurus, on peut juger encore de ce que devait être ce vaste monument destiné à contenir trente .

mille spectateurs (voy.Jp/. 18 ). Malgré leur dégradation, on distingue parfaitement les gradins disposés en amphithéâtre semi-circulaire, et les corridors, ou prœcinciianes , qui les divisaient en plusieurs étages. Au bas se trouve le |K)dium, qui répond à l'orchestre et ap parterre de nos salles de spectacle : c'était la place réservée aux premiers personnages de Tétat, les préteurs, les magistrats, les vestales. Enfin, devant ce vaste hémicycle, s'élève le théâtre , dont on reconnaît encore toutes les parties : le proscenium, ou 1 avant-scène, où se passait l'action; le pulpitum , où se tenaient les chœurs ; enbn les trois portes qui s'ouvraient au fond du théâtre : la porte royale , celle du milieu par laquelle entraient les rois^ les empereurs; et les portes latérales, dont l'une était destinée aux personnages trafiques ou comiques qui venaient du dehors, et l'autre à ceux qui habitaient le lieu où se passait l'action. A droite et à eauche du théâtre, on remarque deux

§ros pavillons carrés qui servaient e magasins pour les décorations , et de retraite aux acteurs. Entre ces pavillons et l'extrémité des gradins de l'amphithéâtre, deux larges escaliers donnaient aux spectateurs la facuité de descendre des galeries supérieures, qui couronnaient tout l'amphithéâtre , et qui communiquaient avec le terreplein de la montagne; cette partie élevée de l'hémicycle était décorée de portiques surmontés d'une muraille circulaire dans laquelle étaient pratiquées des niches propres à propager If son, et au-dessus, des trous pour passeï les cordes destinées à tendre le vélum uu les toiles qui abritaient les specta* teurs. Malgré l'état de dé<;radation des çradins , malgré la destruction des portiques et des murs supérieurs , mal-

§ré le bouleversement du théâtre et e l'avant-scène, l'effet d'acoustique est encore surprenant dans cette vaste enceinte, et les paroles dites sans effort sur le plateau du théâtre, sent

L'UNIVERS

«Dtendoes du haut des gradins. Au reste , dans Tétat de ruine où se trouve le théâtre, il produit le spectacle le plus magnifique dont la vue puisse jouir. A travers les débris de ces portes et de cette décoration d*architeeture^ Toeil découvre les hauteurs si pittoresques qui dominent Taormine et les redites des monuments de Tau- TOnienium, les escarpements et les jardins qui descendent jusqu*à la ii)ier,

Suis les sinuosités du détroit, ses ots d'azur scintillants de lumière, les riches plaines de Mascali, et, dans un lointain vaporeux, TEtna et son sommet couronné de neiges éclatantes et de filmées qui, à cette distance, paraissent légères et transparentes.

Le théâtre, qui dominait le plateau sur lequel la ville était située, tormait aussi pour elle une magnifique décoration. Les trois portes qui en composent le fond presentaient extérieurement une riche architecture appuyée sur des soubassements et des rampes oui s* étendaient sur Tescarpement que dominait tout Tédifice. Du bord de la mer , on peut encore admirer cette belle ordonnance (voy.p/. 19). En suivant ce même rivage, on rencontre la statue d*un prélat qu'on croit être saint Pancrace, disciple de saint Paul et

{>remier évéquede Taormine; suivant es légendes siciliennes , il trouva les habitants de cette ville idolâtre adonnés au cuite de Bacchus Lyssos {ou Venragé : Lysso était une quatrième /uriey ctéessede la rùge). Pancrace rendit muet Toracle du dieu et lit jeter la silatue dans la mer. Les mêmes chroniques rapportent que près de là s'étendaient ae magnifiques jardins, riche domaine d'une femme illustre, nommée l'halconille. Elle avait eu un fils , Phalcon , que la nature avait doué des qualités les plus brillantes; orgueil de sa mère , adoré de sa famille et de ses concitoyens , il avait perdu la vie dans ce lictj même à la fieur de son âge. La douleur matenielie et la voix publique Pavaient rangé au nombre des dieux; son temple s'élevait au milieu des jardins de sa mère, et son culte durait encore lorsque Tapôtre de Taor-

mine r abolît. Peut-être ot-ceen»

Tenir des jardins de Pha)coMUe<|ii petit villajçe situé près delà acte»

nsé Giardmi.

sous cxmrâHTGi suc<

UL SRIIJft

Avant ravénement di Constr l'empire, la Sicile était au pourson rival llfax«nce, et lui f-.même un nombre oonsidénUf^dat8; mais après la débite dr<T>'

nier, elle se soumit au vainar^.

profita des nouvelles loisetip$'>' règlements qu'il promulgua*»* "^ vastes états. Les magistr* ^' • gouvernaient portaient le iw" ' recteurs. Ils reprirent sohsJ'ï^^ le titre de préteurs. A cette f^-7" l'empire romain , l'histoire <► '-^ se fond entièrement dans lliist'"' nérale de l'empire, et les ^(t< r concernent, plus ou moins rtutf^ mais presque tous sans intm* rencontrent éjwrs phitôt dan? l^ teurs ecclésiastiques que dans ^ ' toriens. Après la moit de l-o»»** la Sicile échut à Constant, letnde ses fils, qui périt bient(U se coups de Magnencc. Ce denier i été défait à la bataille de Mursc ' stanoe fit prendre possfssiw " Sicile et des provinces d'Afrique ^ ' Ambroise parle de revers qw ^' éprouva en Sicile , dans la pufn* fit à Théodose, et saint At^ nomme un^ évéquede Sicilf,<qui assista au oondle de >i«'^ pape Libère convoqua un <^ " .

Sicile vers 866, En 408 et ^^ ^ disciples de Pelage y firent ^r"* prosélytes. Elle fut menacef. >^ epoijue, d'une descenlequ'A tarr " •y faire après avoir saccagé Ron* '^ tempête dispersa sa flotte, et sa j* arrivée bientôt après , mit un tf»^ ses ravages. La Sicile ftit «k""'^^ reuse en 440. Genseric, rot of^ dales, s'en empara et la dévasu ^ ans après il la rendit à ValcntimrflJ Après sa mort, Genseric s (w '*J^ de nouveau et la gaida P*"*!"!y'j nées ; mais , en 465, il y fut *»""'

SICILE

eorate MaroeUaSt <fn fit rentrer Ile entière sous la domination de empereur romain d'Orient. Odoaere 1 devint maître en 476, et, enfin, béodoric, cet illustre roi des Goths , 1 réunit à ses états, et en donna le 3uvemement à Cassiodore, dont la igesse et les talents ajoutèrent un si rand éclat à son rèffne , et ramenèrent jssi en Sicile Tordre, la paix et Ta- 3ndanoe.

Les Goths restèrent, pendant une »ngue suite d*années, tranquilles pos- .

!sseurs de Ttle; mais Justinien ayant >nçu, en 534, le projet de reprendre Afrique sur les Vandales, arma une otte puissante dont il donna le comlandement à Bélisaire, <iui relâcha abord en Sicile ; il y revint après la >n<|uéte de T Afrique, y eut un déléle avec les Goths pour la possession Li port de Lilybée qui avait appartenu XX Vandales ; cette discussion durait loore lorsque la mort tragique d'Alalasunte, fille de Théodoric, alors ^gente de ses états, fournit à Justiien un nouveau prétexte pour romre avec les Goths. Bélisaire eutordre î s'emparer de la Sicile. II prit d'à- >rd Catane et Syracuse, et vint enlite assiéger Païenne, qui se préparait faire une défense vigoureuse; mais élisaire, ayant surpris le port, fit »procher les vaisseaux si près des uraillesqueles soldats se servirent des ;rès des navires pour escalader les urs, et la ville fut forcée de se ren- 'e. La soumission entière de Tile t le prompt résultat de ces succès, uatre ans après , en 549 , Totila passa détroit , entra en Sicile, en paroout les campagnes, attaqua Messine utilement, et repassa en Italie , après oir enlevé une inmiense quantité de ains , de bestiaux , d'argent et d'obts précieux. Quarante ans plus tard, \ voit le pape saint Grégoire donner s règlements aux églises siciliennes,

établir une espèce de juridiction olésiastique exercée par deux légats, nt Tun résidait à Syracuse , l'autre Palerme. Une des lettres de saint 'égoire est adressée à un évéque

iLyndanM, Il ne reste aujourd'hui

de cette ville que les débris de plusieurs vastes et solides constructions qui semblent avoir appartenu à des magasins ou à un marché public, la trace d'une enceinte de fortes murailles, le pavé d'une belle voie qui traversait la ville, et enfin l'emplacement d'un théâtre presque totalement détruit.

Quelques chaumières sont éparses au milieu de ces ruines , et on y voit une

Setite église dédiée à la sainte Vierge, esservie par un ermite, et connue sous le nom de Notre-Dame de Tyndare. L'ancienne ville, qui fut longtemps riche et conunercante , avait été fondée par des Lacédémoniens, oui lui donnèrent le nom du |)ère de Lé oa. Il existe de belles médailles de Tyndaris, avec une tête de Cérès, et au revers Castor et Pollux à cheval, et coiffés du pilsus. Le culte de Mercure y était en grand honneur , et œ dieu y avait une statue célèbre , qui , comme les plus belles de la Sicile, fut enlevée par les Carthaginois, restituée par Scipion, et enfin prise par Verres. Ce furent deux citoyens de cette ville, Zozime et Ismenias , oui entamèrent les poursuites contre I avide préteur.

Pline rapporte nue sous les Césars, une catastrophe terrible et imprévue détruisit la moitié de la ville. Une tempête affreuse ébranla le plateau du rocher sur lequel elle était bâtie. Miné par les eaux , le roc et tout ce qu'il portait s'abtma dans la mer.

Sous les premiers rois normands^ Tyndare était encore une ville assez importante; peu à peu elle fut aban»

donnée: du reste, sa position à l'une des extrémités du golfe de Myk» était aussi forte que pittoresque.

Le peu de faits relatifs à la Sicile, que nous avons eu à rapporter depuis le moment où elle tomba sous la domination romaine , n'offrent, comme on l'a vu, qu'un intérêt très-médiocre; épars dans les actes de l'église, dans les écrits religieux et dans les légendes, ils embrassent cependant plus de six siècles, sans qu'on puisse y trouver des notions satisfaisantes sur l'état matériel et statistique des villes, et encore moins sur le sort des monu-

L'UNIVERS

ments qu'elles renfermaient. Il est probable qu'à la grande époque de la destruction des temples et des édîGces du paganisme, qui eut lieu sous le règne et par les ordres de Théodose , ceux de Sicile n'évitèrent pas Fanathème général. Au surplus, le génie des arts, des sciences et des lettres dut s'affaiblir, se corrompre et disparaître entièrement en Sicile , comme il le fit dans le reste du monde civilisé.

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