‹ ItalieChapitre 26 sur 31 · MORT DE CONSTATH' II, EN SICILE. EN · texte numérisé non relu

MORT DE CONSTATH' II, EN SICILE. EN

Là Sicile, si long-temps négligée par les empereurs d'Orient , qui ne la défendaient qu'avec peine contre les invasions des barbares, vit tout à coup, avec étonnement et bientôt avec effroi, un de ces empereurs choisir Syracuse pour sa résidence. Constant II, du sang des Héraclius, s'était , à force de crimes , de lâchetés et de défaites, attiré la haine de ses sujets et surtout celle des habitants de Constantinople.

Les Sarrasins, commandés par le calife Moavia, lui avaient enlevé l'île de Rhodes, l'une des plus belles possessions de l'empire , l'avaient battu luiinéme sur mer, près <Jes côtes de Lycie, tt s'emparaient successivement de toutes les places de la Syrie. Honteux de ses revers , il oublia les dangers de l'empire, et, se livrant au fond de son palais à des disputes théologiques (*) , il persécuta le pape saint Martin et les prélats romains. Un dernier crime mit le comble à l'horreur qu'il inspirait ; apr^ avoir forcé son frère Theodose à prendre les ordres sacrés, il le fit tuer. Effrayé des murmures et de l'indignation "de ses sujets , il quitta tout a coup Constantinople , parcourut l'Italie en la ravageant , et mit Rome au pillage. Ses troupes ayant été battues par les Lombards, il vint se fixer en Sicile; mais loin de rendre l'éclat et la vie à cette belle province, il l'effraya par ses violences et l'épuisa par ses rapines.

(•) Voyez nir Im discnsiions de Constant •rec le pape, Vitalie et les détails intéressants rapportés par M. Artaud.

Enfin , en 668 , un Sîdlien, sons t^ texte de le servir , s'introduisît p" de lui pendant quMI était au bain , r lui porta sur la tête un (SMip si ^ lent , qu'on le trouva quelques hw»

après noyé dans l'eau ensanglantai' Arménien, nommé Mizizi, fut|r clamé, malsré lui, empereur à S." cuse. Cet honneur lui coôta (f Constantin Pogonat, fils et sucffs^ de Constant, après s'être fait cpt ncr à Constantinople , se rendit ï"tôt maître de la Sicile, fitmoonr zizi et les meurtiers de son pèn.

Les deux derniers sièclfs ^ domination des empereurs de i ^* ' tinople en Sicile ne présent:' "■'^ des faits obscurs et saiis intm •** tinien le jeune , en 685, y faii ^ tuer à l'église romaine desbiffr^ eagés. En718,ungouvemcor,K'' Sergius, ayant appris queCon^î nopîe était menace par le caille 0 fitcouronner en Sicile un de ses d" nommé Basile, et le fit appeler bère. Léon l'isaurien, après a^ffti poussé les Mahométans, wToni Sicile un patrice, qui rétablit sor-| torité , fit poursuivre Basile, ^ n et lui fit trancher la tête. Sers;c> tint son pardon. Sous le règne d Ir i il y eut des soulèvements en > ' Helpidius, qui y commandait, d^ ' suspect à Irène, qui voulut l*-^ enlever ; les Siciliens prirent le> ^ ^ pour le défendre. Vannée «h»'- | l'impératrice envoya une Ik^tt' une armée pour combattre Heir Vaincu dans plusieurs combat" demander en Afrique une rttra ^ Sarrasins, l'obtint, et y fut reiV " de grands honneurs.

INVASIONS DBS SARBASOTS . «»*

Jamais une époque plus tnTi ne fut inscrite dans les annale? t nation. La Sicile des Grers f^J Romains va disparaître entièren)^ plusieurs de ses antiques àiéf s"' effacées sur le sol bouleverse: l^ coup d'autres perdront jusqu'au ^| venir de leur ancien nom. Les mff les lois, les usdges, le commerce. ■

SICILE

lustrie, k laogae, les arts, la proiriété seront détruits, pour renaître •lus tard avec un autre aspect et sur 'autres bases. Cette révolution deait être lonjgue et sanglante , c'était ncore TAfrique qui se précipitait sur i Sicile.

Dans les siècles précédents, les Sarasîns avaient tenté plusieurs fois de rendre pied en Sicile , et en avaient avagé les rivages. Une circonstance nprévue et de peu d'importance leur vra enfin cette riche possession. £uhémius, homme puissant, à oui l'emereur Micbel-le-Bè^ue avait Jonné un 3miiiaQdemeiit, devmt épris d'une regieuse, l'enleva et lui fit violence.

«s deux frères de la victime allèrent Constantinople demander vengeance

Michel, qui ordonna le supplice du 3upable. Euphémius résolut ciedéfenre sa tête ; il fit révolter l'armée de icile , et craignant d'être tôt ou tard crasé par les forces impériales , il fit reposer aux Sarrasins de les mettre n possession de la Sicile, et de deenir leur vassal, pourvu qu'ils le re- >nnussent empereur. Ces conditions irent acceptées avec avidité. Les Sarisins, commandés par l'émir Adelaiii , débarquèrent a Mazara. Il palît qu'à cette époque il existait encore le ville sur les ruines de l'antique ;linonte. Elle fut prise et détruite ir les Sarrasins, qui en égorgèrent la )pulation , et qui construisirent dans s environs une forteresse à laquelle i donnèrent le nom d'Alcamo : telle t l'origine de la ville qui subsiste ijourd'hui. Bientôt Adelkam se vit siégé dans sa forteresse par les Siiens revenus de la première terreur l'il leur avait inspirée. Mais l'année ivante , une nouvelle armée sarrale accourut des rivages d'Afrique,

lever le siège d'Alcamo et poursuit la conquête de la Sicile. Pour gâter l'esprit des habitants, l'émir sarsîn faisait reconnaître comme roi

Sicile cet Ruphémius qui leur livrait

patrie. Des propositions étaient

(tes dans ce sens aux Syracusains.

sux frères qui connaissaient Euphé-

ius sortirent de la ville , sous pré-

texte d'entrer en néffociation, et lorsqu'il vint à eux, ils le poignardèrent, lui coupèrent la tête et la rapportèrent dans Syracuse. Ce fut le signal d'une résistance désespérée. Pendant un demi siècle les conquérants se virent disputer le terrain pied à pied. Michel-le- Bègue engagea les Vénitiens à joindre leurs efforts aux siens pour recouvrer la Sicile ; mais cette tentative n'eut aucun succès. Messine fut prise en 831 par les Sarrasins, après une capitulation honorable. Adelkam s'empara de Palerme en 832 ; cette ville devint le centre du pouvoir des Sarrasins; le gouverneur délégué par le roi de Tunis y résidait. La Sicile dépendit ensuite du calife d'Egypte. Il prit Modica en 845, et livra, rannée suivante, auprès d'Enna, une bataille sanglante aux chrétiens, qui y perdirent neuf mille hommes. Lentini, autrefois Léontium, succomba la même année. Les califes qui furent successivement maîtres de rÉg}*pteet de l'Afrique, s'emparèrent des villes siciliennes qui râistaient encore; de Butera en 854, d'Enna en 859. Syracuse et Tauromenium étaient les seules qui fussent restées au pouvoir des empereurs d'Orient.

La première fut assiégée en 878, et attendit vainement les secours que promettait l'empereur Basile, et qui partirent trop tard ; la résistance aes assiégés fut désespérée , et les détails de ce siège égalent en horreur tout ce qu'on a raconté des excès auxquels la raim et la fureur ont poussé des hommes réduits à la dernière extrémité.

Enfin cette ville infortunée fut emportée d'assaut et livrée aux flammes.

Les habitants furent, ou massacrés, ou emmenés en esclavage. L'armée sarrasine mit trente jours h détruire les fortifications. L'évêque Sophrone et le moine Théodose , de qui on a une relation de ce siège, furent conduits à Palerme , où ils furent sur le point d'être martyrisés. On croit qu'ils finirent leur vie dans les fers.

DOMINATION DES SABKASINS EN SICILB, •

as 879 è io3t.

Après la destruction de Syracuse,

L'UNIVERS

VMmt dé?Hit le tstitM^ûcs opératîoiis et de la puissance des Marométans, et ils y ccm^lruisfrent des aïonuments qn'on y reoonnsfft encore. Mais leur fanatisme, leurs persécutions oontre les chrétiens , leur farouche mépris pcrar les Tatncos , firent de lenr domination en Sicile une longne époque de trouble et de sang. Il serait fatigant de rapporter en détail l^bistoirt des efforts sans cesse renouvelés des villes contre leurs oppresseurs, des discordes entre les émirs sarrasins, des tentatives infructueuses des empereurs d'Orient pour recouvrer ou secourir cette meflieurense province.

Attaqués sans cesse par des populations réduites au désespoir, les Sarrasins couvraient la Sicile de forteresses et de diâteaux, dont Fexistence est encore rappelée par les syllabes eetUa et cttlatOy qui commencent les noms de plusieurs villes modernes de la Sicile. Les couvents étaient cfaangi^ en redoutes; les monuments de Pardiitecture grecque et romaine se couronnaient de créneaux; le superbe théâtre de Tauromenium était un (joste souvent assiégé; le san^ coulait sur les gradins. Les Sarrasins sortaient de leurs repaires inaccessibles, et enlevaient les femmes , les enfants et les bestiaux. On voit cependant Alhassan,

{gouverneur de Sicile en 885, rendre a liberté aux Syracusains prisonniers.

Quatre ans plus tard , une flotte romaine est battue près de Milazzo.

C3nq mille chrétiens périrent dans ce combat. Léon-le-Sage conclut une trêve avec les Sarrasins en 896. Vers 900, la guerre s'élève entre les Sarrasins d'Afrique et ceux de Sicile. Palerme est prise et saccagée. Tauromenium éprouve le même sort en 908; Févéqoe Procope fut martyrisé.

Ces combats sans cesse renouvelés des émirs mahométans entre eux , et des Siciliens contre les émirs, sont les seuls et monotones récits que l'histoire de Sicile présente jusqu*en 956.

Les chroniques arabes qui rapportent tous ces faits obscurs diffèrent en quelques points des historiens du Bas- Elnpire; et ces légères divergences

dans ces jwes n triÉtoi A ta • faible înfterét ne méritent pa ée è> venir f olget d^unecrifique oàa^iÊm.

En ^6, iine eipéAiliea, œww par Constant» PorphyraeÉnète. t barqua en Sîcifte, s'enipara deThoK^ livra un combat près de Mazan; mi vers la fin de 959 « les Grecs fv« complètement défaits; la Svraf vainqueurs efmnepèrcM en h^ trente des phis riches d des plat Ouents des Siciliens, et firent dr»

cire quinze notRe enftnts. Ces mt\ ces ne firent qa*exoiter df sorefl soulèvements. Taoromeoiunif rprt en 962, et itit prise en 96S.

Deux ansplos tard, Nieé|Afl?'^ cas tenta de nouveau de rràn^' Sicile. Manuel, cousin de reop; fut mis à la tête de Farroée. ifi > buts furent brillants. Syraose, ^ mère, Tauromenium, Lentioit"^ rent en son pouvoir; tes Strrri effrayés se réfugièrent dans \ns^*^ teresses et dans les eom des cm tagnes; mais Manua s*étant vr.:!

imprudemment dans ces dé6les,)j détruire son armée, et lui-ni^^ fait prisonnier; les barbares toit" pèrent la tête. La flotte qui ^^ amené fut détruite à son tour. I nouveau gouverneur arabe , Afcrifl san, reprit toutes les villes oui, à l^ des Grecs, avaient secoué le jocç^ rasin, et, en 976, Taonmm.i^ cienne Tauromenium , fiit entîmi* détruite. Les succès d'Abulcassc i mirent cependant pas un tenw | révoltes des Siciliens, pour oui \f ; des infidèles était odieux. LW livra encore trois batailles, dan5 ' desquelles il fut tué en 98M ' plus tard les Grecs et les Sarr.

s'allièrent pour combattre, en I- ' l'empereur Othon, qui fut aJteno* * ment vainqueur et vaincu. U^ d'Othon mit un terme a cette ^ mais les malheurs de la SieiKoi trouvaient aucun. Les Sarrasins, o| ses entre eux, s'y fireot une pJ** acharnée jusqu'en 1016. Peu dctrai après, Basile et Gonstautio, toy^ d'Orient, envoyèrent une uwet \ Sicile, sous la conduite du patn

SICILE

hreste. Alkakem, gai gonvernait ^ois ette ppoyfnce, âént les Grecs.

Les émirs siciliens depuis plusieurs nnées secouaient le joug des califes * Afrique. Les chrétiens de Sicile, trop aibles pour résister à leurs cruels tyans , s adressèrent à ces mêmes cali- 5 qui les avaient soumis, et imploréent leur secours contre Alkakem. Le ouvemeur d'Afrique fit partir aussl- Dt une expédition commandée par son 1s Abdallah. AHiakem se renferma ans la forteresse d*Alkassa, près de ^alerme , et fut tué en se défendant, lais le Tainqueur lui-même ayant inisposé les Siciliens, se vit attaqué par ux et fut forcé de retourner en Afriue. Bientôt, en 1038, la Sicile, devekue tout-«>fait indépendante des califes, ut déchn*ée (^ar des partis intérieurs t par des émirs rivaux. Deux frères, LppoHophar et Apochaps, se disputéent avec acliarnement la possession le cette tie désolée ; ils ap|)elaient alernativement comme auxiliaires les brétfens et les troupes d'Italie , ou ss Sarrasins d'Afrique.

qfiBARQUSMBMT JDffS' MANIACte Elf SICILE, KT PRBMlàRBSXPEDlTlOiM DES MOABIANBS JBN I03S.

A Texemple d*Appollopbar et d'Alochaps, divers chefs sarrasins s'éaîent rendus maîtres de Syracuse, de Satané, d*Cnna, deTrapa'ni, d*Agri- ^nte. La Sicile dévastée semblait réte à devenir la proie du premier onouérant qui viendrait s'emparer de es débris. IH>ur la dernière fois, I emereur d'Orient crut encore le molent fElvorabie pour rattacher à son mptre affaibli cet antique fleuron e la grandeur romaine. Michel le Paihlagonien, qui pégnait alors à Cohtantinople , fit sonder Appollopbar, ui écouta ses propositions. Dès kirs empereur d'Orient ordonna de grands réparati&, et forma une flotte et une rmée d'expédition , dont il donna le ommandement au patrice Maniacès.

<a guerre entre les deux frères les vait contraints tous deux à recourir à es secours étrangers. Apochaps avait ppelé ides Africains, et son firère,

les troupes impériales dltalie. Mais tout à coup s'apercevant que leurs divisions allaient livrer la Sicile à des mains étrangères , ils s'étaient réunis pour faire tête à ces dangereux auxiliaires; ainsi Maniacès en débarouant ne trouva que des ennemis. Toutefois il mit le siège devant Messine j mais apprenant que des secours arrivaient d Afrique pour soutenir les émirs siciliens, fl réclama à son tour Passistance de ces illustres aventuriers normands qui , sous la conduite des fils de Tancrède de Hauteville, étonnaient l'Italie de leur valeur et de leurs exploits. Avides de gloire et de dangers, ils servaient ou combattaient les petits princes divisés de la PouOle et du royaume de Naples.

Gaimar, prince de Salerne, qul^ dans ce moment, les avait à son service , et qui craignait leur audace et leur inconstance , fut le premier à les engager à passer en Sicile. L'histoire ne fait monter leur nombre qu'à trois cents, et dès lors leurs succès sembleraient fabuleux , si , par ce nombre , on ne devait pas entendre des chevaliers qui conduisaient chacun une troupe de simples soldats soudoyés.

En effet, on les voit paraître devant Messine, inutilement assiégée depuis long-temps par toute l'armée des G recs, et cette ville succombe sous leurs terribles attaques. Syracuse , commandée par un guerrier sarrasin , l'effroi des Grecs, voit ce redoutable Africain percé d'outre en outre par la lance de Guillaume Bras-de-fer, un des chefs normands, et se hâte d'ouvrir ses portes. Appollopbar et Apochaps s'approchent a la tête de cinquante mine Sarrasins. Guillaume, sai^s attendre les Grecs , court avec ses Normands au-devant des emtemis, les atteint

f^rès de Rametta , les taille en pièces , es poursuit à outranœ. Mais en revenant , il trouve les Grecs s'emparant du camp , des trésors et des dépouilles^ fruits oe sa victoire. Indignés de cette ingratitude, les Normands repassent brusquement en Italie; bientôt Maniacès , en butte aux Intrigues des conrtisans, desservi par le pSrtrioe Etienne*

SICILE

hapelle souterraine porte enoore le ^pe original, bizarre, incorrect, et lus singulier qu'agréable, du gÎDÛt orrompu et de Tart grossier de ces iècles d'ignorance (Toy. pi. 90). Les ourbes sans grâce des voûtes du souerrain viennent retomber sur des piiers ronds et courts, dont les larges ailloirs sont hors de proportion avec eis fûts de ces colonnes barbares. Du ^ste , les flancs, les cintres et les arènes des voûtes, les lourds culs-de-lampe qui pendent des points de section ie ces arêtes , sont décorés avec profusion de rinceaux, de feuillage, d'arabesques, de guirlandes, de méandres dores, de figures d*anj:es et de saints, les uns relevés en demi-bosse, les autres peints sur des fonds unis.

C^ dans le trésor de cette église que se conserve une lettre dont s'enorgueillit la dévotion des habitants de Messine, et sur laquelle la pieuse érudition de plusieurs écrivains siciliens a enfanté des volumes, dans le but d'en démontrer l'authenticité. Suivant cette tradition , si vivement défendue , et adoptée avec une foi naïve et sincère, qu'il faut peut-être respecter comme toutes les vieilles cropnces des peuples , elle aurait été écrite aux habitants de Messine par la mère du Sauveur, la quarante-deuxième année de rère chrétienne. JNous pourrions nous dispenser d'assurer que les nombreuses preuves fournies par les commentateurs de cet écrit révéré ne soutiennent pas l'examen d'une critique éclairée.

On remarque, dans l'église supérieure, vingt-six belles colonnes antiques de eranit égyptien, qui turent emplovées lors de ^a construction primitive. On y voit aussi , parmi les décorations ajoutées depuis , des bas-relie& du Ghagini, sculpteur sicilien du 15' siècle ; des peintures du Quagliata, et de très-belles mosaïques en pierre dure. C'est dans la cathédrale de Messine, décorée et ilhiminée, à cette occasion , avt« une magnificence extraordinaire, que commence, tous les ans, la fameuse fête de la Varra, Des deux côtés oe la porte de l'église, on place

deux statues colossales, d*mi aspect terrible, qui représentent le ^eant Griffon , Sarrasin redoutable, vaincu, suivant les traditions populaires, par le comte Roger ; et , vis-à-vis du géant, la princesse sa femme , non moins grande et non moins méchante que lui. Leur histoire est encore, en Sicile, l'effroi des femmes et des enfants. La forteresse de Matta Griffon, qui domine Messine, semble aussi lui devoir son nom. Nous remarquerons ici oue ce nom , redouté des Siciliens , est celui que les compagnons de Richard , oui

Sartirent de Messine pour la conquête e la Terre-Sainte, donnèrent aux Grecs de l'Ile de Chypre, dont la per> fidie leur tendit tant de pièges pendant l'expédition qu'ils y firent. On trouve, à ce sujet , des détails aussi curieux

au'intéressants dans la correspondance 'Orient de M. Michaud. Du reste, la Varra est une machine énorme , espèce de jeu de bagues à plusieurs étages, ' dont chacun est couvert de femmes , de jeunes gens, de prêtres, et d'enfants habilla magnifiquement en vierges, en anges, en saints, en prophètes.

Sur le sommet de la machine, on place la plus belle femme de Messine , qui repr^nte la sainte Vierge. Cette pyramide tournante a une base très-ridie, portée sur des roues; des prêtres et oes confréries traînent cet édifice mobile, combiné de manière que le mouvement des roues fait tourner avec rapidité la pyramide, les anges, les sanits , les vierges et les pontifes. Ce spectacle extraordinaire attire une foule d'étrangers à Messine, et excite chez les habitants une vive dévotion,

3ui se manifeste par les plus bruyantes émonstrations, par d'abondantes aumônes et de riches présents.

La possession de Messine devenait, pour les princes normands , dont la puissance et les forces occupaient le midi de l'Italie, la clef de la Sicile, et le point important sur lequel allaient s'appuyer toutes leurs opérations. Messine avait toujours été cPun grand poids dans les circonstances qui avaient décidé du sort de la Sicile. Prise et reprise sans cesse, vingt fois détruite, et tou-

t fïïT 0ier* Le» Sarraftins enHRVinés ans le pUne regardaiciit arœ népris ss efTorts des assiégeants. Des soldais brétiens q^*ils avaseat daas ieurs angs, el qui se Irouvaieiil dam la dadeUe^ doutèrent vers Rabeft Guisard, et eoovinrentde lui en ouvrir /es ortes à un jour Sxé. Les Sarrasins urpris se défendirent avee acharnenent; en même temps, Roger pénétra lans une partie de la ritie, et vint outenir son frère. Le lendemain, les iarrasiDs capitulèrent et remirent les juartiers qu'ils occupaient encore, .e premier soin des vamqueurs fut de »âtir deux citadelles pour s'assurer de 9 ville; Us divisèrent ensuite la Siîle en poaaessions* féodales, qu'ils partagèrent entre leurs neveux et les principaux ehefe qui les avaient ailés. Cependant ee partage était moins elui de domaines acquis que de oon- [uétes à faire et de combats à livrer, ^es chefs normands ne cessèrent pas , tendant plusieurs années, d'avoir à epousser des armées sarrasines que Afrique jetait sans cessesur leurs riages. Souvent vainqueurs, quelçiuefois urpris, ils avaient à surveiller et ou vent à combattre la nombreuse lopulation sarrasine de la Sicile. Ser- >n, le neveu de Roger, et Tun des •lus intrépides cbefiB des Normands, ut tué dans une embuscade en 1072.

léfugié sur une roebe , du baut de iquelie il se défendait contre une foule iVnnemis, il liit criblé de Hèdies, et e lieu porte encore le nom de la robe Serton. Roger lui-même , quelques nnées après , courut le même danger res de Catane; mais il en sortit plus eureusement.

Rubert et Roger eurent aussi des <^.méles avec le pape, relativement à investiture du royaume de Sicile; un r«iité y mit Un en 1077. Enfin, Robert Guiscard, après avoir porté ses rmes dans la Grèce et dans TOrient, ù déjà la puissance des Normands luait un rôle important et se rendait edoutable aux eroperpurs grecs, terlina sa glorieuse airri ère sur les cotes e la Grèce. Le comte Roger continua a sienne avec plus d'éclat encore,

nais dans une aotîvité contrauelle, sonmettant les villes encore occupées par les Sarrasins , repouaunt les dersiières tentatives de ces peuples, apaisant les discordes qui s'élevaient entre se» neveux, et donnant am pa3Fs quMl avaitooamiis de sages réglementa. Les formes reodales gu'il mtroduisiil en Sidie n'eurent point le earaetère de la violence ou de Tanarchie. Leadroits des barons, et leurs oblifptions envers l'état et envers leurs suiets*, y lurent établis avee assea d'babilelé et de nwdération.

Syracuse, Noto et Butera furent les dernières villes qui tombèrent au pouvoir de Roger. La tin de son règne fut assex paisible ; il en proflta pour réparer les édifices publics. Les églises et les monastères lurent relevés et décorés avec magnificence, et , à cette époque où les arts étaient tombés en Europe dans la ph«s profonde barbarie, on s'étonne qu un prinee qui devait sans cesse avoir le glaive à la main, ait pu construire des monuments dont sa patrie originaire ne pouvait alors lui fournir les modèles.

Roger n'eut point d'enfants de Judith, sa seconae femme, dont nous avons parlé; mais Éremburge, sa troisième , lui donna deux garçons et six filles. Il avait eu de sa première femme plusieurs enfants avant de partir pour r Italie; entre autres deux garçons, Gcol'irov et Malger. Un troisième , nommé J ordan , parait avoir été un bâtard , et reçut un fief en Sicile. Tous ces princes moururent jeunes; Roger, qui n'avait conservé que ses fîUès , qui furent toutes mariées , devenu veu? une troisième fois , épousa en quatrièmes noces Adélaïde , tille du marquis de Montferrat; il en eut trois fils : Simon , Geoffroy, et enfin Roger, dont la réputation égala la sienne ; ses neveux et petits-neveux, qui possédaient aussi des villes et des comtés en Calabre et en Sicile, formaient l'ornement et l'appui de ce trône nouveau^ Leurs godtscbevaleresques ajoutaient à son éclat; quelquefois aussi leurs divisions et leurs querelles en troublaient la paix.

L'UNIVERS

^ Roger, tranguille possesseur de la Sicile et de Pltalie méridionale, termina, à 70 ans, en 1101, dans une ville de Catabre, sa glorieuse carrière. Les chroniques, gui conservent les événements de sa vie aventureuse, sont mêlées de faits exagérés, d'anecdotes peu probables; mais elles peignent la oouleur de ces temps de crédulité, d'héroïsme, de zèle religieux, de témérité chevaleresque. Le mélange des mœurs musulmanes avec la rudesse des peuples du Nord; des tournois et des combats sinf^uliers, avec le luxe et la mollesse asiatiques; les derniers des Romains paraissant à côté des chevaliers français et des fianatiques et superbes entants de Mahomet; les turbans auprès des casques; les ermites et les évéques vis-à-vis des santons et des muphtis; l'ignorance du Nord, la décadence de lx>rient, Téclat momentané de la science et des arts des Arabœ; tel est le type singulier dont l'empreinte se trouve, surtout à cette époque, dans l'histoire de la Sicile.. Peut-^tre ces annales bizarres , mais neuves et originales , furent-elles la source de ces riches, poétiques et piquantes fictions qui, plus tard, sous ia plume deTArioste et du Tasse, étonnèrent les nations nuKlernes , dont elles font encore les délices.

SINOH.

Ce jeune prince était mineur h la mort de son père ; on ne sait même

{>as combien oe temps il a régné. Adéaïde, sa mère, fut régente. On croit que ce règne obscur ne dura qu'un an ; quHques-uns lui donnent quatre années d'existence. Du reste, on ignore également où Simon mourut et fut enterré; il paraît que Geoffroy l'avait précédé duns la tombe, car ce fut Roger, le troisième (ils d'Adélaïde , qui succéda à son frère.

' ROGER n.

Dès sa jeunesse, il annonça les rares qualités de son père. Sa mère l'eut à peine placé sur le trône, qu'elle Tabandonna, pour aller épouser Bau-

douin, roi de Jérunicm, qii bi^ pudia et la renvoya en Siole en w^ elle y mourut peu de tenpi a^ Rocer, livré à lui-même, moirtnç * le-champ toutes les qualités tmçm.

homme. Il rétablit d'abord es > Tordre public et Pautorité du pio^ nement, qui s'étaient rettcbésiimb sa minorité. Malte, occoDée pr ' Sarrasins , avait seoooé le jov souverain de la Sicile: Roger bsr de nouveau , et passant ensoitc tt ' lie , il y reprit les villes et les 4bT. nés que là premiers chefs nora-:

avaient possédés dans la Fouille tfii" la Calabre. Paisible sous œ pnni^ et belliqueux, la Sicile n'avait i^^ frir ni de ses entrq)rises,>i<ie^ combats. Le pape Honoriuf «^ mettre un terme aux progrèsdeK .

La tiare du pontife s'abiissa 6e^ l'épée du guerrier , et le pap k forcé de lui donner l'investituir • duché de la Fouille. Bientôt Bocrrtrouva l'arbitre et le régublwr intérêts de tous les petits états (k talie. De retour en Sicile eo i après s'être assuré du consentent' de Tanti-pape Anarlet, quidisptt.

trône pontifical à innocent H ^ A- r^ convoqua les barons et les cooit» ^ ciliens , et se fît proclamer roi. ^ sacre se fit à Païenne avecuoegr.^ magnificence.

La Fouille et la Calabre secoorr:> bientôt le Joug du nouveau roi. i^ barons révoltés remportèrent dat-^ une victoire complète. Roger ^~ avec énergie contre la fortune,^" parut bientôt avec de nouvelles \(fi^- Il reprit l'ascendant qu'il avait p'''^ effraya ses ennemis, découragea '^ uns, regagna l'appui des autres, e^' lia par de nouveiiux traités.

Cependant bientôt Innocent H l'empereur Lothaire se dédarfrf ouvertement contre lui ; ibsoliK^^j" les Fisans , alors maîtres de U «^^ de diriger une puissante flotte c^"' Roger. Cette lutte fut longue eç<»; gereuse ; le roi de Sicile se «t ^ lever successivement les villes pn*pales de l'Italie méridionale. M'i^' pape et l'empereur s'étant brou'i^'

SICILE

» Pisans retirèrent leur flotte, et Loger put combattre avec succès ses iinemis , doht le plus acharné , le plus ctif et le plus haDile, était Ranulphe, on beau-trère. Désespéré des progrès u roi de Sicile , il prit le parti de lui vrer bataille, et le défit complètement. Loger ne fut point abattu; il continua lutter contre le pape, Tempereur et lanulphe. Mais Tempereurétant mort, t Ranulphe Payant suivi de près, les hefs de la Fouille et de la Calabre econnurent successivement Tautorité u roi de Sicile; et le pape s'étant vaiicé à la tête d'une armée assez uomireuse, fut enlevé par un corps détaché [ue conduisait un fils de Roger. Ce oup bardi amena bientôt la paix ; Inlocent II accorda toutes les investitu- €8 que demandait Roger, et le ainqueur fit en échange toutes les ouinissions d'un fils repentant.

En 1 146, Roger porta ses armes en Afrique, et rendit les Arabes tribuaires. En 1148, on voit pour la prenière fois, le roi de Sicile prendre art aux démêlés des croisés avec les mpereurs grecs : la flotte sicilienne 'empara des c^tes de TAcarnanie, de Ktolie et de VWe d*Eubée ; Corinthe , lièbes et Athènes furent rançonnées ar les Siciliens. Ils éprouvèrent ceendant, à leur tour, des revers, et ireiit défaits par Alexis Comnène, 3usin de Fempereur Manuel, et qui ion ta depuis sur le trône de Constannople. 11 y eut une paix de peu de urée entre les deux puissances. Dans ne de leurs expéditions navales , les iciliens s'approchèrent de Constantiople, et les plus déterminés d'entre jx pénétrèrent dans le palais impéial, dont ils pillèrent une partie, îisulphe, un d'eux, ne put ravir que uelques petits pots qu'il trouva dans îs cuisines. Ce singnlier trophée lui t donner le sobriquet de Pignatelli , e pig natta ^ pot en italien, être nom >t resté à l'illustre maison dontce Gijlphe fut la source.

Quelques historiens prétendent que cuis -le- Jeune, roi de France, fut sur 1 point d'être pris par la flotte ^reçue, ea revenant de la Terre-Sainte.

Les vaisseaux de Roger , qui se trouvaient en vue , accoururent à son secours, et le dégagèrent. Ils étaient commandés par Georee, le plus habile des amiraux de la Sicile. Du reste, ce fait a été contesté.

Rogner employa les loisirs que lui donnait la paix à fortifier et embellir la ville de Palerme, où il voulait établir sa résidence et celle de ses successeurs. Il assura aussi le sort de ses états en faisant couronner le prince Guillaume, le seul de ses fils ne^ de son premier mariage qui eût survécu à ses quatre frères, morts dans leur jeunesse. Roger, depuis, s'était marié quatre fois ; sa dernière femme s'appelait Béatrix ; il la laissa enceinte, en mourant, de la princesse Constance, que nous verrons reparaître plus tard sur la scène. Roger, après avoir régné trois ans avec son fils , mourut à Palerme à l'A^e de cinquante-six ans. U laissa la Sicile riche, florissante et redoutable. U y protégea l'industrie et les sciences; ce fiit sous son règne qu'un Arabe , réfugié en Sicile , exécuta un globe d'argent qui pesait huit cents marcs, et sur lequel il avait gravé les pays alors connus. Il en fit une explication très-étendue, dont l'abrégé nous est parvenu sous le nom du Géographe de Phobie.

GUILLAUIIB !•'.

A peine assis sur le trône, ce prince eut à lutter contre deux ennemis puissants , les empereurs Frédéric Rarberousse et Manuel Comnène.

Chacun d'eux regardait la Sicile comme une province de son empire, et les rois normands comme des usurpateurs. L'empereur grec arma une flotte de cent quarante navires; elle rencontra la Hotte sicilienne qui revenait d'Egypte richement chargée ^ et l'attaaua avec vigueur ; mais les Siciliens lurent vainqueurs et firent prisonnier l'amiral grec Constantin l'Ange, oncle de Manuel. Pour augmenter les embarras de Guillaume, le pape Adrien VI se déclara contre lui et fit soulever les barons de la Pouille et de

ruNiVBms.

la CaUbre; GMamm favçs le |iape à mamr on traité, et défit ses vassaux «miles. Mais Mentdt ils furent sou^ tenus par des trouoes que Manuel en*- Yoya en Italie; GuAlaume éprouva des revers, et finit, à force de courage et d'activité, par repousser les Grecs et par réduire ses bavons à l'obéissanee;

SUisieurs furent dépouillés de leuis efs.

La paix extérieure que GuîNaume venait d'assurer fut suivie de troubles intérieurs, oecasionés par Tarnbition et les intrigues de deux bonmes entreprenants oui s'assedèrent pour s'emparer de 1 esprit du jeune roi et le conduire à leur volonté.

L*un était un ministre nommé Majone, et Tautre Hugues, archevêque de païenne; un sacrilège consacra leur crimineHe alliance. Ils commencèrent par semer la division entre le souverain et les eomtes les plus puissants; les intrigues et les révoltes se multipliaient à la eour et dans les provinces ; Majone fomentait les mécontentementç et s'attachait les mécontents.

Bientôt il crut le moment arrivé de les pressentir sur Texécution de ses noirs desseins. La mort du roi fut résolue, mais les conjurés ne purent s'entendre sur les suites qu'ils donneraient à leur forfait. La méliaace se mit parmi eux. Majone chercha dès lors a perdre des compétiteurs dangereux. Il les rendit suspects, et fit supplicier plusieurs d'entre eux; les autres prirent les armes; Guillaume marcha contre eux en Italie et en Sicile, et fut victorieux. Mais les menées criminelles de son ministre lui firent perdre l'Afrique, après une suite dereversdont Majone profita pour le rendre odieux. Toutefois ces projets coupables excitèrent findi^ation des seigneurs de ritalie et de la Sicile ; une clameur générale s*éleva contre lui. Un comte tonnelle , jusqu'alors son complice, ayant été chargé de prévenir les esprits en sa faveur, devint an contraire son ennemi. Déjà cependant le jour où l'on devait tuer le roi était fixe, ftlais une dernière conférence ayant eu lieu avant l'exécution, entre le ministre et i'ar-

fAevéqoB Angues, pow rt^hr ks âles de l'événeraent , ils ne niRflt <t corder, feignirent d^abemoiicr K** projets , et se aéfMrèrrnt déddcs> • cun de leur odte, a se ééhm fun ' Tautre. Majone fit empoisoiwfr ! * «hevéque, dont la santé robitstr '; seoleHMnt altérée par le poisn. 1> cbcvéque à son tour s*eiitcndt rr Bonnelle qui venait d'arriver a f^ me. Lecomte attendit Majoned» w* rue de b ville, et le tua de si bu:

La mort de œ scélérat ne fiCf^»

pendre un moment les intric^^ les conspirations. De nowelks v -^ ourdies par Bonnelle, et dans k^'' - '' entrèrent même les princes dr..> mille royale, ne lurent pas asK '-.

découvertes, et le roi fut toi^^"' arrêté et même près de perdre .

On proclama roi son fils Roçn. V le [)euple s'indigna bientôt et & ' Guillaume. Dans le désordrr q^)*' suivit, le prince Roger fut bio-v % ■ flèche et n'en vint pas moins tj"* soumission à son nere, qui le rf«>^'' d^'un coup de pieo. IJ mourut [•«'> iours après. Guillaume eut tr\^*^ lutter long-temps contre les stl^-' ' révoltés et contre Bonnelle, qu • ' par surprendre, et auquel il lit «"^ les yeux et couper les jarrrts. 1 en 1166, la mort délivra laSici>^* prince que l'bistoire a flétri du :

de Mcumais.

CmiXAUMB U Ll lOlC.

Guillaume n*avait que doov • lorsqu'il monta sur un trône 8::i' tant de secousses, et atiaiUifvir discipline et la discorde. LaretiK ^ guérite, sa mère, régente du row-> ne put, au milieu des ^sctions et ^' intrigues qui divisaient la cour< r fermir le sceptre et faire resp^*' son autorité. Le choix d*uo ^ ' que de Palerme devint une sourr^* cabales, et les ministres , ks en -' les prélats s'emparant alternat/»''"^ de l'esprit de la reine et de sun ^^^^ rite, livrèrent le ro>'3unie, fatisu^ leur ambition et de leurs brieue^j^ des crises sans cesse renaissaole». i-

SICILE

St

utre fléau vint en même temos efrayer la Sicile. L'an 1169, un atfireux remblement de terre ébranla toutes es villes voisines de TRtna. Catane ut renversée de fond en comble; uinze mille de ses habitants périrent ous les ruines; Tévéque fut du nombre. Lentiniet plusieurs villes voisines le Catane et de Syracuse eurent le iicme sort; la mer auprès de Messine 'éloigna tout à coup du rivage, et evenant ensuite avec fureur, menaça l'ei.gloutir la ville; le sommet de Etna s'affaissa du côté de Taormine.

Cependant le roi avait atteint sa najorité; on lui fit épouser la prinesse Jeanne, fille de Henri II, roi 'Angleterre. Dèsfce moment, le jeune ci déplova des talents , un caractère t des vertus qui le firent respecter et liérir de ses sujets; il rétablit par sa afîesse et sa fermeté l'autorité chanelante, et porta au plus haut degré induence de la Sicile dans les affales de l'Europe. Le pape et l'empereur 'Allemagne le prirent pour arbitre e leurs différents ; bientôt Constaninople, qui gémissait sous la sanlante tyrannie d'Andronic Comnène, ttira son attention, et sollicita peuttre son ambition. Alexis Comnène, .ersécuté par Andronic , s'était réfu- ;ié en Sicile, et excitait Guillaume à ourner ses armes contre le Néron du îas-Empire. L'armement du roi de iicile fut formidable. A peine arrivés iir les côtes de l'Épire, les généraux iciliens s'emparèrent de Durazzo, et lussitôt après de Thessalonique , qui ut traitée avec la dernière rigueur.

Cn vain son évéque Eustathe , le célèbre commentateur d'Homère, cherha-t-il à fléchir la colère des vainliieurs ; ils respectèrent les vertus et 3 science du prélat, mais son troupeau ne fut pas épargné. Andronic, ffrayé des progrès de l'armée siciîenne, lui opposa un corps de troupes oinmandées par Branas, qui fut comklétemeot détait. Ces revers excitèrent lans Constantinople une révolte qui c termina par la mort tragique d'An- |ronic,et par le couronnement d'Iaac l'Ange. Depuis ce moment les

«* Livraison. (Siciub.)

affaires prirent une autre face; les Siciliens éprouvèrent des^défaites successives, que quelques historiens attribuent autant à la ruse et à la iierfldie des Grecs qu*à leur courage. Les généraux de Guillaume furent faits prisonniers et abreuvés d'humiliations a Constantinople. L'armée et la flotte revinrent en Sicile à moitié détruites.

La paix suivit de près ces événements.

Cependant le roi de Sicile conserva encore en Épire la ville de Durazzo , que dans la suite il rendit volontairement, parce que la possession lui en était trop onéreuse (*).

(*) Ce fut pendant le cours de cette guerre que fut élevée à Palernie la magnifique catliédi-ale oui sQl)sû>te encore; monument précieux^ au style mauresque , où l'on retrouve le goût et l'art original qui produisin*nt en Kspagne les palais de (Grenade et les mosquées de Cordouç, Sous le rapport des lois d'une arebi lecture régulière , sans doute ce singulier édifice ne supporte pas un examen sévère ; mais son aspect riche et pittoresque , la variété de ses ornements , son caractère oriental, qui ue permettent pas de le confondre avec les productions de Tarchitccture dite gothique, lui donnent un genre de beauté et d'élégance dont il est impossible de n'élre pa* frappé (voir pi. as). On remarquera dans la vue que nous en donnons , Télégance et la richesse asiatiques du portail latcral , la lé^ gèrelé et la cou|)e agnalile de ses ogives, l'effet brillant des ornements du fronton et des coloniieltes , les broderies du bandeau qui règne sin* toute cette façade , l'air de grandeur et de hardiesse que lui donnent les flè<'hes qui le surmontent , et même les deux grands arcs-boutants qui , du côté de la principale entrée, s'élancent du front de l'église, et l'unissent à un vaste bâtiment construit en face. Au reste, ces singuliers accessoires n'ont pas dû entrer dans le i>lan primitif du monument. Ce fut Gauthier, ardievèque de Palernie, qui le fit élever et terminer en vingt-lrois ans , de 1 1 66 à 1 1 ^g. Cette belle église fut depuis dédiée à sainte Rosalie , à l'époque et à l'occasion de la découverte des ossements de la sainte : nous en avons parlé précédemment. L'intérieur de l'église, décoré et changé par des mains différentes pendant le cours de plusieurs siècles, n*ipiÉta|i caractère générique, ni

rUNIVERâ.

Guillaume avait rendu la marine sicilienne redoutable sur toute la Méditerranée. * Ses flottes portèrent de puissants secours aux croisés , dont la situation en Palestine devenait de jour en jour plus périlleuse. Jérusalem venait de tomber au pouvoir de Saladin; Tyr et Antioche allaient succomber.

Les troupes envoyées par Guillaume contribuèrent ù dégager ces deux villes. Les flottes siciliennes étaient commandées par l'amiral Margaritus, dont la réputation était si grande qu'on le nommait , ou Neptune , ou le Roi de la mer. Il parait que Guillaume avait recouvré plusieurs villes d'' Afrique.

Jamais la puissance de la Sicile n'avait été portée si baut. L'Italie méridionale, les rives de TAdriatique et celles de rAîrique obéissaient a son souverain. Guillaume n'avait encore que trente-six ans, lorsque la mort vint l'enlever à l'amour de ses sujets,

?ui lui donnèrent le surnom de lion.

i fut enterré à Montréal, qu'il avait orée, et que le pape, à sa demande, avait érigé en archevedîé (*).

rien de remarquable sous le rapport de l'art; mais on y a prodigué les marbi^es rares, les colonnes pn'cieuses, les sculptures , les oi-nenienis de toute espèce , les dorures, en un mot, tout l'aspect d'une pieuse magni licence.

(*) La situation de Montréal suffirait seule pour en faire un lieu remarquable. Assb sur la pente des monts qui dominent Palerme du côté du couchant {voy. pL a3) , œ beau séjour s*éle%e au milieu de fertiles jardins , de casins riants , à I extrémité d*utie route bordée, preM|ue sans interruption, d'habitations charmantes, dont la vue s'étend sur cette plaine si riche , que les anciens nommaient la vallée d*Or, et dont Palerme occupe le centre, l^es deux principaux édifices qui décorent Monirc'al, la catliédrale et le couvent des bénédictins, ont été construits par GuiUaume-le-Bon, et embellis à remi d'âge pu Age par ses successeurs. De l>eaux tableaux, dont plusieurs dus au pinceau de Piéiro-Novello, dit le B4oréalese, peintre célèbre, auquel les Siciliens ont donné le surnom de Divin; dea sculptures exécutées par le Gagini; des antiquités précieuses; des nuubres el des mo-

Guillaume n'avait pas hissp f." fants légitimes , et il parait qu i ^ gardait comme tiéritière du w^ de Sicile, sa tante Constance, posthume du roi Hoger, et frai!.- Henri , fils de Tempereur d^^t^ gne. Mais la domination atlf* était redoutée des spi^eurs si- ' on ourdit une fable à t'aide de 1 1 on légitima la naissance de Taf t

Eetit-filsdu roi Roger par un^ :

atarde. Il se liâta de saisir )p ^' tre> et fut couronné roi a P"-" en 1190. Après avoir apaisé ^i * troubles intérieurs , îl passa <*n I' dont les grands vassaux sembloM* cliner pour Henri. Tancrède \r son rival, réduisit les provin^^ tiennes à l'obéissance , et l'ann^ vante fit couronner, et s'assor^^ fils Ro<;er,qu*il venait de tn^r'- Brindisi avec une fille d*Isaac Ta^

saîqties dont le traTaîl disputait i U fk' '^^ décoraient IV-glise ct«* Pabba^e. V'- 1 8 1 1 un violent incendie rndomnio édifice, et détruisit ses plus baut ' ments. Cependant on trouve rorop- < dans son voisinage un aiifre nMnisw ' celte curieusi* éfioque, et dont IVk-:

la légèreté , la ponijie orientale n ^ twnise, auraient au!<»i lM<«n (igurr ^ • palais chevalehoues des Zégris H dn < cerages que dans Tasile pieux de rr . ^ voues à la prière et à la méditatioB: ' le cloître des bénédirlins de Moiformé de portiques k j<»ur, liés par J<^ ves d'une courbe a^al>le, dont W^ '" bées s appuient sur des coloniiC!^ .

plées, au nombre de cent scixe, toiil'^ *' corées de toi-sades, de rosaces , dr b^^ d*un riche deNsin , d*uiie variété étob et incrustées de pierres précieuse^ ' ' marbres rares. les rhapîteattx M>ni(' tés arec une recherche et un *oin m» » blés; ils se eompixeiit de lAles d'an* de fleurs, de fniits. Le ckntre, m|>) plusieurs divisions par ces élérant* | qiies (vof. pi» a4), est orné aepii>^ ^ fontaines jaillissantes, dont Icsraui rr tées s'clanceot dans l'air et irtomliri" • de helles vasques au milieu de (lotp^^ fleurs et d'ai bustes odmiliTasU»

SICILE

SI

ipereur d*Orient. -Les noces furent ebrées avec une grande ma^nlfiire , comme si le royaume jouissait me paix profonde , et cependant 'nr'i n'avait pas renoncé à soutenir ; droits au sceptre de la Sicile et de tal le méridionale. Outre Tinquiétude e lui donnait ce prince, Tancrède )it vu tout à coup la seconde ville ses états, Messme, occupée par ilippe-Augusteet Richard, roi d'Anterre. Ils relâchèrent dans cette le, à la tétc d'une nombreuse armée croisés. Leurs divisions et leurs ?relles y portèrent souvent le dédre, et les droits de Tancrède fuit sans cesse méconnus par des nées qui marchaient en aveup;les à 'onqtiete de TAsie, et que le inoin- ! obstacle irritait; ils se disputèit les forts qui défendaient Messine, surtout celui de Matta-Gritfon .

\t Richard s'était emparé, et qu'il raser au moment de son départ, lippe -Auguste avait auitté la Siquelque temps avant lui.

Tancrède, délivré de ces botes daneux, put songer enfin à défendre sa renne contre Henri , époux de Conhce, compétiteur d'autant plus reitable qu'il était devenu empereur .'letnagne. Les villes et les seigneurs :alie se partagèrent entre les deux lux ; les Génois fournirent des vaisjx à l'empereur et tinrent en échec lotte sicilienne. Le pape se déclara toi pour l'un , tantôt pour l'autre, succès étaient balances. Dans une -es campagnes, Tancrède Ht enleriinpératrice et l'envoya prison- •e en Sicile. Le pape exigea sa déance. La défection de plusieurs grands vassaux de la Pouilte , de ;à Ml pan le et de la Calabre, augm^nles embarras du roi lors(]u*une adie grave le força de retourner ■iicile; arrivé à Palerme, il y mouen 1 193, laissant le royaume channt entre les mains d'un fils en bas qu'il avait fait couronner queltemps auparavant, après avoir lu Roger , et qu'il plaça sous la le de sa mère Sybille. Ce jeune ice, auquel il avait donné le nom de

Guillaume III, eut bientôt une fin tragique, comme nous le verrons. En lui finit cette race illustre des rois normands, dont la mémoire fait encore l'orgueil de la Sicile , qu'ils rendirent redoutable et florissante pendant plus d'un siècle.

GUILLAUME lU, 1194-, ET HHIQU, s 19$.

L^histoire du règne de Guillaume III n'est que celle des malheurs et de la catastrophe qui terminèrent la vie d'un enfant. A la nouvelle de la mort deTancrède, Henri regarda la Sicile comme une proie assurée. Il obtint une flotté nombreuse que lui fournirent encore les Génois et les Pisans. Après avoir achevé de soumettre la Fouille et la Campante, l'empereur passa en Sicile.

Catane fut attaquée aussitôt et sacca« pée avec une afireuse cruauté. Ce début jeta l'épouvante en Sicile; Syracuse, et bientôt après Palerme , firent leur soumission. La reine régente et le jeune Guillaume s'enfermèrent dans Cafata. Beilota , qui passait pour une forteresse imprenable. Henri, après s*ô> tre fait couronner à Palerme avec la reine Constance, fit offrir une capitulation honorable à la régente et au jeune prince. Mais à peine furent-ils sortis de leur retraite, que, violant la foi des traités et les droits du malheur, il supposa une conjuration ourdie contre lui, et nomma un tribunal, qui condamna le jeune roi, sa mère et leurs plus illustres partisans, entre autres ce célèbre Margaritus que les rois de Sicile regardaient comme le soutien de leur couronne et qu'ils avaient créé duc de Durazzo et prince de Tarente. Le barbare Henri nt crever les yeux au jeune roi et à l'amiral, et les rendit eunuques. Les plus illustres Siciliens périrent dans les supplî»

ces ou furent plongés dans les cachots. La reine Svbille et ses filles se virent confinées dans un couvent d'Alsace.

Plusieurs évéques furent mis à mort.

Les cruautés d'Henri excitèrent une indignation générale, que Constance dle-méme parut approuver. Henri, qui venait de passer eu Italie, revint en

L'UMVEftS.

Sicile, ou une révolte du gouverneur de Castro-Giovanni, Fancienne ville d*Enna , appelait sa vengeance et ses fureurs. Heureusement pour les Siciliens et peut-être pour Constance, la mort vint arrêter ses cruels proj- ts.

On le surnomma le Cyclope. Ce fut le premier roi de Sicile de la maison de Souabe. Son testament et plusieurs actes publiés pendant la minorité de son Gis Frédéric furent les bases sur lesquelles les papes établirent le droit d'investiture aes royaumes de Nazies et de Sicile , et leurs prétentions a la tutelle des rois mineurs de ces deux états.

Page 1