‹ ItalieChapitre 4 sur 31 · SEIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

SEIZIÈME SIÈCLE

l^TAT SI lItalib av eowvmvcMvirT 99 XTl

MioocTATiAHB DiMACBiATmL. — FK^viiie ni, ■> DB MamM, DipOMKBk.— MotT »'AuuLA«s»a Tl

L'état de Naples se débattait entn les partisans de Frédéric, successeui de Ferdinand II, et le duc de Mont pensier, commandant pour la France iklexandre VI résidait à Ronoe. L-i gouvernement républicain mêlé d'aria tocratie et de démocratie dirigeait Ici affaires de Florence. Les Vénitien étaient soumis à leurs Dix, Pise Sienne, Lucques jouissaient de quelqiM indépendance. Ferrare, Mantoue, k Alontforrat et le Piémont se montraieni fidèles à leurs princes. Gènes avertis sait tous les jours de ses désirs de K' berté le roi de France qui occupait 11 citadelle, et qui d'ailleurs possédai' Asti et tout le duché de l\Iilan.

Le souverain qui refînait à Rome et qu'on n'ose plus désormais appeler V pontife, né a \ alence en Ksp lîiiie, d*un< so'ur (le (alixte III, I\oderic Ilorjia avait (piitte son n(»m de i.en/.uoti pMU prendre ci lui île sa mère. Trës-jrun< encore, il s'était vu ctMuhler par soi oncle de toutes les faveurs qn \\ poii vait lui accorder. (!e [lape lui avni mcmeiésiLMié son archevêché «le \:\ leiwe. J.enzuoli-Uoriiia devait à I; nature les avantages propres à secon der son amhition. Son elo(|uence élai' faiile, qu(^iqu*il ne \\\X que médiocrement verse (I ms les h ttres. S(>n esprit d'mie llexihiliîc remanjuahle. Taillait : réussir dans toutes ses entreprises. I était surtoui d(»ue du talent (les ncuo ci.itions, et d'ime adresse in- onq^irahî^ pr)ur conduire a ses lins Tc-prit île cen^ av;'c Mi,i il a'.ait a traiter. Maisic' etrauLier. jet » ainsi en Italie p.ar l'elé vaî'OM lii" >a t'.Mnillc . était l'honinie i( plus iimnor-il de la clu't tient»*. Aiiciii sentiment de justice ne Tarrcf.iit dan:

sa politique : aucime compassion ne I< modérait dans ses \eimeances. S'il y; qiielque chose qui j)nisse evpliqïier celtJ profonde innnoralite. c'est la deplo

nlile cofToptKm du pays soumis à son gouyernement. Cependant il est certain que Roderic apporta plus de vices qa*il n'en trouva. Pourquoi les vices qu'il apporta nefurent-ilspas réprimés comme ils pouvaient Fetre? Rome, fl finit le dire, après son bon état^ ses divisions , ses conjurations , ses nobles rebelles, son peuple turbulent 9 était devenue la contrée de la terre b plus mal administrée. Chaque jour, tant d^exemples de brigandage , de perfidie et de férocité , se renouvelaient : rhabitude de les répéter diminuait tellement l'horreur qu'ils devaient inspirer, que la morale publique avait perdu une de ses plus sévères garanties. De tous côtés, dans tous les rangs, dans les palais, dans les cabanes, des crimes, des abominations inouïes; et à côté de ces forfaits , il n'y avait plus de tribunaux. Les règles fondamentales de la civilisation étaient comme anéanties.

Les Orsini étendaient leur domination sur le patrimoine de saint Pierre, à foccident du Tibre; les Colonna, sur la Sabine et la campagne de Rome, à l'orient et au midi du fleuve. Les Orsini étaient alors Guelfes, et les Colonna Gibelins. Le reste de la noblesse suivait les étendards de ces deux puissantes familles.

César Borgia , Tun des fils naturels que Roderic avait eus dans sa jeunesse, voulut renverser, à l'aide de l'autorité pontiGcale, le crédit des Colonna et des Orsini : il se fit Corutot- Heroy après avoir résigné son chapeau de cardinal et Tarchevéché de Valence, auquel il n'avait été que nommé ( ce oui lui faisait donner le nom de f^atentino ) ; d'ailleurs cet archevêque nommé n'avait jamais été prêtre.

JNous porterons particulièrement nos reçaras sur Alexandre VI et sur César Borgia qui , à l'exemple de LaiKsIas, disait AtU Csesar^ aut nihU (voyez pag. 161 } : seulement Ladislas, par Caesar^ entendait modestement empereur d'Jllemagne ^ et Borgia, plus présomptueux, voulait apparemment entendre Jules César. Quoi qu'il en soit, ces deux personnages

espagnols occuperont ici toute notre attention, parce qu'ils vont être à la tête de tous les événements d'Italie.

Le pape avait prononcé, sans doute avec une trop grande facilité, le divorce de Louis XII, époux en premières noces d'une fiHc de- Louis Xl , et il lui avait permis de contracter un nouveau mariage avec Anne de Bretagne , veuve de Chgries VIIL En récompense, César Borgia , qui s^était rendu en France (*}, venait d'obtenir la main de

(*) La lettre originale par laquelle Alexandre VI recommande César Borgia au roi Louis XII , écrite en latin sur papier, et de la propre main du pape , est en ce moment 60US mes yeux. En voici la traduction fidèle :

« L H. S. Mas»,

« Alexandre VI , pape , de sa propre main. Notre très-cher fils en J.-C, salut et bénédiction apostolique ! Désirant satisfaire à la fois à ta volonté et à la nôtre , nous adressons i ta majesté notre cœur, c*est-à-dire notre fils chéri le duc de Valentinois , ce que nous avons de plus cher, afin que ce soit un signe très^certain et très-précieux de notre affection pour ta Celsitude , à qui nous ne le recommandons pas autrement.

Nous te prions seulement oe vouloir bien traiter celui qui est ainsi confié à ta foi royale, de manière quejous, même pour notre satisfaction , comprennent qu'il a été accueilli , comme sien , par ta majesté. »

« Donné à Rome, à Saint-Pierre, le aS septembre, i»

L'adresse portait : « A notre cher fils en J.-C , le roi des François très-chrétien. »

Indépendamment de ce bref, César était porteur d'une lettre pour M. du Bouchaige, grand-chambellan, dans laquelle le pape recommandait le noble homme (^ar Borgia, duc de Valentinois, se rendant auprès du roi très-chrélien. Cette autre lettre, écrite en latin sur parchemin, mais non pas de la main du pape , finit ainsi : « Donné a Rome, à St.-Pierre, sous l'anneau du pécheur, le 39 septembre MCCCC LXXXXVm, Pan septième de notre pontificat.

m Signé, L. P000CATHI.RU8. »

Les deux lettres appartiennent à la Bibliothèque du roi ; lli première se conserve vol. 8465 des manuscrits, pag. x3; la seconde pag. z4, manuscrits de fiéthune.

aurait Naples, la Terre de Labour et les Abnizzes , avec le titre de roi de Jérusalem et de INaples ; et que Ferdinand occuperait la Fouille et la Calabre, arec le titre de duc de ces provinces. Gonsalre de Cordoue fut envoyé alors . par Ferdinand , sous prétexte de secourir Frédéric, mais il avait la mission de s'emparer de la part que le traité assurait à son maître. Frédéric, le plus proche parent de Ferdinand, n'avait connu i^ue trèstard cette perfidie. Il adressa a l'empereur Maximilien quarante mille ducats pour payer des secours qui furent solennellement promis. De leur côté, les Français se mirent en mouvement.

César Borgia, leur auxiliaire, commit des actes de cruauté sur les habitants de Capoue. La ville de Naples fut attaquée et prise par les Français. Frédéric leur rendit ensuite le cliâteau neuf, et ne se réserva que l'Ile d'Ischia, ^ui devait être neutre pendant six mois.

Cette lie renfermait plusieurs illustres victimes de révolutions politiques. On y voyait Béatrix d'Aragon, sœur de Frédéric, mariée d'abord à Mathias Cor vi nus, roi de Hongrie, puis à Uladislas qu'elle avait fait roi , et qui l'avait répudiée. On y voyait Isabelle, duchesse de Milan, femme de Louis -le -Maure, prisonnier en France; enfin Frédéric lui-même, avec sa teortne et quatre enfants en bas <ige. L'indignation de ce prince contré son cousin Ferdinand, pour qui il venait de solliciter du pape' la dénomination de Roi CatAoàque^ était si violente, que plutôt que d'écouter ses ambassadeurs, il aima mieux se jeter dans les bras d'un ennemi qui au moins l'avait combattu à force ouverte. Il ^voya ses gendarmes à Tarente , qui tenait encore au nom de son flls aîné, ^t il se réfugia en France, où Louis ^11 lui accorda le duché d'Anjou et 30,000 ducats de rente,sous lacondition que jamais il ne sortirait de France.

Ainsi tomba cette branche de la maison «Aragon, qui avait régné dans l'état de Nap|e8,avec tant de lustre, pendant soixante-cinq ans. Frédéric mourut ^ Anjou, le 9 septembre 1504. Sa

famille s'éteignit sans postérité masculine. Charlotte seule, sa fille, laissa une princesse qui fut mariée à Nicolas de Laval. De ce mariage naquit Anne de Laval qui épousa François de la Trémouille : c'est par suite de ce mariage avec Anne de Laval que la maison de la Trémouille a revendiqué des droits sur le royaume de Naples.

La duplicité de Ferdinand excita la haine des Italiens. Que devaient-ils penser , de ces étrangers avides qui successivement se partageaient la Péninsule? Encore ces étrangers s'attribuaient-ils à eux-mêmes des vertus qu'ils voulaient ne reconnaître qu'en eux. M. de Sismondi l'a remarqué avec douleur. Il n'était bruit que de l'honneur français , de ïu ^anchise helvétique, de la bonne foi teutonique , et de la loyauté castillane : et que répondaientd'Ëntragues arrachant Pise à Florence, les. Suisses livrant Louis-le-Maure , Maximilien prenant , sans se mouvoir, Tareent de Frédéric, et Ferdinand dépouillant son propre parent ?

Arezzo s'était révoltée contre Florence, à la suite d'instigations fomentées par Borgia ; les Français re- 1>rirent la ville, et la rendirent sure-champ aux Florentins. Ceux-ci commençaient à craindre le retour de Pierre de Médicis. Alors ils pensèrent à organiser un gouvernement plus solide. La ville nommait tous les deux mois un gonfalonier nouveau; mais ce macistrat éphémère ne donnait pas aux affaires , aux traités, la consistance nécessaire dans des jours de danger.

Pierre Sodérini, le même que nous avons vu ambassadeur auprès de Charles VIII, fut nommé gonfalonier à vie. Ses premiers soins furent de chercher à surveiller Borgia , l'un des plus erands ennemis de la république, qui s efforçait de soumettre la Romagne, pour étendre ensuite son autorité sur les provinces voisines. Machiavel fut accrédité à Imola, près de ce duc. 11 faut lire attentivement les dépêches où le secrétaire florentin représente Borgia, armato cUFrancesi^ armé de Français, tendant des pièges

Tou& l'inlântie du crime reste à ce Borgia, à ce génie du mnl, it cet homme impénétrable, et qui , ne conipiraot jamais que seul, ne redoutait m indiscrétion, ni prodition; à ce tyran qui était la torche de l'Italie, un autre Patrice Grégoire (voy. p. 36 ), enroK un autre Barnabô, un autre Jean Galéas, répandant traîtreusement le sane sur une autre partie du Ml de la Péninsule.

Le 18 août 1503, le pape Alexandre VI mourut. On a dit qu'il mourut empoisonné par un breuvage qu'il avait tait préparer pour le cardinal Adrien de t^ornéto. iVoua par(ap»K)ns ro(Hnionde Voltaire, qui nièce crime.

alors à Rome : César Borgia, à pein euéri, lui proposa de le faire papcpa:

force. D'Amboiserefusa. Alors C«Ht ne contraria pas les vues de toute i'I talie, qui demandait pour pontife Jn lien de la Rovère.

Dans ses lettres à la Seigneurie, qa l'avait envoyé à Rome pour complî mentcr te pape , Machiavel annono sous (luels auspices ce pontife fil nommé, et pfose qu'il re^it unediga récompense de la beauté de son carac tère et de ses vertus.

1 On a fait ce pape h conclave ou vert : c«lui qui considérera les faveur qu'a eues ce cardinal , les jufiera m{ raculeuses. Toutes les factions du con

jours. On peut croire qu'au moment OÙ commença cette maladie. César Bofcia {Kit penier à «empoisonner le canunal de Cométo, pour prendre M» fUiMMi , parce qu'atots on sai-

pour lui au sacré collège. Les b

des partis ditfércnts ( Tes Colonna e les Orsini une fois d'accord ) lui on prêté leur appui. Saint- Georges (Ria rio de Savone) l'a fiivonsé ; le dm é

F^aientlnùU ra/avcrisé. On Toît quMl a eu de glands amis, et Tod âli que la cause en est qu^il a toujours été I>on ami. Consequemment , au besoin , il a .trouvé de bons arais. »

Cesr suftrages unanimes êtes persotinages fes plus distingués, et même ceux du méchant Valentinoîs, émurent TÎvement Julien de Fa Rovère. A son avènement, il avait pris le nom de Jules II. - Était-ce parce que le roi Charles VIII, entrant en pompe dans Rome à la tète de son armée victorieuse, avait placé à sa droite Julien de la Rovère, que ce cardinal manifestait constamment, depuis ce jour de gioire, des sentiments guerriers et audacieux?

Cet ap|>areil militaire, cette musiaue excitante, ces applaudissements a un peuple enivré, avaient-ils éveillé dans ce cardinal, des goûts, des penchants jiemblables à ceux qui avaient an i nié le bon Pie It, marchant imprudemment, ea personne , à la guerre des vieillards f î)ès les premiers moments , Jules II déclare (]uMI ne permettra pas que les Vénitiens saisissent les places de la Romagne , qui appartiennent à Valentinois, et qu'ils envoient unprovéditeur à Saint-Maria, où le duc maintenait encore un lieutenant. Machiavel dit habilement tit spirituelleaient au pontife pour Ten^ eourager : « Si les Vénitiens ont des succès en Romagne , il ne s'agit plus de liberté pour Florence : celle de Tétât de rÉglise est aussi perdue, et le pape devient le chajfelcun des Vénitiens^ » Jules II sourit sans répondre, et œ sourire seul rassure le Florentin. Le pape n'aimait pas et ne pouvait aimer Valentinois ; mais après avoir été traité par lui avec bienveillance, dans une circonstance où il avait eu besoin de son appui , il craigpM de lui manquer de parole. Valentinois découvre ce sentiment de froideur et de ménagements : il s'emporte; il accuse les Frani^ais et les Florentins. U dit à Machiavel : « Pour faire du mal à votre ville , je m'entendrai avec les Vénitiens, aujourd'hui vos ennemis, et même avec le diable.

V'valk Pise , que vous ne pouvez re-

prendre, et j'emploierai l'argent^ les troupes et les anUUés qui me restent, ^ à faire le plus gprand mal à la république. »

Jules n ne cessait de montrer une apparence de calme, mais avée une attitude d'assurance , de fierté, qui présageait des événements imptortants. H pensa d'abord à s'attacher la France , et il fit, avec le cardinal d'Amboiso, qui était encore à Rome , un traité , par lequel il obtenait la protection du roi qui l'aiderait à reprendre sur Borna les possessions du saint-siége en Romagne. De son côté, le pontife

gromettait d'appuyer le roi de son inuence contre les Espagnols y qui avaient rompu l'alliance, et s'étaieAt étendus au-delà des Abruzzes et de la Calabre, dont ils avaient d'abord déclaré se contenter. Récemment, ils venaient d'occuper Naples , après en avoir chassé les Français. St Ton veut bien connaître quelle était alors la vraie situation de l'Italie, on peut le demander aux derniers vers du Decennoie primo de Machiavel.

U s'adresse aux Florentins. Ici le poète est exact et fidèle.

« La fortune n'est pas encore satisfaite. Elle n'a pas mis fin aux querelles italiques. La source de tant de maux n'est pas épuisée. Les puissances , le royaume de Naples, loin v être unis, ne peuvent pas j'etre, parce que le pape veut guérir l'Église ae ses olessures.

L'empereur, avec son unique rejeton ( Philippe , père de Charles-Quint ) , veut se présenter au Saint-Père. Le Français ressent les souffrances des coups qu'il a reçus. L'Espagne, qui tient le sceptre de la Pouille, va tendant à ses voisins des filets et des lacs pour ne pas reculer dans ses entreprises. Marc, plein de peur et de soil, est tout suspendu entre la paix et la guerre, et vous, vous avez un juste désir de recouvrer Pise. On comprend donc que la Oamme s'élèvera jusqu'au ciel, SI un nouveau feu s'allume entre ceux-ci ( les Français et les Espagnols). «

Cependant Florence pressait le siège de Pise. Les partisans même des Mé*

enfin il déclare messer Giovanni Bentivoglio et les siens qui s*v défendaient, rebelles à TÉglise. A la nn d*octobre il entre en triomphateur à Bologne , précédé des troupes commandées par mes- * sire de Chaumont, neveu du cardinal d'Amboise, et qui n'avait donné aux Bolonais que deux jours pour se décider à recevoir sa sainteté. Ferdinand-le-Catholique voulut visiter Naples en 1506.

Il combla d'honneurs Gonsalve de Coi^ doue, surnommé le Grand Capitaine; mais bientôt après il Tenvova en Es-

Sïgne, où cette victime delà jalousie u roi finit ses jours dans la disgrâce. Gènes s'étant soulevée en 1507, Louis XII la fit occuper militairement. Le doge Paul de Pïovi, qui était parvenu a s'enfuir, fut arrête, ramené dans la ville et décapité. Sa tête demeura quelque temps fixée au haut d'une pique , sur la tour du Prétoire, et ses membres, partagés en quatre, furent exposés sur les principales portes de la ville. Aucun motif ne peut justîGer de semblables cruautés. Les Génois ne se donnaient à l'étranger, que lorsqu'ils ne pouvaient Iilus s'entendre entre eux. Quiconque es recevait pour sujets, devait savoir qu'ils se révolteraient à la première occasion favorable. Il fallait prendre des précautions salutaires, ou se retirer d'avance pour éviter de voir attaquer SCS troupes, et d'être obligé d'infliger d*odieux et d'inutiles châtiments. Cette fois , voyant qu'on n'obtiendrait aucun avantage à continuer de répandre le sang, on recourut à d^ moyens de pruaence qui paraissaient miçux raisonnes. La révolte avait infirmé tous les droits que les Génois s'étaient réserv^.lJne forteresse inexpugnable que l'on voit encore aujouTd'hui , fut élevée près de la Lanterne , de manière à commander à la fois l'entrée du port et une des entrées de la ville: mais de telles mesures assurent-elles la puissance d'un vainqueur? si dans une sédition, le peuple s'en empare, ces forteresses servent à protéger long - temps la résistance.

Ferdinand s'obstina à vouloir obte-

nir de Jules II ou^ diminuât le cens annuel que Naples payait à l'Église.

Jules II , inaccessible a la crainte, insista sur le naiement intégral , tel qu'il était réglé par les anciennes investitures, accordées à Charles I*' d'Anjou. Sur ces entrefaites, la fille de Ferdinand, Jeanne, veuve de l'archiduc Philippe, étant tombée en démence, le roi catholique jugea à propos de retourner en Espagne. Il ne devait pas retrouver César Borgia qu'il y avait envoyé prisonnier.

N'obtenant pas de réponse de Louis XII , César s était sauvé de la citadelle de Médina del Campo, en se laissant glisser le lon^ d'une corde, et il s'était enfui auprès de Jean d'Albret , frère de sa femme Charlotte et roi de Navarre. Louis XII avait retiré à Borgia ses pensions et le titre de duc de Valentinois. Ce malheureux , en horreur à toute la nature, condamné à mourir exécré et sans titre , montra cependant de la valeur au siège de Yiano , entrepris par les troupes de son beau-frère ; il y fut tué d'un coup de feu le 12 mars 1507, et enterré, sans honneurs, devant le château.

On éprouve de la satisfaction à n'avoir plus à parler d'un bomme si méchant et si perfide. Il eut toutefois

Quelques qualités. Ce misérable, privé e patrie , espèce de brigand sur le trône , et dont on pouvait dire qu'il était sans père, puisqu'il ne pouvait nommer le sien, ne manquait pas d'une sorte de talent, d'éloquence et d'habileté. Il était prodigue de ses bienfaits , sans compromettre ses revenus. Zélé pour la conservation de la îustice dans ses états, il savait punir a propos; ce qu'il prouva par le supplice a'un de ses ministres, Ramiro, qui sans son ordre avAit commis d'abominables scélératesses. On remarqua que les provinces de la Romagne lui restèrent ndèles après ses malheurs, parce qu'elles s'étaient vues arrachées a des maux pires que ceux qu'il avait amenés avec lui. Mais ces considérations ne servent qu'à l'accuser encore plus de n'avoir pas cherché à fonder

L'UNIVERS

une autorité que protégeaient tant de puissances, sur la fidélité à sa foi, dont quelques princes de ce temps-là lui donnaient Fexemple.

LlAOS DS CAMBtAjr COVT&B LBS VJllITISVl. — Bk-

TAII.LB O'AOVADKL. Lu FlOtlUTIBt aiMWAMli-

«BKT PiBB. Ba.TAII.LB BB RaVBIBB.

Depuis long-temps Tempereur Maximilien, le roi de France et le roi d'Aragon et de Napies , voulaient ()art;)ger entre eux toute Tltalie. Ferdinand et Louis XII s'étaient entretenus directement de ce projet, dans une entrevue à Savone. De son coté, Jules II observait avec douleur, que les Vénitiens donnaient un asile aux Bentivogiîo de Bologne; il s'en plaignit à ces trois

S rinces. Ces étrangers étaient persuaés que les Vénitiens, par leurs grandes richesses, empêchaient que l'Italie entière ne fût conquise. Cette aristocratie impitoyable , si l'on veut , mais forte et inébranlable . qui avait trouvé une race de sujets chrétiens dis|)Osés à recevoir complaisanunent des règlements turcs; n* tribun.il i\vs dix, ce tribunal (l(\s trois (jui rais.iiciil trcmbliT d'un n*i;anl d<'.>. peuples toujours |)r('ts à so courber et à se taire, d.uis TabnéjLïatiou do toute résistance politique, et qui se Iai>saient conduire a la prospérité et à l'abondance par des voies si buniiliantes, si extraordinaires et si peu prati(pjees clie/ les peuples civilisés; ce iiduverneinenl inexplicable qui n'avait (pu* p<Mi (!«• lois, nais des lois de fer, «pii étendait ses l)ras sur trois parties du monde, lini^sait par exciter une liorreiu* ou plutùt une jalousie uni\erselle. lai lôos, Ma\imilien s'était l'ours oyé eu personne, mais sans aucun allie , pour reprendre quebpics villes sur les \enitiens; sou armée repous>ée avait d') c«»uclure une. trêve et repasser prouîpteuient le Tagliauiento. \enise, après sa victoire, insultait le vaincu par des réjouissances. I/es[)rit satiriijue et railleur des Néniliens u'eiKir^nait pas roiuienu qu'ils \enaient (riiuniilier.

La l-'rauce et i'Ivspaune se liàl<r( ut d'aigrir les dépits de l'euipeifur. l.t-s

Florentins n'espéraient recouvrer Pisc qu'après un a^andissement des Fran- <gis en Italie. Florence, pour possédei Pise, qu'elle poursuivait aepuis 14 ans, oubliait d'anciennes affections , si raisonnables et si profondément calculées.

Ceux que Machiavel a appelés lei rognures y ne se refusèrent pas à la curée. Maximilien , le plus récemment irrité des trois souverains, donna le projet de la ligue qui avait pour but d'anéantir la puissance vénitienne.

C'était, dans les vues de ceux qui portaient au loin leurs regards , une sorte de commencement de croisade, même contre le Levant, parce qu'il était probable que l'on poursuivrait les Vénitiens au-delà de l'Adriatique. Ja traité fut signé à Cambrai , le 10 décembre 1508.

a L'empereur et le roi de France, y est-il dit, ayant résolu de s'allier |)0ur faire la guerre aux Turcs, sont convenus auparavant de faire cesser les pertes, les injures, les rapines, les dommages que les Vénitiens ont c^msés , non seulement au saint-siége apostolique, mais encore au saint-cuipire romain, h la maison d'Autriche, aux ducs de Milan , aux rois de Naples et a plu>ieurs autresprinces,en occupant et eu usurpant t\ranni(jueiuent leurs bi( us, leurs possessions, leurs villes et leurs eJKÎteaux , coniuie s'ils a\ aient couspiic le niallieur de tous. -

" P(Mir toutes ees causes . ajoutentils, nous a\<tns trouNc non-seuienhMit salutaire, in.iis utile et h»Mi<MMlle, mais mèui'.- néce.-Naire d'appe!«'r chacun a un«' juste \i'ni:eance, pour éteindre conune un inccn(li<> conuuuu, la cupidité ins.itiable di's \euitieus, et leur soif «le dnuiinatic.n. ••

T>e pape devail recou\rer Faenza , Kiuiiui , Cler\ia, l\a\enne et quelques partii's du territi»ire dr Cesèue et d'Iniola, eucoïc occupées par les Vénitiens.

Maxiuulieu mettait eu avant deux sortesde prétentions, ('ouune elief de la iuais(»u d'Autricîie, il reprenait la Marche Trex isanc, l'Ntrie, le l"rit»id, et ce (pli avait apj)irlenu au patriarche d'Aquih'e. (Connue eiîqcnur, il re-

ItÀtlE.

demandait le Padouaa, le YéronaiSy le YicentÎD , Rovérédo.

Le roi lie Fnuoce retenait pour sa part, et id oo ne sait en vertu de quels droits, Bergame, Brescia, Crème, apparemment parce qu'elles avaient été occupées par les anciens ducs de Milan, et de plus, Crémone, et le pays compris entre TAdda, TOglio et le Pô. Il oubliait qu'il les avait cédés lui-même à la républiaue en 1499.

Le roi d'Aragon et de Naples, pour prix de son accession à la ligue, devait rentrer dans cinq ports, Iram', Brindes , Otrante, Puiignano et Gallipoii.

L.e roi de Hongrie, s'il accédait à Talliance , pouvait envahir la Dalmatie et rEsclavonie. Le duc de Savoie, Charles III, serait reconnu roi de Chypre. Les maisons d'Ëste et de Gonzague retrouvaient sous leur main les possessions que la république avait conquises sur leurs ancêtres ; et guant aux puissances qui n'avaient rien à prétendre sur les dépouilles des Vénitiens, comme l'Angleterre, le Dane^ mark , la Pologne , elles avaient trois mois pour être admises à ce traité, et se choisir une convenance à usurper.

On convint encore que le roi de France et le roi d'Aragon et de Naples entreraient en campagne le V avril 1509, et que le pape fulminerait contre les Vénitiens une bulle qui leur enjoindrait de restituer toutes leurs usurpations dans quarante jours, sous peined'interdit. Ce terme expiré, Maximilien se trouverait dégagé de l'obii^tion d'observer la trêve, et il était tenu de marcher à là réquisition du pape^ contre un peuple qui avai{ encouru les censures.

Cet article du traité et des conventions prouve évidemment que les censures et l'interdit étaient des armes consenties encore', par toutes les puissances laïques de r£urope, et qu 'elles savaient invoquer datas leur intérêt.

Venise aurait elle-même ordonné un dénombrement de ses possessions hors des lagunes, qu'elle ne serait pas parvenue à les détailler avec plus d'exactitude que le traité -de Cambrai. U n*y avait que Candie dont on

n'eût pas fait mention dans cette curée. C'était là sans doute un traité d'une troupe de loups , mais attaquaient-ils un a^eau?

Le grand conseil opposa une résistance héroïque à une déclaration aussi insultante. Dans cette extrémité, il prit à sa solde Orsini , comte de Pitij^liano , et Barthélémy Orsini d'Alviano, illustres seigneurs romains, alors ennemis du pape.

Le roi de France s'avança rapidement sur i'Adda; et comme Venise ne laissa pas le courageux Alviano, nui donnait des conseils hardis, maître des dispositions de la bataille , les Vénitiens furent facilement entourés. A l'attaque d'une digue, il paraît que les Gascons hésitaient ; La Trémouille cria : « Enfants , le roi vous voit. » La digue fut emportée. Alviano fit ses prodiges accoutumés de valeur ; mais, abandonné par Pitiçliano, il fut renversé et fait prisonnier. Le roi Louis XII voyant Alviano grièvement blessé au visage, l'accueillit avec la plus noble bienveillance, et lui adressa des consolations et des louanges.

Cette bataille, connue sous le nom de Vaïla , de Ghiara d'Adda , ou d'Agnadel, fut livrée le 14 mai 1509, et gagnée par Louis XII en personne.

Il profita de sa victoire , prit Ber-

I^ame ^ Brescia , Gréme : en quinze ours il avait conquis la portion que ui avait attribuée le traité. La renommée ayant porté à Florence la nouvelle de ce brillant succès , la ré- . publique avait redoublé d'efforts, et repris Pise , ^ui se rendit le 8 juin.

Le pape s'était empressé d'envoyer des troupes qui avaient fait capituler les places de la Romagne. Une flotte aragonaise reprenait les ports de l'Adriatique. Trieste et Fiume relevaient les armes de la maison d'Autriche. Les débris des mercenaires vénitiens réi\igiés à Mestre , ne conservaient plus ni ordre, ni discipline. Cependant à Venise, les uns pensaient qu'il fallait continuer de résister sur les points où l'on aurait quelque avantage , d'autres proposaient d'abandonner tout le

général perd Milan , Pavie , et il est contraint de commencer sa retraite sur le Piémont.

Qeïvzji CBBTS Vaam^âu i»OM.ai» ▲ Mu>am. — Mo&v

sa JOLU il. ^ SOH rOAT&AZT.

Ainsi f à peine en deox mois, les fruits de la victoire de Ravenne furent anéantis, le duché de Milan fîit perdu : quinze cents Français, que leurs af&ires, leurs plaisirs, ou ces affections tendres mrils contractent si facilement en Italie, ou leur négligence , ou leurs blessures, avaient retenus à Milan, y furent massacrés :

tristes et fatales représailles des cruautés conmiises à Brescia ! Gènes se révolta , et Florence, qui s'était réjouie de tant de succès des Français, fut abandonnée à ses propres forces devant une année victorieuse et irritée.

Jules II voulut alors être le dominateur et l'arbitre des affaires de l'Italie.

Il désirait d'abord mettre Gènes sous l'influence d'une faction qui eût signalé sa haine contre les Français ; ensuite, il voulait punir les Florentins qui avaient aimé Louis XII , et conséquemment diâtier le gonfalo- Dîer Sodérini, par le rétablissement des Médicis, auxquels le roi s'était montré contraire ; puis il essayait d'abaisser les Vénitiens qui commençaient à redevenir redoutables; il s'apprêtait à dépouiller le doc de Ferrare, qui avait aidé les Français; U chercnait les moyens de contenir le roi d'Aragon et de riaples , et de réunûr au saint-siése Regcio , Parme et Plaisance : mais la mort le surprit au milieu de ses desseins. Il expira cependant en prononçant ces paroles : « Les Français loin : de l'Italie! »

Laugier, dans son histoire de Venise, a dit de Jules II : « Il n'eut des héros que leurs vices, des souverains, que leur faste, des politiques, que leur fausseté, et son nom doit trouver place parmi ceux qui n'ont inspiré que de la haine, et à qui on ne doit que du mépris. » — « Ce jugement, répond énergîquement M. Daru, est d'un^

15* I4vraU<m, (Italib.)

injustice odieuse. » En effet, Jules n^ut pas toutes les vertus du sacerdoce, mais il évita de tomber dans une faiblesse alors trop commune ches les pontifes ; il se montra, quoique né dans une condition privée, supérieur à la vanité de ceux qui ont cru illustrer leur nom, en élevant leur famille.

Il fit , il est vrai , la faute de ne pas conserver les formes de l'apostolat , souvent plus puissantes que les habitudes guerrières. Il eut le tort grave de se laisser représeiiler sur des médailles avec le bizarre contraste de la tiare en tète , et d'un fouet à la main, chassant les barbares de l'Italie , comme Tourxanth voulait chasser les [ alliés des Orientaux ( voy. pag. 30), et foulant aux pieds Fécu de France , pour qu'on ne se méprit pas sur ses intentions. Guicciardini dit enfin que Jules II se serMt couvert d'une gloire immortelle, s'il eût porté toute autre couronne que le triregne. Pour nous, n'oublions pas qu'il aima passionnément les sciences, les lettres et les arts : « Les belles-lettres , disait-il . sont de l'argent aux bourgeois, de l'or aux nobles, et des diamants aux princes. »

Il les eût encore plus protégées, si son pontificat eût été plus tranquille.

Lion X. — MicBBi.- A>aK. — Raphabi..— A»aotva.

— MACHtATII»

Jules II (Voy. p/. 46 , n* 1) (*) étant mort, le caroinal Jean de Médias

(*) Nous avons dooné, pi. 4^* n^ < » !< portrait de Jules II , tel que nous l'a laissé Raphaël. Julien de la Rovère , depuis connu sous le nom de Jules H, et neveu de Sixte IV, était né au bourg de TAbishal près de Savone, de parents pauvres et obscurs. H fut successivement év6que de Carpentras , de Bologne, d'Avignon, d'Albano et d'Ostie. Il mourut le ai février x5i3, dans h 7a* année de son âge et U xo* de loii pontificat. Jules II tut le premier ecdésias* tique qui laissa croître sa barbe pour se don* ner un air plus majestueux et plus imposant U fut imité par Fhmçois T', ensmie par Charles-Quint. De ces princes, la mode passa aux courtisans, et ensuite au peuplt dans presque tonte l'Europe.

'iÂ

L'UldlVËlls.

Si J^jiccéd^ d^pp U diaîrë de Saih1> erre ; ce cardinal fut couronné fe lout anniversaire de la bataille livrée ^ Râvenne, bK il avait été fait prisonnier bàr les t'rahçais; U est connu sous le bom de Léon JC {voy. j)l, 45, ri" 2) (*).

Kqufif avons prononcé le .nom dé Lébti %. Que de pensées diverses, combleri d'oeuvres n^émorables, quelle foul^ d'intérêts nouveaux, (juel erisenibl^ admirable ,dë décoù^rertës utiles, de richesses retrouvées, d'entre; priseç aUgâcteuses! ;, dé conceptions Siimirijès, vonx lUiiStrer son pontificat,!

Jules 11 vient de mourir, et c'est un ittiChel-Ange (voy. pL 45, if 3) (**) qui

; (*) Jean de Médicis ^ pape sous le nom de Le^n ^ , était second ûls de Laurenl-le- Magiuuaûe. Il fut élu pape lé ii mars x5i3, et mourut le z!' décembre i5ai. Son tooibeau, placé dans l'ét'Use de la Minerve, a été esquissé par MicTiel-Auge, continué ^ar Alphonse Lombard! , et achevé par Baccio Baiidinelli. La statue est de Ra-

Shaël de Monte Lupo. Le portrait qtie nous onuons ici est du grand Raphaël d*Urbin.

. (**) Micbelagniolo Buouarroti (nous oo- . pions celte orthographe sur un autographe .^ JMichel-Ange , «mi est en notre possession, le seul probablement qui existe en France ) naquit au château de Caprèsc près d^Are^uo, le 6 piars 1474, et mourut le 17 février i564, âgé de 90 aus. Il descendait de l'ancienne et illustre maison des comtes de Cauosse. Dès ses premières années , il se déclara sculpteur, architecte et peintre. Laurcnt-le-Magnillque le protégea. Pîen'e II employa k faire des statues de neige le génie gui devait élever de si nobles tombeaux , suspendre le Panthéon dans les airs, et ré- *t>andre une terreur salutaire dans sa composiiion du jugement dernier. Pendant le siège de Florence , en 1 5^9 , il fut chargé de défendre cette ville, comme ingénieur militaire. L*autogi*aphe, dont nous avons parlé plus haut , prouve qu'il fut alors obligé de Tendre son cheval hai, avec le complet harna* chemcnt, et qu*it n'en retira qu'un vil lirix. A cette époque , il peignit une Leda^ Tantée fait les écrivains du temps, et qui k été perdue. Pour les tombeaux des Méoiëis, aprèj là prife de la ville, II comf 6sa d'admirables sculptures , la I^aie surtout, représentée idtis tes trau d'ittie kMthê

éjèvéra son tombeau. lAon X , anitntj de cette naute sagesse, des papes, qui proscrivait toute jalousie contre le prédécesseur , va embellir encore Ifl Vatican; et ce Sera Raphaël (voy. pi.

46, nM) (*) alii continuera de Forner de ses dids-a'œuvre.

f^dormie. A sa mort, 1^ soin âe lui élever yn tombeau fui r^îs a troi& artistes. On voulut (}uè les troU arts dans lesquiis avait excellé Michel- Ange, y fussent rappelés. La sculpture fiit confiée à Takrio Ciuli, Varc/utecture à Jean dcU'Opera, h peinture à Baptiste Lorenzî. Les trois staturt qui figurent ces arts sont placées autoiu- du sarcophage, dans Péglise de Saintc-Croit ( Yoyex cette église , pi. a 4 ).

Michel -Ange fut aussi poète. Ses vers, qui u*ont pas encore été publiés en totalité, ont quelques rapport^ avec ceux où Pétrarque abandonne le langage quelquefois in)p affecté de i*amour» ou traite quelque noble question politique. Les termes propres au arts, leur éloge, leurs charmes, leurgraadeur, se retrouvent aussi dans les vers de Buonarroti.

Il avait composé des de&sins pour chaciiû des cent chants de la Divine comédie. Ces dessins ont péri dans un naufrage. Que devaient être de* compositions d'un aulie Dante, faites pour expliquer les pcnsœ»

d'iin autre Michel-Ange !

C) Raphaël ^anzio naquit à Urbio eo 1483, et mourut k Rome à 3; ans, le 7 avril i5ao, le jour du vendredi-saint, qui avait été celui de sa naissance. En 18 33, on a ouvert sa tombe à Rome, et Ton st^t convaincu que lé ci'ine que Ton roonlrail à Tacadémie de Saint-Luc, comme celui de ftaphaël, ne lui appartenait pas.

Dans les débris du tombeau, on a trouve des morceaux asscï bien conservés de u oriisse de bob de pin qui contenait le coq^ des fragments de peinture qui avaient ori»* le couvercle ; une stelletta de fer, sOrle d eperon dont Raphaël avait été décoré pw Léon X; quclquesyî^tii^J, beaucoup d««nelU de métal , partie des boutons du vêlement. Voici les observations foitcs par »* chirargien baron Trasmondi.Le corps, d»<^û

Sfoporlionnc , était haut de cinq P'*!^' en\ pouces, trois lignes. La tête, ps»»^"^ ineut conservée , avait toutes les dent&cucof^ tics-beîles , au nombre de trente et une- La hentë-deoiiènle, de Ui mAchoire Inférieure

itAtit.

I/Iiane m fltteHitt 8e la gloUre dn

à ^oche^ n'étnt ^a4 sortie de faWéôle. On revoyaiC les Unéancots exacts du ,porirftit de l'École iTjHtène* {^yoycf, pi. 48 « droUe, n» 18). Lé cou etali long, U poitrine et les bras délicats. Le creux marqué par llafHwhrse ( protubérance, pointue d*un os) clû hrSa droit, parait, être .iinc suite du grand exercice dans l*art du dessin. Les jambes et les . pieds étaient assez forts. Ce qui a surpris les observateurs , c'est qu'on a trouve le larynx intact et encore flexible. It était ample, et cela a fait croire que la yoix devait être étendue. Le, x8 octobre de la même année x 83 3, a eu lieu la seconde inhumation des restes de Raphaël , sous la statue ée U Maaoïma del Sasso.

Le portrait qoe nous offrons ici est gravé d*après un portrait que Kàphtfël a peint lui -meniez

« Il a ét^ donné ( dit M. Quatremèrede-Qnîncy)^ il a été donné k quelques génies extraordinaires d'exercer sur leurs contemporains Tempire d^une supériorité tuacoesaible à l'eavie , et qui , loin de blesser Tornieil, semble, au contraire, flatter la ▼anité de chacun, parce que chacun y trouve de quoi ^fendre une haute idée de là nature boniaitM. De pareils hommes sont dans Tordre moral , comme ces hardis monunents, merveilles de l'industrie, qu'on désespère de voir se reproduire, et que l'on met un grand intérêt à conserver. La perte d'un sraiblable génie, surtout si elle est subite et prématurée, cause un deuil uniterse! ; on se sent comme frappé soi-même du coup qui l'enlève, et chdcuii en éprouve au food de l'ame un vide comparable k odui de la perte d'un ami qu'on ne peut femplaeer. Tel fut Teffet de la mort de Bapbaël. Les témoignages contemporains déposent de ce sentiment universel de donleur et de regrets. »

Raphaël a possédé, au Principal degré, Vinventiony qualité pi^miere et base de toutes les autres ; la composition , où il faut éviter le trop peu d'art et te trop d'art; l^expreâshn^ le don le plus rare de tous les dons. Sdn 'dessin , toujours pnf et n&iurel, A*est ni fttiiài savaiït m aussi vigoureux que edai de Michel- Ange, mais il à l'avantage de pouToIr être adapté à beaucoup plus de sojeis , et dn le reebnnait au bel équilibre Acs lifttès \ à rharUdniè des contours, k M iMcIdêfi dfei ftnUës.' il ttiàni|iia k Rapbdël; qsui an pcrfecliooneiiieiit de ttm éà9orî^.

Dantt; (iby.))/. 46,*h» 1) (*),- «îëint«ii dra leâ chaftts hafniottîèiit fle l'A-

rloste(voy. pL 40, if 2) (**). Aprèi Bofccace ( vdy. pL 4Ô ,; tf ^) r**),^ ^bi donna , itiême dahs des Profites , tant de

Bofccace (vdy. pL 46 ,; tf t) r**)^'^bi donna , même dahs des Profites , tant de modèles de toutes les sortèi d'eioqaén-

de n'avoir paâ assez vecîi pour profiter <les Ic^us et des e!Ccmp1cs (Jîib Tecolè vénîticunc jeta depuis , et avec tâui d'àbo'hdE^nc^ dans l'Italie.

Raphaël n'eut (las le teriips de j*ii)ër.cévoir du mauvais effet qu4 f)rodult Tdbn de l'emploi du noir d'imprimeur dans les ombres, emploi qui a fliit peMre à qneF* ques-uns de ses tâbleatrt ,- f>e(i d'années après sa mort, l'harmonie qu'où y avait d'abord admirée. « Eniio, du encore M.

QuatremèreHle-Quincyf sans prétendre que Raphaël eiî^l égalé Tliien et Coirège, par la vérité de carnation, la transpaiencfe d^ teiutes , le tournant de^ lignes , le clairobscur et la magie de la couleur, il loi aurait sufû de s'appropiier uué pai'tîc qc ces qualités, et surtout d'ctudicr l'erfet de certaines substaiices colorantes , poiir assurer à ses ouvrages le séid avantage qu'on est forcé d'y désirer. »

Les dessins de Raphaël, sont très-rares. Milan eu possède 8 , dont un à la bibliothèque de Bréra, Venise 5o, Florence ad, Pérouse 1 1 , Naples x , Fabriano i , Vienne ( la plus grande partie dans la bibliothèque de Tarchiduc Charles) 33, Darmstatt i, Munich i , Paris 11 , Londtc*;, en diriérents cabinets, 27, Pélersbourg i . Mo(?ènc possède le dessin précieusement liai de. la Calouiiiib.

Je tiens ces derniers détails de M. Quati-êmère-de-Quîncy.

(*) Le Dame, né k Florence en i465, mourut à Ra venue en i3it, à l'âge de 56 ans. I>e Dante n'appellerait plus Sa ville lifttale,(iui l'avait banni, ï>arvl Florentta maté' ùmoris. On lui a élevé enfin nn mdnunleat à Florence dans l'église Sainle-Croix (vo^ët celte église, planche a4 ). Il a été livré à la vue du public, le 14 mars t83o.

{**) L'Ariosle, ne à Reggio de Modene, le

8 septembre 1474, la .même auhée que

Michel- Auge, mourut à Fei-rare vers 1^55.

Nous aurons occasion de parler de VOrlaÀao

furioso.

(••*) Boccace naquît à Paris, d'un itîafcbarid ioscan; en t3x3, ethidurut à CèHtfldÔ èft Toscane, le ai décémbtTi3^5.

L'UNIVERS

o«f MadiiaTd (voj.pl. 46, n* 4) C), génie immense, prêt a soatenir toutes les lattes et à vaincre dans tous les combats. Ta devenir le meilleur historien de Florence, le premier précepteur de l'art de la guerre, le créateur de la comédie moderne, un publiciste hardi, sans doute quelquefois dangereux et hautement repréhensible , mais qui s'explique souvent à son avantage aevant tout observateur de bonne foi , di^KMé à l'écouter avec calme et à faire la part du siècle des Borgia.

ToMMAv »B Jo&u 0. — L'<coi.s s'ATsàsu. •— — VimhUMAU SAxaT^PiKKmm.— L'AAcaxTscToaB,

Page 1