‹ Italie centrale et RomeChapitre 14 sur 105 · VI. Règles de conduite · texte numérisé non relu

VI. Règles de conduite

C'est un usage général en Italie que de surfaire. Dès qu'on prouve qu'on est au fait de ces tours, c'est-à-dire qu'on est pratico, l'Italien abandonne sa spéculation, qui n'est basée que sur l'ignorance de l'étranger. Avec les cochers, les guides, etc., on prendra bien note des tarifs. Là où il n'y a pas de tarif, il y a au moins un prix moyen établi par l'usage. Dans ce dernier cas, il faut fortement marchander d'avance, et ne jamais se fier à la bonne foi des gens. Lorsqu'un de ces hommes refuse une proposition, en protestant de sa probité, lorsqu'il déclare vouloir s'en remettre entièrement à votre générosité, ou bien lorsqu'il est réellement offensé de vos soupçons , ce qui est très-rare, alors vous n'avez qu'a répondre par le proverbe : patti chiari, amicizia lunga. En faisant les prix, il faut surtout conserver le plus grand calme. Il ne faut faire attention aux récits, aux gestes et autres démonstrations : les cochers, les garçons d'hôtel, les guides, etc., et même les habitants d'une localité sont frères et compagnons vis-à-vis de l'étranger. Moins on sait l'italien, moins il faut parler. On ne dira que le nécessaire, et on fera tout de suite mine de s'en aller. Il est souvent bon de ne pas déclarer immédiatement le prix qu'on veut donner, afin de pouvoir y ajouter une bagatelle; mais il faudra toujours que la première offre soit convenable. Chacun se fera vite un système selon ses goûts et son caractère; du moins ne peuton pas établir, sous ce rapport, de règles de conduite générales pour tout le monde,

Il faut toujours user de prudence en Italie, mais sans montrer trop de défiance, ce qui passerait facilement pour de la crainte ou de la faiblesse.

Ayez toujours de la petite monnaie sur vous. Nulle part au monde on n'est si souvent obligé d'ouvrir la main, mais nulle part non plus on ne se tire d'affaire avec si peu de chose. Les cochers, guides, muletiers, portefaix, etc., attendent et exigent même, outre leur paiement, un pourboire (buona mano, manda, da bere, bottiglia, caffè, fumata) ; on donnera 2 à 3 sous, tout au plus 1 fr., selon les services qu'on aura reçus. Ne pas craindre de donner peu, car d'abord la valeur de l'argent est tout autre dans les mains de ces gens , et ensuite la générosité ne sert qu'à provoquer de nouvelles exigences. Une pièce de 50 c. donnée à la place d'une de 2 sous, peut devenir fatale à l'étranger; en un clin d'œil, le fait est public, et tout le monde devient insatiable. D'autre part, il ne faudra pas négliger de donner partout où les usages italiens l'exigent. Sans cela , on se fait une réputation d'avarice, défaut très-méprisé par le peuple italien.

Selon la province où l'on se trouvera, il faudra traiter différemment son monde. L'Italien du Nord ressemble encore au Bsedeker. Italie, II. 5e édition. b

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Moyens de

Français du Midi et au Suisse, le Toscan est beaucoup plus poli, plus élégant dans sa langue et ses manières; le Romain est fier et raide. A la longue, on apprendra à vivre avec toutes ces nationalités, excepté, en général, avec les Napolitains (v. la 3e partie de ce Manuel). L'homme du peuple sait aussi partout en Italie apprécier la politesse.

Mais nul n'en sera quitte sans payer. Et le but de ce livre est précisément de réduire ces faux frais à leur plus petite expression. Il faut se résigner d'avance à être trompé çà et là, nonobstant toute prudence. On aurait tort de s'en fâcher et de faire des réflexions sur la démoralisation et la fausseté des Italiens; eux-mêmes n'échappent point à ces contributions. Il faudra surtout se garder de perdre sa bonne humeur pour quelques misérables sous, car c'est une chose qu'on ne saurait payer trop cher en voyage.

VII. Moyens de transport.* Chemins de fer. Les voies ferrées de l'Italie centrale, à l'exception de celle de Bologne à Ancône et au delà, qui fait partie des lignes méridionales, sont entre les mains de la compagnie des chemins de fer romains, les Ferrovie Romane. Les observations faites à propos des chemins de fer du nord de l'Italie s'appliquent aussi à ceux du centre. Les trains marchent en général lentement. Les 3es servent presque exclusivement aux classes inférieures, les 2es, aux classes moyennes de la société. Le conducteur annonce le départ par le mot partenza, il avertit que tout est prêt par celui de pronti, et qu'on change de voiture par si cambia convoglio.

Dans les gares où. il y a foule, il est bon, autant que possible, de tenir préparé le prix exact de sa place. On notera à ce propos qu'il faut compter en sus 5 c. pour le timbre, et que les billets pour les trains de grande vitesse coûtent de 10 à 12°/0 de plus que les autres. Nous recommandons aussi d'arriver de bonne heure, bien qu'on ne puisse entrer dans les salles d'attente avant d'avoir pris son billet. D'après les règlements, la distribution des billets cesse 5 min. et la réception des bagages V4 d'h. avant le départ de chaque train. Les billets se rendent presque partout à la sortie, uscità.

Il est bon de connaître le poids de ses bagages , pour pouvoir au besoin réclamer contre une taxe trop élevée. On n'a droit à aucune franchise, mais le voyageur peut prendre avec lui une valise dans le wagon. Les portefaix qui chargent et déchargent

* On devra se procurer immédiatement un Indicateur. Le meilleur est V Indicatore Ufficiale délie strade ferrate , délia Navigazione e telegrafia, del regno d'Italia, qui paraît tous les mois (11.). Il existe aussi des Indicateurs spéciaux plus commodes pour les chemins de fer toscans , romains et napolitains, qui coûtent quelques sous.

transport,

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les effets , reçoivent quelques sous lorsqu'il n'y a pas de tarif. Lorsqu'on ne s'arrête que peu de temps à un endroit, surtout aux villes qui sont loin des stations qui les desservent, on fait bien de déposer le plus gros de ses effets à la station.

Les billets directs et les billets pour voyages circulaires sont très-commodes et. à prix réduits: voir dans l'Indicateur les conditions et les tarifs spéciaux pour les' pays en relation directe avec l'Italie. Lorsqu'on prend un billet direct pour la Suisse, la France, l'Allemagne, etc., il faut payer en or pour le trajet à faire en dehors de l'Italie. Pour éviter des désagréments et des pertes , on s'arrangera de façon à avoir ses bagages en même temps que soi à la frontière , où ils sont visités par la douane. — Enfin il y a encore une économie notable à faire usage des billets d'aller et retour accordés pour maintes excursions. On aura soin cependant de se renseigner d'abord sur le temps pendant lequel ils sont valables. Il n'est pas permis de s'arrêter en route avec de tels billets, ou bien ils perdent leur valeur, même pour le retour. \

Bateaux à vapeur. Depuis l'achèvement des voies ferrées menant à Rome, il y a peu de voyageurs qui fassent encore le trajet par mer. Il n'y a plus qu'un service direct par semaine de Marseille à Civita-Vecchia, tandis qu'il y en a plusieurs par Gênes et Livourne. Un trajet de ce genre a certainement beaucoup de charme lorsqu'il fait beau, et la mer est souvent si calme dans la bonne saison, qu'on n'a pas le mal de mer, à moins d'y être très-sujet. Cependant on notera que les bateaux à vapeur font route et souvent partent et arrivent de nuit, de sorte qu'on perd les plus belles jouissances qu'offrirait le trajet.

On ne prendra son billet qu'à l'agence de la compagnie que Ton a choisie, et on le prendra en personne, sans avoir égard aux offres des individus dont on est assailli en chemin. Le billet porte le nom du voyageur, celui du bateau et l'heure du de'part.

Les salons de la première classe sont ordinairement très-élégants et les eabines commodes ; la deuxième est plus simple , mais suffisante pour des exigences modestes. Les dames ne peuvent naturellement prendre que la lre cl. Les voyageurs de 2e ont le droit de se promener sur tout le pont. Les officiers des armées italienne et française, jusqu'au grade de capitaine inclusivement, vont toujours en 2e cl.°

On a droit à 100 kilogr. de bagages en lre et à 60 en 2e cl., mais non pour des objets qui ne servent pas à son usage personnel.

La nourriture, comprise dans le prix du billet de lre et généralement aussi de 2e cl. , est d'ordinaire très-bonne et copieuse. On donne environ 1 1. de pourb. au garçon dans un trajet de 12 à 24 h.

Embarquement, généralement 11. tout compris, qu'on ne paiera que lorsque tous les bagages seront à bord. Il faudra s'arranger de façon à être arrivé 1 h. avant le départ.

Voitures publiques. Pour bien connaître la partie de l'Italie décrite dans ce volume , on a encore maintes fois besoin de voyager en voiture. Il reste des villes intéressantes situées à l'écart des chemins de fer, telles que celles d'Urbin, de Gubbio, de Viterbe, de S.-Gimi^nano, etc. Toutefois il n'y a générale-

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ment à faire que des trajets de quelques heures, et il existe des services réguliers de diligence. Les diligences, entreprises particulières, vont ordinairement très-vite. On y rencontre souvent une société un peu mêlée, et les voitures sont incommodes. En compagnie de dames, on tâchera d'avoir le coupé, qui est d'un tiers plus cher que les autres places. Là où il y aura concurrence, on choisira la voiture la plus chère. Selon l'usage de la contrée, on donnera quelques sous au garçon d'écurie et aux postillons. — Plusieurs personnes ne paient guère davantage pour une voiture particulière. On en trouve presque partout à un cheval, à raison de 75 c. à 1 1. par mille (1 kil. 1/2), et il est possible aussi d'obtenir une place dans certaines voitures.

Voyages à pied. L'Italien ne va jamais à pied lorsqu'il peut aller en voiture, et il ne comprend pas qu'on puisse voyager à pied pour son plaisir. Lei è Signore e va a piedi?! Pourtant il s'est déjà habitué à cette manie des étrangers dans les contrées les plus fréquentées , par exemple aux environs de Rome. On peut errer à pied dans la Campagne , sur les monts Albains et les montagnes de la Sabine, sans perdre de sa considération. Les voyages à pied commencent cependant à devenir à la mode ; c'est du moins ce que fait supposer la création de plusieurs sections du Club alpin, qui n'ont pas seulement pour but de s'occuper des Alpes, mais qui veulent rendre les Apennins plus accessibles aux touristes. — On choisira pour ses promenades un temps frais et clair, jamais celui où souffle le siroco.

C'est à cheval (cavallo), ou au moins à dos d'âne (sommaro; à Naples, ciucio) qu'on voyage en Italie, au lieu d'aller à pied. Le conducteur (pedone) de la monture suit au pas de course, et sert au besoin de domestique. Les prix sont peu élevés ; on fait son marché "tutto compreso", et l'on y ajoute un léger pourboire, lorsqu'on est content. Dans les montagnes, cette façon de voyager est très-recommandable, car elle fait économiser les frais d'un guide. Elle est très en vogue sur les monts Albains et dans la Sabine. Les dames peuvent également voyager de cette manière, sans la moindre gêne. Mais il faut prendre garde, dans ces contrées fréquentées, que les guides n'abrègent la route en évitant les passages les plus difficiles , qui sont souvent les plus beaux. Ils ont, en outre, l'habitude de faire courir leurs bêtes grand train au commencement de l'excursion et dans les villes et les villages , ce qui déroute d'abord le cavalier qui ne connaît pas cet usage; le trot et le galop d'un âne sur un mauvais pavé n'ont d'ailleurs rien de bien agréable, et le cavalier ne fait pas trop bonne figure. On mettra donc un frein à l'ardeur du guide en lui déclarant d'emblée qu'on veut traverser les rues au pas, ou qu'on lui diminuera sa ,,manciau.

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