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L'ART ROMAIN

depuis le moyen âge

Aperçu historique par A. Springer, professeur à Leipzig.

Rome , capitale du monde ancien , est également un centre pouï les beaux-arts; elle reçoit en particulier, comme un tribut qui lui est dû , les trésors artistiques qu'a créés dans le cours des siècles le génie esthétique de la Grèce. Cette ville, devenue maîtresse de l'univers, occupe la plupart des artistes, accapare la plupart des œuvres d'art, donne finalement le ton pour la mode et pour le goût et décide du sort des arts. Plus tard , pendant le moyen âge , elle se nomme encore fièrement : caput mundi ; mais elle fait valoir d'abord ses prétentions à un autre point de vue que celui de l'art , et elle ne s'occupe plus de ce dernier lorsque les traditions anciennes se sont perdues. D'elle même, de son propre fonds, Rome n'a pas plus produit durant notre ère que dans l'antiquité un art indépendant. C'est sa destinée de jouir des fruits d'un autre sol, avec la différence que, dans l'antiquité, elle ne fut proprement que le lieu où l'art était exposé à l'admiration, tandis que de nos jours, c'est elle qui doit inspirer les artistes , c'est dans l'étude des œuvres brillantes de la Rome ancienne que ceux-ci doivent perfectionner leur talent. Mais il se passe un millier d'années avant que Rome soit de nouveau à la tête du mouvement artistique. Le laps de temps qui s'écoule jusque là, jusqu'au moment où elle réunit les plus grands maîtres de la Renaissance et leur inspire les œuvres les plus splendides, offre peu de choses remarquables. Bien plus, le seizième siècle lui-même, malgré les richesses artistiques extraordinaires qu'il révèle à Rome , ne donne pas à la ville de cachet particulier, n'y laisse pas son empreinte; ceci est le propre du dix-septième siècle, qui, avec son goût pour les constructions , la recouvre pour ainsi dire d'une enveloppe, que l'œil rencontre d'abord et doit percer afin de pouvoir connaître la Rome des temps passés.

Cette longue interruption dans la culture assidue des arts explique pourquoi l'histoire de l'art romain n'est pas identique avec celle de l'art italien. Pendant plusieurs siècles , les villes de la Toscane sont les sièges les plus importants de la vie artistique nationale. Mais si l'art italien ne commence de briller à Rome qu'à son apogée, au siècle des Raphaël et des Michel-Ange, c'est au contraire dans cette ville que l'art chrétien a jeté ses premières et ses plus importantes racines ; Rome est le meilleur endroit pour l'étude de l'art chrétien primitif.

INTRODUCTION. L'art chrétien

Art chrétien primitif. — Au ive siècle, le monde païen, depuis longtemps en pleine décomposition, se change en monde chrétien et voit aussitôt naître un nouveau genre dans les arts. Néanmoins, on aurait tort de supposer que la nouvelle ère ait violemment rompu avec l'art antique des Romains, ou qu'elle ait inventé subitement et sans transition un style tout nouveau. L'œil et la main restent plus fidèles à leurs habitudes que l'esprit. On considéra les choses à de nouveaux points de vue, on commença à se former une nouvelle idée de l'essence de Dieu et des destinées de l'homme, mais on conserva par nécessité les anciennes formes artistiques pour exprimer sa pensée. A cela il faut encore ajouter que les puissances politiques païennes ne se montrèrent pas toujours ennemies du christianisme (les persécutions les plus violentes n'eurent lieu qu'au me siècle), qu'on laissa la nouvelle doctrine prendre racine et se développer, qu'on lui permit de s'organiser au milieu de la société païenne. La conséquence en fut qu'il n'y eut pas de contraste absolu dans l'art, et que le christianisme continua sous ce rapport la tâche de l'antiquité, comme nous le prouvent surtont les peintures des catacombes de Rome. Ces sépultures, entourant pour ainsi dire la ville d'une ceinture souterraine, n'étaient nullement, dans l'origine, les retraites secrètes des premiers chrétiens, mais elles en étaient bien plutôt les cimetières légalement reconnus et accessibles à tous (par exemple les catacombes de Nicomède et de Flavia Domitilla)i on n'en fit un secret que pendant les persécutions du 111e siècle. Elevée au milieu des mœurs et des usages du paganisme romain, la génération chrétienne n'avait aucune raison de rejeter les principes artistiques de l'antiquité. Aussi conserva-t-elle dans l'ornementation des catacombes les motifs de décoration traditionnels, et resta-t-elle fidèle aux anciennes règles, tant sous le rapport du dessin et du coloris, que sous celui de la composition et de la conception; la représentation de J.-C. sous les traits du bon pasteur, la figure d'Orphée employée aussi comme symbole du Christ, la véritable horreur qu'on éprouvait, par suite des idées de l'antiquité, pour l'histoire de la Passion , en sont autant de preuves. Plus les peintures des catacombes sont anciennes, plus elles se rapprochent des formes antiques. Aussi les sculptures des sarcophages du ivfc et du ve siècle ne diffèrent-elles que par leurs sujets, mais non par leur exécution ni par leur dessin, du type particulier aux bas - reliefs funéraires du paganisme romain. Les cinq premiers siècles se passèrent sans qu'on vît naître de nouveau style ni dans la peinture, ni dans la sculpture, qui était d'ailleurs fort négligée à cette époque. Mais avec le temps l'architecture s'était développée en harmonie avec les exigences du culte chrétien, et la peinture s'y conforma bientôt.

On comprend sous le nom de basiliques tous les édifices

'primitif.

INTRODUCTION

chrétiens jusqu'au xe siècle. Ce nom est très -ancien, mais c'est à tort qu'on a supposé plus tard que les "basiliques chrétiennes avaient, à part leur nom, quelque chose de commun avec celles dont on a prouvé l'existence sur les places de la plupart des villes de l'empire romain, qui étaient des édifices où l'on rendait la justice et où les marchands s'assemblaient pour traiter d'affaires , et n'avaient presque rien de commun avec les premières églises chrétiennes, ni sous le rapport de leur forme, ni sous celui de leur origine. Les anciennes basiliques ne furent pas transformées en églises, ni les nouvelles églises construites exclusivement sur leur modèle. Ce qui prouve la première assertion, c'est qu'à la fin du IVe siècle ce's anciennes basiliques existaient toujours en conservant encore leur destination primitive, et que quelques unes d'entre elles furent restaurées. Pour la seconde, on en trouve la justification dans le simple examen des différentes parties des basiliques chrétiennes ; elles ne correspondent pas à celles des autres , et attestent par làmême une autre origine. Le temple antique n'a pas non plus servi de modèle pour la construction des églises 5 celle de St-Cosme-et-St-Damien , du ive siècle est le premier exemple de la transformation d'un temple en église. L'église chrétienne est plutôt le développement de la maison particulière, où les premières communautés religieuses s'assemblaient pour l'exercice de leur culte, et les différentes parties de ces habitations furent reproduites dans les nouvelles églises, mais sur une plus grande échelle. L'image relativement la plus fidèle de la construction et de l'ordonnance intérieure de ces basiliques chrétiennes nous est fournie par l'église de St-Clément à Rome. Un petit portique supporté par des colonnes donne accès à l'avant-cour (atrium), entourée de colonnes de toutes parts et décorée d'une fontaine {cantharus) au milieu. La colonnade de l'est conduit à l'intérieur de l'église, qui est ordinairement partagé en trois nefs, avec une rangée de colonnes entre chaque bas-côté et la nef centrale, plus élevée, et une abside semi-circulaire au fond. Devant l'abside il y avait souvent une aile transversale, le transept. L'autel était isolé de toutes parts, recouvert d'un baldaquin à colonnes , et placé au milieu de l'abside; devant l'autel, et séparé de lui par des barrières, se trouvait le chœur du clergé et deux tribunes ou ambons, l'une pour l'évangile, l'autre pour l'épître. Différente sous ce rapport de celle des temples anciens, l'architecture des basiliques chrétiennes n'est pas extérieure; toute l'attention y est consacrée à l'intérieur. Ce fut surtout en pillant les monuments plus anciens que l'on donna, en particulier du vme au Xe siècle, leur décoration intérieure aux nouvelles constructions: on enleva les colonnes des édifices romains pour en orner les églises, sans s'occuper de l'harmonie du style ou des matériaux. C'est ainsi que celles

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