XL VI
INTRODUCTION
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de Ste- Marie-in-Trastevere et de St-Laurent-hors-les- Murs nous offrent des colonnes de pierres et de styles différents. D'autres exemples de colonnes ainsi rapportées se retrouvent à Ste-Sabine , à Ste- Marie- Majeur e , etc. Mais les ornements les plus avantageux pour rehausser l'aspect des églises, furent ceux de métal, tels que les croix et les lustres, et en outre les tapisseries, tous objets dont elles furent richement dotées par la piété des papes. Puis vinrent les mosaïques, qui se trouvent particulièrement dans l'abside et sur l'arcade qui la sépare de la nef, Yarc de triomphe. Ces mosaïques, importantes et précieuses, au moins sous le rapport des matérieux dont elles se composent, donnèrent aussi nâissance à un nouveau genre de peinture; on y trouve, à la place de l'ancienne tradition abandonnée, ce style ascétique et sévère faussement appelé style byzantin. Pour en donner une idée plus exacte, il faut dire que c'est celui qui opère la transformation du style symbolique en style historique 5 les idées chrétiennes se sont imposées entièrement aux esprits, le Christ souffrant y apparaît au premier plan. Les plus anciennes mosaïques, composées de petits morceaux de verre, sont, entre autres, à l'église Ste-Pudentienne; elles remontent, comme celles de Ste-Constance et du baptistère de Naples, au ive siècle, tandis que celles de Ste- Marie- Majeure et de Ste-Sabine sont du ve. Celles de St-Cosme-et-St-Damien, sur le Forum, passent pour les plus belles (526-530).
Les origines de l'art chrétien se trouvent à Rome ; mais sous le rapport de son développement, d'autres villes d'Italie ont surpassé la capitale. Quoique l'on continue de bâtir des églises jusqu'au ixe siècle, et que les papes du vne, surtout Léon III, s'occupent de leur décoration intérieure , ni l'architecture ni les mosaïques ne révèlent un élément nouveau, rien n'y indique un progrès ni un développement continu. L'essai fait à Ste-Praxede, au IXe s., de renforcer de piliers les colonnes de la nef majeure et de construire sur ces piliers des arcades transversales , n'est pas renouvelé, et l'on peut dire aussi des mosaïques (Ste-Praxède} St-Nere'e-et-St-Achille'e , St-Marc) qu'elles sont dans le même style que celles des ve et vie siècles , mais avec des formes dégénérées. Cette pauvreté et cette décadence s'explique par les temps pénibles que Rome eut à traverser à partir du xie siècle et dont les maux furent à leur comble en 1084, où un incendie, allumé par les troupes de Robert Guiscard , en ravagea toute la partie méridionale, du Forum à St-Jean-de-Latran et au versant de l'Esquilin. On s'occupa surtout à cette époque de construire des tours et des forteresses pour se défendre contre des attaques auxquelles on était sans cesse exposé de la part des habitants mêmes de la ville, divisés en factions. Brancaleone rasa, en 1257, près de cent quarante tours de ce genre, dont la plupart étaient bâties sur des monuments anciens. L'exemple
moyen âge. INTRODUCTION.
le plus frappant de la grossièreté de l'architecture à Rome dans les premiers temps du moyen âge, c'est la maison dite casa di Pilato ou Rienzi. Cette maison, construite au xi6 siècle ou peut-être seulement au xne par un certain Nicolas fils de Crescentius , est surtout remarquable parce qu'elle se compose de fragments de marbre rassemblés au hasard et jetés pêle-mêle.
C'est seulement au xne siècle que commencent de meilleurs jours pour l'art romain; ,,magister romanus " devient alors pour les artistes un titre honorifique , qu'ils sont fiers d'ajouter à leur nom. Il se forme une industrie spéciale tenant de l'art, celle des mosaïques décoratives, qui se rattache à l'antiquité par les matériaux qu'elle emploie, et qui s'élève au-dessus du style grossier de l'époque antérieure en essayant de créer de nouvelles formes artistiques. Quant aux matériaux , il n'en manque pas, car il y a encore à Rome d'innombrables fragments de marbre de l'antiquité. On se met à couper et à scier ces fragments en plaques de toutes les dimensions, on agence les morceaux pour former des dessins , en se servant de pâtes de verre colorées et de feuilles d'or pour en relever l'éclat, et l'on a ainsi des motifs de décoration d'un bel effet sous le rapport des couleurs. De ces mosaïques de pierre ornent le pavé des églises , les parois des autels, les ambons, les monuments funèbres, remplissent les parties évidées des jolies colonnes torses destinées à porter le cierge pascal, ou de celles des cloîtres dans les cours des couvents. Il semble que ces sortes de travaux aient été faits par des corporations et que le talent pour les exécuter ait été héréditaire dans certaines familles, surtout celles des C os mas. On trouve beaucoup de ces mosaïques à Rome et les plus remarquables sont celles de Ste -Marie -Majeure , Ste-Marie-in-Trastevere et St-Laurenthors-les- Murs (xnes.). St-Clement et St-Oeorges possèdent des tabernacles dans ce genre, et St-Laurent a le plus bel ambon. Les plus riches dans les cloîtres sont d'abord à St-Paul (xme s.), puis dans ceux de Ste-Sabîne et de St-Jean-de-Latran. Il n'est pas rare non plus de trouver des mosaïques en dehors de Rome. Celles de l'Italie méridionale ont-elles la même origine que les précédentes , c'est ce qu'on ne saurait dire ; il y a des différences dans les procédés techniques mis en usage, les mosaïstes du midi se sont servis plus souvent de pâtes de verre, et cependant il est difficile d'attribuer purement au hasard l'identité qui existe dans les dessins, par exemple dans celles de la chapelle Palatine à Païenne et dans celles de St-Laurent.
A côté de cette mosaïque décorative figure aussi, à partir du xne siècle, la peinture en mosaïque des absides et des arcades des églises. Les rapports avec l'art antique, par lesquels se distinguent les premières mosaïques chrétiennes, ont naturellement disparu, le dessin a perdu sa raideur et son caractère typique , qui sont remplacés par plus de vivacité dans