XL VIII
INTRODUCTION
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les couleurs et plus de variété dans les ornements. Des spécimens de ces peintures se voient sur la façade Ste- Marie-in-Trastevere, dans les absides de St- Clément (xne s.) et de St-Jean-de-Latran (xme s.) et enfin dans S te- Marie- Majeure, où elles furent exécutées en 1295, par Jacques Torriti, — On revient aussi alors à la peinture murale, comme le prouve l'église basse de St-Cle'ment , l'église primitive, qui se trouva ensevelie dans le sol par une nouvelle construction élevée dessus en 1108. Et si les travaux d'architecture religieuse se restreignent à peu près au moyen âge à des restaurations de monuments anciens, les nombreux campaniles (le plus beau à Ste- Marie-in-Cosmedin) témoignent que l'art de construire existait de nouveau; ces campaniles sont caractéristiques pour le moyen âge romain.
On ne saurait toutefois comparer la vie artistique qui règne dans ce temps à Rome, surtout au xive siècle, avec l'essor que prend l'art toscan. Tandis qu'en Toscane l'établissement des républiques met en action tous les éléments vitaux du peuple, les forces de Rome se consument clans les luttes entre les grandes familles et les querelles du schisme d'Occident. Des artistes venus du dehors y suppléent à l'incapicité du talent ordinaire. Des dominicains y importent le style ogival (Fra Ristoro et Fra Sisto sont très-probablement les architectes de l'église Ste- Marie-de-la- Minerve), et le premier maître de l'école florentine, Gtiotto y est appelé sous Boniface VIII, afin d'exécuter pour le compte de son protecteur , le cardinal Gaétan Stefaneschi, à l'entrée de la basilique actuelle de St-Pierre , la Navicella, mosaïque représentant St Pierre sur les eaux; un ciborium ou baldaquin d'autel, qui existe encore en partie dans la sacristie de St-Pierre, et, peut-être sur les ordres du pape, la Proclamation du jubilé de l'an 1300, qui se trouve à St-Jean-de-Latran. Quant au contemporain romain de Griotto , Pierre Cavallini, nous n'avons malheureusement pas sur lui de notice précise.
L'époque delà prospérité croissante de l'art romain ne commence qu'avec le retour des papes d'Avignon, à partir du moment où ils sont exclusivement italiens et occupent la place la plus importante parmi les princes du pays, et avec le triomphe, de courte durée il est vrai, de ,, l'humanisme" à la cour pontificale.
Renaissance. — Rome n'a pas sans doute de part directe à l'inauguration de la Renaissance , qui reste la gloire incontestable de Florence; mais il ne faut pas oublier combien la vue des ruines grandioses de Rome exerce d'influence sur l'imagination sensible des artistes de ce temps, éveille l'amour de la gloire , favorise le culte de l'antique; que l'étude de l'art romain antique est ce qui familiarise Brunelleschi et Donatello avec les formes dont ils revêtent leurs conceptions, et par lesquelles ils ouvrent de nouvelles voies à l'art.
Renaissance.
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Avec Nicolas V (1447-1455), l'humaniste sur le trône pontifical, qui rivalise avec les Médicis, qui a la passion des livres et des constructions , Rome arrive de nouveau au premier rang dans l'histoire de l'art. Le but poursuivi alors est la réédification du quartier du Vatican , la construction d'une résidence papale splendide; Nicolas touche même à la vénérable église St-Pierre et pense à la rebâtir. L'œuvre la plus remarquable de ce temps est un palais fondé en 1455 par Pierre Barbus, ensuite pape sous le nom de Paul II, le palais de Venise, dont les formes tiennent encore de celles du moyen âge, et avec lequel a beaucoup de ressemblance Valbergo delV Orso (p. 193). Léon- Baptiste Alberti, qui vivait alors à Rome et y mourut en 1472, a dû y exercer aussi de l'influence.
La protection des arts est dès lors un des devoirs du pape, qui ne peut s'y soustraire sans nuire à son autorité personnelle et même au pouvoir pontifical. Mais il ne se trouve pas toujours également des hommes capables d'exécuter les intentions des princes de l'Eglise aimant les constructions et la magnificence. L'architecte qui développe le plus d'activité sous le pontificat de Sixte IV (1471-1484), Baccio Pintelli , est un praticien médiocre, qui est loin d'atteindre les grands architectes florentins. C'est lui qui construit St- Augustin et $t-Pierre-in-Montorio, ainsi que les façades des SS.- Apôtres et de St-Pierre-aux- Liens. Son œuvre la plus célèbre est la chapelle du Vatican , nommée d'après le pape la chapelle Sixtine; mais c'est aux fresques qui la décorent qu'elle doit sa célébrité et non à son architecture, qu'on ne saurait imaginer plus simple.
Les peintres de Toscane et d'Ombrie se portent dès lors en grand nombre à Rome, parce qu'ils y trouvent beaucoup d'occupation et que les dignitaires de l'Eglise se sont faits les protecteurs des artistes. Nous y rencontrons des maîtres florentins importants comme Sandro Botticelli, Filippinq Lippi, Domenico Ghirlandajo, Cqsimo Rosselli; de l'école ombrienne, le prédécesseur de Michel- Ange comme peintre, le hardi Luca Signorelli, puis le Pérugin et le Pinturicchio, tous très-occupés dans les églises et au palais du Vatican. On essaie même de fonder une académie romaine ou de St-Luc. Parmi les membres de cette académie se trouve Melozzo ba Forli (m. 1494), dont la galerie du Vatican possède une fresque transportée sur toile, la Fondation de la bibliothèque du Vatican. Les œuvres d'art principales du pontificat de Sixte IV sont les fresques de la chapelle Sixtine. Elles représentent, conformément aux idées reçues au moyen âge, les actions de Moïse, mises en regard de celles de J. - C. Les premières , au mur de gauche , sont par Botticelli, Rosselli et Signorelli; les autres, à droite, par Botticelli, Rosselli, le Ohirlandajo et le Pérugin. On ne saurait trop recommander aux amis . de l'art qui ne sont pas
Bœdeker. Italie, II. 5e édition. d
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allés à Florence d'étudier ces peintures murales; elles leur montreront le caractère de la peinture historique florentine et les familiariseront avec le genre d'idées dans lequel travaillèrent plus tard les grands peintres italiens.
Les sculpteurs toscans émigrent aussi souvent à Rome et y trouvent beaucoup d'occupation, soit pour travailler le bronze, soit pour faire des ouvrages en marbre. L'art du fondeur y paraît cependant peu développé. La grande porte en bronze de St-Pierre, exécutée par Filarete et Simone , n'excite notre intérêt que par ses nombreuses figures mythologiques; car, au point de vue artistique, elle ne peut soutenir même de loin la comparaison avec celles de Ghiberti à Florence. Mais la sculpture en marbre y est d'autant plus richement représentée. Le luxe des tombeaux qui devient à la mode au xve siècle, joint à l'amour de gloire propre à la Renaissance, fournit sans cesse aux sculpteurs l'occasion de montrer leur talent, surtout sous le rapport des ornements. Il n'y a peut-être pas à Rome une église ancienne qui n'ait plusieurs monuments funèbres de la fin de ce siècle. Les plus nombreux sont à Ste-Mariedu-Peuple. La forme de ces monuments", créée à Florence et peut-être introduite à Rome par Mino da Fiesole, est presque toujours la même. Un soubassement décoré de cordons de fruits et de Génies supporte le sarcophage , sur lequel est couchée la statue du défunt. Le fond est formé par une niche ou une paroi divisée en plusieurs champs , qui se termine dans le haut en hémicycle, avec un médaillon représentant la Vierge. La plupart d'entre eux ne peuvent être attribués d'une manière certaine à un artiste en particulier. Il semble qu'il y en ait eu de faits d'avance, comme les sarcophages antiques, et qu'on y ait seulement ajouté la statue du défunt, ses armes et l'inscription.
Rome est donc dès les premières années du xvie siècle sérieusement adonnée à la culture des arts , on y trouve des artistes de toute sorte, des architectes, aussi bien que des sculpteurs et des peintres, chargés de grandes tâches. Mais elle ne surpasse pas encore les autres centres artistiques de l'Italie, l'art n'y a pas encore pris de tendance faisant remarquer immédiatement qu'il n'a respiré que l'air de Rome, que l'esprit qui régne au Vatican est le seul qui l'ait pu éveiller. Cette transformation n'est amenée que par le pontificat de Jules II (1503-1513), sous lequel commence l'âge d'or de l'art romain.
C'est à Jules II qu'appartient la gloire d'avoir su retenir à Rome les trois hommes qui ouvrent la voie à tous les artistes du xvie siècle (cinquecento) et qui ont porté l'art moderne à son apogée: Bramante, Michel-Ange et Raphaël. Son successeur, Léon X (1513-1522), de la famille des Médicis, doit seulement à son origine d'être devenu plus célèbre et d'être la figure qu'on associe intimement à l'époque artistique la plus brillante des
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temps modernes. Léon X hérita des acquisitions faites par Jules II, et ne sut même pas toujours en faire un bon usage. Jamais, sans Jules II, il ne se serait entendu avec un caractère fier comme Michel-Ange, et il fût aussi difficilement entré dans les plans gigantesques de Bramante.
Bramante a conçu une œuvre des plus grandioses , la basilique de St-Pierre, que nous ne pouvons malheureusement apprécier dans toute sa beauté que dans les esquisses conservées parmi la collection de dessins de Florence. Tant de personnes ont en effet mis la main à cette œuvre, qu'il y est resté peu de chose du plan de Bramante. Toutefois c'est à lui qu'en est due la meilleure partie, la coupole, dont les proportions produisent un effet merveilleux. Bramante avait voulu élever un édifice en forme de croix grecque, avec transept terminé en absides et couronné par la coupole gigantesque d'aujourd'hui ; le dôme devait donc en occuper le centre. C'était un plan aussi colossal que pur dans ses proportions. Cette idée, la seule que n'aient pas épuisée les grandes périodes de construction des siècles passés , est encore à réaliser aujourd'hui. Rome ne manque pas du reste d'autres œuvres de Bramante, dont la vie, qui nous est à peu près inconnue, est placée de 1444 à 1514 ; il construisit encore la chapelle ronde dans la cour du couvent de St-Pierre-in- Montorio , le cloître de Ste-Marie-dela-Paix, les colonnades de la première cour du Vatican ou cour St-Damase, le palais Giraud et surtout la Chancellerie, la construction modèle dans le style de la Renaissance.
Nous sommes surpris de la richesse des œuvres auxquelles le xvie siècle donna naissance et nous vantons leur magnificence; mais combien cette richesse eût été plus grande et cette magnificence plus admirable, si toutes avaient été exécutées comme le génie de l'artiste les avait conçues!
Michel-Ange (1475-1564) ne fut pas plus heureux que Bramante; la destinée se joua de son projet le plus grandiose dans le domaine de la sculpture, comme de celui de Bramante en architecture. Le tombeau de Jules JJ, commencé du vivant même de ce pape, devait se composer d'une grande construction isolée, aux parois de laquelle auraient été adossées des figures d'hommes nus enchaînés, et dont les saillies eussent été ornées des statues colossales de Moïse , de St-Paul , etc. Les travaux furent bientôt interrompus, et trente ans seulement après qu'ils avaient été commencés (1545), le tombeau fut érigé à St-Pierreaux-Liens dans la forme réduite qu'il a aujourd'hui. La statue colossale de Moïse en est le principal ornement ; elle représente le législateur des Hébreux irrité de leur idolâtrie en les voyant adorer le veau d'or, et sur le point de se lever de son siège. Rome possède en outre deux ouvrages de sculpture importants de Michel- Ange; l'un est une Pietà (N.-D. de Pitié), groupe mal placé
LU
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dans une chapelle de St-Pierre , son œuvre la plus pure pour les formes, celle qui est le plus conçue conformément à la réalité ; l'autre est la statue nue du Christ à Ste-Marie-de-la-Mirierve.
Comme peintre, Michel- Ange exécuta à Rome ses fameuses fresques. La tradition raconte qu'il déposa le ciseau à contrecœur pour orner le plafond de la chapelle Sixtine, sur les ordres de Jules II, en 1508. Et ces peintures sont précisément son œuvre capitale, parce qu'elles sont une création plus indépendante que la plupart de ses sculptures, dans lesquelles la forme ne parvient pas à rendre toute sa pensée et présente toujours un caractère tourmenté. Le plafond de Michel- Ange se rattache étroitement aux peintures murales que les Florentins et les Ombriens ont exécutées dans cette chapelle vers la fin du xve siècle. Ces derniers ont représenté le libérateur du peuple juif en face du Sauveur du genre humain. Michel-Ange s'est proposé de retracer les causes et l'accomplissement de la rédemption. Il a placé au milieu l'histoire de la création et celles d'Adam et de Noé. Vint le péché et avec lui la promesse d'un sauveur; c'est le pressentiment et l'attente de sa venue que figurent les Prophètes et les Sibylles. C'est encore à la rédemption que se rapportent les peintures des pendentifs, relatives à la délivrance des Juifs dans plusieurs circonstances (serpent d'airain, David et Goliath, punition d'Aman, Judith), où Ton voyait aussi au moyen âge des symboles de son accomplissement. Les groupes des tympans, exprimant l'aspiration, l'attente douloureuse, l'abattement, sont de même tirés de l'histoire et ont une double signification, se rapportant à la fois au peuple juif et à J.-C. (les ancêtres du Christ et les Israélites en captivité à Babylone). Mais ce qui fait de cela une œuvre grandiose, c'est que l'artiste ne s'est nulle part renfermé dans le cadre étroit de l'histoire, qu'il a transformé tout en actions d'un caractère général, idéalisé tout. Michel- Ange s'est créé comme peintre un système architectonique qui lui est propre; il a gradué les figures et les groupes depuis les simples supports décoratifs jusqu'au riche sujet du milieu, et il a fait de l'ensemble une composition qu'aucune œuvre n'a encore égalée pour la richesse et l'ordonnance. Ce serait se priver d'une grande jouissance que de borner son attention à la partie centrale du plafond. Parmi les figures monochromes et les figures décoratives, il y en a qui sont de la plus grande beauté. — C'est seulement beaucoup plus tard, en 1541, que Michel- Ange peignit le Jugement dernier au-dessus de l'autel. Cette fresque serait plus vite comprise si elle était mieux conservée. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est la liberté, la hardiesse avec laquelle tous les mouvements et tous les groupes imaginables y sont rendus.
Raphaël (1483-1520) brille encore dans ce siècle à côté de Bramante et de Michel- Ange. Le grand maître se forma à Pé-
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