‹ Italie centrale et RomeChapitre 79 sur 105 · NOTICE HISTORIQUE SUR LA VILLE DE ROME · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE SUR LA VILLE DE ROME

,,11 me serait impossible de vous dire ce qu'on éprouve lorsque Rome vous apparaît tout à coup .... La multitude des souvenirs, l'abondance des sentiments, vous oppressent; votre

""" Le nombre des ouvrages qui traitent de l'histoire et de la topographie de la ville de Rome, notamment au point de vue de la cité antique, est extrêmement considérable. A l'époque du réveil des lettres et des sciences, les savants s'adonnèrent aux recherches avec une prédilection particulière, par ex. Poggio (1440), Flavio Biondo, Lucio Fauno. Le livre ancien le plus important sur la matière est celui de Nardini, Roma Antica, 1660, réédité pour la 4e fois en 1818 par Nibby. On peut citer comme s'étant distingués par leurs travaux en ce genre, au XIXe siècle, parmi les Romains eux-mêmes : C. Fea, Nuova descrizione di Roma antica e moderna, 1820; puis Canina, Indicazione topografica, 3e éd., 1841, et d'autres publications; enfin Nibby, Roma neW anno 1838, 3 vol., 1843. — Parmi les ouvrages allemands, nous nommerons surtout la Description de Rome, commencée sous les auspices de Niebuhr, par Platner, Bunsen, Gerhard, Rôstell et Ulrichs, 3 vol. en 6 parties (Stuttgart et Tubingue, 1830—1842). Cet ouvrage, aussi complet que savant, a servi depuis de base à toutes les investigations. Il a été l'objet d'importantes rectifications faites par W. A. Becker (Handbuch der rôm. Alterthiimer , 1er vol., Topographie, Leipzig, 1843) ; puis par L. Preller et d'autres encore, dans un certain nombre de publications spéciales. — Thomas Dyer, parmi les Anglais, a donné un aperçu d'ensemble très-clair de la topographie de la Rome antique dans le Smith'1 s Diction ar y of GreeJc and Roman Geography, 1856, et dans la réimpression partielle de cet ouvrage intitulée Ancient Rome (Londres, 1864); mais les nouvelles découvertes font que ces ouvrages ont aujourd'hui vieilli; H. Jordan a commencé de publier une autre description de la Rome antique (en allem., à Berlin). — Jusqu'à une époque récente on s'était préoccupé beaucoup moins de la période du moyen âge que de celle de l'antiquité; mais cette lacune a été comblée par Ferd. Gregorovius. Son ouvrage, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter (Stuttgart, 1858 — 72 , 8 vol.), basé sur les archives du temps, s'arrête à Tannée 1535 et a le mérite incontestable de jeter de la lumière sur cette période; les derniers volumes sont ceux qui ont le plus de valeur. — L'his-

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âme est bouleversée à l'aspect de cette Rome qui a recueilli deux fois la succession du monde, comme héritière de Saturne et de Jacob." (Chateaubriand). Le voyageur se trouve en effet ici sur un sol éminemment historique, dans cette ville qui existe depuis près de 3,000 ans, que le temps et les événements ont fait passer par tant de phases diverses et où l'on retrouve néanmoins partout, au milieu des créations postérieures, la cité antique. Encore Rome n'est-elle pas seulement importante par la foule de ses monuments, elle l'est aussi et surtout comme le centre de la civilisation en Occident, à peu près depuis les temps jusqu'où remonte l'histoire de l'Europe: Rome a imposé ses lois au monde ancien, Rome a été dès le moyen âge le siège d'un pouvoir spirituel également universel, outre qu'elle est aujourd'hui au début d'une nouvelle période de développement, comme la capitale d'un Etat moderne. A chaque pas, la vue d'un objet nous rappelle le passé, et celui même qui n'y vient que pour satisfaire une curiosité superficielle, sentira bientôt le besoin de recourir à l'histoire. L'esquisse suivante a pour but, comme tout l'ouvrage en général, d'aider l'étranger à s'orienter, de faciliter ses études en lui indiquant les chemins; elle se borne à dessein aux faits généraux, qu'elle retrace à grands traits , en indiquant les choses dont notre description suppose la connaissance.

Les origines de Rome se dérobent à toute certitude dans l'obscurité qui enveloppe les commencements de l'histoire de l'Italie elle-même. Ce n'est qu'à une époque relativement rapprochée de l'ère chrétienne que s'est formulée la fameuse légende de Romulus et Rémus, et que l'on a assigné la date de 753 av. J-C. à la fondation de Rome. Selon toute vraisemblance, la ville est d'une bien plus haute antiquité. Cette opinion n'a pas seulement en sa faveur un certain nombre de vieilles traditions, mais aussi les découvertes remontant à l'âge de pierre qui ont été faites de nos jours dans le Latium, et qui reportent bien loin en arrière, dans des temps primitifs dont la détermination est impossible, les débuts de l'histoire de l'Italie.

Les anciens considéraient le Palatin comme le noyau de Rome, autour duquel étaient venues se grouper peu à peu, dans le cours des siècles, les parties nouvelles. C'est sur cette colline

toire religieuse de Rome a ?été écrite par A. de Reumont (Geschichte der Stadt Rom, Berlin, 1867), en 3 vol., dont le premier va de la fondation de la ville à la chute de l'Empire d'Occident; le deuxième de 476 à 1420, année de la rentrée de Martin V à Rome, et le troisième, dont la première X>artie partie seule a paru , jusqu'à Tannée 1503 (Berlin, 1868). — Les ouvrages français publiés sur Rome sont généralement plutôt relatifs aux arts, aux monuments , que des ouvrages historiques. Il a paru notamment un 1873, à Paris, un splendide ouvrage illustré par Francis Wey, intitulé : Rome, description et souvenirs, avec 252 gravures sur bois. Il faut citer aussi Rome au siècle d'Auguste, par Dézobry (1 vol., 1844).

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que Romuius est censé avoir jeté les fondements de sa cité, de cette Borna quadrata dont Tacite donne les dimensions dans ses Annales (xn, 24). Des fouilles récentes ont mis à jour (v. p. 241, 245) des restes de murailles, des portes et des rues qui en faisaient partie. Plus tard, à la ville de Romuius, sur le Palatin y s'en joignit une seconde, sur le Quirinal , habitée par les Sabins, et unie à l'autre par la communauté des institutions politiques. Chacune d'elle avait conservé ses temples et ses divinités particulières, tandis que le Forum, situé entre les deux collines qu'elles occupaient, et dominé par la citadelle et le temple de Jupiter construits sur le Capitole, formait leur point de contact permanent et le centre de l'Etat. Le Forum et le Capitole ont joué ce rôle jusque dans les derniers temps de la Rome antique. Celle-ci a dû, avant tout, son rapide développement à sa situation au cœur de toute la péninsule, exceptionnellement favorable à la fois pour une grande ville et pour la capitale d'un vaste empire. Les avantages de cette position avaient été bien compris par les anciens eux-mêmes, et Tite- Live (v, 54) les a ainsi énumérés: flumen opportunum, quo ex mediterraneis locis fruges devehantur, quo maritimi commeatus accipiantur , mare vicinum ad commoditates , nec expositum nimiâ propinquitate ad pericula classium externarum, regionum Italiœ médium, ad incrementum urbis natum unice locum. Le Tibre était navigable pour les vaisseaux jusqu'à Rome, et, d'un autre côté, ses affluents, comme l'Anio, la Nera, le Chiano, le Topino, qui avaient tous un volume d'eau suffisant pour porter des embarcations, établissaient ainsi les relations les plus animées entre Rome et l'intérieur de l'Italie centrale. Mais depuis cette époque, la destruction toujours croissante des forêts a complètement changé cet état de choses, et le Tibre n'est plus navigable qu'en aval d'Orte, dans la dernière partie de son cours.

Tandis que les origines de la capitale du monde se rattachent au nom de Romuius, c'est à celui du roi Servius Tullius que l'on rapporte ses premiers agrandissements. Autour de la double ville du Palatin et du Quirinal, se sont peu à peu établis des faubourgs très-étendus , soit sur YEsquilin et le Ce'lius , soit dans les dépressions de terrain qui séparaient ces diverses collines. En effet , l'industrie et le commerce croissants de Rome y attirèrent de nombreux étrangers, qui s'y établirent d'une manière permanente, et les rois transplantèrent dans son sein les populations des localités du Latium vaincues par eux, et, avec ces divers éléments si distincts les uns des autres, finirent par constituer une ville unique, comprise dans Venceinte de Servius, dont il reste encore des fragments considérables. Cette enceinte se composait d'un fossé et d'une muraille, derrière laquelle se trouvait un terre-plein, d'une très-grande solidité. Sa circon-

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férence , qui n'a pas été mesurée •exactement , était d'environ 10 à 12 kilom.*, elle embrassait VAventin (p. 256) , le Ce'lius, VEsquilin (p. 178), le Viminal, le Qitirinal (p. 171) et le Capitole (p. 213). Et pendant que des travaux s'exécutaient pour la défense de la cité au dehors, les rois ne mettaient pas moins d'activité à l'embellir au dedans par des constructions grandioses. C'est à cette époque qu'appartiennent le cirque, dans la vallée entre le Palatin et l'Aventin (p. 252), et surtout cet égout destiné à assainir, en le desséchant, le bas-fond marécageux du Forum, la Cloaque Maxime, dont nous admirons encore les puissantes voûtes (p. 250). Ce vigoureux et brillant développement de la ville de Rome sous les Tarquins , au YIe siècle av. J.-C, finit avec le règne de Tarquin le Superbe, expulsé en 509.

Durant le premier siècle de son existence , tous les efforts de la République tendirent seulement à conserver les acquisitions antérieures. Ce ne fut pas sans peine qu'elle y parvint, et le peuple eut à faire un dur et pénible apprentissage de la liberté qu'il venait de conquérir. Rome ne put respirer qu'après la chute de la puissance des Etrusques. Il lui fallut longtemps combattre pour prendre et anéantir Ve'ies, sa redoutable rivale, et pour fonder ainsi sa domination sur l'Etrurie méridionale jusqu'au mont Ciminien. Bientôt après (390) elle tombait, à l'exception du Capitole , aux mains des Gaulois et elle était complètement détruite par eux. Mais cette calamité, dont les conséquences furent passagères quant à l'ébranlement de la puissance romaine, fut décisive pour la ville au point de vue de son caractère extérieur. En effet, l'extrême précipitation avec laquelle furent poussés les travaux de reconstruction, fut cause qu'elle se trouva percée de rues étroites et tortueuses avec des maisons de misérable apparence, et jusqu'au règne d'Auguste, elle ne put avoir aucune prétention au titre de belle ville. Néanmoins le développement graduel de sa domination devait naturellement exercer aussi son influence sous ce rapport. Pendant qu'elle luttait encore pour la possession de l'Italie (312), elle fut dotée par Appius Claudius de son premier aqueduc et de sa première chaussée {aqua et via Appia, p. 341), et en 272, elle eut un second aqueduc (Anio Vêtus). Jusqu'à l'époque des guerres d'Annibal, Rome ne dépassa pas l'enceinte de Servius Tullius, mais lorsque l'humiliation de Carthage eut tranché en sa faveur la question de la suprématie sur le monde, elle entra dans une période de rapide agrandissement. Elle perça de tous côtés ses remparts et en couvrit l'emplacement d'édifices, de telle sorte que du temps d'Auguste il était devenu fort difficile d'en déterminer exactement le tracé, et que des quartiers neufs s'étaient accumules à côté les uns des autres. La spéculation sur les constructions fut alors pratiquée sur une grande échelle, et c'est à elle que, par ex., le triumvir Crassus dut son immense fortune.

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