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En effet, le prix des loyers était excessif, tandis que les maisons elles-mêmes étaient hantes et bâties légèrement. Le contraste était grand entre ces sortes de casernes (insulœ) et les palais des grands (domus) , édifices splendides , où s'affichait un luxe extraordinaire^, comme le prouve ce fait que le tribun Clodius, l'adversaire de Cicéron, avait acheté sa maison au prix énorme de 14,800,600 sesterces (3,750,000 fr.). C'est dans le dernier siècle avant la naissance de J.-C. que Rome commença à se transformer et à revêtir un aspect en rapport avec sa position comme capitale du monde. Les rues qui jusqu'alors étaient restées sans pavé, furent pourvues de ces dalles massives de lave que nous pouvons encore admirer sur les voies romaines antiques, par exemple, sur la voie Appienne. Les grandes maisons patriciennes rivalisèrent entr'elles pour éterniser leur nom , en l'attachant à des travaux publics grandioses. Dès 184, M. Porcins Coton avait' construit le premier palais de justice sur le Forum (basilica Porcia) , et d'autres édifices analogues s'élevèrent ensuite, tels que le premier théâtre en pierre qu'ait eu Rome et qu'elle dut à Pompée (p. 208). Cependant, en somme, les travaux exécutés sous la République restent bien loin en arrière de ceux de l'Empire, et c'est aussi là le motif pour lequel il nous est resté relativement si peu de chose des premiers : le Tabularium, de l'an 78 (p. 223), le tombeau de Bibulus (p. 160) et celui de Cœcilia Metella (p. 343).

La transformation de la République en monarchie militaire (29 av. J.-C.) devait nécessairement avoir pour résultat une nouvelle période d'activité dans l'architecture. Les usurpateurs aiment volontiers à éclipser les anciens monuments par de nouvelles et de plus brillantes créations qui rejettent dans l'ombre les souvenirs historiques attachés à ces monuments. Césor avait déjà formé les plus vastes projets dans ce sens: mais l'exécution en était réservée à son neveu, plus heureux que lui. Ce sont les restes des constructions d'Auguste qui tiennent le premier rang, par leur nombre en même temps que par leur importance, au milieu des ruines de Rome. Nous nommerons seulement le Champ-de-Mars avec le Panthéon (p. 196) et les thermes d' Agrippa (p. 198), le théâtre de Marcellus (p. 211) et le Mausolée (p. 188), la basilique Julia (p. 228), le forum d'Auguste avec le temple de Mars (p. 239). En tout, Auguste ne construisit pas moins de 82 temples [templorum omnium conditor ac restitutor, comme le nomme Tite-Live), et il a pu se vanter à bon droit d'avoir transformé Rome de ville de brique en ville de marbre. Sous la République, on s'était simplement servi pour bâtir de pierre volcanique (tuf et pépérin), telle qu'on la trouvait dans la contrée la plus voisine ; alors, on employa le marbre des carrières de Carrare, découvertes un siècle à peu près av. J.-C, mais qui ne furent exploitées en grand qu'à

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partir du règne d'Auguste, ainsi que le beau travertin des environs de Tivoli. L'administration et la police de la ville furent aussi l'objet d'une réforme par laquelle Auguste introduisit une division de Rome en 14 quartiers (regiones), répondant à l'étendue qu'elle avait prise alors , et il confia à un corps d'agents spéciaux (vigiles) le soin d'éteindre les incendies et le maintien de l'ordre et de la sécurité pendant la nuit. Les contemporains parlent avec enthousiasme de l'éclat qu'Auguste donna à la capitale de son empire, en même temps que des sages institutions dont il la dota, et qui continuèrent à la régir après lui. Il servit de modèle à ses successeurs, en matière de travaux publics, et chacun d'eux chercha à dépasser, sous ce rapport, ses devanciers.

Ce fut Néron (54-68) qui fit preuve de la plus effroyable imagination à cet égard; un immense incendie qui consuma sur son ordre, à ce qu'il paraît, la plus grande partie de Rome, l'an 64, lui fournit l'occasion de la rebâtir entièrement, sur un plan régulier et d'une manière conforme au goût régnant alors. Pour lui-même , il construisit la maison Dore'e, palais avec jardins, lacs artificiels et ornements de tout genre, qui s'étendait au-dessus de la vallée du Colisée depuis le Palatin jusque bien loin sur l'Esquilin (p. 234) , occupant une surface démesurée. Un juste destin a voulu que de cet édifice et de ses autres travaux , détruits par ses propres successeurs , il ne restât que des débris insignifiants de murailles.

Les Flaviens, au contraire, ont éternisé leur nom par un grand nombre d'œuvres trés-importantes , et surtout par le Colisée (p. 234), qui dès lors a toujours été comme le symbole de la grandeur romaine; par les thermes de Titus sur l'Esquilin (p. 237), et Varc de triomphe érigé après la destruction de Jérusalem (p. 233). L'architecture prit encore un nouvel essor sous Trajan. C'est alors, en effet, que l'art atteignit son apogée à Rome. Le forum de Trajan, avec sa colonne et ses basreliefs qu'on appliqua plus tard à l'arc de Constantin, en fournissent un éloquent témoignage. Le règne de Trajan marque les plus belles années de l'âge d'or de l'Empire, tant sous le rapport des arts que dans sa vie politique. Dès lors, et dans les domaines les plus divers, c'est un déclin lent mais sans interruption. Il y a d'abord, sous Adrien, un temps d'arrêt sensible; les créations de cet empereur, comme le temple de Venus et Rome (p. 234) , le château St-Ànge (p. 278) , portent même déjà visiblement l'empreinte de la décadence. Ce fait est encore plus caractérisé sous les Antonins. Cette famille s'est distinguée par toutes sortes de qualités administratives, et son régime pacifique a souvent été considéré comme celui sous lequel le genre humain a été le plus heureux, si bien que, de nos jours encore, une tradition populaire rattache à la statue équestre du

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sage et doux Marc-Aurele l'espérance d'un retour du bon vieux temps, quand la dorure, qui n'existe plus que par place, la couvrira de nouveau tout entière. Mais ce n'était plus là que le calme précurseur de l'orage. Avec la grande peste qui sévit sous le règne de ce dernier empereur, commença la série des maux effroyables qui devaient dépeupler l'ancien monde. Pendant un siècle entier, se succédèrent sans relâche les guerres de compétition au trône et les invasions des Barbares, les famines et les pestes. Sans doute Rome en fut moins atteinte que les provinces, mais on peut admettre cependant que sa population qui était au commencement du IIe siècle de , 1 million 1/2 d'âmes, était déjà réduite sous Dioclétien à la moitié de ce chiffre. On reconnaît aux restes des édifices de cette époque les caractères incontestables d'une décadence toujours croissante du goût artistique. Pourtant, ils nous ont été conservés en assez grand nombre et ils sont importants, précisément parce que les travaux publics étaient devenus une préoccupation principale de la politique impériale. Parmi ces monuments figurent la colonne de Marc-Aurele (p. 150) , Varc de triomphe de Septime- Sévère (p. 227), les magnifiques thermes de Caracalla (p. 259), le temple du Soleil d'Aurélien (p. 159), les vastes Thermes de Dioclétien (p. 176).

Après les guerres d'Annibal, on avait laissé tomber les murailles d'enceinte, et durant presque cinq siècles, Rome était restée une ville ouverte; mais sous l'empereur Aurélien, le danger était devenu si imminent qu'il fallut bien protéger de nouveau la capitale par des remparts contre les attaques des Barbares. Cette enceinte était à peu près celle qui est encore debout aujourd'hui.

Les dernières ruines importantes de l'antiquité rappellent le règne de Constantin le G-rand: ce sont la Basilique (p. 232), les Thermes et Varc de triomphe (p. 236) qui portent son nom. Cependant les deux derniers monuments ne sont pas de lui, mais de son adversaire Maxence. Constantin n'aimait pas Rome ni ses vieilles traditions, et la translation de la résidence impériale à Byz an ce, en 330, marque une époque décisive dans l'histoire de la ville aussi bien que dans celle de tout l'empire. L'ancienne capitale resta grande par son passé et ses monuments, mais elle n'eut plus guère d'autre importance que celle d'une ville de province. Rien de nouveau n'y fut plus créé et le temps commença à exercer son œuvre de destruction sur ce qui existait.

Rome se partageait alors, d'après la division introduite par Auguste, en 14 régions, dont voici les noms, avec l'indication des ruines et autres curiosités principales de cette époque: I. Porta Capena; voie Appienne dans la ville (p. 258). II. Cœlimontium ; le Célius (p. 262). III. Isis et Sérapis; Colisée (p. 234), thermes de Titus (p. 237). IV. Templum Pacis ; temple de Vénus et Rome (p. 234), basilique de Constantin (p. 232), temple de Faustine (p. 230). V, Exquiliœ ; ruines près de Ste-Croix (p. 185). VI. Alta Semita; thermes de Constantin (p. 159) et de Dioclétien (p. 176),

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jardins de Salluste (p. 106). VII. Via Lata , le Corso actuel (p. 148). VII. Forum Romanum, le forum de la République avec ceux des empereurs (p. 223 et 238) et le Capitole (p. 212). IX. Circus Flaminius; théâtres de Marcellus (p. 211) et de Pompée (p. 208), portique d'Oetavie (p. 210), Panthéon (p. 196), colonne de Marc-Aurèle (p. 150). X. Palatium, le Palatin (p. 241). XI. Circus Maximum; temple sur le Forum Boarium (p. 250). XII. Piscina Publica ; thermes de Caracalla (p. 259). XIII. Aventinus ; pyramide de Cestius (p. 253). XIV. Transtiberim, aujourd'hui le Trastevere, avec le Borgo. — Un relevé statistique de cette époque indique que Rome avait alors 37 portes et 28 grandes voies qui en rayonnaient au dehors. L'eau y était amenée par 19 aqueducs, dont 4 seulement fonctionnent encore, et cependant Rome est toujours parfaitement approvisionnée. Les deux rives du Tibre étaient reliées par 8 ponts. Le nombre des rues était de 423, celui des palais de 1790, celui des maisons de 46,602. Parmi les édifices publics, le document dont nous parlons mentionne 11 thermes, 856 salles de bains, 1352 fontaines dans les rues, 423 temples, 36 arcs de triomphe, 10 basiliques, etc. Si Ton réfléchit à la grandeur et à la splendeur que dénotent ces simples chiffres, on ne peut manquer d'être péniblement impressionné par le fait qu'il en est resté si peu de chose, jtfais il faut songer aussi que l'œuvre de destruction à duré pendant un millier d'années à peu près, et n'a été arrêtée que par la Renaissance.

Les plus anciens lieux de sépulture des chrétiens, les Catacombes, nous montrent dès le premier siècle de notre ère une nouvelle société qui se forme, qui grandit et se maintient en dépit des persécutions. Au commencement de l'année 313, Constantin publia à Milan son fameux édit qui plaçait la religion chrétienne au même rang que toutes les autres ; c'était un pas décisif en faveur de l'alliance de l'Etat et de l'Eglise ; le premier concile écuménique fut tenu à Nicée en 325, et l'empereur lui-même se fit baptiser à son lit de mort, en 337. La tradition fait remonter la plus ancienne division religieuse de Rome en sept diaconats à St Clément, troisième successeur de St Pierre, et la première église aurait été Ste-Pudentienne (p. 178), établie par St Pierre lui-même dans la maison du sénateur Pudens. On attribue à Calixte Ier (217-222) la fondation de Ste-Marie-in-Trastevere (p. 327) et à son successeur, Urbain, celle de Ste- Cécile (p. 328). St- Alexis et Ste-Prisca, sur l'Aventin (p. 255, 256), sont regardés comme datant du commencement du quatrième siècle. Nous manquons de données historiques certaines sur ces monuments , de même que sur les constructions élevées par Constantin. On l'a dit le fondateur de la basilique de Latran, et de celle de St- Pierre , St-Paulhors - les - Murs , Ste - Croix - de- Jérusalem , Ste - Agnès-hors-les- Murs , St - Laurent -hors- les - Murs -, St-Pierre-et-St - Marcellin, près de Torre-Pignattara (p. 347); mais c'est à tort, sauf peut-être pour la première (,, omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput"). Quoiqu'il en soit, une chose curieuse à noter, c'est que les églises les plus anciennes et les plus importantes de Rome étaient situées pour la plupart aux portes de la ville ou du moins dans le voisinage immédiat du mur d'enceinte. La raison en est que les vieilles traditions des Romains, défendues surtout par la noblesse, opposèrent la résistance la plus opiniâtre à la nouvelle croyance, et que la ville conserva Bsedeker. Italie, II. 5e édition. 9

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encore longtemps son caractère païen. L'Etat brisa cette résistance; l'autel de la Victoire fut enlevé en 382 de la salle du sénat, et une loi de Justinien, en 408, dépouilla la vieille religion de tout ce qu'elle possédait, et la priva par là même de ses bases matérielles. Alors commença la destruction des anciens temples ou leur appropriation au culte chrétien. Le nombre des églises augmenta rapidement, Rome eut 28 paroisses ou titres (tituli), sans compter une quantité de chapelles, et à ces titres furent préposés 5 églisespatriar cales, dont le pape lui-même était le titulaire, et dans les paroisses desquelles était comprise toute la chrétienté : St-J ean -de- Latran , St- Pierre, St-Paul, St-Latcrent et Ste- Marie- Majeure , construite par St Libère. Après ces églises, Ste- Croix-de- Jérusalem et St-Sébastien, audessus des catacombes de la voie Appienne, étaient encore l'objet d'une vénération particulière. C'étaient là les ,,sept églises de Rome" que visitaient les pèlerins de toutes les parties de l'Occident. Le nombre des couvents s'accrut en même temps que la pauvreté.

La dévastation de la campagne romaine fît des progrès rapides au ive siècle. Un document officiel de 395 porte à environ 130,000 hectares la superficie des terrains convertis en marais et 'abandonnés; la malaria étendit sa domination des côtes dans l'intérieur du pays. L'invasion des Barbares vint encore augmenter la misère. Bien qu'il soit injuste d'imputer aux Vandales et aux Goths la destruction des anciens monuments, pour la conservation desquels Théodoric le Grand s'employa au contraire de toutes ses forces, Rome n'en a pas moins souffert énormément comme théâtre de leurs combats et de leurs pillages. Elle fut pillée en 410 par Alaric, et en 455 par les Vandales. En 537, elle fut assiégée pour la première fois par les Goths sous les ordres de Vitigès, qui ravagèrent la campagne et coupèrent tous les aqueducs. Mais grâce à Bélisaîre, à la solidité de ses murs et principalement au château St-Ange, elle brava tous les assauts ; les Goths durent se retirer en mars 538 après avoir cerné la ville pendant plus d'un an. Mais plus tard Totila, roi des Goths, y fit son entrée, le 17 décembre 546. Rome était alors, dit-on, dans un tel état de désolation que le nombre de ceux qui en furent témoin ne fut pas de plus de 500. Bélisaire releva les murs en partie démolis et résista à un second siège en 547. Puis la ville retomba au pouvoir de ïotila en 549, fut reprise d'assaut en 552, par Narsès, et réunie de nouveau à l'empire d'Orient. La guerre, la peste, la misère et d'autres calamités avaient réduit Rome à un état qu'elle n'a connu depuis que durant le séjour des papes à Avignon. Une amélioration véritable de cet état n'était pas possible; les empereurs d'Orient traitaient la ville avec indifférence , et les Lombards devinrent pour elle de nouveaux ennemis. Constance II vint

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à Rome en 663 — il y avait 306 ans qu'un empereur de Constantinople n'y était entré — et il profita de l'occasion pour emporter les restes de bronze qui ornaient encore ses anciens monuments. Les Lombards campèrent deux mois à ses portes, en 755, sous leur duc Astolphe, et anéantirent complètement le fruit des quelques tentatives qu'on avait faites dans des temps plus calmes pour rendre la vie au désert de la Campagne. On lit dans une élégie de ce temps :

,,Nobilibus quondam fueras constructa patronis, Subdita nunc servis, heu mala Roma mis ;

Deseruere tui tanto te tempore reges , Cessit et ad Grsecos nomen honosque tuus . '. .

Nam nisi te Pétri meritum Paulique foveret, Tempore jam longo Roma misella fores.".

C'est en effet la tradition des grandes luttes et des victoires du christianisme inséparable de cette ville qui en a empêché la ruine complète. En même temps que la Rome ancienne se transforme en la Rome chrétienne, la papauté acquiert de l'importance comme le plus grand pouvoir spirituel de l'Occident. Léon le Grand (440-461) et Grégoire le Grand (590-604) peuvent être regardés comme ceux qui travaillent le plus à développer ce pouvoir, et malgré la pauvreté et les calamités dont souffre Rome, de nouvelles églises et de nouveaux couvents ne cessent de s'élever au milieu de ses ruines; le peu de sens artistique qui subsiste encore est employé à la décoration de ces édifices. S'affranchir de Constantinople, dominer sur l'Occident, convertir les Barbares païens, tels sont les idées dont on poursuit la réalisation, après laquelle on s'en proposera d'autres. En 727, Luitprand, roi des Lombards, donna au pape la ville de Sutri qu'il avait prise, la première qui appartint à la papauté, et amena par là la création des Etats de l'Eglise. Pépin, appelé par le pape, parut en Italie en 755 et mit fin à la suprématie de l'Orient. Ravenne, l'Exarchat et les autres villes furent-ils donnés au Saint-Siège par ce prince, c'est ce qu'on ne peut assurer, mais de leur possession par la papauté date le pouvoir temporel de cette dernière et sa domination sur Rome. Léon III couronna Charlemagne empereur en 800, à la fête de Noël, et alors fut créé le Saint -Empire romain, alors commença pour Rome la période du moyen âge.

On peut regarder comme symbole de cette époque les nombreuses et hautes tours en briques , qui contrastent si singulièrement avec les édifices de l'antiquité. Leur style est celui qui s'est formé durant l'époque carlovingienne , quoique la plupart de ceux qui existent encore n'aient été construits qu'au xne et au xnie siècle. Il s'éleva encore un plus grand nombre de tours fortifiées, dont il ne subsiste néanmoins aujourd'hui que quelques spécimens isolés , comme celle qu'on

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appelle la tour de Néron (p. 173). La multitude de ces tours, qui se dressaient au-dessus des ruines de la capitale du monde, révèle le caractère de l'époque : désunion et querelles continuelles entre les grandes puissances universelles , que représentent l'empire et la papauté, et démêlés sans fin entre la noblesse, le peuple, l'église et les princes. Les grands monuments de l'antiquité étaient dès lors infailliblement dévoués à la destruction. Charlemagne avait déjà emporté des colonnes et des sculptures de Rome à Aix-la-Chapelle, et les papes, qui considérèrent les premiers les grands monuments de la ville comme propriété de l'Etat, n'eurent bientôt plus ni le goût, ni le temps, ni le pouvoir de veiller à leur conservation. Rome fut librement pillée par les Romains; les colonnes et les marbres furent employés à la construction des églises; des tours furent bâties sur de splendides monuments de l'antiquité; des artisans s'établirent dans les théâtres , les cirques , etc. ; les beaux sarcophages des héros servirent aux usages domestiques les plus vils ; l'ouvrier se fit une table avec le cippe d'un grand de Rome ou la plaque d'albâtre de la toilette d'une matrone; Rome fut pendant des siècles comme un grand four dans lequel on jeta le marbre le plus précieux pour en faire de la chaux, et quoique ce pillage ait duré des siècles, les trésors de l'antiquité ne furent pas épuisés.'?

Léon IV entoura d'un mur la Cite' Léonine , et put faire encore d'autres constructions utiles, fruits de l'aisance et de la paix momentanément rétablies; mais ce nouvel essor fut arrêté par le pillage que la ville et ses environs eurent à souffrir de la part des Sarrasins. Lorsque ces barbares eurent enfin été domptés par Jean X, la ville fut assiégée et prise d'assaut différentes fois par les armées allemandes pendant les guerres dont la couronne impériale était l'objet, jusqu'à ce que les luttes intestines de partis qui déchiraient la ville, vinssent enfin la diviser en une foule de quartiers fortifiés et de maisons en forme de châteaux, pour la construction desquels on prit les pierres et le mortier où on les trouvait, sans épargner les édifices antiques. A peine la paix était-elle rétablie pour quelques instants, que de nouvelles dissensions éclataient, suivies de nouvelles destructions, comme par exemple au milieu du xme siècle, où le sénateur Brancaleone fit détruire 150 manoirs de cette noblesse belliqueuse.

La confusion toujours croissante des affaires de la ville et des Etats de l'Eglise obligea enfin Clément V à transférer, en 1309, le Saint-Siège à Avignon, où les papes résidèrent jusqu'en 1377, tandis que Rome était gouvernée par les Guelfes ou les Gibelins, les Napolitains ou les Allemands, les Orsini ou les Colonna, et même, pendant quelque temps, par Cola di Jiienzi (1347), qui rétablit l'ancienne république, au milieu

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d'une misère et d'une désolation générales: le nombre des habitants ne surpassait guère alors 20,000.

Au retour de Grégoire IX, une nouvelle ère commence, brillante surtout après la fin du grand schisme (1378-1417), où des richesses immenses viennent affluer à Rome, et où toute l'Italie s'épanouit, par suite de la renaissance des sciences et des arts. Cet essor, protégé par le génie des Nicolas F, des Jules II, des Léon X, permet même à la ville de se relever bien vite du terrible pillage des troupes de Charles de Bourbon, général de l'empereur Charles-Quint (1527). La population s'accroît peu à peu, la noblesse et les favoris des papes construisent une foule de palais superbes, les papes et les cardinaux donnent aux vieilles églises de nouvelles nefs ou de nouvelles façades, élèvent des édifices religieux et profanes. Sixte-Quint (1585-90) est surtout le pape qui a donné à Rome la physionomie qui la caractérise aujourd'hui. V. aussi p. lviii.

En 1798, Rome fut transformée en république pendant un court espace de temps; de 1809 à 1814, elle fut réunie à la France. Les orages de 1848 y rétablirent la république, en 1849; mais les Français y ramenèrent le pape Pie IX, le 12 avril 1850. Elle resta alors occupée par une garnison française de 15,000 hommes, qui, d'après la convention du 15 septembre 1864 , fut retirée en décembre 1866. Ramenée dans la ville par l'expédition de Garibaldi, en 1867, cette garnison y est restée jusqu'à l'époque de la guerre de 1870. Le 20 septembre de la même année , les troupes italiennes s'emparèrent de Rome après un bombardement de cinq heures, et elle est devenue dès lors la capitale du royaume d'Italie.

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