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le palais Sénatorial. On entre par la grille dans la via di Campidoglio (v. p. 215), puis on passe à dr. par la porte où se lit l'inscription ,,Tabulariumu (50 c. dans la sem.). C'était le *Tabularium, ou les archives de l'Etat, édifice construit en l'an 78 av. J.-C. par le consul Q. Lutatius Catuius , et reposant immédiatement sur les murs qui entourent la colline. Il se composait d'une quintuple rangée de voûtes, dont la dernière, du côté du Forum, était une espèce de portique ouvert avec des demi-colonnes doriques, comme cela se reconnaît encore. Il y avait pendant le moyen âge un entrepôt de sel, et le sel a fortement corrodé les blocs de pépérin des murs. *Vue sur le Forum ; l'endroit est très-favorable pour l'orientation du visiteur. On y a réuni des fragments d'architecture et de sculptures des temples voisins et d'autres édifices. Un vieil escalier, aujourd'hui en partie restauré , en descendait au Forum ; on distingue à g. du temple de Yespasien la porte où il aboutissait.
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(Voir le plan ci-joint.) Une vallée profonde et marécageuse séparait dans le principe le Capitale du Palatin. Le pavé près de la colonne de Phocas est de 12 m. audessus du niveau de la mer et de 7 au-dessus de celui du Tibre, mais il est de 4 m. au-dessous de la hauteur atteinte par les eaux dans la plus petite inondation que Ton connaisse. Ce niveau peu élevé explique la lenteur avec laquelle le sol de la vallée a été d'abord exhaussé et desséché. C'est pour le dessécher que fut construite la Cloaque Maxime, attribuée au cinquième roi , Tarquin l'Ancien , égout qui atteint encore ce but et dont on a découvert récemment des affluents (canalicolaB). C'est là qu'eut lieu, selon la tradition, à la suite de l'enlèvement des Sabines, le combat entre les hommes de Romulus et ceux de Titus Tatius. Lorsque les adversaires eurent fait alliance pour former un seul peuple, le Forum devint leur lieu de réunion, et il fut dès lors le théâtre des plus grandes scènes de l'histoire de la république romaine. Au N. (église St-Adrien) était située la curie, dite curia Hostilia, parce qu'elle aurait été hâtie par Tullus Hostilius. Au S., au pied du Palatin (Ste-Marie-Libératrice), s'élevaient le temple de Vesta , où l'on entretenait le feu perpétuel, et la Regia, la demeure du Pontife Maxime, premier ministre du culte chez les Romains. La place du milieu, le Comitium, servait aux réunions du peuple. Elle était entourée de rues dont la plus importante, la voie Sacrée, montait au Capitole. Pendant plus de deux mille ans, toutes les générations ont élevé des constructions et fait des changements sur cette place et aux alentours ; il n'est donc pas étonnant qu'il y ait encore là une foule de questions topographiques à résoudre, et que l'imagination des savants y ait trouvé matière à toutes les suppositions. Actuellement, il est reconnu que le Forum, partant du pied du Capitole, descendait à l'E., ayant sa plus grande étendue dans cette direction et non pas du N. au S., comme quelques-uns le supposent. La basilique Julia marque la limite méridionale du forum de la République; on cherche maintenant à déterminer sa limite orientale. Sur les côtés se trouvaient des boutiques (tabernœ veteres et novœ) qui appartinrent d'abord à des bouchers et d'autres marchands , et qui furent plus tard occupées par des changeurs et des orfèvres. Une série de temples , d'édifices publics , de monuments, se sont élevés en cet endroit avec le temps. Parmi ceux qui subsistent, le plus ancien , situé sur le versant du Capitole , est la prison Mamertine (p. 230), qui remonte jusqu'au temps des rois. Après celui de Jupiter Capitolin (p. 212) furent bientôt construits les temples de Saturne
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(491) et de Castor (484). Le temple de la Concorde rappelle la fin de la longue lutte entre les patriciens et les plébéiens (366). L'histoire nous parle de toutes sortes d'embellissements duiant la période des guerres contre les Samnites, pendant laquelle fut fondée la domination de Rome sur l'Italie. Mais peu à peu la place devint trop petite pour la vie extraordinaire qui s'y concentrait (elle n'avait environ que 150 m. de longueur), car elle servait aux réunions les plus diverses et même aux funérailles de la noblesse, aux combats de gladiateurs, qui furent introduits à Rome en 264. On chercha d'abord à décharger la circulation en créant sur les côtés des basiliques ou cours carrées entourées de portiques. Caton l'Ancien construisit en 184, au N., la basilique Porcia , puis on bâtit la basilique Emilia en 179 et la basilique Sempronia en 169. César prit particulièrement à tâche de poursuivre cet agrandissement et y procéda sans ménagement^ il ajouta le Forum Julium (p. 239), forma, il semble, le projet d'ouvrir un passage à travers la croupe qui réunit les collines du Capitole et du Quirinal , pour faciliter les relations avec le nouveau quartier qui se développait dans le Champ-de-Mars, reconstruisit la curie et bâtit la grande basilique Julia au S. Auguste acheva l'exécution des plans de son oncle; c'est à lui que le Forum doit la disposition que font reconnaître les fouilles actuelles. Toutes les constructions de la République ont été réédifiées par lui ou par ses successeurs. On ne cessa de travailler à cet endroit pendant les quatre premiers siècles de notre ère: il semble qu'on ait voulut compenser par l'éclat extérieur ce que la vie publique avait irrévocablement perdu de liberté et de force. Cinq nouveaux forums, construits depuis le temps de César jusqu'au règne de Trajan , s'étendent au N. et relient le centre de la vieille ville au splendide quartier du Champ-de-Mars. Peu s'en faut que le vieux Forum de la République ne soit éclipsé par leur magnificence; mais la tradition en fait toujours un lieu vénérable, il brille toujours orné de bronzes dorés et de marbres précieux, rempli d'une forêt de colonnes , couvert d'arcs de triomphe, de statues et d'autres objets d'art; d'innombrables inscriptions racontent son histoire.
Les anciens édifices furent encore restaurés dans la première moitié du vie s., sous le roi Théodoric. Le dernier monument érigé sur le Forum est la colonne de Phocas^ qui date de 608; mais la grossièreté du travail y trahit visiblement la décadence. En effet, la guerre de destruction du moyen âge contre le paganisme avait déjà commencé dans la seconde moitié du vie s. On érigea dans les temples des églises (St-Joseph, St- Luc, St-Adrien, St-Laurent, St-Cosme-et-St-Damien , Ste-Françoise , Ste- Marie-Libératrice), qui après avoir été depuis modifiées et rebâties plusieurs fois, ont en partie tout à fait disparu , comme celle de St-Sergeet-St-Bacchus, dans le temple de la Concorde, et une autre dans l'angle S.-E. de la basilique Julia. Les nobles bâtirent au milieu de tout cela et sur les aneiens édifices des tours et des forteresses selon les besoins de leurs querelles et de leur vie de brigandage. La plupart des constructions de l'antiquité, avec leurs dimensions colossales, ne furent plus proportionnées aux besoins du temps , et les ruines offraient une telle masse de matériaux qu'on eut naturellement la pensée d'en tirer parti. Pendant un millier d'années, les édifices antiques ont servi de carrières ; on en a tiré pour les églises, les palais, etc., des colonnes, des pierres de taille et, qui pis est, jusqu'à de la chaux. Combien de marbres précieux comme œuvres d'art ou à cause de leurs inscriptions ont été anéantis de cette manière ! On se fera une idée de la destruction quand on saura que des fours à chaux et des places où se taillait la pierre ont été découverts en trois endroits dans la seule basilique Julia. 11 est à peine besoin de dire que le moyen âge, pauvre en métaux, s'empara avec plus d'avidité encore des bronzes antiques. Tout cela explique le petit nombre de sculptures et d'inscriptions qui ont été retrouvées dans les fouilles. Après avoir détruit le Forum d'une manière systématique, on se mit aussi à le combler systématiquement. Le sol atteint en certains endroits jusqu'à 13 m. au-dessus du pavé antique; il a été ainsi exhaussé par les décombres qu'on y a déchargés durant quatre siècles ;
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mais il ne Tétait pas encore au vine s. Au xie et au xne s., le Forum était tout couvert de tours et de murs fortifie's qui barraient les anciennes rues. La destruction de ces tours à partir de 1221 semble avoir contribué d'abord pour beaucoup à l'exhaussement , et la proximité de la place y fit encore apporter des décombres lorsqu'on éleva de nouvelles constructions sur les hauteurs voisines. C'est ce qui arriva surtout lorsque Paul III fit ouvrir, pour l'entrée de Charles-Quint, en 1536, une voie triomphale venant de la porte St- Sébastien et contournant le Capitole, au N., par les arcs de Constantin et de Titus (les nouvelles montées du Capitole furent aussi créées à cette occasion ; v. p. 214). Il y eut 200 maisons de rasées entre les arcs de Titus et de Sévère et la place eut dès lors l'aspect qu'elle avait encore il a peu de temps. Les grands travaux de construction sous Sixte-Quint peuvent aussi avoir contribué à l'exhaussement.
Le Forum finit par s'appeler et s'appelle toujours dans le langage du peuple le Campo vaccino ou le Champ aux bestiaux ; on vit les attelages de bœufs et de bufles des paysans couchés sur cette place déserte, des forgerons et des charrons s'établirent alentour, et quelques colonnes isolées seulement se montrèrent au-dessus des décombres. Il en fut ainsi jusqu'au xixe s. Raphaël avait bien déjà, en 1519, conçu le plan de ressusciter la vieille ville et particulièrement le Forum, en faisant des fouilles considérables; ce plan eut même un commencement d'exécution à cette époque et fut continue plus tard , notamment en 1546 et 1547, dans les environs des temples de Castor et de Faustine; mais on ne pensait alors qu'à découvrir des œuvres d'art et des monuments, et les fouilles étaient comblées au fur et à mesure. Ces travaux cessèrent même complètement à partir du xviie s. Les événements des temps modernes, à commencer par l'occupation de Rome par les Français , contribuèrent à faire reprendre le projet de Raphaël. L'arc de triomphe de Septime-Sévère fut déblayé en 1803, sous la direction de Ch. Fea, puis la colonne de Phocas en 1813, le clivus Capitolinus avec ses temples, de 1816 à 1819. Plus tard, en 1835 et pendant la république de 1848, une partie de la basilique Julia a été découverte par Canina. Les travaux furent ensuite de nouveaux interrompus jusqu'en 1871, mais le gouvernement italien les a repris avec une ardeur considérable. C'est lui qui a mis à jour la basilique Julia, les temples de Castor et de César, une grande partie du Comitium , avec les rues voisines , de sorte qu'on peut se faire maintenant une idée infiniment plus claire de l'ensemble du Forum. Les fouilles , sous la direction du commendatore Pietro Rosa, rencontrent des difficultés considérables, parce qu'on est obligé de compter avec les besoins de la circulation. Il faut espérer néanmoins qu'on verra de nos jours se réaliser parfaitement la pensée conçue dans les plus beaux temps de la Renaissance et qui s'est manifestée si souvent depuis , qu'on déblaiera entièrement des décombres accumulés par des siècles d'ignorance , cette place si fameuse, la plus importante dans l'histoire de l'Occident.
Les fouilles sont accessibles tous les jours jusqu'au coucher du soleil. Il n'y a pas de pourboire à donner. L'entrée est derrière le temple de Castor. — La description suivante est faite dans l'ordre des édifices comme ils se présentent, en partant des rues modernes pour le visiteur qui vient du Capitole.
En descendant de la place du Capitole par la via del Campidoglio, à dr. du palais Sénatorial (v. p. 215) , on jouit, lorsqu'on l'a dépassé, d'une belle *vue sur le Forum, dont les parties découvertes sont divisées en deux parties par la rue moderne. La plus petite, en bas, à g. , renferme entre autres le temple de Saturne, auquel appartiennent les huit colonnes non cannelées , puis les trois colonnes du temple de Vespasien, l'arc de Septime-Sévère, et, tout près, le portique des douze dieux. Dans la seconde moitié, on remarque la colonne de
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Phocas, les trois, colonnes du temple de Castor, la grande basilique Julia, le Comitium entouré de bases en briques, le noyau des murs du temple de César. Derrière, à g., le temple de Faustine , transformé en église ; plus loin, les imposantes arcades delà basilique de Constantin, le Colisée , l'arc de Titus; à dr., les ruines et les jardins du Palatin.
Dans l'antiquité, sur le flanc S.-O. de la colline {clivus Capitolinus), descendait la voie Sacrée , dont on voit dans le bas le pavé de basalte.
Le premier édifice imposant, dont il reste encore huit colonnes de granit sur un soubassement de 5 m. de haut, est le *temple de Saturne, consacré d'abord par les consuls Sempronius et Minucius (491 av. J.-C.) , réédifié plus tard (44 av. J.-C?) par Munatius Plancus. Il renfermait, depuis les temps les plus anciens, le trésor public.
L'inscription: „Senatus populusque Romanus incendio consumptum restitua", rappelle une restauration postérieure, qui se fit à la hâte et sans goût. Les colonnes ne sont pas également espacées ni de même diamètre, et leurs chapiteaux sont grossièrement travaillés. Il ne reste plus que des traces du haut perron qui donnait accès au portique. La partie postérieure est ensevelie sous la rue. D'après Poggio, les ruines étaient bien mieux conservées au xve s.
Plus bas que le temple de Saturne, sous la rue actuelle, était un arc de triomphe qui fut érigé en l'honneur de Tibère , l'an 16 de notre ère, à l'occasion de la défaite des Germains et de la reprise des aigles perdues lors de la défaite de Varus par Arminius. On en voit dans le bas à plusieurs endroits des pierres et des fragments d'inscriptions.
Au-dessous du Tabularium (p. 223), dont il n'existe plus qu'une arcade de la galerie supérieure, dans l'angle que cet édifice forme avec la rue, se trouvent la schola Xantha et le portique des 12 Dieux (deorum consentium) , dont les images y furent érigées l'an 367 apr. J.-C, par le préfet de la ville, Yettius Agorius Prœtextatus, un des principaux défenseurs du paganisme expirant. Cet édifice servait d'habitation aux écrivains publics et aux notaires. Le nom de schola Xantha lui vient d'une restauration précédente que lui fit subir Fabius Xanthus. Les ruines ont été fortement restaurées en 1858.
A dr.. le Tabularium touche aux ruines des trois colonnes provenant du * temple de Vespasien, construit par Domitien et restauré sous Septime-Sévère.
On y lisait l'inscription: "Divo Vespasiano Augusto Senatus populusque romanus , imperaior Gœsar Severus et Antoninus Pu Felices Augusti, restituerunt.'1'' Mais il n'y a plus qu'une partie du dernier mot qui soit conservée. Les colonnes et l'entablement sont d'un bon style. Le temple avait un portique de 6 colonnes, dont la hauteur était de 15 m. 20 et le diamètre, dans le bas, de 1 m. 57. Comme on peut le voir, le mur postérieur de la cella avait bouché une des issues du Tabularium.
Plus loin à droite, le revers également appuyé au Tabularium, s'élève le temple de la Concorde, fondé en 366 av. J.-C par M: Furius Camillus et reconstruit sur un plan plus vaste par Tibère, l'an 7 av. J.-C II fut consacré à la Concorde en
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mémoire de la fin des longues luttes intestines des patriciens et des plébéiens.
La partie des fondations formant un petit rectangle en saillie et plus élevée, indique la place du temple proprement dit; le carré plus grand qui s'étend derrière, caehé d'un côté par la montée qui conduit à l'église d'Ara-Cœli, était la salle de réunion du sénat; on en voit encore le seuil. C'est sur ce temple que fut bâtie l'église St- Serge - et - St-Bacchus , démolie au xvie s.
Devant le temple de la Concorde, au delà de la voie Sacrée (clivus Capitolinus), s'élève l'*arc de triomphe de Septime -Sévère, à trois arcades, haut de 23 m. et large de 25. Il fut élève en l'an 203 ap. J.-C. par cet empereur et ses fils Caracalla et Géta (Caracalla fit effacer plus tard le nom de son frère qu'il avait assassiné) , en mémoire de ses victoires sur les Parthes, les Arabes et les Adiabènes , et il était surmonté de la statue de Septime-Sévère, couronné par la Victoire, sur un char à six chevaux. Selon l'usage , les lettres de l'inscription furent dans le principe recouvertes de métal.
Au-dessus des arcs, des Victoires ; sur les bases des demi-colonnes des Barbares prisonniers. Les surfaces sont ornées de scènes des guerres de l'empereur, représentant: du côté du Forum, à g., les Parthes forcés de lever le siège de Nisibis ; à dr., la conclusion d'un traité avec les Arméniens et le siège d'Atra; — du côté du Capitole, à dr., le siège et la prise de Babylone; à g., le passage de l'Euphrate et du Tigre, la prise de Ctésiphon et celle de Séleucie. Le tout fait preuve de la décadence de l'art à cette époque. Au moyen âge, ce monument servit de forteresse aux partis qui déchiraient Rome; il était alors en majeure partie enseveli, et ne fut dégagé qu'en 1803, par Pie VII.
Le mur circulaire à côté de l'arc est ce qui reste de la tribune aux harangues ou des Rostres. Ce nom vient des éperons de fer (rostra) des navires d'Antium, dont la tribune fut décorée après la prise de cette ville, en 338 av. J.-C. A l'extrémité se trouvait YUmbilicus urbis Romœ^ monument marquant le centre imaginaire de la ville et de l'empire 5 on en voit encore les ruines. A l'autre bout des Rostres, au-dessous de la rue, quelque vestiges du milliaire d'or (miliarium aureum), érigé par Auguste, d'où l'on commençait à compter les milles pour les routes partant de Rome. Il s'en faut toutefois beaucoup que l'identité de ces ruines soit bien constatée.
De cette partie des fouilles, des passages pratiqués sous le viaduc de la rue moderne, conduisent à la seconde partie, qui a été déblayée en 1848 et depuis 1871.
On observera d'abord la direction des rues pour se faire une idée de la forme de la place dans l'antiquité. Du temple de Saturne descend, entre les bases en briques et la basilique, une rue qui a dû avoir sa correspondante au N., où l'on n'a pas encore fait de fouilles. A l'endroit le plus bas, là où le terrain commence à remonter vers la Velia et le Palatin, la rue longitudinale est coupée par une rue transversale qui part du Tibre, sépare la basilique du temple de Castor, passe devant le temple de César et doit avoir également traversé la rue longitudinale du côté nord ; c'est l'ancien vicus Tuscus, rue très-commerçante et très-fréquentée , qui conduisait du Forum au Velabrum et
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au marché aux bestiaux sur le bord du fleuve (p. 250). Une seconde rue transversale, partant également du Tibre, passait entre le temple de Saturne et la basilique ; c'était le vicus Jugarius. Ainsi le milieu du Forum avait la forme d'un rectangle limité par quatre rues. Contrairement aux rues, qui sont pavées en basalte, cet espace l'est en dalles de travertin. Une partie est plus haute que les rues, de sorte qu'il y a des degrés pour y monter. C'est très -probablement là que se trouvait le C omitium, lieu réservé pour les assemblées du peuple. Au S. se voient 7 bases en briques, jadis revêtues de marbre, à égale distance l'une de l'autre, et entre lesquelles il y avait peut-être dans le principe des grilles ou quelque chose de ce genre pour fermer la place.
A l'O., sur le Comitium, s'élève la *colonne de Phocas, haute de 17 m., érigée en 608 par l'exarque Smaragdus en l'honneur de l'usurpateur byzantin Phocas ; elle provient d'un édifice plus ancien. Il y avait jadis au sommet une statue dorée de Phocas. La colonne fut longtemps le monument caractéristique du Forum enseveli sous les décombres (,,the nameless column with a buried base", dit Byron) ; elle fut dégagée en 1813, aux frais de la duchesse de Devonshire.
A dr. de la même colonne, deux bas -reliefs (,,anaglypha") autrefois murés dans une tour du moyen âge, découverts là en 1872. Ils ont de la valeur relativement à la topographie du Forum.
La présence des Rostres, du „ ficus ruminalisu (le figuier sacré sous lequel aurait couché la louve), de la statue deMarsyas, dans chacun de ces bas-reliefs, montre que l'action se passe sur le forum de la République. Le premier, du côté du Capitole, rappelle la fondation de Trajan en faveur des enfants (alimenta): à dr., l'Empereur ayant devant lui l'Italie qui tient un enfant par la main (détruite) et un autre sur le bras, tandis que Trajan donne un jeton (tessera) à l'enfant ; à g., un Magistrat avec des licteurs, proclamant l'édit de fondation du haut des Rostres. Le second bas-relief représente l'empereur faisant grâce au peuple du reste des impôts sur les héritages, en brûlant les registres qui les concernaient. Sur les revers, un sanglier, un bélier et un taureau, les animaux qu'on immolait dans le sacrifice de purification appelé ,,suovetauriliau.
Le bras principal de la Cloaque Maxime (p. 223), retrouvé en 1872, passe à l'extrémité E., sous la basilique Julia.
La ^basilique Julia fut construite par César pour élargir le Forum, et la dédicace en fut faite avant son achèvement, après la bataille de Thapsus , l'an 46 av. J.-C. Auguste l'agrandit ensuite, mais ne la vit pas non plus achevée, car elle fut incendiée. Elle fut deux fois encore la proie des flammes à la fin du ni6 s. La dernière restauration eut lieu l'an 377 de notre ère. Il n'en est plus fait mention après le vne s., et elle fut probablement détruite au vine s. On avait essayé à différentes reprises de la déblayer (v. p. 225) et elle l'a été complètement en 1871. Les fouilles ont fait découvrir des restes d'une église du moyen âge, des fours à chaux et des ossements humains
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presque jusqu'au niveau actuel, car l'hôpital de la Consolation, qui se trouve dans le voisinage, avait autrefois là son cimetière.
Le plan de la basilique pre'sente un rectangle d'environ 101 m. de longueur et 49 de largeur. On monte 6 ou 9 degrés en venant de la rue. Deux bas côtés régnaient tout autour d'une nef centrale, mesurant 82 m. sur 16. Cette nef avait des lambris de marbre de couleur provenant d'Afrique et de Phrygie (il n'en reste plus que peu de chose , la plus grande partie du pavé a été restaurée de nos jours), et elle était séparée des bas côtés par des grilles de fer. Il est probable que la nef du milieu était couverte, c'est du moins ce que fait supposer son pavé précieux. Les bas côtés sont garnis de plaques de marbre blanc, sur lesquelles on voit une multitude de cercles tracés par le public, un certain nombre avec des inscriptions ; c'étaient des espèces de damier sur lesquels jouaient les anciens Romains, non moins grands amateurs du jeu que leurs descendants. Une triple rangée de piliers, longue de 16 m. sur les côtés et de 10 aux extrémités , séparait les nefs. Ils étaient en briques et revêtus de travertin, et des demi - eolonnes doriques étaient adossées à ceux qui bordaient la rue. Il n'y a que 10 des piliers antiques qui subsistent encore, jusqu'à une hauteur d'environ 5 m., dans l'angle S.-O. de l'édifice, tous les autres tronçons que l'on voit furent reconstruits de nos jours, en partie avec des matériaux anciens. Ces piliers supportaient des arcades qui sont également restaurées, mais les premiers voussoirs antiques sont faciles à reconnaître. L'édifice avait un étage supérieur où l'on montait par des escaliers dont il y a encore des restes au S. De ce côté, il existait des constructions anciennes en tuf adossées à la basilique; elles resemblent à des boutiques , mais leur destination ne sera bien reconnue que lorsqu'on aura poussé plus loin les fouilles.
A l'E. de la basilique, dont il est séparé par la rue, vient ensuite le *temple de Castor et Pollux, érigé en mémoire du secours donné aux Romains par les Dioscures dans la bataille décisive du lac Régille contre les Latins, en 496 ; il fut ouvert en 484 , reconstruit plus tard par Tibère et consacré de nouveau l'an 6 de notre ère. C'était un des temples les plus célèbres de la République et le sénat y tint souvent des séances.
Le soubassement de la cella s'élève à une hauteur de 7 m. On y montait par un grand perron de 18 degrés, dont il ne reste toutefois plus que la partie orientale. Le noyau de la construction est en blocage; il était revêtu de quartiers de tuf, revêtus à leur tour de blocs de travertin supportant les colonnes du péristyle. Mais ces parties de la maçonnerie ont disparu entièrement, de même que les degrés de l'escalier â l'O. (on en voit les empreintes dans le blocage), de sorte que l'épaisseur des murs est maintenant à peu près réduite de moitié. Il subsiste encore à l'E. une partie du stylobate avec 3 colonnes en marbre de Paros, qui comptent parmi les plus belles qui nous restent de l'antiquité; elles mesurent 14 m. 50 de hauteur sur 1 m. 50 de diamètre, et elles présentent des chapiteaux et une architrave d'un travail admirable. Le temple avait 8 colonnes sur la façade et probablement 13 sur les côtés. Cependant la longueur n'en a pas été déterminée jusqu'à présent, parce que la partie postérieure est toujours ensevelie sous la rue moderne. On voit encore des restes du pavé en mosaïque de la cella, il est à près de 1 m. audessous du niveau du péristyle, différence surprenante qui résulte, dit-on, de la reconstruction par Tibère.
A l'E. du temple de Castor, l'ancien pavé de la rue a été mis à découvert, ainsi que des restes d'édifices de l'antiquité et du moyen âge, sur la destination desquels il n'est pas possible de rien préciser actuellement. On veut reconnaître dans la maçonnerie circulaire avec une rigole un reste du puteal Libonis,
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endroit frappé de la foudre et entouré d'un rebord comme lieu consacré. Il jaillit, ici des sources abondantes auxquelles se joignent des eaux qui descendent du Palatin.
Plus loin, à l'E. du Forum, avec sa façade tournée du côté du Capitole, est situé le temple de César. En même temps qu'il fit les autres changements dans les constructions du Capitole, César transporta ici la tribune aux harangues (rostra Julia). C'est de cette tribune que, le 19 (ou 20?) mars de l'an 44, lors des funérailles du dictateur assassiné, Marc-Antoine tint le fameux discours qui enflamma les passions du peuple. Un bûcher fut promptement improvisé, et l'on fit au défunt l'honneur inouï de brûler ses restes devant les premiers sanctuaires de la ville. On lui érigea une colonne avec l'inscription: ,,Parenti patriae". Auguste éleva plus tard un temple en l'honneur de son oncle et père déifié (divus Julius) , et le consacra le 18 août de l'an 29 av. J.-C, après la bataille d'Actium. L'empereur décora alors la tribune aux harangues des éperons des navires égyptiens pris à cette bataille.
Le noyau du soubassement du temple, bâti en blocage, a été découvert en 1872. Le revêtement a disparu. Sur le devant de l'édifice se trouve une estrade revêtue de pierres en partie conservées: on y a reconnu la tribune du temps de l'empire ^ elle semble devoir sa forme actuelle à des remaniements postérieurs.
Entre les temples de César et de Faustine sont diverses ruines d'édifices de la décadence romaine et du commencement du moyen âge , avec les restes d'un pavé en mosaïque de marbre. Le temple de Faustine lui-même est maintenant en communication avec les parties découvertes du Forum, depuis qu'on a ouvert une tranchée en travers de la rue qui les séparait. Devant le temple est une rue antique où se voient encore des traces de voitures. Des degrés interrompus au milieu par un espace faisant saillie, conduisent de cette rue dans le temple.
Le *temple de Faustine fut consacré par Antonin le Pieux, en 141 , à son épouse Faustine l'aînée , puis l'empereur étant lui-même déifié après sa mort, il y eut une nouvelle consécration, au couple impérial réuni, comme l'indique l'inscription, " Divo Antonino et divœ Faustinœ ex S. C", dont la première ligne fut ajoutée à cette occasion. Au moyen âge, on y établit l'église St-Laurent-in- Miranda qui existe encore. Le portique de l'ancien temple, à dix colonnes, dont six de front, et une partie de la cella (sanctuaire) subsistent toujours.
Ce portique, devant lequel se dressait dans l'antiquité Varc de Fabius, érigé l'an 123 de notre ère, en l'honneur de Fabius Maximus, vainqueur des Allobroges, a été mis à découvert en 1807 et en 1810. Les colonnes, hautes de 14 m. 40, sont en marbre d'Eubée (cipollin). La cella est bâtie en pépérin et avait un revêtement de marbre qui a presque complètement disparu. L'église, sur la fondation de laquelle on ne sait rien, est mentionnée pour la première fois en 1430} mais sa façade est de 1602.
Nous quittons les parties du Forum mises à jour.
Le Forum Romain. ROME. IV0 Rome antique. 231
Le coin de la via delP Arco-di-Settimio-Severo , qui monte par des degrés à la place du Capitole, et de la via di Marforio, est formé par la petite église St- Joseph ou S.-Giuseppe-de'- Falegnami, sous laquelle se trouve la prison Mamertine, une des ruines les plus anciennes de Rome. C'était originairement une construction au-dessus d'un puits {tullianum, ce qui la fit attribuer au roi Servius Tullius) , et on en fit plus tard une prison (carcer Mamertinus).
L'entrée est dans la via dell' Arco-di-Settimio-Severo (50 c). La prison se compose de deux espaees de construction très-ancienne, situés l'un au-dessous de l'autre. La partie supérieure a la forme d'un quadrilatère irrégulier, et il y avait sans doute plusieurs pièces correspondantes. Une inscription sur la façade parle d'une restauration Tan 22 ap. J.-C. L'étage inférieur, où l'on ne pénétrait dans le principe que par une ouverture pratiquée dans la voûte, a 6 m. de long, 3 m. de large et 2 m. de haut. Il renferme une source que St Pierre, qui y fut enfermé sous Néron, aurait fait jaillir du sol afin de pouvoir baptiser son geôlier; c'est ce qui a fait appeler l'édifiée, depuis le xve s., San Pietro-in-Carcere. C'est dans ce cachot que moururent Jugurtha , après avoir été privé de nourriture pendant six jours, Vercingetorix et d'autres prisonniers de guerre. A propos de l'exécution des complices de Oatilina, Salluste donne la description suivante delà prison: ,,Est in careere locus, quod Tullianum appellatur , circiter duodecim pedes humi depressus : eum miniunt undique parietes atque insuper caméra lapideis fornicibus vincta; sed ineultu, tenebris, odore fœda atque terribilis ejus faciès est.1,1'
Presque en face s'élève l'église St-Luc-et-Ste-Martine (SS.-Luca e Martina), construite sur un édifice antique. Elle se compose de deux parties. L'église inférieure est très- ancienne , celle du haut fut bâtie au xvne s. par Pierre de Cortone.
En face, de l'autre côté de la via Bonella, qui conduit à l'académie de St-Luc (p. 238) et au forum d'Auguste (p. 239), se trouve l'église St-Adrien (S.-Adriano) , avec sa façade nue, aussi peu intéressante que la précédente , mais également bâtie sur les restes d'une construction antique, probablement ceux de la curia Hostilia, dont César et Auguste firent plus tard la curia Julia et où s'assemblait le sénat. L'église a été construite au vne siècle par Jïonorius Ier et réédifiée dans les siècles suivants.
La Velia.
Cotisée. Thermes de Titus.
Le Palatin et l'Esquilin sont réunis par une croupe peu élevée, désignée dans l'antiquité sous le nom de Velia , dont le point culminant est marqué par l'arc de Titus (29 m. 80). Jusqu'à quel endroit s'étendait de ce côté le Forum, qui a sa plus grande dépression là où débouche le vicus Tuscus (p. 227)? c'est ce qu'on apprendra en poursuivant les fouilles. La voie Sacrée est entièrement bordée de monuments publics , dont la description se rattache immédiatement à celle des ruines que nous venons de passer en revue.
230 IV°JLlome antique. KOME.
La Velia.
| enÂprès le temple de Faustine (p. 230) vient, de l'autre côté de la me, l'église *St-Cosme-et-St-Damien (SS-Cosma e Damiano; pL II, 20, 5), élevée par Félix IY sur un ancien temple en rotonde, au portique duquel appartenaient probablement les deux colonnes de cipollin qui sortent à moitié de terre, à dr. de l'église, devant l'Oratorium délia via Crucis. Ce temple fut érigé par l'empereur Maxence à son fils Eomulus, et c'est à tort qu'on le nomme temple des Pénates. Le pape Urbain VIII exhaussa le sol en 1633, à cause de l'humidité, à tel point qu'il y a une église inférieure et une église supérieure. L'entrée, avec ses colonnes de porphyre et ses portes de bronze , est antique.
On entre dans l'église proprement dite par une rotonde. Sur l'arc de triomphe et dans l'abside, on remarque des ^mosaïques du temps du fondateur (vie s.), peut-être les plus belles de Rome, mais qui furent fortement restaurées vers 1660: on les voit le mieux vers le soir. Sur l'arc, qui a été raccourci lors d'une restauration , on remarque l'Agneau avec le livre et les sept sceaux (Apoc, rv); à côté, le Chandelier à 7 branches, quatre Anges et deux Symboles des évangélistes, l'ange et l'aigle. Les bras avec des couronnes , qui se trouvent au-dessous, appartiennent à deux prophètes. Dans l'abside: le Christ avec St Cosme et St Damien, qui lui sont présentés par St Pierre et St Paul; des deux côtés, St Félix avec son église (à g. ; tout moderne), et St Théodore (à dr.). Au-dessous, le Christ sous la forme de l'agneau, avec douze agneaux (les apôtres) qui le suivent.
L'église inférieure (entrée à g. de l'abside ; on se fait conduire par le sacristain ; 50 c.) est peu intéressante. Elle renferme les tombeaux des saints Cosme, Damien et Félix, un autel ancien, des restes de pavé et un puits datant, dit-on, de St Félix.
C'est derrière cette église qu'on a trouvé les restes du plan antique de la ville, qui est actuellement au musée du Capitole (p. 220) ; d'autres fragments ont été découverts en 1867 et 68. Le mur antique dans lequel il était, faisait partie du temple de la Paix de Vespasien.
Plus loin se dressent à g. les trois voûtes colossales de la ^basilique de Constantin (pl. II, 20, 23), qui fut bâtie par Maxence, mais qui fut réédifiée et reçut le nom de son vainqueur Constantin. L'entrée en était primitivement du côté du Colisée, elle fut reportée plus tard sur la voie Sacrée. C'était une basilique à trois nefs, avec des voûtes d'une largeur extraordinaire, qui ont servi de modèle à beaucoup d'architectes des temps postérieurs , par exemple pour la construction de St-Pierre, dont la nef centrale a la même largeur.
Le plan a la forme d'un rectangle long de près de 100 m. et large de 76. La grande abside, vis-à-vis de l'entrée du Colisée, est transformée en grenier. Après avoir percé la seconde entrée du côté du Palatin, on construisit aussi une autre abside. La voûte en berceau du bas eôté de dr. existe encore; elle a 20 m. 50 de largeur sur 17 m. 50 de profondeur et elle s'élève à 25 m. 50 de hauteur. Celle de la nef centrale avait 25 m. d'ouverture sur 20 de rayon et atteignait 35 m. de hauteur. Devant les piliers du centre se trouvaient 8 colonnes gigantesques d'ordre dorique, en marbre blanc; la seule qui subsiste est placée devant l'église Ste-Marie-Majeure (p. 179).
On ne devra pas négliger de monter sur l'édifice, à cause du superbe ''"-panorama de la Kome antique qu'on y découvre. On suit pour cela jusqu'au bout la rue entre le temple de Faustine et St-Cosmeet-St-Damien, puis, on prend la ruelle à dr., et à g., la via del Tempiodella-Pace, qui mène à la via del Colosseo , au coin de laquelle on trouve
La Velia.
ROME. IV0 Rome antique. 233
immédiatement à dr., au n° 61, une institution de filles pauvres, où Ton | sonne (1 1.) Un escalier dans le jardin de cet établissement monte au sommet de la basilique de Constantin. On a la meilleure vue du Colisée, de la fenêtre à côté de l'escalier: à g., les thermes de Titus sur l'Esquilin; à dr., la rotonde de St-Jean-et-St-Paul ; plus près, St-Etienne avee une coupole moderne : ces deux églises sont sur le Célius. Derrière le Colisée, les montagnes de la Sabine et les monts Albains. Au S., le Palatin, avec les ruines des palais des Césars et deux couvents; la rive opposée du Tibre et la villa Pamfili. Al'O., le Capitole; à sa dr., entre deux églises à coupoles, la colonne Trajane; au-dessus, le mont Mario; plus loin, à dr., la tour de Néron et le Quirinal. Au N., St-Pierreaux-Liens avec son beau palmier, les deux coupoles et la tour romane de Ste-Marie-Majeure, tous les deux sur l'Esquilin.
A côté de la basilique de Constantin, en partie sur les fondements d'un temple de Yénus et Rome (p. 234), s'élève
Ste -Françoise -Romaine {S.-Francesca-Romana ou S.-Maria- JSfuova ; pl. II, 23), construite vers 860 par Nicolas Ier, sur les fondements d'une ancienne église , reconstruite après un incendie sous Honorius III en 1216, et modernisée par C. Lombardo en 1615. Fête patronale le 9 mars.
Intérieur. 2e chap. à dr., tombeaux du cardinal Vulcani (m. 1322) et du général pontifical Antonio Rido (m. 1475). 3e chap., tableau de Subleyras, Miracle de St Benoît. Abside, mosaïque du xne s. , récemment restaurée: au milieu, la Vierge; à g., St Jean et St Jacques; à dr., St Pierre et St André. Sur le maître-autel, une ancienne image de la Vierge attribuée à St Luc, qui, dit-on, fut seule épargnée par l'incendie. A dr. de l'abside, le tombeau de Grégoire XI, qui transféra le siège pontifical d'Avignon à Rome (m. 1378), avec un bas-relief d^Olivieri. On voit enchâssés dans] le mur de dr. deux pierres sur lesquelles s'agenouillèrent, dit-on, St Pierre et St Paul pour demander la punition de Simon le Magicien. Dans la Confession, un groupe de la sainte avec un ange, de Meli. Sous l'abside (fermé, le sacristain y conduit avec de la lumière) le tombeau de Ste Françoise avec un bas-relief du Bernin sur l'autel. — La sacristie renferme, au mur de g., une Vierge avec quatre saints, par Sinibaldo, élève du Pérugin. Le sacristain conduit dans une cour derrière l'église, où le visiteur peut voir "l'abside occidentale bien conservée du temple de Vénus et Rome (50 c).
A côté de l'église, dans le haut de la Yelia, près du Palatin, s'élève l'*arc de triomphe de Titus, construit en mémoire cle la défaite des Juifs (70 ap. J. - C.) et inauguré l'an 81, sous Domitien. Il porte du côté du Colisée l'inscription suivante : Senatus populusque Bomanus divo Tito, divi Vespasiani filio, Vespasiano Augusto. Cet arc se compose d'une seule arcade et est décoré de beaux *bas-reliefs.
A l'extérieur, du côté de l'inseription mentionnée, une frise représentant le cortège d'un sacrifice. A l'intérieur: Titus sur un quadrige que conduit Rome, couronnée par la Victoire ; vis-à-vis , le Cortège triomphal, avec de Juifs prisonniers, la table des pains de proposition, le chandelier à sept branches. Au moyen âge, cet arc servit de forteresse aux Frangipani et fut couronné de créneaux. On y avait adossé des murs modernes qui furent démolis sous Pie VII $ mais cela l'ayant fait pencher, il a fallu le consolider, comme le dit l'inscription de l'autre côté. Il n'y a en conséquence que la partie du milieu, en marbre, qui soit antique:, les parties ajoutées dans la restauration sont en travertin.
A partir de ce point, la rue descend au Colisée en passant devant des amas de ruines. A g., on remarque la double abside
234 IV0 Borne antique. ROME.
Le Colisée.
du temple de Vénus et Rome (temphim urbis ; pl. II, 20), construit l'an 135 par ordre d'Adrien, sur les plans fournis par lui-même, et reconstruit en 307 par Maxence, après un incendie. C'était un des temples les plus magnifiques de Rome ; ses tuiles de bronze doré furent prises pour l'église St-Pierre par le pape Honorius 1er, en 626.
Comme on le voit, il y avait à proprement parler deux temples sous un même toit, avec des entre'es du côté du Colisée et duCapitole; les cellee étaient adosse'es l'une à l'autre, de sorte que le mur de séparation des deux temples avait de chaque côté une niche pour la statue d'une divinité. Une moitié de l'édifice est engagée dans le couvent de Ste-Françoise-Romaine (p. 233), tandis que l'autre s'ouvre sur le Colisée. Chaque cella était précédée immédiatement de 4 colonnes ; il régnait alentour un portique de 10 colonnes aux extrémités et de 20 sur les côtés, mesurant environ 110 m. de longueur sur 53 de largeur, et le tout était compris dans un second portique extérieur ayant à peu près 200 colonnes et 166 m. 60 de long sur 100 de large, s' avançant jusqu'à la rue, du côté de laquelle il y avait d'énormes soubassements. Les fûts de granit gisant sur le sol proviennent du dernier portique. Les cellœ mêmes étaient revêtues de marbres des plus préeieux.
En descendant de là au Colisée, on voit, en bas à g., les restes d'une grande base carrée en maçonnerie , qui supportait depuis le règne d'Adrien la statue colossale de Néron , en dieu du soleil. Cette statue, par Zénodore, en bronze doré, haute de 36 m. 65 et avec des rayons, fut érigée par Néron lui-même après l'incendie de Rome (64 apr. J.-C), en même temps que son palais, auquel son luxe incroyable fit donner le nom de "maison dorée", mais qui tomba en ruine bientôt après la mort de cet empereur (68). Yespasien fonda à la place d'un lac artificiel qui s'y trouvait, au milieu des jardins,
Le **Colisée (pl. II, 24), nommé d'abord V amphithéâtre Flavien, le plus grand de tous les théâtres , et un des édifices les plus remarquables du monde entier. Il fut achevé par Titus l'an 80, et il fut inauguré par des jeux qui durèrent cent jours et coûtèrent la vie à 5,000 bêtes féroces, ainsi que par des représentations de batailles navales. Il pouvait contenir 87.000 spectateurs. C'est vers le vme s. qu'on l'a nommé Colosseum ou Colisée, probablement d'après la statue colossale de Néron.
Ravagé sous Macrin par un incendie, il fut restauré sous Alexandre- Sévère. En 248, l'empereur Philippe y célébra par de grandes fêtes le 1000e anniversaire de la fondation de Rome. En 405, Honorius abolit les combats de gladiateurs, comme incompatibles avec l'esprit du christianisme dominant depuis Constantin:, mais les combats de bêtes continuèrent jusqu'après la mort de Théodoric le Grand. Au m o y e n a g e , le Colisée servit de forteresse aux barons romains , surtout aux Frangipani. Les Annibaldi furent obligés de le céder en 1312 à l'empereur Henri VII, qui le donna au sénat et au peuple romain. En 1332, l'aristocratie romaine y donna encore des combats de taureaux. Mais sa destruction commença à partir de cette époque, et on ne le considéra plus que comme une carrière de pierres de construction. Paul II y prit encore au xve siècle les matériaux du palais de Venise, le cardinal Riario ceux de la Chancellerie, Paul III (1534-1549) en fit autant pour le palais Farnèse. Sixte-Quint voulut y établir une manufacture de drap, et Clément IX y établit réellement une fabrique de salpêtre. Benoît XIV (1740-1758) fut le premier qui
Le Colisée.
ROME. IV0 Rome antique. 235
prit l'édifice sous sa protection, en le consacrant à la Passion de Jésus- Christ, à cause du sang des martyrs qui y avait coulé, et en y construisant de petites chapelles qui ont été démolies en 1874. Les papes suivants, surtout Pie VII et Léon XII, ont empêché l'écroulement de l'édifice en le soutenant par d'énormes arcs boutants. Pie IX a fait rétablir les escaliers à l'intérieur.
Le Colisée est construit en blocs de travertin (il y a des briques à l'intérieur), originairement reliés par des crampons de fer. Les trous qu'on remarque sur les murs remontent au moyen âge, où Ton arracha ces pièces d'un métal très-recherché à cette époque. D'après les données les plus dignes de foi, la circonférence elliptique de l'édifice mesure 524 m. ; son grand axe, 187 m. 77 ; le petit, 155 m. 64 ; l'arène, 85 m. 75 sur 53 m. 62, et sa hauteur est de 48 m. 50. Les rangées de gradins qui s'élèvent autour de l'arène sont coupées par des escaliers et des galeries, aujourd'hui en majeure partie ruinés et inaccessibles.
En dehors, la partie qui subsiste de ce cirque, du côté N.-E. (vers l'Esquilin), a quatre étages. Les trois inférieurs sont formés par des arcades, dont les piliers sont ornés de demi-colonnes doriques au 1er étage, ioniques au 2e et corinthiennes au 3e. Le 4e étage se compose d'un mur avec des fenêtres séparées par des pilastres du style corinthien. Des statues étaient placées dans les arcades du 2e et du 3e étage, comme le prouvent les représentations du Colisée sur des monnaies antiques. Des quatre côtés de l'édifice se trouvent autant d'entrées principales à trois nefs, celles du côté de l'Esquilin et du Célius pour l'empereur, les deux autres, pour les cortèges solennels au commencement des jeux, pour les bêtes et pour les machines. Du côté de l'Esquilin , on voit encore des vestiges de revêtements en stuc, restaurés sous Pie VII ; ils servirent de modèle à Jean d'Udine, élève de Raphaël. Les spectateurs entraient par les arcades du rez-de-chaussée, désignées par des chiffres jusqu'à LXXX (les numéros XXIII à LIV existent encore) , pour indiquer les escaliers des différentes places. A l'extérieur, il y a en bas deux rangs d'arcades, puis un soubassement massif pour les gradins, et un escalier de quatre en quatre arcades.
On distingue encore une partie des gradins, dont la première rangée, le podium, était réservée à l'empereur, aux sénateurs et aux vestales. L'empereur avait une place exhaussée (pulvinar) , les autres, des sièges d'honneur. Au-dessus du podium, il y avait trois autres séries de sièges, dont la première pour les chevaliers. La dernière, occupée par les basses classes, était couverte d'un portique sur le toit duquel se tenaient des matelots de la flotte impériale, chargés de déployer des voiles au-dessus de tout l'amphithéâtre, pour mettre les spectateurs à l'abri des rayons brûlants du soleil. On voit encore , sur la corniche extérieure , des trous et des pierres de support pour les mâts auxquels ces voiles étaient attachées.
236 IV0 Rome antique. KOME. Arc de Constantin.
Au-dessous de l'arène se trouvaient des cages pour les bêtes féroces, des appareils pour la mettre sous l'eau, etc. On s'occupe depuis 1874 de déblayer les décombres et on a trouvé des fragments de colonnes, des plaques de marbre (quelques-unes sur lesquelles sont gravés à la pointe des combats d'animaux et de gladiateurs) et d'autres fragments d'architecture. On n'a toutefois pas encore pu préciser la destination des différents espaces. Vu le niveau où elles se trouvent, l'eau a envahi la plus grande partie des fouilles, ce qui en rend la visite impossible.
Les deux tiers de cette construction gigantesque n'existent plus, mais ce qui en reste forme encore une masse énorme. Au siècle dernier, un architecte a évalué, d'après les prix de l'époque, à 1 million V2 d'écus la valeur des matériaux qui restent. Aussi le Oolisée a-t-il été de tous temps le symbole de la grandeur de Eome. "Tant que le Colisée existe, disaient les pèlerins du vme siècle, Rome existe; si le Colisée périt, Rome périt, et avec elle le monde entier!"
Pour s'orienter, on fera bien de monter aux étages supérieurs (les gardiens sont à rentrée en venant du Palatin; 50 c). Un escalier en bois de 56 marches, très-raide , conduit au 1er étage, où se trouvent trois couloirs voûtés. On passera dans celui de l'intérieur pour jouir de la vue d'ensemble de l'édifice. Au-dessus de l'entrée , du côté du Palatin, un escalier moderne de 48 marches monte au 2e , et puis , à g. , au 3e étage, à une espèce de saillie. 55 marches conduisent à la balustrade rétablie du 4 e étage, à dr., où la -vue est encore plus complète. Le regard embrasse le Célius, avec St-Etienne-le-Rond et St-Jean-et-St-Paul ; plus loin, l'Aventin avee Ste-Balbine; dans le lointain, St-Paul-hors-les-Murs ; plus près à dr., la pyramide de Cestius ; à dr., le Palatin et les arches de l'Aqua Claudia.
Le Colisée produit surtout une impression indescriptible par un beau clair de lune, ou àlalueur d'un feu deBengale, comme on en allume quelquefois (p. 116); alors on peut juger de l'ensemble sans que l'œil s'aperçoive des détails qui manquent. On ne devra pas négliger de jouir de ce spectacle, si l'on est à Rome par un beau clair de lune; on trouve ordinairement le gardien à dr. à l'entrée du côté du Capitole. Le monument avait sa flore, comptant 420 espèces, qu'un système de nettoyage regrettable a fait disparaître en 1871.
En sortant par la porte par où l'on est entré, on voit à" g., devant le Colisée, la meta Sudans , noyau en briques d'une superbe fontaine construite par Domitien. Plus loin à g., entre le Célius et le Palatin, on remarque sur la voie Triomphale, qui y débouchait dans la voie Sacrée,
* L'arc de triomphe de Constantin (pl. II, 24), le mieux conservé des arcs de Rome, érigé en 311, après la victoire remportée sur Maxence près des "roches rouges", non loin du pont Molle, où Constantin se décida à embrasser le christianisme. Il a trois passages, et il porte l'inscription: uImp. Cœs. Fl. Constantino Maximo, pio, felici Augusto, Senatus Populusque Bornanus, quod instinciu divinitatis, mentis magnitudine, cum exercitu suo, tam de tyranno quam de omni ejus factione, uno tempore, justis rem publicam ultus est armis, arcum triumphis insignem dicavit.>' La plus -grande partie des matériaux et des
Thermes de Titus. ROME. IV0 Rome antique. 237
excellentes ^sculptures de ce monument ont été enlevés à un arc de triomphe érigé par Trajan à l'entrée du forum qui porte s.on nom; les sculptures grossières exécutées à l'époque de Constantin font le plus misérable contraste.
Les sculptures provenant de l'are de Trajan sont: en haut, les Daees prisonniers (7 sont anciens, le 8e, ainsi que toutes les têtes et les mains, modernes); les bas -reliefs : du côté du Colisée, à g., 10, Entrée de Trajan à Rome; 20, Continuation de la voie Appienne; 30, Trajan faisant élever des enfants pauvres; 40, Trajan jugeant un barbare; de l'autre côté, à g., 50, Trajan couronnant Parthamaspate , roi des Parthes ; 60, des Soldats amenant deux barbares devant Trajan; 70, Trajan haranguant l'armée; &0 Sacrifice de Trajan, et les huit médaillons sous ces bas-reliefs, représentant des sacrifices et des chasses; sur les côtés, deux Batailles contre les Daces; au-dessus de l'arcade centrale, des Vaincus implorant leur grâce, enfin la Victoire couronnant Trajan. — Ce sont les petits bas-reliefs sous les médaillons, représentant des victoires et des aetes publics de Constantin, qui permettent le mieux de juger de la décadence de l'art à cette époque. Pie VII a fait dégager tout l'arc en 1804. Il avait été changé en forteresse dès le xe s., et il avait appartenu plus tard aux Frangipani.
De l'autre côté, à quelque cent de pas du Colisée, via Labicana, lre porte cochère à g. (la via délia Polveriera, qui monte à g. , conduit en 5 min., entre des murs, à St-Pierre-aux-Liens ; v. p. 187; 188), on remarque, sur l'Esquilin, les
* Thermes de Titus (pl. II, 26). Ils sont visibles tous les jours de 9 h. du matin jusqu'au coucher du soleil, moyennant 1 L dans la semaine et gratuitement le dimanche. — Mécène possédait en cet endroit une villa, que Néron réunit à sa Maison Dorée. En l'an 80 , Titus construisit à la hâte , sur les fondements de cette dernière , les superbes thermes qui portent son nom, et qui furent agrandis et changés à diverses reprises par Domitien, Trajan, etc. Leurs ruines étendues sont disséminées dans plusieurs vignes. La plus petite partie seule en est accessible; elle a été déblayée la dernière, en 1813.
On distingue les constructions plus anciennes de Néron de celles de Trajan. Les longues galeries voûtées et parallèles, où l'on entre d'abord, font partie des thermes; elles formaient une construction semi circulaire, dont la destination n'est pas encore bien définie; c'étaient, dans tous les cas, les soubassements d'un grand hémicycle. Les salles plus petites, au-dessous, que Titus combla pour y élever ses thermes, et qui furent en partie mises à nu au commencement du xvie siècle, appartenaient pour la plupart à la Maison Dorée de Néron. On y voit d'abord une suite de 7 pièces, devant la 4e desquelles se trouvent les restes d'un puits, et l'on y distingue encore des traces de belles et élégantes peintures, les seules de cette époque qni fusseut connues avant la découverte de Pompéi. Elles servirent de modèle à Jean d'Udine et à Raphaël. Des deux côtés des ces chambres , il y avait probablement un portique. Un corridor conduit de là à la salle de bains. A g. se trouvent plusieurs chambres plus petites et sans ornements, formant angle droit avec la série précédente-, c'étaient probablement les appartements des esclaves. Puis à g. , en face des premières pièces, un corridor autrefois éclairé par en haut: la voûte était décorée. de belles fresques, dont on voit eneore des restes.
238 IV0 Rome antique. ROME.
Académie de St-Luc.
Forums des Empereurs.
Académie de St-Luc.
Dans la partie "basse au N.-E. du forum de la République étaient situés les forums des empereurs , qui étaient bien plus destinés à montrer la magnificence de leurs fondateurs qu'à faciliter les réunions que nécessitait la vie politique du peuple. Ils servaient surtout de tribunaux. Le principal édifice de ces places était toujours un temple. Le premier, le forum Julium, fut commencé par César et achevé par Auguste; le second est dû à Auguste; on considère comme marquant l'emplacement du troisième le temple de la Paix construit par Vespasien et mentionné p. 232 ; puis vient le forum de Domitien, et enfin la plus brillante de ces somptueuses constructions, le forum de Trajan. Nous en donnerons la description en commençant au temple de la Paix, qui se trouvait à peu près à la place de la basilique de Constantin, et en continuant jusqu'au forum de Trajan, car c'est dans cette direction qu'ils étaient situés l'un près de l'autre.
A côté du temple de la Paix s'étendait le forum fondé par Domitien, achevé par Nerva, et par conséquent nommé forum de Nerva, ou aussi forum Transitorium , forum transitoire, parce qu'une rue principale le traversait. Il s'y trouvait un temple de Minerve, que Paul Y démolit pour construire avec ses marbres la fontaine Pauline sur le Janicule, et un autre temple plus petit de Janus. Les restes des murs d'enceinte du temple de Minerve sont les *Colonacce , deux colonnes corinthiennes à moitié ensevelies, avec une architrave très-richement décorée de bas-reliefs représentant les arts appliqués, le tissage, etc., etc., qui étaient placés sous la protection spéciale de cette déesse. On en voit des copies dans le musée de l'Académie française (p. 145). Au-dessus s'élève un attique avec une Minerve. Ces colonnes, au carrefour de la via Alessandrina et de la via délia Croce-Bianca, dans l'angle oriental (pl. II, 20), sont bien faites pour donner une idée de la magnificence de tout l'édifice.
Dans la rue transversale suivante, la via B o ne lia , au n° 44, est l'Académie de St-Luc (pl. II, 20), fondée en 1595 pour l'enseignement des beaux-arts, et dont Federigo Zucchero fut le premier directeur. Elle a été transformée d'après les principes modernes en 1874. Le directeur actuel est le sculpteur Emile Wolff. La galerie de peinture de l'académie est ouverte tous les jours de 9 h. à 3. C'est une collection de second ordre, contenant peu de choses imposantes.
Dans l'escalier sont des plâtres badigeonnées de la colonne Trajan. Sur le premier palier, Ventrée de la collection des ouvrages de concours des élèves; elle est fermée. On y voit le Christ au jardin des oliviers, dessin de Louis Seitz; des bas-reliefs de Thorvaldsen et de Canova; Ganymède donnant à boire à l'aigle, aussi par Thorvaldsen ; des plâtres d'ceuvres antiques , etc.
Le Forum d'Auguste. ROME. IV0 Rome antique. 239
On monte un étage plus haut et on sonne à la porte de la Galerie de tableaux (50 c.). — Une petite antichambre, avec des gravures, etc., s'ouvre sur la Ire salle, éclairée du haut. Mur d'entrée: Berghem, paysage ; Tempesta , marine ; ancienne école flamande , la Vierge et une Descente de croix; Rubens , Vénus couronnée par les Grâces; Van Dyck, la Vierge; le Titien, St Jérôme; Jos. Vernet, Marine. Petit mur: G. Poussin, deux paysages. 2e long côté, Ribera, Docteurs en discussion; Paul Véronèse, Vénus; Van Dijck, (?), portrait de femme; le Titien, portrait d'homme; du même, Vanité; Claude Lorrain, paysage maritime; J. Vernet, Marine. 2e petit mur, bustes de Betti, Tenerani et Thorvaldsen. — D'un côté de cette salle se trouve une petite pièce renfermant surtout des portraits d'artistes: contre le pilier, Virginie Lebrun; au petit mur de g., Byron; au petit mur de dr. , en haut, deuxième rangée à dr., Angelica Kauffmann, etc. En bas, près du passage, Salvator Rosa, Concert de chats. — De l'autre côté de la Ire salle, on entre dans la IIe salle, également éclairée du haut. Sur les piliers de l'entrée: le Canaletto , sujet d'architecture; Maratta, Madone; sur le revers de ce tableau, " copie de la première esquisse de la Transfiguration de Raphaël par Marc-Antoine (tous les personnages sont nus); on dit l'original perdu. Mur de g.: le Titien, Découverte de la faute de Calisto, inférieure aux autres tableaux mythologiques de l'artiste; le Guide, la Fortune; le Guerchin, V enus et l'Amour (à fresque); '-'Raphaël, Enfant portant des guirlandes, reste d'une fresque du Vatican détachée du mur et fortement retouchée; Guido Cagnacci, Lucrèce, œuvre excellente de ce peintre du reste peu important de l'école du Guide; le Guerchin, Vénus et l'Amour, fresque. Mur latéral: Bronzino, St André; école vénitienne, portrait d'homme; le Guide, l'Amour; Raphaël (?), St Luc peignant la Vierge, et Raphaël lui-même qui le regarde, originairement un tableau d'autel de l'église S.-Martino (ce tableau est complètement repeint et il serait du reste sans valeur quand il serait bien conservé; l'irrégularité du coloris prouve que plusieurs peintres y ont travaillé); le Tintoret, portrait d'homme: le Titien, le Denier, copie. Mur de dr. : Poussin, Danse bachique ; Raphaël, Galatée, copie par Jules Romain ; Jos. Vernet, Marine; Paul Véronèse, Suzanne; le Guide, Ariane -et Bacchus. Dans le haut, tout autour, une double rangée de portraits d'artistes.
La via Bonella aboutit an N. à un mur antique avec une porte.
Devant ce mur, on voit à g. *trois belles et grandes colonnes corinthiennes avec leur architrave, restes d'une face latérale du temple de Mars TJltor, sur le forum d'Auguste (pl. II, 20). Ce forum était entouré d'un haut *mur de pépérin (pierre volcanique grise), dont on voit encore des restes considérables (environ 150 m.) à côté du temple, surtout lorsqu'on traverse la porte (arco de' Pantani). A ce mur s'adossait le temple, qu'Auguste fit vœu d'élever pendant la guerre contre les meurtriers de César, et qui fut inauguré le 12 mai de l'an 2 av. J.-C. Le forum est maintenant occupé par le couvent de Y Annunziata. Les décombres ont une épaisseur d'environ 5 m. Cet endroit était un marécage au moyen âge, de là son nom moderne de ,,pantano".
Entre ce forum et celui de la République , était situé le forum de César, avec un temple de Vénus Genitrix. On voit quelques restes de son mur d'enceinte en tuf dans la cour à g., au n0 18 du vicolo del Ghettarello, qui se détache à dr. de la via di Marforio, entre les numéros 47 et 46.
Nous passons par l'arc de'Pantani et nous montons à g., le long de l'énorme muraille qui se perd actuellement dans le couvent de religieuses mentionné ci-dessus; ensuite nous descendons à g. par la via del Campo Carleo (dans la cour du n° 6, on
240 IV0 Rome antique. ROME. Le Forum de Trajan.
reconnaît des murs d'enceinte du forum de Trajan) , et nous arrivons à la via Alessandrina, rue très-animée, qui conduit, en quelques pas à dr., au
*Forum de Trajan (pl. II, 19). Il s'étendait à côté de celui d'Auguste. C'était une agglomération d'édifices somptueux, élevés, dit-on, par l'architecte Apollodore de Damas (111-114).
Ce forum passait pour le plus beau de Rome sous le rapport des monuments. Ammien (16, 10) dit en parlant de la visite qu'y fit Constantin, en 356: „Verum cùm ad Trajani forum venisset, singularem sub .omni eœlo structuram, ut opinamur, etiam numinum assensione mirabilem, hserebat attonitus per giganteos contextus circumferens mentem, nec relatu effabiles nec rursus mortalibus appetendosu. Une légende du vne s. raconte que Grégoire le Grand, admirant un jour la magnificence de ce forum, fut pris d'une profonde tristesse en pensant qu'un souverain si juste et si clément devait être damné éternellement , et que les prières du pape auraient délivré l'âme de Trajan. Au xe s. , il n'y a plus ici que des ruines -, une église St-Nicolas s'y est établie contre les colonnes, et d'autres églises y sont encore construites plus tard. Sixte- Quint plaça en 1587 une statue de St-Pierre sur la colonne Trajane. Le gouvernement français eut enfin le mérite de dégager le milieu du forum, de 1812 à 1814, en* démolissant plusieurs bâtiments, entre autres deux couvents de femmes.
En faisant une percée entre le Capitole et le Quirinal, Trajan exécuta le projet d'établir une communication commode entre les forums de la vieille ville et le quartier du Champde-Mars. Les constructions grandioses qu'il y fit ériger, occupaient un terrain d'environ 200 m. de largeur et encore plus de longueur. Dans les parties mises à jour, maintenant environ 110 m. de long sur 45 de large, on remarque d'abord quatre rangées de colonnes dont les fondements ont été retrouvés. Ce sont des restes de la basilique Ulpia, dont l'axe était parallèle aux petits côtés de la place actuelle. La nef centrale avait 25 m. et tout l'édifice 56 m. de large. Le pavé était en marbre précieux. Il n'est pas certain que les restes de colonnes de granit qu'on a retrouvés et relevés en cet endroit, soient remis à leurs véritables places. — Entre cette basilique et le forum d'Auguste, se trouvait le forum de Trajan proprement dit; le mur circulaire à deux étages qui le bornait au S.-E., est encore en partie visible dans la cour n° 6 via del Campo - Carleo. Les espaces du bas étaient probablement des boutiques. Le centre de ce forum était décoré de la statue équestre de Trajan.
Au N. de la basilique s'élève la **colonne Trajane, tout en marbre, haute de 43 m. (27 pour le fût) et mesurant 3 m. 60 de diamètre à la base et 3 m. 30 au sommet. Tout autour règne une spirale de 1 m. de hauteur et 200 de longueur, composée d'excellents *bas-reliefs représentant la guerre de Trajan contre les Daces. Outre des animaux, des machines, etc., on y voit plus de 2,500 figures humaines , de 60 centim. dans le bas et allant en augmentant de grandeur vers le haut. Il y en a une copie au palais de Latran (p. 276), où l'on peut les examiner plus à loisir. Trajan était enterré au pied, sa statue en couronnait le sommet,
1) srmst&Ax. , E. d.WasÈu.e
Le Forum de Trajan. ROME. IV0 Rome antique. 241
où elle est remplacée aujourd'hui par celle de St-Pierre. Un escalier de 184 marches conduit à l'intérieur jusqu'au sommet, mais il est défendu d'y monter. La hauteur de cette colonne désigne aussi combien il a fallu enlever de terre entre le Quirinal et le Capitolin pour avoir l'emplacement nécessaire à ces constructions; une inscription placée en 114 dit qu'elle fut érigée : „ad declarandum quantse altitudinis mons et locus tantis operibus sit egestus". La hauteur totale est de 100 pieds romains ou 29 m. 60.
Il y avait en outre, sur ce forum, un temple consacré à Trajan par Adrien, une bibliothèque et l'arc de triomphe de Trajan, qui s'élevaient de l'autre côté de la colonne. Les bas-reliefs de l'arc décorent actuellement celui de Constantin (p. 236 et 237).
Le côté N. de la place touche à deux églises. A dr., celle du St-Nom-de- Marie (del Nome-di-Maria), construite en 1683, lorsque Vienne eut été délivrée des Turcs , et restaurée en 1862. A g., S.-Maria-di-Loreto, commencée par Sangallo en 1507. On y remarque , dans la 2e chap. à dr., une statue de Ste Suzanne, par Fiammingo , et sur le maître-autel un tableau de l'école du Pérugin.
Trois rues conduisent d'ici, au N., à la place des Sts-Apôtres (p. 157). — En montant la rue Magnanapoli à dr. (E.), on atteint, en 15 à 20 min. environ, Ste-Marie-Majeure (p. 179), et à g. , le Quirinal (v. p. 173). — La rue de g. mène à la place St-Marc et (lre rue latérale de dr.) à la place de Venise (p. 159).
Le Palatin.
(Voir le plan ci-joint.)
Au S. du Forum , se trouve le mont Palatin , formant un quadrilatère irrégulier. Dans l'antiquité, il était borné au N., du côté du Capitole, par le Velabrum et le forum Boarium (p. 250), à l'O., du côté de l'Aventin, par le cirque Maxime (p. 252); au S., du côté du mont Célius, par la voie Triomphale et la voie Appienne (aujourd'hui via di S.-Gregorio). Il a 1744 m. de circuit et son point le plus élevé (St-Bonaventure) est à 51 m. 20 au-dessus du niveau de la mer et 35 m. 40 au-dessus de celui de la Rome antique. Le Palatin est l'emplacement qu'occupait la Rome primitive, la Roma quadrata, et on a découvert en 5 différents endroits des restes Je son enceinte, qui permettent de rétablir presque complètement le tracé de ces premières fortifications. Le mur, "bâti sur le penchant de la colline, l'entourait tout entière et n'était interrompu que par trois portes. La situation de deux de ces portes , de la porta Mugionis ou Mugonia (pl. 13), et de la porta Romana ou Romanula (pl. 4) a été déterminée à la suite des dernières fouilles. C'est sur cette colline que la tradition place les demeures de ses héros, des Evandre, des Faustulus et des Romulus; une série de temples et de sanctuaires antiques en ont conservé le souvenir pendant fort longtemps. Parmi les hommes connus de la République, l'orateur Hortensius, Catilina, Cicéron et, derrière lui, son ennemi acharné, le tribun Clodius, ont eu ici leurs maisons. Auguste naquit sur le Palatin et transporta après la bataille d'Actium sa résidence dans ce lieu habité jadis par les rois. Son palais (domus Augustana) était situé là où se trouve un couvent (villa Mills) , à côté
Bœdekcr. Italie, II. 5e édition. 16
242 IV0 Rome antique. ROME.
Le Palatin.
d'un grand temple d'Apollon bâti par lui et de la bibliothèque grecque et latine (pl. 22, et peut-être 23) très-célèbre dans la littérature de ce temps. L'empereur Tibère, dont la maison natale a été retrouvée il y a quelques années (pl. 6), agrandit les bâtiments du côté du Velabrum (dormis Tiberiana), et l'insensé Caligula les relia au Forum (p. 243). Les plans de Néron dépassèrent toute mesure; Vespasien abandonna ses constructions et restreignit la résidence impériale au Palatin. Le palais (domus Flavia) fut achevé par son fils , Domitien , et depuis ce temps, ..Palatium*1 qui s'est transformé en ,, palais" dans la langue française, est devenu le nom de la demeure impériale. Lès empereurs suivants y firent sans doute faire des transformations et des restaurations , mais Septime-Sévère est le seul qui soit mentionné comme ayant agrandi le alaisT des Flaviens. Le Septizonium, „édifice à sept étages" bâti par lui à l'extrémité S.-O. de la colline, était encore debout au xvie s., ou Sixte- Quint le fit démolir. Le palais des empereurs partagea le sort de la ville-, Odoacre, Théodoric et l'empereur Héraclius (629) l'ont encore habité, mais des jardins, des couvents et des tours fortifiées en occupèrent les ruines dès le xe s.
Actuellement, le sommet du Palatin est occupé par deux anciens couvents, St-Bonaventure, en face de l'arc de Titus , et un couvent de religieuses de l'ordre de St-François de Sales, dans l'ancienne villa Mills ; par trois vignes: vigna Nussiner , au N . ; vigna del Collegio inglese au S.-O. et vigna di S.-Sebastiano au S., et enfin par les jardins Farnèse , qui couvrent toute la partie N.-E. Ces jardins ont été créés par Paul III, de la famille Farnèse, qui voulait y construire une magnifique villa dans le style du xvie s. Des fouilles considérables y furent faites en 1726 sous la direction de Bianchini, mais les œuvres d'art qu'on y a trouvées furent transportées plus tard à Naples et le reste abandonné. Napoléon III acheta la propriété au roi François II en 1861, moyennant 250,000 fr. et fit faire des fouilles régulières 'sur l'emplacement des palais empereurs, sous la direction de l'architecte P. Rosa. La vigne Nussiner a été donnée à la ville, en 1857, par l'empereur de Russie, qui y avait fait faire des fouilles depuis 1848. Des recherches très-fructueuses ont été également exécutées depuis 1866 par le cav. Visconti dans la vigne du Collège anglais , achetée par Pie IX. Depuis l'annexion de Rome au royaume d'Italie, et depuis que le gouvernement italien a acheté les jardins Farnèse (décembre 1870, pour 650,000 fr.), la direction de toutes ces fouilles a été confiée à M. Rosa. Malgré de grandes difficultés (les décombres avaient, en certains endroits, plus de 6 min. de haut), les fouilles faites dans ces jardins n'ont pas fait découvrir jusqu'à présent beaucoup d'œuvres d'art, mais elles ont fourni des résultats excessivement importants sous le rapport de la topographie, et quoique l'incertitude plane encore sur bien des choses parmi les ruines mises à jour, elles n'en donnent pas moins une idée surprenante de la grandeur et de la magnificence des monuments détruits.
On est admis à visiter les fouilles tous les jours depuis 9 h. jusqu'au coucher du soleil, moyennant 1 1. dans la semaine, gratuitement le dimanche. Une après-midi est nécessaire pour voir convenablement toutes les ruines. Cependant la majesté même de ces ruines, jointe aux vues splendides et toujours variées dont on jouit du haut du Palatin, méritent bien qu'on y fasse plusieurs visites. — Les rues, les temples, les maisons et les palais sont indiqués partout au moyen d'écriteaux sur lesquels se trouvent les citations les mieux appropriées de la littérature ancienne. Cependant, pour certaines choses, l'identité est bien douteuse, et les noms ne sont souvent que de pures suppositions. M. Rosa a fait de ces ruines une carte reproduite par la photographie, que l'on voit en différents endroits sur le mont.
No ns commençons par les ruines mises à jour dans les anciens jardins Farnèse. L'entrée, désignée par l'inscription ,,Orti Farnesiani", est au Campo Yaccino, à dr. en venant du Forum, vis-à-vis de la basilique de Constantin.
Nous montons le premier escalier (pl. 1) jusqu'à la place de-
Le Palatin.
ROME. IV 0 Rome antique. 243
vant la maison du directeur, et nous nous dirigeons d'abord à dr. vers le petit * musée (pl. 2), où sont réunis les objets les plus intéressants trouvés dans les fouilles, ou des copies de ces objets.
Au milieu: à l'entrée, Bacchus enfant porté par une nymphe; statue d'adolescent, en basalte ; autre Bacchus enfant; torse d'une Vénus Génitrix. Au mur de derrière: à g., copie d'un Eros versant à boire (original à Paris), trouvé dans le nymphœum du palais des Flaviens ; à dr. , torse du Satyre de Praxitèle; trois hermès de femmes, en noir antique. Rangée de g.: *tête d'Esculape, appartenant peut-être au torse avec un serpent, à dr. ; tête de femme; à dr., tête d'un barbare mort; à g., têtes de Néron et de Drusus. Au mur de g. : ivoires, bronzes, terres cuites ; échantillons de pierres trouvées dans les ruines. Au mur de dr. : monnaies , verres, objets en ivoire, fragments de stuc, empreintes de briques. Au mur de l'entrée, entre autres fragments en terre cuite, deux "bas-reliefs représentant des mystères.
D'ici , nous descendons , immédiatement à dr. , l'escalier en pierre qui conduit au clivus Victoriœ (pl. 3), dont on voit des deux côtés l'ancien pavé. Il aboutissait à dr. au Forum, par la porta Romana (pl. 4). Plus tard, la rue fut complètement couverte par les constructions de Caligula: les soubassements imposants et les voûtes bien conservées qui s'élèvent devant nous, en faisaient partie. En descendant le clivus Victorise à dr., dans la direction du Forum , on voit après 45 pas , à g. dans le haut, le commencement du pont que Caligula fit jeter au-dessus du Forum jusqu'au Capitole, afin de pouvoir aller plus facilement causer avec Jupiter Capitolin, dont il se proclamait le représentant sur la terre. Au delà du pilier suivant se voit encore un morceau de parapet, en marbre taillé à jour.
Nous revenons maintenant sur nos pas, et nous montons le petit escalier en face de l'escalier en pierre mentionné ci-dessus ; puis nous passons par un couloir obscur où il y a quelques degrés, et nous arrivons sur le pont, que nous suivons jusqu'au bout, en passant par des restes de pavé en mosaïque. On ne connaît pas exactement la destination des espaces qui s'étendent à g. Au sortir de là, nous allons à g. sur le penchant de la colline, qui offre une suite de vues magnifiques. On domine d'abord tout le bas du Palatin : devant le temple des Dioscures et y attenant, l'église Ste-Marie-Libératrice (p. 249), construite sur les emplacements du temple de Vesta et de la Regia; plus loin, la vieille rotonde de St-Théodore (p. 249), également bâtie sur des fondements antiques.
Les restes à g. , en blocage, sont ceux des constructions de Tibère. Elles s'étendaient à l'ouest de celles de Caligula. A l'extrémité du versant, on arrive immédiatement, à g. , à un escalier en bois, près d'un écriteau portant les mots Domus Tiberiana. Nous descendons par là et nous passons ensuite à dr. devant un haut soubassement carré — M. Rosa le regarde comme étant celui de r 'Augurât orium (pl. 5), lieu où l'on prenait les auspices — et à g. derrière le palais de Tibère. Nous arrivons ainsi tout droit à une
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Le Palatin.
*Maison particulière (pl. 6) , découverte en 1869 , qui avait été respectée lors de la construction des bâtiments impériaux environnants. Des suppositions plausibles en font la maison qu'habitait T. Claudius Néron, père de Tibère, et où sa mère Livie, qui avait fait rompre son premier mariage pour épouser Auguste, se retira après la mort de ce dernier. Le passage à g. conduit à l'entrée de la maison.
On descend 6 marches à dr. pour arriver au vestibule, voûté et pavé en mosaïque. On entre dans une cour carrée, autrefois couverte, sur laquelle donnent, en face de l'entrée, trois appartements. Les 'v peintures murales sont supérieures à la plupart de celles de Pompéi. Dans îa pièce du centre, on voit d'abord à dr., Io gardée par Argus, tandis que Mercure vient pour la délivrer; plus loin, une Scène dans les rues; au mur vis-à-vis de l'entrée, Galatée et Polypbème. Les peintures du milieu sont regardées comme de grandes fenêtres qui permettent de voir dans le lointain ces scènes mythologiques. La meilleure place pour jouir de l'excellente perspective de la fresque de Galatée est à l'entrée de l'atrium. Les deux médaillons dans le coin en haut, qui représentent des scènes de sacrifice, donnent une idée exacte du tableau à volets des anciens, qui, comme les triptyques des autels du moyen âge, se fermait au moyen de panneaux que l'on pouvait rapprocher. Au mur à g., des conduits d'eau en plomb avec des inscriptions d'après lesquelles on a reconnu la déstination de cette maison. Sur les murs de la pièce de droite se trouvent de magnifiques *guirlandes de fruits, d'où pendent des masques et autres objets bachiques, entre les colonnes; sur ceux de la pièce de gauche, au-dessus des panneaux bruns, encadrés de rouge et de vert, de légères arabesques entre des figures ailées sur fond blanc. A droite de la cour, la salle à manger, reconnaissable à l'inscription ,,tricliniumu. C'est un espace oblong, aux murailles peintes en rouge vif: au milieu, deux grands paysages, celui de dr., avec les attributs de Diane (grande couronne dentelée, têtes de cerf et de sanglier); dans le haut, sur le mur de l'entrée, deux vases en verre avec des fruits. — Sur le derrière de la maison sont les appartements particuliers et les communs. On y arrive par le petit escalier en bois à dr., en sortant du triclinium.
En retournant au passage ci-dessus, qui était autrefois couvert par les constructions de Tibère {crypto-portique ; pl. 7) et en le suivant jusqu'au bout à dr., où se trouve, sur un chapiteau corinthien, une tête de Vénus bien conservée, nous voyons à g. la continuation de ce passage (pl. 8) jusqu'à l'habitation du directeur. A l'entrée même de la voûte en berceau, sont des restes curieux de revêtement en stuc. A la sortie de ces premières arcades, à 35 pas de la tête de Vénus, nous rencontrons à dr. un deuxième passage couvert (pl. 9), dont la voûte et le pavé offrent des restes de mosaïque en plusieurs endroits , et nous arrivons enfin , par des escaliers , à la partie la plus importante des fouilles, au
Palais des Flaviens. A vingt pas , en face de la sortie du passage, nous nous trouvons dans le vaste tablinum (pl. 10), la résidence proprement dite des empereurs. C'est Domitien qui a fait de ce palais , élevé par son père Vespasien , le siège de l'empire romain, et qui lui a donné la distribution que l'on reconnaît encore dans les ruines. On y retrouve les dispositions et les salles d'une maison romaine ordinaire : atrium , tablinum,
Le Palatin.
ROME. IV0 Rome antique. 245
peristylium, etc.; seulement les pièces secondaires, les communs, ont été supprimés, et tout a été fait sur une grande échelle. Le palais des Flaviens occupait la dépression de terrain qui s'étendait entre les constructions d'Auguste (villa Mills) et celles de Tibère et de Caligula. Il a été nécessaire d'établir des soubassements énormes pour avoir une surface horizontale.
En traversant le tablinum à g. et en nous avançant jusqu'au bord N.-E. du plateau, du côté de la basilique de Constantin, nous nous trouvons sur une esplanade oblongue (pl. 11), avec trois saillies à angles droits, qui était dans le principe entourée d'une colonnade, tenait lieu d'atrium, de salle des gardes du palais, et servait d'antichambre pour les audiences.
De la saillie du milieu se voient, en face, les maigres ruines du temple de Jupiter Stator (pl. 12), dont on fait remonter la consécration à Romulus, et qui se trouvait près de la porta Mugionis (pl. 13). Des restes de soubassement en tuf ont été découverts dernièrement. Ils datent d'une restauration faite avant l'époque de Néron. Sur deux des pierres se trouvent des noms grecs. A dr. est une partie de l'ancien pavé en basalte de la via Nova (pl. 14), et plus loin, au premier plan, près de l'inscription Roma quadrata (pl. 15), des restes du mur d'enceinte de la ville primitive, aux assises régulières en tuf.
Trois pièces donnent sur l'atrium. L'une d'elle, du côté du sud , est le lararium (pl. 16), la chapelle des lares ou des dieux domestiques. A l'extrémité s'élève un petit autel carré, en marbre , avec les figures du genius familiaris et des lares. Le génie est sur le devant', la tête voilée; les dieux lares sur les côtés, représentés comme dans les peintures de Pompéi, avec des cothurnes, une tunique courte, une main levée, tenant une corne à boire {rhyton) et un seau dans l'autre main (situla).
La deuxième salle, que nous avons déjà nommée, le tablinum (pl. 10) était la pièce principale, le salon dans les maisons particulières. Ici, elle servait de salle du trône (aula regia), c'est celle où l'empereur donnait audience. Cet espace immense, de 45 m. sur 36, avec sa grande abside semi-circulaire où était le trône, et ses huit niches alternativement rondes et carrées, qui ont conservé leurs socles, était autrefois couvert, et il est difficile, aujourd'hui que le splendide plafond a disparu, que les murs ont perdu leur revêtement en marbre, les niches leurs colonnes , et les piédestaux leurs statues colossales , de se faire une idée de sa magnificence primitive.
Enfin la troisième salle est la basilica (pl. 17), où l'empereur rendait la justice. Une balustrade en marbre , dont on voit encore un reste à l'endroit même où elle se trouvait, séparait la tribune s emi- circulaire de la partie où se tenaient les plaideurs. Cette partie était entourée d'un petit portique dont il subsiste encore quelques bases et une colonne.
En traversant le tablinum, nous arrivons à l'ouest au peristylium (pl. 18), qui n'est qu'aux deux tiers découvert. La partie sud est sous la cour du couvent des dames de St-François
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Le Palatin.
de Sales. Ce peristylium était un grand jardin carré de 54 mètres de côté, et entouré d'une double colonnade. Comme les autres, cet espace n'a conservé de son ancienne splendeur que quelques traces de revêtement en marbre jaune (giallo antico) et ses dimensions imposantes. Nous devons nous figurer l'espace découvert du milieu rempli de jets d'eau, d'arbres et de fleurs.
Dans le coin N.-O. du péristyle se trouve un escalier qui conduit à deux pièces souterraines, qui ont des restes de revêtement en stuc et de peinture. Elles faisaient partie d'une maison des temps de la République, qui fut recouverte par les constructions des Flaviens.
Sur le péristyle ouvrait dans le sens de sa plus grande largeur le triclinium (pl. 19), la grande salle à manger {Jovis cœnatio), de sorte que les personnes à table pouvaient jouir de la vue des fontaines et des massifs d'arbres du jardin. Dans l'abside semi-circulaire du mur à l'ouest, le pavé primitif, en dalles de marbre et de porphyre, est en grande partie conservé ; il reste moins de traces de ce pavé et du revêtement au mur du côté du nord. — A ce mur est adossé le nymphœum (pl. 20), bâtiment avec un puits au bassin elliptique, dans le milieu duquel s'élève une fontaine, qui était revêtue de plaques de marbre en partie conservées , et garnie de plantes au sommet.
Les autres petits espaces situés dans la partie nord de ce palais impérial sont moins intéressants. On n'en connaît pas non plus la destination précise. Nous en dirons autant des pièces à l'ouest qui touchent à la salle à manger. C'est d'abord un portique (pl. 21) de six colonnes en cipollin (deux entières, fragments des autres). Le pavé s'est affaissé et l'on aperçoit le sol primitif que les constructions des Flaviens avaient recouvert. Puis vient un espace qu'un écriteau suppose être la bibliothèque (pl. 22), et enfin une salle avec une niche ronde peu profonde et des sièges adossés à la muraille, où l'on croit reconnaître la salle de lecture, Vacademia (pl. 23).
Au sortir de l'académie, nous descendons par quelques marches au pied du perron d'un vieux temple, qui, d'après M. Rosa, serait celui de Jupiter Victor (pl. 24) , élevé à la suite du vœu de Fabius Maximus* à la bataille de Sentinum (295 av. J.-C). Les degrés, au nombre de 26, sont divisés en 5 séries. Sur le palier de la 4e, on voit un socle rond avec une inscription; c'est une partie d'un objet offert par Domitius Calvinus , qui triompha de l'Espagne l'an 36 av. J.-C; le reste manque. Arrivé au sommet, on se trouve sur le soubassement presque carré du temple. Les tronçons des colonnes en pépérin, originairement revêtues de stuc, en attestent la haute antiquité.
Dans l'angle S.-O. de ce temple, se trouve une descente (pl. 25), établie pour réunir les ruines que nous venons de visiter aux ruines impériales du S. du Palatin. Avant de poursuivre notre excursion dans ce sens, nous pourrions encore aller voir,
Le Palatin.
ROME. IV° Borne antique. 247
â 50 pas d'ici, un escalier (pl. 26) , qui donnait primitivement accès du cirque Maxime au mont Palatin. Les maiches de cet escalier sont taillées dans le tuf même de la colline; il passe à côté d'imposantes constructions en pierre de taille, sans mortier, qui paraissent dater d'une très-grande antiquité. On n'en sait pas encore la destination ; mais de ce que toute la partie occidentale de la colline {Germains) a été respectée par les empereurs, il est permis de conclure que les plus anciens sanctuaires de la ville étaient en cet endroit.
Revenons maintenant à la descente ci-dessus (pl. 25) et descendons jusqu'au premier tournant à g. Après avoir marché tout droit dans ce sens, pendant 3 minutes, toujours dans la direction du sommet de la colline, nous passons d'abord à côté •de ruines sans nom , puis près de la maison du jardinier, au bas de la villa Mills, dont on voit, dans le haut, les beaux cyprès. Nous montons le petit escalier en pierre derrière cette maison, ensuite l'escalier plus grand en bois , et nous arrivons à une place (pl. 27), environnée à l'E. et au S. de ruines grandioses; ce sont les restes des palais élevés en grande partie plus tard , aussi par les empereurs, notamment du
Palais de Septime-Sévère , bâti après un grand incendie de l'an 191. Pour la grandeur et la magnificence, ces ruines l'emportent sur celles des jardins Farnèse; mais elles offrent moins d'intérêt, parce que la disposition des pièces y est moins claire, et leur destination, pour cette raison, très-difficile à préciser. On a mis à jour une grande partie des salles souterraines de ces palais, ainsi que des constructions d'une époque antérieure.
Nous tournons d'abord à g., en passant le long d'une barrière en bois et nous dirigeant vers la maisonnette blanche du gardien, pour arriver au stade (pl. 28), qui séparait les constructions de Septime-Sévère de l'ancien palais d'Auguste. (En face de nous, le cloître de St-Bonaventure , avec ses palmiers qui s'élèvent audessus des murs; à g., les murs blancs du couvent de la villa Mills.) Bien qu'aucun écrivain n'en fasse mention, il n'est pas douteux que ce lieu n'ait été un stade, c'est-à-dire une enceinte destinée aux courses. Il a exactement la longueur d'un stade •c-à-d. 625 pieds rom. ou 185 m. On reconnaît encore à l'extrémité 0. le but {meta; pl. 29), en forme de bassin, qui fut encore restauré du temps de Théodoric. La construction remonte à Domitien. Toute la place était environnée d'un portique composé de piliers en maçonnerie revêtus de marbre , avec demi-colonnes en saillie. Immédiatement en y entrant, nous voyons à g. les restes de ces piliers. Nous en rencontrons d'autres en avançant tout droit. Au milieu se rattachaient au portique trois pièces (pl. 30) du temps d'Adrien, couvertes plus tard par l'imposante abside d'une nouvelle construction. La troisième a conservé ses fresques (il est difficile d'en reconnaître
248 IV0 Rome antique. ROME.
Le Palatin.
les sujets) et une partie de son pavé en mosaïque. Dans la grande pièce du milieu, on voit facilement l'endroit où la voûte prenait naissance. Nous remarquons encore d'autres piliers du portique , plus loin , des deux côtés du chemin , et nous nous trouvons enfin devant toute la partie E. de la colonnade, à l'extrémité de la place. C'est ici surtout qu'on voit le mieux le revêtement en marbre de différentes couleurs des demi-colonnes. A dr. de la porte en bois , un escalier antique qui descendait au portique par un passage orné de peintures (pl. 31). — Nous dirigeant maintenant vers le S.-O., le long du mur de l'abside (pl. 32; on en remarquera la hauteur et la voûte à caissons), nous admirons la belle vue au S., traversons des ruines de peu d'élévation, passons en gardant la dr. sur un pont pavé, et arrivons à une plate-forme (pl. 33) au-dessus de trois étages, d'où nous jouissons d'un magnifique *panorama.
A TE. s'élèvent les ruines du Colisée, plus en avant, cinq arcades de VAqua Claudia (pl. 34) , qui approvisionnait d'eau le Palatin ; plus loin, vers le S., les églises de St-Jean-et-St-Paul et de Latran ; au premier plan, St-Grégoire -, au-dessus St-Etienne-le-Rond et le nouveau casino de la villa Mattei. Plus loin à dr., les ruines des thermes de Caracalla (derrière, à g., les deux tours de la porte St-Sébastien), Ste-Balbine, puis à l'O., les pierres blanches du cimetière juif sur l'emplacement du Cirque Maxime, qui occupait la vallée entre le Palatin et l'Aventin; au-dessus, la pyramide de Cestius ; dans la campagne, St -Paul -hors -les -Murs, ensuite l'Aventin avec ses trois églises, et enfin, terminant le panorama au N., le dôme de St-Pierre.
Repassant maintenant le pont, nous descendons à g. à la place (pl. 27) d'où nous sommes partis (les galeries et les appartements dans les ruines sont, pour la plupart, sans ornement et sans intérêt particulier), et nous continuons à descendre par l'escalier en bois et par le suivant, près de la maison de jardinier, et devant un potager, pour arriver à une suite de pièces qui se trouvent sur le versant 0. du Palatin, au-dessous de la tonnelle de la villa Mills. C'est le
Paedagogium (pl. 35). On appelait ainsi l'établissement où étaient élevés les esclaves des empereurs , ce qui nous rappelle en même temps l'éducation soignée que les grandes familles romaines faisaient donner à leurs domestiques. Un portique à colonnes de granit (l'une d'elles est encore debout) , dont l'entablement en marbre est maintenant supporté par des piliers en maçonnerie, s'élève devant les portes de ces salles. Les murs en sont couverts de griffonnages (graffiti), faits avec le style, instrument dont les anciens se servaient pour écrire. Ils se composent de caricatures, de noms et de phrases entières, fruits du caprice ou de l'espièglerie des élèves. C'est d'ici que provient la caricature du Crucifix qui se trouve au musée Kircher (p. 153). C'est aussi de ces graffiti que vient le nom donné aux ruines. L'une des inscriptions porte : Corinthus exit de pœdagogio.
Dans la troisième pièce, au mur de g. , on lit sous un dessin représentant un moulin mis en mouvement par un âne: labora aselle quomodo
Le Velabrum.
ROME. IV0 Rome antique. 249
ego laboravi, et proderit tibi. On y voit aussi la représentation d'un soldat romain. Au mur de derrière, nous remarquons encore, écrit en grosses lettres grecques et latines, le nom de Felici, etc. De chaque côté de la pièce en hémicycle du centre, avec une niche carrée, se trouve un petit espace tout à fait irrégulier, celui de dr. orné de peintures murales, dont Tune représente la Fortune.
Plus loin, dans la direction dans laquelle on est venu, en traversant une porte, on rencontre, au bout de 2 minutes (pl. 36)7 un autel en travertin avec inscription antique {sei deo, sel deivœ sacrum, etc.), qui était dédié au dieu inconnu. 60 pas plus loin se voit la portion la plus importante qui subsiste de l'ancien mur d'enceinte de la Roma quadrata. Ce sont des blocs de tuf sans mortier, aux assises de pierres placées alternativement en long et en large. La hauteur ne dépasse pas actuellement 4 m. 20 , mais elle était dans le principe environ le triple de ceci, ou de 12 à 15 m. A côté de ce pan de muraille se trouve une caverne qu'on suppose être le Lupercal (pl. 37), la grotte où se réfugia la louve lorsque les bergers la chassèrent d'auprès de Romulus et de Rémus. Un escalier conduisait de là au plateau de la colline, le point où il aboutissait est indiqué par un écriteau: supercilium scalarum Caci.
A 250 pas de là, nous passons dans le haut près de l'église St-Théodore (v. ci-dessous) , et plus loin, nous nous retrouvons à la porta Romana et au clivus Victoriœ (v. p. 243). Nous pouvons terminer notre excursion en montant à la terrasse près du casino du directeur, d'où I on jouit du plus beau *coup-d'œil sur les ruines, sur la ville, sur la campagne et sur les monts.
Le chemin qui monte à côté de l'arc de Titus, à la sortie à dr., conduit à l'église abbatiale de St-Se'bastien-alla-Polveriera (v. le plan) , dont l'abside est ornée de vieilles peintures murales regardées comme étant du vie s. On visite à cause de la vue le jardin du couvent de franciscains de St-Bonaventure, situé plus haut, et dont on voit les palmiers de fort loin.
Velabrum et Forum Boarium.
En passant du Forum le long du versant du Palatin et devant l'église Ste- Marie- Libératrice (pl. II, 20), qui occupe la place du temple de Vesta, et par la via S.-Teodoro, on atteint d'abord à g., au bas et un peu à l'écart, la vieille église
St-Théodore {S.-Teodoro; pl. II, 21), rotonde mentionnée en premier lieu sous St Grégoire le Grand, et probablement établie sur les fondements d'un temple antique. On voit à l'intérieur une vieille mosaïque chrétienne du vu6 s. Elle est visible le vendredi matin, jusqu'à 9 h. Fête patronale le 9 novembre.
Un peu plus loin, la rue se bifurque: à dr., on descend à l'ancien Velabrum, quartier qui se prolongeait par le vicus ïuscus jusqu'au Forum (p. 227), et par le Forum Boarium jusqu'au fleuve. On arrive d'abord à l'arc de Janus.
250 IV0 Rome antique. ROME.
Cloaque Maxime.
L'*arc de Janus Quadrifrons {are.o di Giano ; pl. II, 21), construction du Bas-Empire à ,, quatre fronts", fut bâti, à ce que l'on croit, en l'honneur de Constantin le Grand. Il était surmonté d'un second étage et servait peut-être de lieu de réunion pour les commerçants.
A sa dr. s'élève St-Georges-in-Velabro (S -Giorgio) y église fondée au ive s., reconstruite en 682 par Léon II et consacrée à St Georges et à St Sébastien. Elle a subi ensuite de nombreuses restaurations, et son portail date de l'une d'elles, comme le dit une inscription en vers (le nom de Velabrum a été tranformée au moyen âge en ,, vélum aureum"). L'intérieur a la forme d'une basilique à trois nefs, avec 16 colonnes antiques. Les fresques de Giotto (?) qui en décoraient jadis l'abside, ont été complètement repeintes. Cette église est rarement ouverte; on frappera à la porte à g., derrière l'arc des Orfèvres. Fête patronale le 20 janvier.
A côté de St-Georges est le petit arc des Orfèvres (arcus argentarius\ pl. II, 21,2), que les marchands du Forum Boarium érigèrent , au dire de l'inscription , en l'honneur de Septime- Sévère, de sa femme et de ses fils. Les sculptures , qui sont mauvaises, représentent des sacrifices et des instruments de sacrifice.
C'est là que commençait le Forum Boarium (marché aux bœufs), qui s'étendait jusqu'au Tibre. C'était une grande place sur laquelle régnait la plus grande animation.
En traversant les arches en briques vis-à-vis de l'arc des Orfèvres, nous passons devant un moulin et nous arrivons à la
*Cloaque Maxime {Cloaca Maxima, pl. II, 18), construite sous les Tarquins pour l'écoulement des eaux du Forum et du voisinage (p. 223). Cet égout est l'exemple le plus ancien de l'application du cintre à Rome; il a résisté à des milliers d'années. Il est maintenant aux deux tiers rempli de vase ; mais on a établi, afin d'accélérer l'écoulement, un bassin dans lequel on a détourné des sources. Au moulin (5 soldi), on voit la continuation de la Cloaque du côté du Forum, et au pont Rotto, son embouchure dans le Tibre. Elle est construite en pépérin avec des couches de travertin; son embouchure est tout entière en pépérin.
En suivant la rue au delà de l'arc de Janus, et en tournant ensuite à g., on arrive à la place Bocca-della-Verità, une partie de l'ancien Forum Boarium , qui est décorée d'une fontaine. Là s'élève, à g., au pied de l'Aventin, l'église de
*Ste-Marie-in-Cosmedin ou Bocca-della-Verità (pl. II, 18). Elle doit son second nom à une bouche de fontaine antique qui est placée dans le vestibule à g., et dans l'ouverture de laquelle les Romains auraient mis la main lorsqu'ils prêtaient serment. L'église occupe la place d'un temple antique, dont 10 colonnes sont enchâssées dans les murs (3 à g. , les autres dans le mur -antérieur) , et qui était probablement un temple de la Fortune,
Pont Iivtto.
ROME. IY° Rome antique. 251
dont la fondation est attribuée au roi Servius. La nef centrale a 20 colonnes antiques. Cette église, peut-être du ni6 s., fut reconstruite au vin6 par Adrien Ier (le beau campanile est de cette époque), et souvent restaurée depuis. Son surnom „in Cosmedin" lui vient d'une place de Constantinople ; car elle appartenait dans le principe à une corporation grecque, ce qui la fit appeler aussi S.-M. in Schola grœca.
A l'intérieur, on remarquera le pave', d'un bel appareil alexandrin. Dans la nef centrale se voient des restes du chœur du vme s. ; à dr. et à g., de beaux ambons et un candélabre pour le cierge pascal. Le baldaquin du maître autel est de Déodat (xine s.). Il y a un beau trône épiscopal de la même époque dans l'abside, et une Vierge très-ancienne. La sacristie renferme une mosaïque, l'Adoration des mages, que Jean VII fit faire en 706 pour St-Pierre. La vieille crypte a 4 colonnes en granit et 2 en marbre.
Pour la via délia Salara, se dirigeant vers le S., v. p. 252.
En face de l'église, au bord du Tibre, on remarque un petit *temple rond très-pittoresque, dit d' Hercule Victor (?), autrefois de Vesta. Ses 19 colonnes corinthiennes (il en manque une, du côté de la rivière) supportent un toit mesquin en bois, qui a remplacé l'entablement et le toit antiques. Il y a une chapelle de Ste-Marie-del-Sole.
A 80 pas de là, au N., se voit à dr. un second petit *temple bien conservé, nommé depuis 880 Ste-Marie-V Egyptienne (S.-Maria-Egiziaca). A en juger par le style, il date de la fin de la République. C'est un pseudopériptère ionique, qui avait 4 colonnes isolées au portique, aujourd'hui muré, 4 demi -colonnes décoratives à l'autre extrémité et 7 de chaque côté. L'édifice est construit en tuf, et en travertin aux endroits en saillie ou décorés, le tout avec un parement de stuc. On ne sait encore rien de précis sur sa destination ; on le donne ordinairement sans motif pour un temple de la Fortune virile. Il ne renferme rien de curieux.
De l'autre côté de la rue transversale s'élève la pittoresque ^maison de Crescentius (pl. II, 18, 3), nommée habituellement casa di Rienzi ou di Pilato, construction dans laquelle on a fait un singulier usage de fragments antiques. Il y a du côté de la via del Ricovero une longue inscription disant que Nicolas, fils de Crescens , le premier des premiers , a bâti cette maison s'élèvant jusqu'aux astres, non par vanité mais pour perpétuer la vieille gloire de Rome. Les Crescentius étaient les plus puissants de la noblesse romaine à la fin du xe s. La maison est la construction privée la plus ancienne qui nous reste du moyen âge, du xie ou peut-être seulement du xne s. Elle était autrefois plus considérable et elle commandait le pont voisin.
En cet endroit, le pont Rotto (pl. II , 18) conduit au Trastevere (p. 326). Quelques-uns prétendent que celui qui se trouvait ici dans l'antiquité était le pons Aïmilius, construit en 181 av. J.-C. Le pont fut souvent réparé, mais deux arches de la rive
252 I V° Borne antique. ROME.
Cirque Maxime.
g. s'effondrèrent en 1598 et ne furent plus rétablies, ce qui a fait donner son nem au pont moderne. C'est seulement en 1853 qu'on a jeté au-dessus un pont suspendu (1 soldo). Belle vue de ce pont, à dr., sur l'île du Tibre; à g., sur l'Aventin; en bas, sur l'embouchure de la Cloaque Maxime et sur les forts endiguements qui protègent le quai contre les envahissements du fleuve.
La via Boccà-della-Yerità , rue très-animée , conduit de la place du même nom à la place Montanara et au théâtre de Marcellus (p. 211).
Si en venant du Forum par la via di S.-Teodoro, on laisse à dr. l'arc de Janus (p. 250) , on arrive , dans la via de' Fenili , à l'église Ste-Anastasie (pl. II, 21) , mentionnée dès 499, souvent réparée, en dernier lieu dans le style du sièele passé. À l'intérieur se trouvent eneore des colonnes antiques contre les piliers. Dans le bas-côté de gauche, le tombeau du cardinal Angelo Mai. Sous l'église, des constructions dépendant du Cirque Maxime, et des restes de murs de la Roraa quadrata.
La via de' Cerchi s'étend entre le Palatin et l'Aventin, où s'élevait autrefois le Cirque Maxime , comme l'indique le nom de la rue. Créé sous les rois, agrandi par César et garni par lui de gradins de pierre,' il fut de plus en plus embelli par les empereurs. Il pouvait contenir 260,000 spectateurs du temps de Pline et jusqu'à 385,000 après avoir été agrandi. Totila y donna les dernières courses en 549, à une époque où la ville était déjà ravagée. Au milieu s'étendait un mur longitudinal (spina) qui reliait les bornes (metse) et limitait la lice pour les courses de chars. Les murs de ce cirque ont entièrement disparu, à l'exception de quelques restes insignifiants; sa forme est cependant encore reconnaissable de quelques endroits plus élevés, par exemple du haut du Palatin. Il renferme, au pied *de l'Aventin, le cimetière des Juifs.
L'Aventin.
Mont Testaccio. St-Paul-hors-les-Murs.
L'Aventin (46 m.), le quartier principal du bas peuple (plebs) dans les premiers temps de Rome, toujours très-habité dans la suite, est aujourd'hui entièrement désert et occupé seulement par des vignes et des couvents. Au pied se trouve la porte St- Paul, par où l'on va à la célèbre basilique de ce nom. A côté sont la pyramide de Cestius, le cimetière protestant et le mont Testaccio, l'énigme constante des savants. La rue principale longe le fleuve au pied de la colline; d'autres rues escarpées passent sur la colline.
La rue principale, la via délia Salara, part de la place Bocca-della-Verità (p. 250), se dirigeant vers le S. Immédiatement à g. , près de Ste-Marie-in-Cosmedin , se détache le chemin qui conduit à S.-Prisca (v. p. 256). 2 min. plus loin, près de la petite chapelle Ste-Anne, un second chemin menant aux trois églises, mentionnées p. 254, 255.
La via délia Salara court entre des murs et des maisons sans intérêt, et arrive au Tibre sous le nom de via délia Marra o r a t a. (pl. II, 18),. à 6 min. de la place Bocca-della-Verità.
Pyramide de Cestius. ROME. IV0 Rome antique. 253
Ensuite elle longe le Tibre pendant environ 2 min. ; on a une jolie échappée de vue à dr. sur le pont Rotto et le Capitole. Le grand édifice au delà de la rivière est l'hospice St -Michel (p. 329) ; en avant , le petit port où s'amarrent les bateaux à vapeur pour Ostie et Porto. Vient ensuite
La Marmorata (pl. III, 18), débarcadère et entrepôt du marbre brut de Carrare, dont de gros blocs gisent çà et là. Depuis 1867, on a fait en aval, au bord du fleuve, des fouilles qui ont mis à découvert Vemporium ou quai antique.
En suivant durant 8 min. le chemin de piétons au bord de l'eau, on arrive à deux rampes en maçonnerie avec des plates-formes obliques pour descendre et hisser les fardeaux; on y voit encore des anneaux qui servaient à amarrer les navires au quai. Dans le voisinage, on a trouvé un grand nombre de blocs antiques de marbre bruts ou simplement dégrossis, dont quelques uns d'espèces rares et d'une grande valeur. Beaucoup d'entre eux portent encore la marque de la carrière, des numéros d'ordre, des adresses et d'autres inscriptions.
De la Marmorata, la route passe de nouveau entre des murs et sous un arc en briques. Au bout de 6 min., on arrive, à g., au débouché du chemin qui vient des trois églises de l'Aventin (v. p. 255). Nous passons ensuite à dr. par une grande t grille, qui ouvre sur une prairie, les prati del Popolo Eomano ; nous prenons à g. et nous arrivons en quelques minutes à la pyramide de Cestius , à l'ancien , puis au nouveau cimetière protestant (pl. III, 16). Il est ouvert de 7 h. du matin à 4 h. 1/2 du soir (50 c). C'est un espace calme, s'étendant en pente le long du mur de la ville, à l'ombre de cyprès, qui offre de jolis points de vue et qui contient les tombeaux d'une foule d'étrangers, Russes, Anglais, Américains, Allemands, etc., morts à ,Rome.
La *pyramide de Cestius (pl. III, 16), primitivement située sur la via Ostiensis, fut comprise par Aurélien dans l'enceinte de la ville. Elle recouvre le tombeau de Caius Cestius, qui mourut quelques années avant la naissance de J.-C. Les Romains choisissaient souvent pour leurs tombeaux la forme de la pyramide égyptienne; celle de Cestius est en briques revêtues de marbre, haute de 37 m. et large de 30 de chaque coté.
L'inscription principale, qui se trouve sur les faces E. et O. du monument ("C. Cestius L. F. Pob. Epulo; Pr. Tr. Pl. VII vir Epulonum"), rapporte que le défunt fut préteur, tribun du peuple et membre du collège pontifical des Septemviri Epulonum , qui avaient à organiser les grands îestins sacrificatoires. L'autre inscription, qu'on voit plus bas sur la face occidentale, dit que ce monument fut érigé en 330 jours, sous la surveillance de L. Pontius Mêla et de l'affranchi Pothus. — Alexandre VII fit dégager en 1663 cette pyramide , qui était en grande partie ensevelie, et l'on trouva à cette occasion, outre les deux colonnes de marbre blanc, le pied de bronze colossal qui est actuellement dans la galerie de's bronzes du palais des Conservateurs (p. 218), et qui paraît avoir appartenu, d'après l'inscription du piédestal, à une statue colossale de C. Cestius. — La chambre sépul craie n'était primitivement accessible qu'au moyen d'échelles; e'est Alexandre VII qui a fait pratiquer -l'entrée actuelle: le gardien du cimetière protestant en a la clef. Cette chambre est longue de 6 m., haute de 5 et large de 4; sa voûte en berceau porte des traces de peinture. *
254 IV0 Rome antique. ROME.
Mont Testaccio.
Nous traversons la prairie pour aller au *mont Testaccio (pl. III, 13), monticule isolé de 50 m. de haut, non loin du Tibre. Il se compose en entier de tessons et de pots cassés, comme l'indique son nom, mais nul n'a encore trouvé quand et comment il s'est formé. Le peuple croit qu'on cassait en cet endroit les vases dans lesquels les nations subjuguées apportaient leurs tributs ; des savants ont supposé que c'est ici que se trouvait le quartier habité par les potiers , ou bien qu'on y avait amassé ces débris en vue de certaines constructions, ou encore qu'on y avait amené, dans le même but, des débris plus anciens des autres parties de la ville. On a aussi essayé de voir dans cette curieuse colline quelque relation avec l'incendie de Néron, et avec les entrepôts qui se trouvaient près de l'ancien port du Tibre (p. 253). Ce qui est certain, c'est qu'elle existait avant le mur d'Aurélien; les empreintes de briques trouvées dans les décombres remontent aux premiers siècles de l'ère chrétienne. Aujourd'hui, on y a établi des caves et des carabets, où une foule joyeuse se livre à ses ébats les dimanches et les jours de fête (p. 107 et 116). — Le sommet, où se trouve une croix de bois, offre un **panorama splendide:
Au N., la ville; derrière elle, les montagnes du cratère de Baccano, le Soracte isole' avec ses cinq pointes ; les montagnes de la Sabine à TE. ; au fond, l'énorme Leonessa; plus près, le mont Gennaro avec Monticelli à ses pieds; plus loin à dr., Tivoli. Derrière cette chaîne, l'œil découvre les cimes du mont Velino, au-dessus du lac Fucin. Au S. de Tivoli, on aperçoit Palestrina. A côté d'un renfoncement de terrain, au-dessus duquel se montrent quelques-unes des montagnes Volsques, apparaissent les monts Albains; sur leur élévation E., Colonna; puis Frascati; plus haut, Rocca-di-Papa, le mont Cavo avec son couvent; plus bas, Marino, et enfin, à dr., Castel-Gandolfo. Au milieu de la Campagne, vers le S., se détachent les longues suites d'arcades de l'Aqua Claudia et de l'Aqua Felice, les tombeaux de la voie Appienne, et celui de Cœcilia Metella.
Le second chemin qui monte à g. de la via Salara, 2 min. au S. de la place Bocca-di-Verità (v. p. 252), conduit aux trois églises de l'Aventin, qui se trouvent à côté l'une de l'autre immédiatement au-dessus de la route et du fleuve. La visite s'en fera bien en allant à St-Paul-hors-les-Murs ou en revenant (v. p. 256).
*Ste-Sabine (pl. III, 18), construite en 425, sous Célestin Ier, par un prêtre illyrien du nom de Pierre, restaurée aux xme, xve et xvie s., appartient aux dominicains depuis Innocent III. On y entre ordinairement par la porte latérale; si elle est fermée, sonner à la porte à g. ; on passera par le couvent, et l'on arrivera à l'ancien portail, aujourd'hui muré, et au portail principal. On y voit de belles portes en bois sculpté, dont les panneaux, représentant des scènes bibliques, sont probablement du ve siècle. L'intérieur, avec ses 24 colonnes corinthiennes antiques, en marbre de Paros, et sa charpente à découVert, a parfaitement conservé le caractère des anciennes basiliques. Un
L'Aventin.
ROME. IV0 Rome antique. 255
temple antique s'élevait probablement jadis à la même place. Fête patronale le 29 août.
A l'entrée, au-dessus de la porte, une vieille *mosaïque et une inscription avec le nom du constructeur; à g., la figure de l'Eglise des circoncis (juifs convertis); à dr. , celle de l'Eglise des gentils (païens convertis). Au milieu de la grande nef, sur le sol, le tombeau de Munio da Zamora, général des dominicains (m. 1300), avec une mosaïque. Au bout du bas-côté de dr., dans la chapelle St-Dominique: la -Vierge au rosaire et St Dominique, tableau de Sassoferrato, chef-d'œuvre de ce maître. Les autres peintures, de Zuccheri, etc., sont de peu d'importance.
Le couvent voisin a un beau cloître comptant 130 colonnettes. Dans le jardin, on jouit d'une belle *vue sur Rome, avec le Tibre au premier plan.
St-Alexis {S.-Alessio ; pl. III, 18) est une église très-ancienne, avec un parvis. On ignore la date de sa fondation, mais on sait qu'elle fut consacrée de nouveau en 1217 par Honorius III, après qu'on eut retrouvé le corps du saint. En 1426, elle devint la propriété de la congrégation de St- Jérôme. Aujourd'hui, il y a dans le couvent voisin une institution de sourds-muets (instituto de' ciechi). On entre de la rue dans la première cour, où l'on sonne à g. quand l'église est fermée (50 c).
L'intérieur a été entièrement modernisé en 1750 et de nos jours. Dans le bas-côté de g. , un puits et un escalier de bois provenant de la maison paternelle du saint, qui occupait l'emplacement où s'élève aujourd'hui l'église. Dans le chœur, près du trône épiscopal, deux petites colonnes incrustées de mosaïque, restes d'un ouvrage à 19 colonnes exécuté par Jacques Cosmas, comme le dit l'inscription.
On arrive ensuite à une petite place, où le chemin tourne à g. pour se diriger vers la porte St-Paul (v. plus bas). Sur cette place se voit à dr., n° 5, une porte verte; le *trou de la serrure est célèbre : en y appliquant l'œil, on découvre St-Pierre au bout de l'allée principale du jardin. Sonner à cette porte (25 à 50 c.) pour demander à voir l'église de
Ste-Marie-Aventina ou del Priorato (pl. III, 18). Elle est d'origine très-ancienne, mais elle a été restaurée sous Pie V et transformée telle qu'elle est aujourd'hui en 1765, par Piranesi.
A dr.^ de l'entrée, on remarque un sarcophage antique sur lequel le défunt (tête inachevée) est représenté entre Minerve et les Muses, et où fut enseveli plus tard l'evêque Spinelli. En outre, une statue de Piranesi, des tombeaux de différents chevaliers de Malte, des Caraffa, Caracciolo, Seripando, du xves.
Du jardin du prieuré de l'ordre de Malte à côté de l'église; on a une vue pittoresque sur le fleuve et sur la ville.
Le chemin de la porte St-Paul mentionné ci-dessus débouche plus loin, au bout de 10 min., dans la route principale décrite p. 253, juste en face de la grille par où passe le chemin menant au cimetière protestant et au mont Testaccio.
Le premier chemin qui se détache à g. de la via délia Salara (p. 252) , immédiatement derrière Ste-Marie-in-Cosmedin , passe
256 IY° Borne antique, ROME.
L'Aventin.
(prendre à dr. à la première bifurcation) sur la croupe de l'Aventin et retombe dans la route principale près de la porte St-Paul. Au bout de 10 min. , on est à l'église ordinairement fermée de Ste-Prisca (pl. III, 21), de fondation très-ancienne, mais entièrement modernisée au xvne s. Les vieilles colonnes sont encastrées dans les murs. Cet édifice est peut-être construit sur l'emplacement du temple de Diane de la confédération duLatium, bâti par Servius Tullius.
Dans la vigne Maccarani (pl. III, 17), qui s'étend en face de cette église, on a découvert sur le flanc de l'Aventin un pan du mur de Servius Tullius, de 30 m. de long sur 10 de haut (traverser la vigne tout droit jusqu'au bout, puis à g., en suivant le chemin principal). Cette enceinte se compose de gros blocs de tuf, placés sans mortier par assises longitudinales et transversales; l'arcade qu'on y remarque est de date beaucoup plus récente. Yers la fin de la République, le mur était hors de service et entièrement couvert par d'autres édifices, comme le prouvent ses ruines. On en découvre un second pan dans la vigne au delà du chemin, au-dessous de Ste-Sabas.
Au-dessous de Ste-Prisca, vers la porte, un chemin qui monte à Ste-Sabas (pl. III, 28), église très-ancienne, mais presque totalement reconstruite en 1465. Sous le porche, à g., un sarcophage antique, où sont représentés un mariage et Junon Pronuba. A l'intérieur, 14 colonnes en granit et en marbre, avec des chapiteaux mutilés. Les murs de la nef centrale portent des vestiges de peinture. Cette église est le plus facilement visible le jeudi après-midi. Fête patronale le 6 décembre.
A une demi-heure de la porte St-Paul (pl. III, 16), l'ancienne forte d'Ostie, s'élève la fameuse basilique de St-Paul-horsles-Murs. A peu près au milieu du chemin, d'ailleurs peu attrayant, une petite chapelle, à g., désigne l'endroit où St Pierre et St Paul se firent leurs adieux en marchant à la mort. — Omnibus toutes les demi-heures, l'après-midi, de la place S.-Mariain-Campitelli (p. 209; pl. II, 17): prix, 30 c. Fiacre, 1 1. 50 à 2 1. pour la course simple. — - Voir aussi la carte, p. 336.
*St-Paul-hors-les-Murs (S.-Paolo-fitori-le-Mura) , édifié en 388, par Yalentinien II et Théodose, à la place d'une petite église construite par Constantin, restauré et embelli par un grand nombre de papes, surtout par Léon III, était avant le grand incendie de la nuit du 15 au 16 juillet 1823, la plus belle et la plus intéressante des églises de Rome. C'était une basilique à cinq nefs, sans voûte, avec 80 colonnes en pavonazzetto et en marbre de Paros, supportant une architrave décorée des portraits des papes. Elle avait des mosaïques et des fresques anciennes,
St-Paul-hors-les-Murs. ROME. IV 0 Rome antique. 257
et elle renfermait dans sa Confession le tombeau de St Paul, qui fut enterré, d'après la légende, par une pieuse dame appelée Lucine, dans une terre qui lui appartenait. La façade, du côté du Tibre, était précédée d'une cour entourée d'arcades, et un portique la reliait, au commencement du moyen âge, avec la ville.
Bientôt après l'incendie, Léon XII en entrepit la reconstruction, que dirigea d'abord Belli, puis Poletti. Grégoire XVI consacra le transept en 1840, Pie IX toute l'église en 1854. Le plan et les dimensions sont comme dans l'ancien édifice, mais la brillante décoration et diverses autres choses par lesquelles celui d'aujourd'hui en diffère, font qu'au lieu d'une basilique dans le style simple et majestueux des premiers temps du christianisme, ce n'est plus qu'une construction moderne somptueuse et peu satisfaisante sous bien des rapports. La grande façade est comme autrefois du côté du Tibre. Elle est décorée de mosaïques terminées en 1875, les unes représentant J.-C, St Pierre et St Paul, d'autres des sujets symboliques et les quatre grands prophètes. Ces mosaïques , d'après Fil. Agricola et Consoni, ont été faites dans les ateliers pontificaux. La moitié inférieure de la façade, avec son atrium, n'est pas encore terminée.
L'entrée actuelle est, ou à l'opposé, du côté de la rue, à l'E., ou par le portique du côté du N. : nous préférons la première, derrière le campanile. — Dans la salle où l'on arrive d'abord, on remarque une statue colossale de Grégoire XVI, quelques fresques sauvées de l'incendie et de vieilles mosaïques. A g. se trouve la sacristie, renfermant quelques bonnes toiles. Au-dessus de la porte, la Flagellation du Christ, par Signorelli (?) ; à dr. , la Vierge avec St Benoît , St Paul , St Pierre et Ste Justine; puis 4 figures isolées des mêmes saints. — En sortant de la salle ci-dessus, on entre tout droit dans quelques chapelles décorées de fresques en partie anciennes, mais fortement repeintes. Dans la deuxième à dr., l'entrée de l'église; dans la dernière à g., l'entrée du cloître (v. plus bas) ; à dr., encore une entrée de l'église. On se trouve d'abord dans le transept; nous commencerons néanmoins par visiter la nef majeure.
L'intérieur, qui mesure 120 m. de long, 60 m. de large et 23 m. de haut, et qui a cinq nefs avec un transept et 80 colonnes de granit du Simplon, présente déjà un aspect imposant par ses dimensions, et la richesse des matériaux employés rehausse encore cet aspect, dont on jouit le mieux du commencement de la nef majeure, en se mettant un peu sur le côté.
Au lieu de laisser voir la charpente du toit ou d'avoir un plafond uni comme dans les vieilles basiliques chrétiennes , cette nef a un riche plafond à caissons. Les 2 colonnes jaunâtres en albâtre d'Orient, près de l'entrée, et les 4 du baldaquin du maître autel, sont un cadeau du vice-roi d'Egypte à Grégoire XVI, et les bases en malachite ont été données par l'empereur Nicolas de Russie. Au-dessus des colonnes des trois nefs centrales et dans le transept, on voit une longue série de médaillons en mosaïque, portraits de tous les papes, hauts chacun de 1 m. 50. Entre les fenêtres de la nef centrale, en haut, l'Histoire de St Paul, par Gagliardi, Podesti, Consoni, Balbi, etc. Les fenêtres des bascotés sont ornées de vitraux peints (Apôtres et Pères de l'Eglise, leurs noms dans l'auréole). A côté de l'escalier du transept, les statues co-
Bsedeker. Italie, II. 5« édition. 17
258 IV0 Borne antique. ROME.
St-Pa ul-hors-les- Murs.
lossales de St Pierre et de St Paul. La * Confession a un riche pavé en marbre rouge et vert, provenant de carrières antiques retrouvées en Grèce.
Sur l'arc de triomphe, des mosaïques du ve siècle , exécutées par ordre de Galla Placidia, sœur d'Honorius et d'Arcadius : le Christ et les 24 anciens de l'Apocalypse. Du côté du transept, au milieu, le Christ; à g., St Paul$ à dr., St Pierre. — Sous l'arc s'élève le maître autel avec le * baldaquin VArnolfo del Cambio, qui construisit la cathédrale de Florence, et de Pietro son camarade, de 1285. — Dans l'abside, des mosaïques du commencement du xme siècle: au milieu, le Christ; à ses pieds, le pape Honorius III; à g., St Luc et St Paul; à dr., St Pierre et St André; au-dessous, les 12 apôtres et 2 anges. En bas, le trône épiscopal moderne. Dans le bras gauche du transept, lre chap., di S. -Stefan o, avec la statue de St Etienne par Rinaldi, et 2 tableaux: Lapidation de St Etienne, par Podesti ; le Grand conseil, par Coghetti. 2e chap., del Crocefisso, une mosaïque devant laquelle St Ignace de Loyola et ses compagnons prononcèrent les vœux de l'ordre qu'ils venaient de fonder, le 22 avril 1541. — La lrechap. à dr. de l'abside, la chap., del Coro, dessinée par Maderna , fut épargnée par l'incendie. 2e ch a p. , di S.-Benedetto, une statue de St-Benoît, par Tenerani. — Sur les murs latéraux du transept, à g., un autel avec la Conversion de St Paul par Camuccini^ et les statues de St Komuald, par Stocchi; de St Grégoire, par Laboureur. A dr., un autel avec le Couronnement de la Vierge, par Podesti^ et les statues de St Benoît et de Ste Thérèse, par Baini et Tenerani. Enfin un cierge pascal du xiie s.
J% couvent de l'église appartient depuis 1442 aux bénédictins. Il a un beau *clo ît r e du xme s. (entrée, v. p. 257; clef à la sacristie; 50 c), renfermant beaucoup d'inscriptions anciennes et de la première époque du christianisme, qui proviennent des catacombes , et quelques fragments antiques et du moyen âge, entre autres un grand sarcophage avec l'Histoire d'Apollon et de Marsyas. On obtient très-difficilement de voir la célèbre Bible carlovingienne avec des miniatures du ixe s. , mais il est plus facile de se faire montrer les inscriptions, ainsi que les portraits en buste des premiers papes , peints au viie s. , et les anciennes portes de bronze de l'église, du xie s. Le couvent même était très-riche, mais sa situation est insalubre au point qu'il est inhabitable en été. Les principales fêtes de l'église ont lieu le 26 janv., le 30 juin et le 28 déc.
En face de l'église se trouve une mauvaise osteria; mais celles qui sont environ 10 min. plus loin, sur la route, sont très-fréquentées , et d'un caractère tout à fait romain.
Via délie Sette-Chiese et abbadia délie Tre-Fontane, v. p. 340.
La voie Appienne à l'intérieur de la ville.
Thermes de Caracalla. Tombeau des Scipions. Colombaires.
Partant de l'arc de Constantin (pl. II, 24; p. 236), nous suivons la via S.-Gregorio au S., entre le Palatin et le Célius. A dr. se voient les deux beaux palmiers du couvent de St-Bonaventure (p. 249), ainsi que l'arcade de l'Aqua Claudia (p. 248). Au bout de 5 min., nous atteignons à g. St-Grégoire (p. 262) ; puis nous voyons à dr. la via de' Cerchi (p. 252). Nous suivons toujours la via S.-Gregorio. Non loin de l'endroit où elle tombe dans la via di Porta-S.-Sebastiano (pl. III, 24, 26), qui se dirige au S.-E. , se trouvait anciennement la porte de Capoue (porta Capena), d'où partait la voie Appienne. Nous prenons à g. la via di Porta-S.-Sebastiano.
Au bout de 5 min., à l'extrémité de l'allée qui longe la rue, un chemin monte à dr., sur le flanc de l'Aventin, à Ste-Balbine (pl. III, 13), église
Thermes de Caracalla. ROME. IVe Borne antique. 259
qui occupe peut-être l'emplacement d'un ancien temple et qui fut consacrée par Grégoire le Grand 5 elle est modernisée et à peu près dépourvue d'ornements. On y voit cependant un bas-relief de Mino da Fiesole, le Crucifîment, et un tombeau de Jean Cosmas (sonner à la porte à dr. de l'église). Le bâtiment voisin est depuis quelques années une maison de correction pour de jeunes détenus. Très-beau panorama du haut de la vieille tour, où il n'est pas toujours permis de monter. — On a aussi en retournant à la via di Porta S.-Sebastiano une jolie vue sur le Palatin, en face sur le Célius , avec la villa Mattei et St-Etienne-le-Rond.
Après avoir marché 10 min. dans la via di Porta-S.-Sebastiano, on découvre à g. la villa Mattei (p. 263), où conduit aussi la via délie Mole-di-S.-Sisto, qui se détache à g. On franchit plus loin la Marrana, petit ruisseau aux eaux troubles, et l'on arrive immédiatement, à dr. , à la via Antonina , qui conduit aux thermes de Caracalla (15 min. de l'arc de Constantin).
Les *thermes de Caracalla {thermœ Antoninianœ ; pl. III, 23) sont visibles tous les jours de 9 h. du matin jusqu'au coucher du soleil; entrée, 1 1. dans la semaine, gratuite le dimanche. — Ces thermes furent commencés en 212 par Caracalla, agrandis par Héliogabale et achevés par Alexandre-Sévère; ils pouvaient contenir 1600 baigneurs. Leur somptuosité était merveilleuse; on y a trouvé une foule de statues , entre autres le taureau Farnèse, l'Hercule et la Flore de Naples; des mosaïques , etc., et ce qui en reste, malgré la nudité des murs et le toit effondré, fait encore preuve de la perfection de l'édifice. Les thermes proprement dits mesurent 220 m. de longueur sur 114 de largeur; ils étaient entourés d'un mur d'enceinte avec des portiques, d'un stade,, etc. ; le tout formait un carré de 330 m. de côté. La destination particulière des différentes salles n'est plus reconnaissable; nous n'en citons que les principales.
On entre tout droit dans une grande pièce oblongue, autrefois entourée de colonnes (péristyle) , où l'on remarque quelques débris de pavé en mosaïque. En appuyant à g. , on arrive à une grande salle qui paraît avoir été la salle froide (frigidarium). Elle touche à un second péristyle, correspondant au premier. Les places où étaient autrefois les colonnes ont été laissées à découvert dans le nouveau planché. Tout autour se voient, comme dans les autres salles, des fragments d'architecture et de sculpture, des restes du vieux pavé en mosaïque, etc. On passe de là dans la salle tiède (tepidarium) . A g. se trouve l'étuve (caldarium) , grande salle circulaire dont la voûte s'est écroulée. Là , un petit escalier près du mur permet d'embrasser d'un coup d'œil l'ensemble de tout l'établissement : le stade se trouvait juste en face. D'autres restes des thermes sont disséminés dans les vignes adjacentes.
Nous retournons à la via di Porta-S.-Sebastiano , que nous continuons de suivre. A g., une pépinière. Puis, à dr., l'église
St-Nérée-et-St-Achillée {SS.-Nereo-ed-Achilleo ; pl. III, 26), fondée de très-bonne heure à la place d'un ancien temple d'Isis, reconstruite vers l'an 800 par Léon III , et de nouveau presque en entier par le cardinal Baronius à la fin du xvie s. Elle est quelquefois ouverte le matin. Fête patronale le 12 mai.
L'intérieur a la forme d'une ancienne basilique. Au bout de la nef centrale, à g., un ambon que l'on dit très-ancien, apporté ici de St-Syl-
260 IV0 Rome antique. ROME. Voie Appienne à Vin-
vestre-in-Capite; vis-à-vis, un candélabre de marbre pour le cierge pascal, du xve siècle. Au-dessus de l'arc de l'abside, des fragments d'une mosaïque du temps de Léon III: la Transfiguration, le Christ entre Moïse et Elie et en avant, des Apôtres agenouillés ; à dr. , l'Annonciation; à g., la Vierge.
L'église St- Sixte (S.-Sisto) située en face, restaurée par Benoît XIII, n'offre rien d'intéressant. Le couvent fut donné à St-Dominique par Honorius III. — A g., la via délia Ferratella, qui mène à la place St-Jean-de-Latran (p. 269) ; à l'entrée même de cette rue, on remarque un ancien sanctuaire de dieux lares.
Plus loin, à dr., St-Césarée {S.-Cesareo ; pl. III, 26), petite église très-singulière, déjà mentionnée par Grégoire le Grand; elle fut reconstruite en dernier lieu par Clément VIII. Elle est ouverte les dimanches et les jours de fête, le matin.
Au milieu de l'église antérieure se trouvent deux autels de la fin du xvie siècle; à l'extrémité, à g., l'ancienne chaire ornée de sculptures: le Christ sous la forme de l'Agneau, les symboles des apôtres, et des sphynx. Vis-à-vis, un candélabre moderne avec une base antique. La balustrade incrustée du chœur et les ornements du maître autel sont du moyen âge. Dans l'abside, un vieux trône épiscopal.
La place devant l'église est ornée d'une colonne antique, D'ici part à g. l'antique voie Latine, qui traversait la vallée du Sacco et aboutissait à Capoue.
L'ancienne porte Latine (pl. III, 28), à 5 min. de St-Césarée est fermée depuis 1808. Avant d'y arriver, on voit à g., derrière l'ancien couvent, l'église St - Jean - devant -la- Porte - Latine (S. - Griovanni-a - Porta - Latina ; pl. III, 29), construite en 1190 par Célestin III, restaurée en 1566, en 1633 et surtout en 1686 par le cardinal Rasponi , et qui ne renferme rien de curieux, sauf 14 colonnes antiques, 4 au portail et 10 à l'intérieur.
Plus près de la porte, à dr., une chapelle octogone du xvie s., St-Jean-in-Oleo^ construite à la place où St Jean l'Evangéliste fut jeté dans l'huile bouillante sans ressentir aucun mal, le 6 mai de Pan 95, ce qui fit que Domitien lui laissa la vie sauve et se contenta de le reléguer dans l'île de Patmos.
Dans la vigne voisine (n° 1 ; le gardien de l'église en a la clef), on voit à g. un colombaire (v. plus bas) intéressant par ses décorations peintes et ses stucs. C'est le tombeau des affranchis & Octavie. On descend un escalier en partie moderne, et l'on est devant une niche revêtue de stuc, sous laquelle se trouve une caisse funéraire ornée de coquillages et de mosaïques. Le tombeau est voûté; il y a à dr. une abside avec des peintures représentant des ceps de vigne et des Victoires. On y remarque, ainsi que le long du mur, des urnes funéraires en forme de temples, avec des inscriptions, etc.
De la vigne, on a une belle vue sur la ville. On peut traverser cette vigne pour se rendre à la via di Porta-S.-Sebastiano. A la sortie se trouve le tombeau des Scipions.
Plus loin dans la via di Porta-S.-Sebastiano, on voit à g., près d'un cyprès, au n° 13 (l'ancienne vigne Sassi) , le célèbre tombeau des Scipions (pl. III, 25, 28), retrouvé en 1780. Il ne vaut pas la peine d'être visité; il faut de la lumière et l'on donne 50 c. à 1 1. Il n'y a plus qu'une imitation de l'ancien sarcophage en pépérin, que Pie YII fit transférer au Vatican (p. 306) avec les fragments des autres. Le sarcophage renfermait les restes de L. Cornélius Scipio Barbatus, consul en 298 av. J.-C, le premier de cette famille illustre qui y fut enterré. Le Vénitien
térieur de la ville.
ROME. IV0 Rome antique. 261
Quirini, plein de respect pour le héros de l'ancienne République, fit transporter à Padoue ses ossements encore parfaitement bien conservés. Les autres personnes inhumées en cet endroit étaient le fils de Scipion, consul en 259, plusieurs membres plus jeunes de la famille, le poète Ennius, et des personnes d'autres familles ainsi que des affranchis. Le tombeau se trouvait primitivement au-dessus du sol , le seuil en était élevé , et l'intérieur reposait sur des murs bruts taillés dans le tuf. Il a probablement été déjà endommagé , ou du moins changé , sous les empereurs, lorsqu'on y enterra des affranchis; différentes restaurations y ont aussi été faites de nos jours , de sorte qu'il est difficile de se faire une idée de ce que le tombeau était dans le principe.
Dans la vigne Codini, contiguë à la précédente, au n° 14, on peut voir trois *colombaires très-bien conservés (1 1.).
Ce sont des se'pultures pouvant recevoir un grand nombre d'urnes cinéraires , et tirant leur nom de leur ressemblance avec des colombiers. D'après ce qu'on en sait jusqu'à présent, leur construction remonte au temps de l'empire romain. Ces tombeaux étaient construits par plusieurs personnes en commun, ou bien par spéculation, et les différentes places en étaient aliénées par voie de succession, de donation ou de vente. Le nom de chaque mort y est inscrit sur une plaque de marbre au-dessus de la niche (loculus), souvent avec une notice sur la manière dont il acquit cette sépulture. Chaque niche contient 2, plus rarement 4 vases (ollœ) , et elle était fermée par une plaque qui manque ordinairement. La décoration variait suivant les moyens du défunt.
Deux de ces édifices se ressemblent beaucoup ; un escalier escarpé descend au fond du caveau carré , soutenu par un pilier central, et les murs et le pilier ont des niches. Le plus grand contient 600 urnes. L'entrée du troisième colombaire, découvert en 1853, est ordinairement refusée, cependant on peut encore se le faire ouvrir avec un supplément de pourboire. Il se compose de trois galeries voûtées, dont les niches renferment de petits monuments funéraires en forme de sarcophages , etc. Les couloirs sombres tout autour servaient de sépulture aux esclaves.
Immédiatement avant la porte St-Sébastien, à 25 min. de l'arc de Constantin , s'élève un monument fort dégradé , qui est sans doute l'arc de Drusus, érigé l'an 8 av. J.-C. en l'honneur de Claudius Drusus Germanicus. Il se compose de blocs de travertin en partie revêtus de marbre, et il a encore deux colonnes de marbre du côté tourné vers la porte. Il se terminait par un fronton avant que Caracalla y eut fait passer l'aqueduc qui alimentait ses thermes , et dont les débris ne contribuent pas précisément à relever l'aspect du monument.
Les blocs de marbre de la porte St-Sébastien (pl. III, 28), jadis la porte Appienne , semblent provenir d'édifices antiques. Cette porte a des tours et des créneaux du moyen âge.
Pour la voie Appienne , en dehors de la ville, v. p. 341; les catacombes de St-Calixte, à 25 min. de la porte, p. 334.
262 IY° Borne antique. ROME.
Le Célius.
Cette colline (50 m.), autrefois très-peuplée, est aujourd'hui tout aussi déserte que le Palatin et l'Aventin.
En allant de l'arc de Constantin (pl. II, 24; p. 236) par la via S.-Gregorio (v. p. 258) , ou par les promenades publiques qui s'étendent à g. de celle-ci, on arrive à la place du même nom, où l'on monte par un haut perron à
St-Grégoire {S.-Gregorio-al- Monte- Celio ; pl. III, 24), église originairement construite par St Grégoire, en 575, sur l'emplacement de la maison de son père, en l'honneur de St André, consacrée plus tard par Grégoire II sous le vocable actuel, et restaurée en 1633 par le cardinal Borghèse , qui rit construire le perron, le portique, le parvis et la façade par Jean- Baptiste Soria. La reconstruction de cette église commença en 1725. Fête patronale le 12 mars.
Le parvis, avec des pilastres, etc., d'ordre ionique, renferme près de l'entrée, à g., le tombeau des Guidiccioni, de 1643, avec des sculptures du xve s.; à dr. , le "tombeau des deux frères Bonsi, de la fin du xve s.
L'intérieur compte 16 colonnes antiques. Sur le maître autel, St André, tableau de Balestra. Au bout du bas -côté de droite, S t Grégoire, tableau de S. Badalocchi (?). Le -gradin au-dessous, l'Archange St Michel avec les apôtres et d'autres saints, est attribué à Luca Signorelli. A dr., on voit une petite chambre, seul reste de la maison de St Grégoire, avec un beau "fauteuil en marbre antique et des reliques du saint. Vis-à-vis, dans le bas-côté de gauche, se trouve la chap. Salviati. Devant l'autel, à dr., une Madone miraculeuse, qui parla, dit-on, à St Grégoire; à g. , un -ciborium (baldaquin) du xve s. avec des dorures mal restaurées.
On se fait conduire de là x^ar le sacristain (50 c.) aux trois - chapelles isolées de l'église, reliées par un portique, où l'on voit un pan du mur de Servius en partie recouvert de restes de mur moins anciens. A dr., la chap. de Ste Sylvie, mère de St Grégoire, avec sa statue par Cordieri. Au-dessus, dans la voûte de la niche, une fresque du Guide , trèsendommagée. — Au milieu, la chap. St-André. Sur l'autel , la Vierge avec St André et St Grégoire, peints à l'huile sur le mur, par Roncalli. A dr., du Dominiquin, le Martyre de St André (il y en a une copie au palais deLatran; v. p. 276); à g., du *Guide, St André, marchant au supplice et apercevant la croix. Ces deux tableaux ont joui d'une grande célébrité. — A g., la chap. Ste-Barbe, avec la statue assise de St Grégoire, commencée, dit-on, par Michel-Ange, et achevée par Cordieri. Au milieu, une table de marbre avec des pieds antiques, sur laquelle St Grégoire donnait à manger tous les jours à douze pauvres. La légende dit qu'un jour un ange apparut au milieu d'eux et fut le treizième convive du saint.
Nous montons d'ici au N., entre des restes de murs antiques, à St-Jean-et-St-Paul (SS.-Giovanni-e-Paolo ; pl. 11,24), église connue dès le Ve s. Le portail , la mosaïque du pavé et l'architecture de l'abside sont du xne s. L'intérieur est peu intéressant. On y montre une dalle de marbre, entourée d'une grille, sur laquelle les deux saints auraient été décapités, sous Julien l'Apostat; leur maison était en cet endroit.
Le couvent voisin appartient à Tordre de la Passion. Il s'élève sur de grandes voûtes antiques, qui ne sont qu'en partie déblayées et dont la destination primitive n'est pas encore suf-
Le Ceïius.
ROME. IV0 Rome antique. 283
flsamment expliquée. Les hommes peuvent entrer par la porte supérieure du couvent dans le *jardin, d'où l'on a une belle vue sur le Palatin, le Oolisée, le palais de Latran, St-Etienne-le-Rond, etc. (50 c.) : monter la rampe à g. en venant de l'église.
La grille de l'autre côté de la rue est rentrée de la villa Mattei (pl. II et III, 24), fondée en 1582 et autrefois l'une des plus belles de Rome {villa Cœlimontana). Elle renferme peu d'antiquités, mais elle a un beau jardin et elle offre de belles vues. On obtient de la visiter, à partir de midi, en remettant sa carte.
Nous continuons à monter par la rue bordée de murs jusqu'à Varc des consuls Dolabella et Silanus (pl. III, 27), érigé l'an 10 apr. J.-C, et qui était probablement un passage sous un aqueduc; il est construit en travertin.
Non loin de là à dr. , n° 8, le portail d'un hôpital maintenant détruit, qui dépendait autrefois de la petite église S.-Tornmaso-in-Formis, située par derrière (pl. III, 24). L'intéressante mosaïque au-dessus de la porte représente Jésus entre un esclave chrétien et un nègre, allusion à l'ordre de la Trinité fondé en 1198 pour le rachat des captifs. D'après une inscription, ^lle a été exécutée au xine s. par deux maîtres de la famille Cosmas.
A g., on peut descendre au Colisée (v. p. 234). — A dr. s'étend la place délia Navicella (pl. III, 27), ombragée de deux rangées d'arbres, et tirant son nom d'une nacelle de marbre que Léon X fit exécuter d'après un modèle antique qui se trouvait jadis sous le portique de l'église.
Ste - Marie - in - Domnica ou della-Navicella, une des plus anciennes églises diaconales de Rome, a été construite en 817 par Pascal Ier, et c'est à cette époque que remontent les colonnes de la nef principale et l'abside; le portail fut, dit-on, élevé d'après les indications de Raphaël, sous Léon X. Cette église est fermée toute l'année, excepté le 2e dimanche de carême.
La nef centrale a 18 belles colonnes de granit et une frise peinte en grisaille par Jules Romain et Périn del Vaga , mais repeinte plus tard ; elle présente des génies et des lions dans des arabesques. L'arcade de l'abside est supportée par deux colonnes de porphyre-, les mosaïques sont du ixe s., mais elles ont été fortement restaurées sous Clément XI ; au-dessus de l'arcade, le Christ entre deux anges et les apôtres, en bas, deux saints ^ à la voûte, la Vierge avec l'enfant Jésus bénissant, des anges à ses côtés, Pascal ier iuj baisant le pied, le tout sur un tapis de fleurs.
En face s'élève St-Etienne-le-Rond. On n'y entre toutefois pas de la place, mais il faut suivre à g. la via di S. -Ste fa no et passer par une porte verte, la première à dr. ; on sonne sous le portique de l'église, aussi à dr.
St-Etienne-le-Rond (S. - Stefano - Rotondo ; pl. III, 27), d'une construction très -intéressante, est la plus grande église en rotonde de Rome , bien qu'elle ait été considérablement rapetissée. Elle a été bâtie au ve s. par Simplice, et riche-
264 1Y° Borne antique. HOME. St-Etienne-le-Iiond.
ment décorée de marbres et de mosaïques dans le cours des siècles suivants. Entièrement ruinée ensuite, elle fut reconstruite par Nicolas Y. Dans l'édifice primitif, dont le diamètre était de 65 m., le mur d'enceinte actuel formait la colonnade du milieu, et il y avait un autre mur plus bas à 10 m. de là, a^vec des pilastres qu'on voit encore autour de l'église. De cette façon, l'édifice avait trois enceintes circulaires que traversaient les quatre bras d'une croix grecque. Nicolas V supprima le mur extérieur et boucha les intervalles de la colonnade du milieu, excepté à l'endroit des quelques chapelles en saillie. La couverture se compose d'un toit en bois brut. L'ancienne entrée était à l'E. Le portail actuel remonte à Nicolas Y; on y voit, à dr. , le siège épiscopal antique sur lequel St Grégoire le Grand tint une de ses homélies. Fête patronale le 26 décembre.
A l'intérieur, près de l'entrée, à g., une niche d'autel décorée de mosaïques du viie siècle; plus loin, à g., une chapelle renfermant (à g.) un tombeau remarquable du commencement du xvie s. Les 56 colonnes sont en granit, à l'exception de quelques-unes en marbre. Les murs latéraux sont couverts d'horribles scènes de martyres, peintes par Tempesta et Pomarancio et fortement restaurées. Au milieu s'élève un baldaquin en bois. La coupole repose sur 2 hautes colonnes de granit et 2 piliers.
En continuant à suivre la rue S.-Stefano, on passe devant des masses considérables de murailles d'un aqueduc antique, et l'on arrive en 5 min. à la place St-Jean-de-Latran (p. 269).
St-Clément. Basilique et musée de Latran.
Trois rues vont du Colisée (pl. II, 24; p. 234) vers le S.-E. : à g., la via Labicana, conduisant aux thermes de Titus (p. 237) ; à dr., la via de' SS.-Quattro-Coronati, allant à l'église du même nom (p. 268), et débouchant près du palais de Latran dans la rue suivante; au milieu, la via di S. - Gi o vanni-in-Laterano , longue de 12 min., et aboutissant à la place de Latran et à la porte St-Jean. En prenant cette dernière rue, on arrive, en 5 min., à une petite place où s'élève, à gauche,
*St-Clément (pl. II, 27). Une entrée latérale, du côté de la rue, est ordinairement ouverte; sinon, il faut sonner à la porte principale sous le portail. C'est la basilique de Rome la mieux conservée dans sa forme primitive, et elle est encore plus intéressante depuis les fouilles que le prieur Mullooly y a faites dans ces derniers temps, avec autant de zèle que de succès. Ces fouilles ont mis à jour sous l'église trois sortes de constructions différentes, d'abord des premiers temps du christianisme, puis de l'empire romain et enfin de la république. La vieille basilique chrétienne, l'église basse actuelle, est déjà mentionnée par St Jérôme en 392. Un concile y fut tenu en 417. Elle fut presque complètement détruite lors de l'entrée de Robert Guiscard, en 1084, et Pascal II construisit sur ses débris l'église actuelle, en 1108, en y employant une partie des matériaux de l'ancien édifice,
St- Clément.
ROME. IY° Borne antique. 265
par exemple pour le chœur et les ambons. Cette nouvelle église a été aussi plusieurs fois restaurée, en dernier lieu par Clément XI, et non sans goût, bien qu'on lui ait donné alors le disgracieux plafond de la nef centrale. D'après la tradition, St Clément fut le troisième successeur de St Pierre et souffrit le martyre sur le bord de la mer Noire, et la légende dit que sa maison était à l'endroit où se trouve l'église, qui a un cardinal pour titulaire et qui appartient à des dominicains irlandais.
De la porte principale, via di S. -Clémente, on entre d'abord dans un parvis entouré d'un péristyle et pavé en marbres jaune et vert antiques. L'*église supérieure est à trois nefs , sans transept, comme toutes les véritables basiliques.
La nef centrale, au plafond supporté par des colonnes antiques, contient les ''clôtures du chœur et les ambons provenant de l'ancienne église, sur lesquels on voit le monogramme de Jean VII (s'adresser au sacristain). Le baldaquin, avec ses 4 colonnes en pavonazzetto , date de l'époque de Pascal II. — Dans l'abside, un ancien trône épiscopal, de 1108. Les mosaïques de cette abside sont du xiie s. Sur l'arcade du milieu: le Christ, avec les symboles des 4 évangélistes ; à g., St Paul et St Laurent; au-dessous, Isaïe; au-dessous de celui-ci, la ville de Bethléem; à dr., St Pierre et St Clément; au-dessous, Jérémie; au-dessous de celui-ci, Jérusalem. A la voûte : le Christ en croix, avec la Vierge et St Jean, au milieu de guirlandes ; en bas, les 13 agneaux. Sur le mur de l'abside, le Christ et les apôtres, restaurés par la peinture. — Le long des murs, sur les côtés, des tombeaux de la fin du xve s. Dans la chapelle au bout du bas-côté de dr. , une statue de St Jean-Baptiste , par Simone, frère de Donatello. — A g. de l'entrée principale, la chapelle de la Passion, décorée de - fresques du commencement du xve s., malheureusement repeintes. Vasari les attribue à Masaccio , qui ne pouvait avoir alors que dix-sept ans; par suite de nouvelles recherches, des critiques pensent qu'elles sont plutôt de son maître, Masolino da Panicale. Sur l'arcade au-dessus de l'entrée, l'Annonciation. A g. de l'entrée, St Christophe. Sur le mur derrière l'autel, le Crucifiement. A g., l'Histoire de Ste Catherine. En haut, la sainte refusant d'adorer les faux dieux, la même instruisant dans la prison les filles du roi; en bas, sa *dispute avec les docteurs devant Maxence, un ange brisant les roues destinées à son supplice, sa décollation. Les peintures du côté des fenêtres , très-détériorées , représentaient probablement l'histoire de St Clément.
Comme il est dit p. 264 et comme le montrent la coupe et le plan suivants , il y a sous l'église actuelle des constructions ou restes de constructions d'époques antérieures. D'abord, en commençant par le bas (I sur le plan et le profil), deux murs formant angle droit et construits avec de gros blocs de tuf tirés du Célius même. Les pierres paraissent mieux taillées et mieux arrangées que dans le mur de Servius, d'où il résulte qu'on ne saurait en faire remonter la construction au delà du temps de la république. Au-dessus et à côté de ces murs sont des restes de murs du temps de l'empire, du IIe s. de notre ère (plan et profil, II; v. aussi p. 268). Sur ces espèces de fondements fut bâtie à partir du ive s. la basiliqiie chrétienne , 1'*église souterraine actuelle, dont l'autel était à l'endroit désigné par ,,au sur le profil. Elle était de dimensions bien plus considérables que celle qu'on éleva plus tard, l'église haute; sa nef majeure était aussi
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St- Clément.
large que la nef majeure et un bas côté de l'autre (v. le plan), et l'ancienne abside était naturellement aussi plus large que celle
St- Clément.
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du haut. En construisant la seconde église, on a comblé celle du bas. Les deux basiliques n'ont jamais servi autrefois simultanément; c'est seulement depuis une vingtaine d'années que la première est déblayée. On peut toujours la visiter en s'aitressant au sacristain, qui procure aussi de la lumière (1 1. de pourb). Mais si l'on veut avoir une idée exacte de ce vénérable monument de l'art chrétien primitif, défiguré par tant d'additions , il faut visiter l'église dans l'après-midi du 23 nov., du 1er févr. ou du deuxième lundi de carême, où l'église inférieure est complètement illuminée. L'entrée est dans la sacristie (bas-côté de droite), où sont suspendues des copies des fresques de l'église souterraine et des plans comparés des deux églises.
Un large escalier en marbre (inscriptions du temps du pape St Damase aux murailles) descend au vestibule dans lequel donnent les trois nefs de l'église basse. Les deux nefs latérales seules sont restées intactes dans leur architecture, celle du milieu a subi des modifications à 3 différentes époques, la dernière fois lors des fouilles , pour soutenir l'église supérieure. On reconnaît les travaux récents au badigeon blanc. Ceux de la deuxième époque, faits lors de la construction de l'église supérieure, ont consisté à remplir les intervalles entre les colonnes du bas-côté de dr. et à élever le long mur de dr. , sur lequel reposent les arcades de dr. d'en haut. Enfin les plus anciens de ces travaux remontent au temps où l'église souterraine servait encore, et où l'on a entouré de maçonnerie quelques-unes des colonnes du côté g. Toute la basilique était ornée de fresques, dont une partie sont encore très-bien conservées. 16 colonnes antiques en granit et en marbre supportaient le plafond : 7 d'entre elles sont encore à leur place dans le bas-côté de dr., celles de g. sont en partie comprises dans les piliers.
Les *fresques datent de différentes époques , dans un espace de 7 siècles. Nous commencerons par le
Vestibule. Près de l'escalier, à g., une tête de femme avec auréole, du ve s. , selon de Rossi. — Plus loin, à g., sous le premier cintre, le " Christ bénissant à la manière grecque, avec l'index, le médius et le petit doigt, entre les archanges Michel et Gabriel, et St Clément (à dr.) : devant lui sont agenouillés St Cyrille et St Méthode (ixe ou xe s.). Ces figures, ainsi que les suivantes , sont accompagnées de leurs noms. — En face, à dr. , un Enfant retrouvé par sa mère à l'autel de St Clément , après avoir été englouti dans la mer et rejeté à la côte au bout d'un an. Audessous , la Famille du donateur groupée autour du médaillon représentant St Clément. A dr. , l'inscription votive: Ego Beno de Rapiza , pro amore Dei et beati démentis^ pingere feci (xie s.). — Plus loin, à dr. , la Translation des reliques de St Cyrille, du Vatican à St Clément, sous le pontificat de St Nicolas , avec l'inscription : Ego Maria Macellaria , pro timoré Dei et remedio animœ meœ , hœc pingere feci. — Au bout du vestibule, à dr. , l'entrée du
Bas-côté de g. Dans ce bas -côté, au-dessus de la porte, trois fresques fortement endommagées, où l'on reconnaît, au milieu, la résurrection d'un enfant. Parmi celles de l'extrémité de cette nef, on distingue, au coin à g. , au mur de derrière, St Cyrille devant l'empereur Michel; au mur de côté, un jeune homme baptisé par St Méthode (xe s.). Nous passons maintenant, par l'arcade du mur de dr., dans la
Nef majeure. Immédiatement à g., une *fresque composée de trois parties superposées , celle d'en haut représentant l'intronisation de St Clément, à moitié détruite, celle du milieu St Clément officiant; à dr., Théodora convertie au christianisme et son mari Sisinius puni de cécité; à g., les figures, plus petites, du donateur Beno et de sa femme; au-dessous, l'inscription votive. La fresque du bas représente Sisinius faisant lier une colonne au lieu de St Clément (xies.). Les deux faces latérales de ce pi-
268 IV0 Borne antique. ROME. SS.- Quattro- Cor onati.
lier sont également ornées de fresques (à g., St Antoine , Daniel dans la fosse aux lions ; à dr., St Gilles et St Biaise), mais les murs des entrecolonnements empêchent de les bien voir. — Plus loin, du côté du vestibule, au mur même de celui-ci, une seconde -fresque plus grande, en trois parties. En haut (à moitié détruite) : le Christ entre St Michel et St Clément à g., Gabriel et St Nicolas à dr. Au milieu: 3 scènes de la vie de St Alexis , représentées à côté les unes des autres , comme sur les sarcophages romains: 10, St Alexis revient incognito à Rome, en ermite; 2o, le pape St Boniface Ier le bénit à sa mort; 30, sa fiancée le reconnaît après sa mort. Au-dessous, des ornements avec des fleurs et des oiseaux. A l'extrémité de ce mur, trois scènes de la vie du Christ. A côté, sur le mur du vestibule, à dr., le Crucifiement; à g., l'Assomption; au-dessus , le Christ porté par 4 anges ; aux coins, St Vit (dr.), St Léon IV (g.), avec l'inscription: S. Dom. Léo IV P. P. ito., et avec une auréole carrée comme on en donnait aux vivants (ixe s.).
Les fresques du mur extérieur delà nef de dr. sont presque complètement détruites. Dans la niche de cette muraille, la Vierge et l'enfant Jésus. En haut, sur l'arcade, le Christ (sans barbe); sur les côtés, des anges et des saints.
Sous l'abside se trouvent les restes de construction du temps de l'empire (noirs et II sur notre plan); ils sont en brique. Des trois espaces qui se touchent, le premier est décoré d'ornements en stuc, le suivant est un atrium et l'autre un sanctuaire de Mithras, dans lequel, chose singulière , on a trouvé une statue du Bon pasteur. Ces espaces, qui viennent d'être découverts , sont humides et en partie sous l'eau. L'escalier qui y conduit est à l'extrémité de la nef latérale de droite.
Une courte ruelle en face de la porte latérale de St-Clément, conduit à la via de' Quattro-Coronati, où se trouve (entrée par l'hospice des orphelins) l'église
SS.-Quattro-Coronati (pl. II, 27), dédiée à St Sévère, St Séverin, St Carpophore et StVictorin, qui souffrirent le martyre sous Dioclétien. On y vénère aussi quatre sculpteurs également martyrisés parce qu'ils refusèrent de faire des idoles païennes; c'est pourquoi les tailleurs de pierre (scarpellini) ont ici une chapelle. La fondation de l'église remonte à une époque trèsreculée, et ses murs reposent sans doute sur des fondements antiques. Elle fut reconstruite par Pascal II en 1111, après sa destruction sous Robert Guiscard, puis réparée, sous Martin Y, par le cardinal Alphonse Carillo, et plus tard en partie modernisée. Fête patronale Je 8 nov. S'adresser pour la clef dans le première parvis, à dr. (50 c).
Elle est actuellement précédée de deux parvis, parce qu'elle a été considérablement rapetissée, probablement dans la reconstruction sous Paseal II, de là le second parvis, qui était compris tout entier dans la première église. La largeur primitive est indiquée par les vieilles colonnes dans les murs du même parvis. C'est aussi par cette reconstruction sur un autre plan que s'explique la grandeur disproportionnée de Tabside. Sous les arcades devant le deuxième parvis se trouve, à dr., la chapelle St-Sylvestre , consacrée en 1246, sous Innocent IV, et décorée d'anciennes peintures du style byzantin, plus intéressantes qu'agréables à l'œil, représentant des scènes de l'histoire de Constantin, etc.
L'intérieur de l'église est divisé en 3 nefs, avec des galeries. L'abside a des fresques baroques de Giovanni da S. -Giovanni.
Le couvent de religieuses attenant renferme un établissement d'éducation pour les orphelins.
Place St-Jean-de-Latran. ROME. IV0 Rome antique. 269
Plus loin dans la via di S. -Giovanni, à dr. , la villa Cam- <pana, dont les antiques sont maintenant à Paris et à St-Pétersbourg. On arrive ensuite à la grande et silencieuse
Place St-Jean-de-Latran {piazza di S.-Giovanni-in-Laterano ; pl. II, 30). Elle doit sa physionomie aux constructions de Sixte-Quint. A dr., un grand hôpital pour femmes, pouvant recevoir environ 600 malades , et rattaché à la clinique d'accouchement de la Sapience. A g. débouche la via Merulana (p. 186). De l'autre côté de la place, le baptistère octogone de St-Jean (v. p. 272), et la façade du transept de dr. de St-Jeande-Latran; en avant, le palais avec le musée.
Le centre de la place est décoré d'un obélisque en granit rouge, que le roi Thutmosis III (1599-1560 av. J.-C.) avait érigé devant le temple du Soleil à Thèbes , dans la haute Egypte, et que l'empereur Constance avait transporté au Cirque Maxime, en 357. Il fut retrouvé à cet endroit brisé en trois morceaux et placé ici par Sixte-Quint en 1588. C'est le plus grand qui existe; il mesure 32 m. de hauteur (il a fallu en scier 1 m. dans le bas lors de la restauration) ou 47 m. avec le piédestal, et il pèse 1,300,000 livres romaines (plus de 440,000 kilogr.) — La grille à g., vis-à-vis du côté N. du palais, est l'entrée de la villa Massimo (p. 276).
Plus loin, à l'E. de la place, se trouve l'édifice qui renferme la Scala-Santa, le Saint Escalier du palais de Pilate à Jérusalem, qui fut, dit-on, monté par J.-C. Il se compose de 28 degrés de marbre, qui ont été apportés à Rome en 326 par l'impératrice Hélène. Il n'est permis d'y monter qu'à genoux et on les a recouverts de bois pour les ménager. Deux escaliers sur les côtés servent à redescendre. Il y a dans le bas deux groupes en marbre , le Christ et Judas , et le Christ devant Ponce Pilate, par Giacometti. — Dans le haut est la chapelle Sancta-Sanctorum, la vieille chapelle particulière des papes et la seule partie qui subsiste de l'ancien palais de Latran. Elle a été construite en 1278, sous Nicolas III, par l'un des Cosmas, et elle contient un grand nombre de reliques, une image du Christ en mosaïque dans le style du IXe s. et une autre sur bois attribuée à St Luc ; mais on n'est pas admis à la visiter. — Le porche de cet édifice du côté de la place est de Sixte-Quint.
En prenant par l'angle à g., on va à la villa Wolkonsky (p. 277).
A l'E. de la place dont il vient d'être question, s'étend la place de la Porte-St-Jean (pl. II, 33), sur laquelle donne la façade de St-Jean-de-Latran. Devant l'église et à dr. , près du mur de la ville , on a une vue charmante sur les montagnes et la Campagne.
En venant de la Scala-Santa, on voit à g. la voûte d'une abside, désignée ordinairement sous le nom de Triclinium de Léon III, parce qu'elle est un reste de la principale salle à manger de l'ancien
270 IV0 Rome antique. ROME. St-Jean-de-Latran.
palais de Latran. Elle fut réédifiée en cet endroit par Benoît XIV. et elle est décorée de copies de ses anciennes mosaïques, qui dataient de la fin du vme s. et qui rappelaient l'alliance des pouvoirs spirituel et temporel conclue par Charlemagne : au milieu, J.-C. après sa résurrection, entouré de ses disciples; à g., Jésus sur un trône donnant les clefs du ciel au pape St Sylvestre et le Labarum à Constantin; à dr. , St Pierre remettant l'étole papale à St Léon III et un étendard à Charlemagne. St Léon et Charlemagne ont l'auréole carrée, comme on en donnait aux vivants. Les mosaïques originales ont péri sous Clément XII , et les copies ont été faites d'après de vieux dessins. — Une allée conduit d'ici en 5 min. à Ste-Croix-de-Jérusalem (p. 185).
La porte St-Jean, qui tire son nom de l'église, est de 1574; elle remplace l'ancienne porta Asinaria (un peu plus loin, à dr.), qui est bouchée. — Excursion dans la Campagne, v. p. 346.
*St-Jean-de-Latran {S.-Giovanni-in-Laterano, pl. III, 30 ; v. le plan ci-joint), 'la mère et la première des églises" (omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput) , fut à partir de Constantin le Gr. la principale église de Rome. L'empereur donna au pape Sylvestre le grand palais qui avait appartenu à la riche famille des Laterani, et en fit une église qui porta pour cela le nom de basilica Constantiniana , qui fut aussi appelée basilica S.-Salvatoris et Aula Bel , comme une seconde Sion , et qui fut dotée peu à peu des plus grandes indulgences. Elle s'écroula par suite d'un tremblement de terre en 896, et fut reconstruite par Sergius III (904-911). Consumée en 1308 par un incendie, elle fut rétablie par Clément V et décorée de peintures par Giotto. Un second incendie la détruisit en 1369. Elle fut de nouveau restaurée sous Martin Y (1430) , Eugène IV et Alexandre VI, et enfin complètement modernisée depuis Pie IV (1560), qui y fit faire de grands changements par Borromini (1650), et ajouter la façade par Galilei (1734). Cinq conciles importants ont été tenus dans cette église, en 1123, 1139, 1179, 1215 et 1512.
La façade, d'Alessandro Galilei, avec un portique surmonté d'une loge , est la plus belle de ce genre qu'on rencontre à Rome. Le pape y donnait sa bénédiction le jour de l'Ascension.
Sous le portique on voit à g. une statue antique de Constantin le Grand (pl. 1), trouvée dans les thermes de cet empereur. L'église a 5 entrées, dont celle de dr., la porte sainte, est murée et ne s'ouvre que l'année du jubilé; celle du milieu (pl. 3) a deux portes antiques en bronze, avec des guirlandes et d'autres ornements. Ce portique est profond de 10m., sur 60 de large; l'église, longue de 130m.
L'intérieur est divisé en cinq nefs. La nef centrale a 12 piliers construits par Borromini pour renforcer les anciennes colonnes qu'ils renferment. Dans les niches, des statues colossales des 12 apôtres, de l'école du Bernin; au-dessus, des bas-reliefs d'Algardi; en haut, des médaillons peints représentant 12 prophètes. Le plafond, dessiné selon quelques-uns (F après Michel-Ange , est probablement de Giacomo délia Porta. Le pavé richement incrusté est du temps de Martin V. A l'extrémité de la nef centrale, à dr. et à g. , les deux seules colonnes antiques, en granit, qui
BASILICA S.GIO\^AN]VI us LATERANO
MUSEO liATERANEXSE .