C. Bibliothèque
Visible les mêmes jours et aux mêmes heures que le musée des statues. On y entre (pl. h) du musée Chiaramonti, par la grille qui sépare celui-ci de la galerie Lapidaire (50 c. à 1 1.).
Les papes commencèrent de bonne heure à recueillir et à conserver des documents, et formèrent ainsi peu à peu les archives, qui se trouvent mentionnées pour la première fois sous Damase Ier, et qui étaient conservées au palais de Latran. Après avoir subi bien des pertes, surtout par la translation du St-Siége à Avignon, et après avoir changé plusieurs fois de local, elles furent enfin établies au Vatican, où elles occupent 11 pièces à côté de la grande salle de la bibliothèque. Au-dessus de la porte se trouve l'inscription : Paulli Papœ V. Archivium. Ces archives renferment une foule de documents du plus haut intérêt et de la plus grande importance, surtout sur le moyen âge: les Régestes des papes, tous leurs brefs depuis Innocent III jusqu'à Sixte- Quint, en 2,016 volumes, et la correspondance avec les nonces et les cours étrangères.
Outre cette collection les papes avaient leur bibliothèque privée , jusqu'à Nicolas V, qui fonda une bibliothèque publique de 9,000 volumes, dont Jean Tortelli fut le conservateur.
Les successeurs de Nicolas négligèrent et disséminèrent cette bibliothèque, et ce ne fut que Sixte IV qui lui assigna de nouveau un local sous la chapelle Sixtine, en confia la conservation à Plaiina (1475), et lui accorda des revenus fixes. Ainsi assurée, elle se développa constamment, et son local devint de plus en plus insuffisant, jusqu'à ce que Sixte-Quint fit construire en 1588, par Dominique Fontana, le magnifique édifice actuel, qui partage en deux la grande cour de Bramante. La collection, constamment agrandie, fut ensuite augmentée par des donations et l'achat de plusieurs grandes bibliothèques, qui sont en partie conservées sous des numéros à part. En 1623, l'électeur Maximilien de Bavière donna au pape la bibliothèque Palatine , prise à Heidelberg; en 1657, vint s'y ajouter la bibliothèque oVTJrbin, fondée par le duc Federigo da Montefeltro; en 1690, la bibliothèque Alexandrin e, qui avait appartenu à la reine Christine de Suède, et en 1746, la bibliothèque Ottobonienne , achetée par Alexandre VIII (Ottobuoni). 843 manuscrits emportés à Paris en 1797, ont été rendus en 1814 (38 à Heidelberg).
La bibliothèque du Vatican possède aujourd'hui près de 24,000 manuscrits, dont environ 17,400 en latin, 3,450 en grec, et 2,000 en langues orientales. Il existe un catalogue imprimé de ces derniers (Rome, 1756-1759), avec une suite par A. Mai. On y trouve en outre plus de 50,000 vol. imprimés, dont une partie seulement, de la bibliothèque du cardinal Mai, est cataloguée et peut être mise à la disposition des lecteurs. La bibliothèque est placée sous la direction d'un cardinal-bibliothécaire, actuellement le cardinal Pitra, qui est suppléé par Mgr Martinucci et le P. Bollich. Les autres employés sont 7 scrit-
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Le Vatican.
tori et quelques scopatori. L'usage de la bibliothèque est trèsrestreint par suite d'une quantité de jours de fête et du petit nombre des heures d'étude; on ne peut y travailler qu'environ 100 jours depuis la mi-novembre jusqu'à la mi-juin, et seulement 3 heures par jour (de 8 h. à 11 h.)- Pour en obtenir l'autorisation, recourir à l'intermédiaire de l'ambassade ou à la recommandation d'une personne connue, en indiquant l'objet dont on désire s'occuper.
On entre d'abord dans une antichambre, où se trouvent des rouleaux de papyrus encadrés, et une copie des deux colonnes du Triopium d'Hérode Atticus sur la voie Appienne, avec une inscription imitée en caractères attiques primitifs : les originaux sont à Naples. On voit aussi dans cette salle et dans la suivante les portraits des cardinaux-bibliothécaires. — On entre de là dans la grande salle à six piliers, construite par Fontana. Elle est longue de 70 m. 80, large de 15 m. 60 et haute de 9 m. ; elle a été décorée par Pie IX d'un pavé en marbre. Les peintures, du xviie s., sont trop hautes en couleur et assez médiocres. Le long des murs et des piliers , 46 armoires basses , sur lesquelles se trouvent des vases antiques la plupart sans importance, renferment les manuscrits, dont quelques-uns des plus célèbres sont exposés dans deux vitrines de la partie de droite. Dans la lre, les célèbres manuscrits du Nouveau Testament grec, du ve siècle; de Virgile, aussi du ve siècle; de Térence, le Bembinus, du ive siècle; puis des autographes de Pétrarque et du Tasse. Dans la 2e, le célèbre palimpseste de la République de Cicéron; un Dante illustré de miniatures par Giulio Clovio-, le rituel du cardinal Ottoboni; le bréviaire du roi Mathias Corvin, etc. Entre les piliers se trouvent exposés des cadeaux offerts aux papes: un vase en malachite, donné par l'empereur Nicolas de Russie à Grégoire XVI ; les fonts en porcelaine de Sèvres qui servirent au baptême du prince impérial, envoyés par Napoléon III à Pie IX; un vase en granit d'Ecosse, don fait au cardinal Antonelli par le duc de Northumberland ; deux vases en porcelaine de Berlin, envoyés à Pie IX par le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse; un vase en porcelaine de Sèvres, présent de Charles X de France; une croix en malachite, du prince Demidoff. Derrière la grille , deux candélabres offerts par Napoléon Ier à Pie VII. La porte au bout de la salle, à dr., est celle des archives. — Au delà de cette salle, à dr. et à g., s'étendent deux vastes corridors parallèles à la galerie Lapidaire et au musée Chiaramonti. On vous conduit ordinairement d'abord à g. Les deux premières salles renferment les manuscrits latins de la bibliothèque Palatine et de celle d'TJrbin. Dans la lre, au-dessus de l'entrée, l'Intérieur de l'église des Sts-Apôtres; au-dessus de la sortie, l'Intérieur de l'ancienne basilique de St-Pierre. Dans la 2e, au-dessus de l'entrée, l'Erection de l'obélisque du Vatican par Fontana (v. p. 280); au-dessus de la sortie, St-Pierre, d'après le plan de Michel- Ange. Dans la troisième salle: des manuscrits du xve s. et des manuscrits orientaux. Des deux côtés de la sortie, deux statues antiques: à g., le Rhéteur Aristide; à dr., Lysias. — Nous entrons ensuite dans le
Musée des antiquit és chrétiennes. Ire salle. Objets tirés des catacombes: lampes, verres, flacons, camées, statuettes , peintures, devantures d'autels, croix, etc.; les objets les plus intéressants sont conservés sous verre. A dr., dans la lre armoire, quelques beaux diptyques et triptyques en ivoire: remarquer surtout le premier à gauche. — La IIe S., ou stanza de1 Papiri, décorée par Raphaël Mengs, renferme des écrits et des chartes sur papyrus, du ve au vine s., trouvés à Ravenne. — IIIe S. Dans les vitrines, un grand nombre de petits tableaux des xme, xive et xve s., malheureusement très-mal éclairés. Au mur de la sortie à dr., un calendrier russe en forme de croix, avec des miniatures, du xvne s. A côté, à dr., une grande croix en cristal de roche, sur laquelle se trouve gravée la Passion, par Valerio Vicenlino. don de Pie^X. — On entre ensuite à dr., dans la
Le Vatican.
KOME. V° Quart, de la rive dr. 317
Salle des peintures antiques. Sur le sol, des mosaïques antiques. Au mur de dr. : Phèdre et Seylla; au-dessus, Ulysse chez Circé; puis , lps * Noces Aldobrandines , une des compositions antiques les plus belles et les mieux conservées, trouvée à Rome en 1606; à côté, à g., un Guerrier vêtu d'une cuirasse, trouvé à Ostie en 1868; au-dessus, Ulysse chez les Lestrygons; à g., près de la porte de sortie, un Vaisseau que l'on est occupé de charger, trouvé à Ostie en 1867. Au mur de g.: ":Canace et une inconnue ; au-dessus, Ulysse aux enfers ; des Amours sur des chars; à g., un Vaisseau transporté sur une voiture; à dr., le Cortège d'un sacrifice devant la statue d'Artémis (Diane), trouvés l'un et l'autre à Ostie, en 1868; au-dessus, les Espions d'Ulysse chez les Lestrygons. Au petit mur, Myrrha et Pasiphaé. Parmi ces ouvrages , les six figures mythologiques , représentant des femmes rendues célèbres par un amour malheureux , proviennent de Torre di Marancio ; les scènes tirées de l'Odyssée ont été trouvées à Rome sur l'Esquilin.
Le cabinet voisin contient une collection d'empreintes de briques antiques. — Nous revenons ensuite à la 3e salle, où nous remarquons, près de la fenêtre à dr., des objets orientaux en or et en argent, donnés à Pie IX par l'empereur de Siam , et la photographie de ce prince. La porte donne accès à l'ancienne chapelle de Pie V, avec des fresques de Giorgio Vasari, un prie-dieu sculpté de Pie IX, une c o 1 1 ee t i o n de médailles (n'est pas visible), dont une partie considérable a été volée en 1797 et en 1849, etle portrait de Pie IX, sur verre, fait à Aix-la-Chapelle.
On se fait conduire de là aux appartements Borgia (pl. 5), où sont les livres imprimés. Après avoir traversé quelques pièces sans décoration, on atteint les '-salles peintes par le Pinturicchio, des plus remarquables en ce genre. Les sujets de ces peintures sont les uns allégoriques (lre salle, les Arts et les Sciences), les autres relatifs à J.-C. et aux saints. Dans l'avant-dernière pièce, le modèle d'une grande église de l'Immaculée Conception, par Neveu, architecte français. La dernière grande salle est décorée de peintures et d'ornements en stuc de Jean dPVdine et de Périn del Vaga , maintenant presque totalement gâtés par des réparations.
Les pièces à dr. de la grande salle sont moins intéressantes; elles contiennent également des manuscrits. — Ire salle. Manuscrits de la bibliothèque du Vatican. — IIe S. Manuscrits de la biblioth. Alexandrine. Au-dessus de l'entrée : le Port d'Ostie. — IIIe S. Bibliothèque Ottobonienne. Cette salle et les suivantes ont des fresques médiocres retraçant des scènes de la vie de Pie VI et de celle de Pie VIL — Dernière salle. A l'entrée, 2 colonnes en porphyre, des thermes de Constantin, au sommet de chacune desquelles sont sculptées deux têtes de rois. Dans des armoires, de beaux -'bijoux antiques et modernes, etc., entre autres, dans la 2e, à dr., des bronzes et des bijoux orientaux; des cheveux trouvés dans un tombeau antique. A côté de la porte de sortie à g. (fermée), une "tête en bronze d'Auguste, une des plus belles que nous possédions de cet empereur; à dr., sur la table, une jolie petite tête de Vénus.
La manufacture de mosaïques papale (studio del mosaico) se trouve sous la galerie des inscriptions; rentrée est dans l'angle à g., au fond de la cour St-Damase (p. 291). On obtient la permission d'y entrer, au secrétariat (v. p. 119). Cette manufacture occupe une foule d'ouvriers qui copient pour des églises, etc., des tableaux célèbres en émaux de couleur, dont il existe 10,000 nuances différentes. — La manufacture d'armes et la Monnaie (Zecca), près du Vatican, renferment aussi des curiosités, par exemple, une collection des monnaies papales depuis Adrien Ier, et presque tous les coins depuis Martin Y.
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La Longara.
Le Borgo communique avec le Trastevere par la via délia Longara, longue de 15 min., ouverte par Jules II. On quitte le Borgo par la porte S.-Spirito (pl. I, 7; v. p. 280), dont A. da Sangallo commença la construction. — Immédiatement après, une rue escarpée à dr., la salita di San-Onofrio, conduit à l'église
*S.-Onofrio (pl. II, 7), située sur le versant du Janicule, construite en 1439 par Nie. da Força Palena en l'honneur de l'ermite égyptien St Onuphre. Un couvent de Tordre de St Jérôme en dépend. Devant l'église et le couvent s'étend un portique de 8 colonnes, sous lequel on voit, à dr., dans la voussure, des fresques sous verre représentant des scènes de l'histoire de St Jérôme, peintes par le Dominiquin: le Baptême, le Châtiment (pour avoir lu Cicéron) et le Ravissement du saint. Si l'église est fermée, on sonne à la porte du couvent, à dr. (50 c).
lre chap. à g., restaurée par Pie IX: tombeau du Tasse, qui mourut en 1595 dans ce couvent. Ce monument est de de Fabris (1857). 3e chap.: tombeau du cardinal Mezzofanti (m. 1849) le fameux polyglotte. 2e chap. à dr. : une Vierge sur l'autel, à'Ann. Carrache. Au bout du mur de dr., le tombeau de l'archevêque Griov. Sacchi (m. 1505). Au-dessus, Ste Anne et la Vierge apprenant à lire, du Piniuricchio. Dans l'abside, des fresques repeintes, celles d'en haut de Balth. Peruzzi^ celles d'en bas attribuées au Pinturicchio ; mais probablement Tune et l'autre de Peruzzi.
Le couvent possède, dans un corridor du 1er étage, une ** fresque, la Yierge avec le donateur, de Léonard de Vinci, malheureusement fort retouchée, de sorte que , par exemple , le bras élevé de l'Enfant en paraît tout difforme. On y voit aussi la cellule que le Tasse habita en dernier lieu lorsqu'il fut couronné de lauriers au Capitole. et où il mourut le 25 avril 1595, elle renferme son buste en cire, exécuté d'après son masque, son portrait (fresque de Balbi, 1864), un autographe, etc. Dans le jardin du couvent, à côté de quelques cyprès, les restes du chêne (brisé par la foudre en 1842) sous lequel le Tasse avait coutume de s'asseoir. Superbe *vue de là sur la ville et St-Pierre.
Ceux qui veulent aller au Trastevere, peuvent prendre, à la descente, le chemin plus court et plus escarpé à droite.
Dans la Longara, à dr., un grand hospice d'aliénés (ospizio de' Pazzi; pl. I et II, 7), établi par Pie IX, avec une longue inscription.
Plus loin à g., le nouveau pont suspendu (pl. II, 10; 5 c); sur l'autre rive, St-Jean-des-Florentins (p. 208). Vis-à-vis du pont, dans la Longara, le grand palais Salviati (pl. II, 7), qui a une belle cour ; le prince Borghèse ayant hérité du palais , le vendit au gouvernement, qui en a fait la haute cour martiale (tribunale supremo di Ouerra e Marina), Le jardin attenant, sur la rue, fut transformé en 1837 en jardin botanique par Grégoire XVI (sonner à la petite porte à dr.). Ce jardin dépend de la Sapience (p. 195). On y voit de magnifiques arbres et des plantes rares, etc.
La Longara.
ROME. V° Qitart.de la rive dr. 319
Plus loin dans la Longara, à 10 min. de la porte S.-Spirito, à g., s'élève la petite église de S.-Giacomo-alla-Lungara , dont on attribue la fondation à Léon IV; elle fut reconstruite auxvnes. Le couvent voisin est transformé en caserne des bersagliers. — Plus loin encore, à g., vis-à-vis du palais Corsini,
La **Farnésine {villa Farnesina ; pl. II, 11 ; entrée, v. p. 118; pourb., 50 c). Ce petit palais, situé un peu à l'écart de la rue, au jardin, fut construit en 1506 par Balth. Peruzzi pour Aug. Chigi, banquier des papes, grand ami des arts et protecteur de Raphaël (v. p. 143 et 201). Il fut ensuite la propriété des Farnèse, à partir de 1580, et il appartient aujourd'hui au roi de Naples, qui l'a louée pour 99 ans. C'est un des édifices les plus gracieux de la Renaissance, aussi simple que noble dans ses proportions.
On entre directement du jardin dans la principale salle du rez-de-chaussée. Le plafond, les pendentifs et les tympans ont été peints d'après des dessins de Raphaël (1518 — 1520), par plusieurs de ses élèves (Jules Romain et François Penni). Ce sont ** douze compositions représentant l'histoire de Psyché, qui comptent parmi les plus charmantes créations du peintre (v. p. lvi). Cette salle était d'abord un vestibule ouvert; on l'a fermée par de grandes fenêtres pour conserver les peintures.
La série commence au petit mur de gauche et se continue sur celui qui fait face à l'entrée. Raphaël s'est attaché fidèlement au charmant conte d'Apulée, dont voici un court résumé: Il y avait un roi qui était père de 3 filles. La plus jeune, Psyché, s'étant attiré la colère de Vénus par sa beauté, cette déesse commanda à Cupidon, son fils, d'inspirer à la jeune fille un amour vulgaire (n° 1). Mais Cupidon devient amoureux d'elle, la montre aux Grâces (2, la peinture la mieux conservée), et l'emmène. Il ne vient la visiter que la nuit et lui défend de chercher à voir ses traits \ mais Psyché, trompée par ses sœurs jalouses, désobéit à cet ordre. Elle allume une lampe, et réveille son époux en laissant tomber sur lui une goutte d'huile brûlante. Cupidon s'enfuit irrité et Psyché erre çà et là livrée au désespoir. Vénus ayant appris le mariage de son fils , l'enferme et prie Junon et Cérès de l'aider à chercher Psyché , mais ces déesses lui refusent leur assistance (3). Alors elle monte sur son char attelé de colombes (4) pour aller trouver Jupiter, et lui demander l'assistance de Mercure (5). Sa prière est exaucée et Mercure s'en va chercher Psyché (6). Vénus la tourmente de toutes les manières et lui impose des travaux impossibles , qu'elle parvient néanmoins à exécuter avec l'aide de ses amis. En dernier lieu, elle est obligée d'aller chercher un vase aux enfers (7), et le rapporte heureusement, au grand étonnement de Vénus (8). Cupidon, échappé de sa prison, demande Psyché à Jupiter. Celui-ci l'embrasse (9) et fait inviter les dieux à s'assembler en conseil pour décider la question (plafond de droite). Mercure amène ensuite Psyché dans l'Olympe (10) ; elle devient immortelle, et les dieux célèbrent ses noces (plafond de gauche).
Les tympans au-dessous des pendentifs sont décorés de douze Amours avec les attributs des dieux. Les guirlandes qui encadrent les différentes compositions, sont de Jean cPUdine. — Ces fresques, détériorées par l'air et Thumidité, ont été restaurées par Maratta. Le fond bleu, primitivement beaucoup plus chaud, comme on peut le voir aux parties conservées, a surtout souffert lors de cette restauration. Malgré cela, l'ensemble produit encore un effet des plus charmants, grâce à la beauté indélébile de la composition. On remarquera aussi avec quel bonheur beaucoup de ces sujets sont adaptés à leurs plaees peu favorables.
La seconde salle, voisine de la salle principale, primitivement
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La Longara.
aussi ouverte, contient également une œuvre de Raphaël, sujet charmant emprunté comme l'autre à la mythologie et non moins magnifique, supérieur même dans l'exécution: **Gal até e voguant sur la mer dans une coquille, entourée de nymphes, de tritons et d'Amours. Cette fresque est tout entière de la main de l'artiste, qui l'a peinte quatre ans avant celles de Psyché, en 1514. Le plafond est de Balth. Peruzzi ; c'est peut-être la plus belle production de ce genre dans l'ancien style.
Plafond : Persée et Diane. Dans les champs hexagones des pendentifs les divinités des planètes; dans les tympans, des scènes des Métamorphoses, première œuvre exécutée à Rome par Séb. ciel Piombo. La tête colossale dans le tympan sur le mur latéral de g., a, dit-on, été dessinée au charbon par Michel-Ange , en attendant Daniel de Volterre, qui travaillait dans ce lieu (on veut maintenant y voir une œuvre de Peruzzi). Les imitations de stuc sont d'une exactitude à faire illusion. — A g. de Galatée se trouvait un Polyphème de Séb. ciel Piombo , qui fut détruit plus tard , et ensuite mal repeint. Les paysages sont attribués à tort à G. Poussin. — La restauration moderne des deux salles n'a pas été heureusement dirigée.
A l'étage supérieur de la Farnésine se trouvent aussi des fresques célèbres, les Noces d'Alexandre et de Roxane et la Famille de Darius devant Alexandre, deux œuvres du Sodoma que l'on ne peut malheureusement pas voir.
Vis-à-vis s'élève le *palais Corsini (pl. II, 11), autrefois propriété des Riarii, acheté en 1729, sous Clément XII, pour le cardinal Neri Corsini, neveu de ce pape , et reconstruit par Fuga. Il fut habité au xvne siècle par la reine Christine de Suède, qui y mourut le 19 avril 1689. Un double escalier conduit du portail principal au premier étage, où se trouve la galerie de tableaux (entrée, v. p. 118; pourb., 50 c). Elle renferme un grand nombre de toiles médiocres, devant lesquelles on passera vite pour voir les chefs-d'œuvre , dont quelques-uns sont de premier ordre. On trouve des catalogues dans les salles.
Ire salle: 1, 5, Bloemen (Orizzonte) , paysages; 2, 4, Locatelli, paysages, et aussi ordinairement une petite Ste-Famille de Battoni. Contre l'un des murs, un sarcophage antique très-bien conservé, avec des divinités marines, trouvé à Porto-d'Anzio.
IIe salle: 4, le Bassan , Ste-Famille; 12, Elisabeth Sirani, la Vierge entourée d'une gloire; 15, G. Poussin (?), paysage; 17, 19, Berghem (?), paysage et Animaux ; 20 , L. Carrache , Pietà. Cette salle renferme aussi ordinairement une "Madone de Carlo Dolce. Sur les murs, une série de têtes antiques, parmi lesquelles il y en a de remarquables. A dr.
IIIe salle: 1, le Guerchin, Ecce homo ; '-'4, 5, Peters, marines; 17, le Caravage, Madone; ::23, Both, paysage, Effet du soir; 26; Fra Bartolomeo, Madone; 43, Saraceni , Martyre de deux saints; 44, Raphaël , Jules II, copie; 50, le Titien, Philippe II d'Espagne; 55, école hollandaise, une Cuisine; 61, Vasari, Ste-Famille; 52, Saraceni, Vanité; 84, Borgognone, Combat de cavalerie; 88, Carlo Dolce, Ecce homo.
IVe salle : 1, Benedetto Luti, Clément XII; "11, le Guide, Hérodiade; 16, du même, une Madone; 22, Baroccio, le Christ et Madeleine, 27, L. Carrache, têtes d'étude; 35, le Parmesan, 4 têtes; 40, Maratta, portrait de sa fille; 41, Raphaël, portrait de femme, copie d'après celui de la Tribune de Florence; 43, Maratta, Madone; 44, A. Durer, un Lièvre; 47, Poelemburg (?), paysage avec le Jugement de Paris d'après Raphaël. Onze petits tableaux représentant des lansquenets, attribués à tort à Callot. Un siège de marbre
La Longara.
ROME. V° Quart, de la rive dr. 321
antique , trouvé près de St-Jean-de-Latran. Sur une table , le '-vase Corsini, en argent ciselé , avec la Réconciliation d'Oreste. Deux statuettes de marbre, par Tenerani, la Chasse et la Pêche.
Ve salle, où mourut, dit-on, Christine de Suède. Les décorations du plafond sont de l'école des Zuccheri. 2, Périn del Vaga, Ste-Famille; *14, Maratta , Annonciation ; 20, Lanfranc, Polyphème et Ulysse ; 23, VAlbane, Madone; 44, Marcello Venusti, S te -Famille, d'après une composition de Michel-Ange ; 50, Salvator Rosa , Joueurs de cartes; 51, Marc. Venusti (?), un Sculpteur.
VIe s aile, intéressante collection de portraits, presque tous dignes d'attention: 19, Holbein , portrait d'homme, fortement restauré; "20, Jules Romain, MgrGhiberti; :'22, Rembrandt (?), Vieille femme; 23, le Giorgion (?), portrait d'homme; 26, école espagnole , portrait d'homme; :: 32 , Van Dyck , portrait d'homme; *34, Nativité de la "Vierge, d'après une gravure sur bois de Durer; '"'43, école allemande (faussement attribué à Durer), un Cardinal; 47, Rubens, son portrait; 50, le Titien (?), le Cardinal Alex. Farnèse.
VIIe salle Murillo , Madone; M3, G. Poussin, paysage; 21, Luca Giordanoy le Christ au temple; *22, "::23, '::24, Fiésole, Descente du St-Esprit, Jugement dernier, Ascension; 31, 32, N. Poussin, paysages.
VIIIe salle: 6, Claude Lorrain (?), paysage; *:;"7, G. Poussin, paysage; 10, Polid. Caravage, Histoire deNiobé, esquisse en forme défrise; il, N. Poussin, Ste-Famille; 12, Hercule Grandi, St-Gteorges; 13, le Guide, la Contemplation; -15, 21, 23, G. Poussin, paysages; 24, le Guerchin , St-Jérôme; 25, Ribera, même sujet. Deux bustes de marbre, portraits de membres de la famille Corsini. — Le cabinet voisin renferme une série de tableaux des anciennes écoles de Florence et de Sienne, la plupart d'un intérêt secondaire et mal conservés: 23, Gérard Starnina, Madone; 26, lo Spagna, Madone.
IXe salle: 2, Téniers , Intérieur d'écurie; 8, L. Carrache , Pietà, esquisse du n° 20 dans la IIe salle; 9, Velasquez , Innocent IX, copie du tableau du palais Doria (p. 156); *28, 29, Salv. Rosa, Batailles; 30, le Giorgion, deux Têtes de femmes; 36, (?), portrait de femme; 49, Gherardesca de Sienne, Madone. — La pièce attenante, que l'on peut se faire ouvrir, renferme une mosaïque antique; deux Taureaux furieux, avec une charrue et un paysan ; deux hermès antiques (portraits) ; un bas-relief en bronze de Benvenuto Cellini (?) , représentant l'enlèvement d'Europe.
La bibliothèque de ce palais, fondée par le cardinal Neri Corsini, est l'une des plus grandes de Rome. Elle renferme, dans 8 salles, une foule de manuscrits et d'imprimés d'une grande valeur, et une des collections d'estampes les plus considérables du monde. On entre par la grande porte; tourne immédiatement à dr. , se dirige vers l'escalier par la galerie ouverte et monte au premier. Pour les jours et heures d'ouverture, v. p. 109.
Derrière le palais s'étend un grand et beau * jardin, sur les flancs du Janicule, offrant une *vue superbe sur Rome, notamment au coucher du soleil; on se le fait ouvrir par le portier (50 c).
Non loin de ces palais, la via délia Longara se termine par la porte Settimiana (pl. II, 11), porte pratiquée dans l'ancien mur d'enceinte du Trastevere, et dont le nom perpétue le souvenir des constructions que l'empereur Septime-Sévère avait élevées dans cette partie de la ville.
Le Trastevere.
Le Janicule (84 m.) s'avance presque jusqu'au bord du fleuve qu'il commande, c'est pourquoi les Romains y élevèrent une forteresse dès le temps des rois et le réunirent à la ville par une double muraille; mais ce fut Auguste qui en fit le XIVe quartier, sous le nom de regio Tram-
Bsedeker. Italie, II. 5e édition. 21
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Le Trastevere.
iiberina. Les rives du Tibre étaient bordées de magnifiques villas, mais ce quartier conserva cependant le caractère d'un faubourg et fut surtout habité par des étrangers , notamment par les juifs , jusque dans le courant du xvie s. Aujourd'hui, le Trastevere est à peu près exclusivement occupé par la classe ouvrière, et ses habitants se distinguent autant par leur beauté que par leur vigueur. Les Trastevérins prétendent avoir le mieux conservé l'ancien sang romain, et parlent même un dialecte particulier.
Le Trastevere communique avec la rive gauche par trois ponts: au N. le pont Sisto (pl. II, 11), construit en 1474, sous le pontificat de Sixte IV, par Baccio Pintelli, à la place du pont Aurelien détruit au vine siècle. On y jouit d'une belle vue.
En prenant la via di Ponte-Sisto, à dr., on arrive en 3 min., en deçà de la porte Settimiana mentionnée p. 321 , à la grande via Garibaldi, ci -devant délie Fornaci, qui monte à g. et que l'on suit. Au bout de 5 min., cette rue cesse d'être bordée de maisons, sans toutefois changer de nom. En montant de ce point un chemin escarpé à dr., on irait à l'Acqua Paola (v. p. 324). La via Garibaldi décrit une vaste courbe vers St-Pierre-in-Montorio , l'Acqua Paola et la porte St-Pancrace, où est la villa Pamfili. Les piétons peuvent prendre, à environ 180 pas au delà des dernières maisons de dr., un chemin bordé des stations d'un chemin de croix, et qui conduit aussi à l'église.
St-Pierre-in-Montorio (pl. II, 12), construit en 1500 sur l'ordre de Ferdinand et d'Isabelle d'Espagne, par Baccio Pintelli, s'élève, dit-on, à la place où St-Pierre souffrit le martyre sur le versant du Janicule (60 m. d'altit.). Lors du siège de 1849, la tour et l'abside ont été presque entièrement détruites. Si l'église est fermée, sonner à la porte de droite (25 à 50 c).
A droite. *lre chap., peinte à l'huile par Séb. del Piombo d'après des dessins de Michel-Ange: la Flagellation du Christ, (on en voit une petite reproduction dans la galerie Borghèse); à g., St Pierre; k dr., St François; au plafond, la Transfiguration; sur l'arc, un Prophète et une Sibylle. 2e chap. (sur l'arc, le Couronnement de la Vierge) , peinte par des élevés du Pérugin. Tableau de la 5e chap., St Paul et Ananie, par Vasari. — Le maître autel était autrefois décoré de la Transfiguration de Raphaël (p. 302). — A' gauche, dans la dernière chapelle, le Baptême du Christ, par Daniel de Volterre (?). 4e chap. Le Christ au sépulcre, par un maître hollandais. Dans la 3e chap. , tableau d'autel et plafond par des élèves du Pérugin. 2e chap., sculptures de l'école du Bernin. lre chap., St François, par G. de Vecchi. Sur le mur à côté de la porte, le tombeau de St Julien, archevêque de Raguse, par G. A. Dosio, de 1510.
Dans la cour du couvent s'élève une petite * rotonde (il Tempietto) avec 16 colonnes doriques, érigée en 1502, d'après les plans de Bramante, à la place où fut crucifié St Pierre. A l'intérieur, une chapelle renfermant une statue de St Pierre, et, au-dessous, une seconde chapelle, a\ec un trou dans le sol, à l'endroit où fut plantée la croix.
Sur la place devant l'église (61 m. 65), on découvre une admirable **vue de Rome et de ses environs, vue qui mérite une étude spéciale si l'on veut se familiariser avec la topographie de la ville, ce que facilitera le Panorama ci-joint. Nous in-
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Le Trastevere. ROME. V° Quart, de la rive dr. 323
cliquerons les points principaux, de droite à gauche. Au S., on aperçoit le Tibre, que traverse le pont du chemin de fer de Civita-Vecchia; derrière s'élève la grande basilique de St-Paul-hors-les-Murs; puis un bout du mur d'enceinte, devant le verdoyant mont Testaccio , les cyprès et les monuments du cimetière protestant, la pyramide de Cestius et la porte St-Paul. Plus près, l'Aventin, au pied duquel coule le Tibre, invisible d'ici, et sur les flancs de la colline, les églises de Ste-Mariedel-Priorato, de St- Alexis et de Ste-Sabine. Derrière, les monts Albains, avec le mont Cavo .à dr., Frascati à g.; en avant, en deçà du Tibre, l'hôpital St-Michel et, tout près, la grande manufacture de tabacs. Sur le mont Célius, la villa Mattei et St- Etienne -le -Rond; au-dessus, sur la dernière ramification des monts Albains, Colonna; entre ce village et les montagnes de la Sabine près de Palestrina, dans le lointain, les montagnes Volsques. Yient ensuite le Palatin avec les ruines des palais des Césars et lés beaux cyprès de l'ancienne villa Mills; au-dessus, les statues de la façade de St-Jean-de-Latran. Plus loin, le Colisée, les trois énormes arcades de la basilique de Constantin, le Capitole avec le palais Caffarelli, la tour du palais Sénatorial, un coin de la façade du musée Cap itolin et l'église d'Ara-Cœli; audessus, les deux coupoles et la tour de Ste-Marie-Majeure sur l'Esquilin. Dans le lointain, une belle montagne à deux cimes, le mont Velino (2,489 m.), au N. du lac Fucin. Puis, près des cyprès, le grand palais royal du Quirinal; en avant, à côté de la coupole blanche, la colonne Trajane, et plus loin encore, sur le devant, l'église du Gesù avec sa coupole; derrière, le mont Gennaro. Ensuite, sur le Pincio, la plus septentrionale des collines de Rome, la brillante villa Médicis, et à sa droite, les deux tours de la Trinité-du-Mont , au-dessus de la place d'Espagne; plus sur la dr. , le casino de la villa Ludovisi. Plus près , non loin du Tibre, le palais Farnèse avec sa loge ouverte. A dr., la tour en limaçon de la Sapience et, plus à dr., un coin de la coupole du Panthéon , que( cache celle de St-André-de-la- Yallée, à la dr. de laquelle on aperçoit la colonne de Marc- Aurèle, sur la place Colonna. A g., sur la hauteur, le mur d'enceinte, la promenade du Pincio et les deux églises à coupole de la place du Peuple. Ensuite, plus près du Tibre, la Chiesa-Nuova; derrière, la croupe dentelée du Soracte. En deçà du Tibre, le château St-Ange; derrière, les hauteurs de Baccano. Près du pont suspendu, St-Jean-des-Florentins. A g., le mont^ Mario avec la villa Mellini; enfin, dans l'angle à g. , la coupole de St-Pierre. Au pied du versant, au Trastevere, l'église de Ste-Marie-in-Trastevere et, à dr., le beau campanile de Ste-Cécile.
.. "En descendant directement de St-Pierre-in-Montorio, on passe à dr. par le vicolo délia Frusta, puis, à g. , par la via de' Fenili, et Ton atteint la piazza di S. -Maria (p. 327).
324 V° Quart, de la rivedr. ROME.
Le Trastevere.
La via Garibaldi monte encore pendant 2 min. jusqu'à TAcqua Paola (pl. II, 12), l'ancienne Aqua Trajana, alimentée par le lac de Bracciano , éloigné de 50 kil. (p. 379). L'aqueduc tomba en ruine jusqu'au pontificat de Paul V. Ce pape le fit restaurer en 1611 par Fontana et Maderna , et décora la grande fontaine des colonnes du temple de Minerve du forum de Nerva, qui furent pour cela sciées en morceaux. Le grand bassin y a été ajouté sous Innocent XII. La vue est interceptée par les édifices environnants et bien moins étendue que celle de St-Pierre, situé plus bas; néanmoins elle est intéressante, parce que plusieurs monuments, par exemple le Panthéon, y apparaissent plus distinctement. — Au coin en face débouche le chemin mentionné p. 322, qui monte tout droit.
En suivant encore plus loin la via Garibaldi, on atteint en 5 min. la porte St-Pancrace (di S.-Pancrazio : pl. II, 9), sur la hauteur du Janicule, à côté de l'antique porte Aureîienne , prise d'assaut en 1849 par les Français, sous Oudinot, et restaurée en 1857 par Pie IX. Il y a quelques ,,osterie" en dehors de la porte. Les maisonnettes des jardins voisins , l'église et le couvent avaient alors beaucoup souffert. L'église fut construite vers l'an 500 par Symmaque, mais elle a été restaurée plusieurs fois depuis. — En suivant tout droit, on arrive en 3 min. à l'entrée de la villa Pamfili (v. ci-dessous).
On peut faire une jolie promenade de 1/2 h. de la porte St- Pancrace , à la porte Portese (p. 329), mais non en sens inverse. Suivre en dehors le mur d'enceinte, restauré en 1849 (12 min.). La route descend , et l'on atteint un rond-point où se déploie une *vue magnifique sur la Campagne et les quartiers déserts du sud de la ville. Du second rond-point situé plus bas, l'œil embrasse aussi les quartiers modernes jusqu'au Pincio. On descend de là en 10 min. à la porte.
A 3 min. de la porte St-Pancrace , au sommet du Janicule, est située la
*Villa Doria Pamfili (pl. II, 9). Pour les jours et heures d'ouverture, v. p. 119. On paie 25 c. en sortant, davantage pour une voiture. — Cette villa a été construite par ordre du prince Camille Pamfili, neveu d'Innocent X, d'après les plans de YAlgarde1 heureusement adaptés aux ondulations du terrain. Actuellement, elle appartient au prince Doria. C'est la plus vaste et la plus charmante des villas de Rome, et les Italiens la nomment Belrespiro. Elle a souffert du siège de 1849.
On suit le chemin de voitures, qui passe sous un arc de triomphe et conduit en 8min., en décrivant des courbes, à l'entrée du casino, situé dans une partie réservée du jardin. Là, on trouve à dr. une terrasse avec une belle *vue sur la Campagne , à dr. ; à g. , sur le mont Mario et St-Pierre, ainsi que sur le Soracte,
Le Trastevere.
ROME. V 0 Quart, de la rive dr. 325
que l'on distingue à l'horizon entre les deux, et sur une partie de la Campagne.
On sonne à la porte de g. (50 c. en sortant) , pour voir le *casino construit par VAlgarde. Les murs extérieurs sont ornés de bas-reliefs (il y en a d'antiques) et de statues.
Rez-de-chaussée. Le vestibule renferme quelques jolies statues de femmes ; les salles , quelques antiques : dans la lre à dr. , Cybèle à cheval sur un lion $ dans la 3e, une statue dans le style de TiEthra de la villa Ludovisi (v. p. 165). Belle vue du balcon de cette pièce sur le parterre. Dans la salle ronde (billard), la statue d'une Amazone, etc.
Dans les pièces du premier étage, des vues de Venise par Heintius, du xviie siècle. — L'escalier aboutit aune plate- forme, d'où l'on découvre un beau panorama des jardins de la villa et de ses environs. Par un temps clair, on y aperçoit, dit-on, la mer.
En sortant du casino, on trouve, à dr. sous les arbres , quelques *colombaires (p. 261), découverts en 1838 sur l'ancienne voie Aurélienne. L'un deux est intéressant parce qu'il est bien conservé et renferme des peintures : Prométhée délivré par Hercule, Mort des enfants de Mobé, etc.
L'escalier à côté du casino descend au parterre, où l'on voit surtout de beaux camélias. Cette partie n'est accessible qu'avec la permission du prince.
Au delà du casino, le chemin de voitures fait un coude à g., derrière ce bâtiment, le long d'une prairie émaillée au printemps d'un charmant tapis d'anémones. A dr. , au milieu, un autel avec des dieux et Antonin le Pieux tenant une divinité domestique. Après 5 min. de marche , là où le grand chemin tourne à dr., on découvre une belle *vue sur les monts Albains et la Campagne. Ce chemin passe ensuite, en serpentant, le long d'un bois célèbre de pins-parasols, et conduit en 10 min. à un étang avec des cygnes. On suit le bord de cette pièce d'eau, et l'on arrive en 5 min. à la fontaine qui l'alimente. On revient de là au casino par le sentier direct, ou par le chemin de voitures, qui mène en 4 min. aux serres (à dr.) et à la faisanderie (à g.) , renfermant de beaux faisans argentés. 50 pas plus loin, on remarque , à g. du chemin, un monument érigé en 1851 par le prince Philippe- André Doria, en mémoire des Français qui périrent et furent enterrés à cet endroit en 1849.
L'île du Tibre (isola Tiberina ou di S.-Bartolom7neo) était traversée, d'après quelques savants, par la plus ancienne voie de communication entre Rome et son faubourg du Janicule. Cette artère passait sur le pons Sublicius, construit en bois. Actuellement, en venant de la place Montanara (p. 211), on traverse le pont de' Quattro-Capi (pl. II, 17), ainsi nommé des hermès à quatre têtes qui décorent les parapets. Il a été construit l'an 62 av. J.-C. par L. Eabricius, comme le rapporte une inscription. Jolie vue.
326 V° Quart, de la rive dr. ROME.
Le Trastevere.
Dans l'île, à dr., l'église de St-Jean- Colabita (pl. II, 17), restaurée en 1741, appartenant, avec l'hôpital (où sont aussi admis des étrangers malades) et le couvent voisins , aux frères de l'ordre de la Miséricorde. Plus loin, à g., la petite place où s'élève depuis 1869 le monument de St Jean, St François, St Barthélémy et St Paulin, et, peut-être sur l'emplacement de l'ancien temple d'Esculape, l'église
St-Barthélemy [S.-Bartolommeo ; pl. II, 18), construite vers l'an 1000, par l'empereur Othon III, en l'honneur de St Adalbert de Gnesen, et appelée à tort St-Barthélemy, vu que l'empereur reçut de Bénévent, au lieu des ossements de cet apôtre qu'il avait demandés, ceux de St Paulin de Noie. Sauf le campanile, l'église, dans sa forme actuelle, est moderne et dénuée d'intérêt; la façade, de 1625, est de M. Lunghi.
L'intérieur renferme 4 colonnes antiques et des restes d'une ancienne mosaïque, dans le choeur. Au milieu de l'escalier montant au sanctuaire , on remarque l'ouverture d'un ancien puits, du xne s. , dont les sculptures sont effacées , à l'exception de la figure du Christ, tenant un livre à la main, et de deux têtes sur les côtés.
Dans le petit jardin du couvent (sonner à l'entrée à dr. de l'église) , on remarque les restes de la bordure antique de travertin qui donnait à l'ensemble la forme d'un vaisseau: le mât était figuré par un obélisque. Le serpent sculpté sur la proue du vaisseau rappelle la tradition d'après laquelle les Romains, décimés par la peste, l'an 293 avant J.-C, seraient allés chercher Esculape à Epidaure. Un serpent, animal consacré à ce dieu, qui était caché dans le vaisseau, s'enfuit à terre dès qu'on eut abordé à l'île, qui fut aussitôt consacrée à Esculape. Nous avons la preuve du culte qu'on lui rendait dans les membres en terre cuite qui ont été découverts en cet endroit; c'étaient des ex-voto offerts par des malades, comme il s'en voit aussi de nos jours dans nombre d'églises.
Cette île est reliée au Trastevere par l'antique pont Cestius ou Gratien, aujourd'hui appelé pont St-Barthélemy (pl. II, 18), construit sous Auguste et restauré , au dire de la longue inscription du côté dr., sous le règne des empereurs Yalentinien et Grratien. Jolie vue à dr. L'invention des moulins en bois établis dans la rivière vers le pont Sisto, date de l'époque du siège de Rome par Bélisaire, lorsque les Goths avaient détruit les aqueducs et les moulins du Janicule.
En allant tout droit , on arrive à la via délia Lungaretta (pl. II, 18). A son extrémité E. , nommé via délia Lungarina, aboutit le pont Rotto mentionné p. 251. Pour le chemin de là à St-Cécile, v. p. 328.
En suivant à dr. la via délia Lungaretta, on est au bout de 6 min. sur une petite place où est à g. une entrée latérale de St - Chrysogone (pl. II, 15), basilique de fondation ancienne. L'édifice actuel, à trois nefs avec vestibule et entablement droit, date du xme s., mais il a souvent été modifié, surtout en 1624.
L'intérieur se distingue par ses colonnes antiques, surtout par les deux colonnes de porphyre à l'entrée du chœur et par son magnifique pavé en mosaïque antique. Les plafonds du transept ont été peints
Le Trastevere.
ROME. V° Quart, de la rive dr. 327
par le cavalier iïArpin. Au mur de l'abside, une mosaïque: la Vierge entre St Chrysogone et St Jacques. Belles stalles sculptées de 1866.
Au voisinage de la place St- Chrysogone , dans la contrada Monte-di-Fiore, a été dégagé du sol, en 1866 et 1867, à environ 10 m. de profondeur, un excubitorium de la YIIe cohorte des Vigiles, c.-à-d. d'un poste des veilleurs de nuit romains. On peut y descendre (50 c). On y voit une petite cour avec mosaïques, une fontaine au centre et plusieurs pièces contiguës ornées de peintures murales. Sur les murailles, de nombreuses inscriptions gravées à la pointe , du commencement du IIIe s. ap. J.-C.
Plus loin, à g. dans la via délia Lungaretta, l'hôpital S.-Gallicano, pour les maladies cutanées, dirigé par un professeur de la Sapience.
Après 9 min. de marche, on atteint la place Ste-Marie (pl. II, 15,. 12), où s'élèvent une fontaine et l'église
*Ste -Marie -in-Trastevere (pl. II, 12), à l'endroit où une source d'huile sortit subitement de terre au moment de la naissance 4e J.-C, fondée, dit-on, par St Calixte sous Alexandre- Sévère, et mentionnée d'abord dans l'histoire en 499. Elle fut reconstruite par Innocent II en 1140 et consacrée en 1198 par Innocent III. Clément IX y fit ajouter le portique en 1702, par Ch. Fontana. Cette église est aujourd'hui complètement restaurée. Sur la façade, on remarque des mosaïques : la Vierge avec l'enfant Jésus, deux papes sur les côtés (Innocent II et Eugène III) et 10 vierges , dont 8 avec des lampes éteintes et 2 avec des lampes allumées, du xnes., mais fortement restaurées au xive. Le portique renferme des restes de deux Annonciations, dont on attribue l'une à Cavallini (complètement repeinte), et un grand nombre d'inscriptions. Sur le mur de dr. , le tombeau d'Anastase le Bibliothécaire (m. vers 886).
L'intérieur est divisé en trois nefs par 22 colonnes antiques ine'gales. Les chapiteaux ioniques de ces colonnes étaient en partie ornés de divinités païennes, telles que Jupiter, Harpocrate avec un doigt sur la bouche ; on les a fait disparaître lors de la restauration de 1870. Le plafond, avec ses sculptures de bois doré, est peint d'après le Dominiquin^ la Vierge entourée d'anges, sur cuivre, au milieu, est également de ce maître. Les chapelles ne contiennent rien de curieux. On arrive par sept degrés au transept, où se voit l'emplacement de la source d'huile (fons olei). Dans le bras g. , les tombeaux de deux Armellini , et un ancien basrelief, la Vierge et des saints. Vis-à-vis, un autel consacré à St Philippe et St Jacques par le cardinal Philippe d'Alençon; à dr., le tombeau de ce cardinal, mort en 1397; à g., le tombeau'du cardinal Pietro Stefaneschi (m. 1417), avec sa statue couchée, par Paolo Romano. — Les mosaïques de l'abside sont de différentes époques. Les plus anciennes, du xne s., sont dans le haut: à l'arcade, la croix avec l'alpha et l'oméga; au-dessus, les symboles des évangélistes ; sur les côtés, Isaïe et Jérémie ; à la voûte, le Christ et la Vierge sur un trône ; à g. , St Calixte , St Laurent, Innocent II; à dr. , St Pierre, St Corneille, S t Jules et St Calépodius. Celles du bas sont attribuées par Vasari à Pierre Cavallini, artiste de l'époque de transition entre le genre des frères Cosmas et celui de Giotto ; elles ont été restaurées par Camuccini. Elles représentent les 13 agneaux et des scènes de l'histoire de la Vierge; au milieu du mur, la
328 V° Quart, de la rive dr. KOME.
Le Trastevere.
Vierge avec St Pierre, St Paul et StefanescM , le donateur (1290). — Dans la sacristie se voient aussi une Vierge avec St Roch et St Sébastien, attribuée au Pérugin, et des fragments de mosaïque antique (canards et pêcheurs), ceux de la première excellents.
En suivant tout droit pins loin la via del Cemetero et la via de' Fenili, on arrive à St-Pierre-in-Montorio (p. 324, 223). — En descendant an S.-E. par la via di S.-Francesco, on est, en 6 minntes, à la place de ce nom, où s'élève l'église S.-Francescoa-Bipa, avec son convent jadis habité pendant quelque temps par St François. L'église- fut construite en 1231 et modernisée au xvne siècle. La dernière chapelle à g. renferme la statue couchée de Ste Louise Albertoni, par le Bernin.
En venant du pont Rotto (p. 326), on arrive à g., par la via de' Vascellari, nommée ensuite via di S.-Cecilia, en 4 min. à
*Ste-Cécile-in-Trastevere (pl. II, 15), primitivement la maison de Ste Cécile, consacrée comme église par St Urbain, restaurée par St Pascal et entièrement reconstruite par le cardinal Francesco Acquaviva, en 1725, avec une grande cour (atrium) ornée d'un vase de marbre antique, et un portique de 4 colonnes en marbre d'Afrique et en granit. Fête patronale le 22 novembre.
L'intérieur est divisé en 3 nefs par des piliers construits en 1822 à la place des anciennes colonnes. A dr. de l'entrée, le tombeau du cardinal Adam de Hertford (m. 1398) ; à g. , celui du belliqueux cardinal Fortiguerra (m. 1473). Le beau maître autel, qui a des colonnes en pavonazzetto, fut exéeuté en 1583 par le Florentin Arnolfo del Carribio. A côté, un ancien candélabre pour le cierge pascal. Sous le maître autel, la -statue couchée de Ste Cécile décapitée , par Etienne Maderna. La> martyre, qui avait converti son mari, son frère et ses juges, fut pourtant à la fin, durant la persécution de Marc-Aurèle ou celle d'Alexandre Sévère, livrée au bourreau, qui s'y prit en vain par trois fois pour la décapiter, et qui s'enfuit. St Urbin déposa les restes de la sainte dans les catacombes de St-Calixte, non loin de la sépulture des papes. St Pascal les découvrit en 821 à la suite d'une vision et les transféra dans l'église. Le cercueil fut ouvert de nouveau en 1599, et c'est d'après nature que fut exécutée la statue en question, à l'époque du Bernin. — Dans l'abside, de vieilles -mosaïques, du temps de la fondation de l'église (ixe s.) : le Sauveur sur un trône avec l'évangile, St Paul, Ste Agathe et St Pascal à dr. ; St Pierre, Ste Cécile et StValérien, son époux, à g. — Dans la lre ehap. à dr. ; un vieux tableau, le Christ en croix. La 2e c h a p., située un peu en arrière, est une ancienne salle de bains, qu'on donne pour celle de la sainte ^ on voit encore des tuyaux dans le mur. — La porte d'en faceconduit à la sacristie, à la voûte de laquelle on voit les 4 évangélistes par le Pinturichio. Dans la dernière chap. à dr. : sur l'autel, la Vierge et des saints , bas-relief du xve s., et au mur de droite , des restesde fresques du xne s. , qui décoraient autrefois la façade , la Sépulture de la Sainte et son Apparition au pape St Pascal. A côté de l'abside se trouve l'escalier de l'église souterraine.
En suivant la rue dans la direction de la porte, on arrive d'abord à une rue latérale conduisant à dr. à S-Maria-dell' Orto, construite en 1512 par Jules Komain: façade de 1762; intérieur surchargé de stuc et de dorures. — A côté de l'églisé est une manufacture de tabacs établie en 1863. La rue à g. conduit à St-François (v. ci-dessus).
La rue latérale, à g. de Ste- Cécile, mène à la ripa Grande^
Le Trastevere.
ROME, V 0 Quart, de la rive dr. 329
où est le port (v. aussi p. 114): belle vue sur la Marmorata et l'Aventin. À dr. s'élève le grand hospice St-Michel (ospizio di S.-Michele ; pl. III, 15), maison de détention et hospice pour les pauvres, fondé en 1689 par Thomas Odescalchi, après la mort duquel Innocent XII en prit la direction. Ce pontife l'agrandit et le réunit à d'autres établissements. Des vieillards pauvres y sont logés et nourris, d'autres indigents y reçoivent de l'ouvrage. Des orphelins pauvres des deux sexes y font leur apprentissage, et en quittant l'établissement, les garçons reçoivent 30 écus, les filles 100. C'est en outre une maison de correction pour les femmes et les jeunes criminels. Il y a plusieurs chapelles, de grandes salles de travail, des infirmeries.
Au bout de la ripa Grande est la Douane, à dr. de laquelle on ai rive à la porte Portese, où passe la route conduisant à Porto (v. p. 383).
Les Catacombes.
La plupart des touristes se contenteront de visiter les catacombes de St-Calixte et peut-être aussi celles de Ste- Agnès. Une autorisation n'y est plus guère nécessaire (v. p. 193, 194). Elles sont visibles tous les jours. Il est interdit d'y entrer sans le guide, auquel on paie 1 à 2 1. si l'on est seul, 50 c. par personne si l'on est plusieurs. Ne pas oublier d'emporter une bougie, car celle du guide ne suffit pas pour une société. Les catacombes de St-Calixte sont éclairées et ouvertes au public le 22 novembre. — Les petites catacombes de St-Sébastien sont visibles sans guide, mais elles n'offrent pas d'intérêt. — Quant aux autres catacombes, on n'y peut pas entrer sans autorisation.
Si Ton veut visiter les catacombes pour y faire des études , on fera bien de s'adresser au commendatore de Rossi , place d'Ara-Cœli, 17, au dernier étage.
Le voyageur qui n'examine que l'extérieur actuel de Rome, trouve un vide considérable entre la ville antique et la ville chrétienne. Les églises des premiers siècles ayant en partie disparu ou se trouvant cachées sous des restaurations postérieures, les plus anciens monuments chrétiens de quelque importance sont séparés par un espace de plusieurs siècles des constructions romaines de la dernière époque. Cette lacune est très-bien remplie par les sépultures des premiers siècles du christianisme, par les Catacombes , dont l'intérêt a encore été considérablement rehaussé par les découvertes importantes faites dans ces derniers temps.
I. Histoire des Catacombes. Leur nom est moderne; il a été appliqué aux autres sépultures de ce genre par suite de leur analogie avec celles qui sont situées sous l'église de St-Sébastien , et que l'on appelait ad catacumbas d'après une ancienne désignation topographique. Les premiers chrétiens donnaient à leurs eimetières le nom grec de cœmeteria, c'est-à-dire ulieu de repos ou de sommeil", allusion évidente à la résurrection des morts. Une loi romaine, souvent renouvelée sous l'empire, et sans doute aussi applicable aux chrétiens, défendait d'enterrer les morts (ou même leurs cendres) dans l'intérieur des murs de la ville; c'est pourquoi nous trouvons les sépultures chrétiennes entre la lre et la
330 Les Catacombes. ROME.
Histoire
3e pierre milliaire au delà de l'enceinte d'Aurélien, vu que Rome s'étendait déjà jusque là longtemps' avant la construction de ce mur.
Tandis que les peuples de l'Europe avaient pris avec le temps l'habitude de brûler les morts, les Egyptiens et les Juifs conservèrent l'usage de les enterrer, le rattachant à la croyance à une autre vie. Les chrétiens adoptèrent naturellement cet usage et ouvrirent des galeries souterraines, dans les parois desquelles ils creusaient les cavités destinées à recevoir les morts. Des sépultures de ce genre ne se trouvent pas seulement à Rome, mais encore dans plusieurs villes de l'Italie, comme Naples, Syracuse, Chiusi, Venosa; à Alexandrie en Egypte et ailleurs.
L'opinion autrefois répandue, que les premiers chrétiens se servaient à cet effet des carrières de pouzzolane abandonnées (arenaria) , qu'ils les agrandissaient seulement pour leur usage, et que les différentes catacombes communiquaient entre elles, a été reconnue comme erronée par suite des découvertes récentes. Ces galeries souterraines ont été presque toutes creusées exprès par les chrétiens pour leur servir de lieu de sépulture. Elles étaient établies dans les couches molles du tuf (tufo grasolare) , dont se composent la plupart des collines des environs de Rome, et dont les pierres ne peuvent presque pas être utilisées pour la construction des maisons. Elles ne se trouvent que rarement dans le tuf durci, qui peut servir de pierre de construction, et dans la pouzzolane, qui fournit un ciment fameux lorsqu'elle est mêlée avec de la chaux. On a, en outre, constaté que quelques-uns de ces cimetières restaient aussi dans les limites imposées par la roi romaine, et qu'ils jouissaient par conséquent de sa protection.
On distinguait chez les Romains les sépultures de famille et celles des grandes associations (collegia), telles que celles des Colombaires (p. 261). Il fallait , pour les unes comme pour les autres, faire l'acquisition d'un terrain, dans les bornes duquel, à la surface, de même que sous terre, chaque tombeau était sacré et inviolable. Les Catacombes, à l'instar de ces cimetières , furent également de deux sortes. Il y eut des sépultures de famille, comme nous l'attestent les noms des catacombes de Domitille, Lucine, Balbine, Prétextât, Pontien, Maxime, etc., qui sont les plus anciennes. Les chrétiens firent aussi, environ dès le iue s., usage du droit de se réunir en collegia pour leurs enterrements, et de fonder des sépultures communes pour un grand nombre de personnes. Partout les entrées 4e ces cimetières sont larges et visibles , et on ne remarque nulle part une tendance à les dissimuler. Les plus anciens remontent au premier siècle de notre ère, les derniers à la première moitié du ive s. Nous trouvons vers l'an 200 la première mention d'une administration ecclésiastique des cimetières, qui paraît avoir été bientôt chargée de toutes les sépultures chrétiennes, et qui distribua les différents districts entre les diacres. Cela était d'autant plus nécessaire que la communauté chrétienne, qui allait toujours s' augmentant, comptait déjà environ 50,000 âmes vers l'année 250.
Au ine siècle, les catacombes furent quelque temps en danger; les persécutions dirigées contre les chrétiens s'étendirent aussi aux tombeaux, et aux personnes qui se réunissaient autour des sépultures des martyrs pour l'exercice du culte. Un grand nombre de chrétiens subirent le martyre dans les catacombes même, et c'est de cette époque que datent les mesures de précaution dont on découvre les traces : des escalier étroits, des entrées dérobées, etc. L'édit de Milan, porté par Constantin le Grand, rendit la paix à l'Eglise et la sécurité aux cimetières. L'usage d'enterrer les morts dans les catacombes se perdit vers la fin du ive siècle, et il n'en est plus question, au commencement du ve. Alors en effet s'établit l'usage d'inhumer près des églises. Les trois dernières catacombes furent fondées par le pape St Jules, de 336 à 347.
Néanmoins les catacombes et les tombeaux des martyrs continuèrent d'être l'objet de la dévotion des fidèles et le but de pieux pèlerinages. Dès l'an 370, le pape St Damase y fit exécuter un grand nombre de restaurations et fit placer sur les tombeaux les plus importants de belles épitaphes en vers. On y pratiqua alors des soupiraux, pour en faciliter la
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visite, et plus tard même on de'cora les murs de peintures qui diffèrent considérablement, sous le rapport des sujets et de la conception, des peintures chrétiennes primitives. A la même époque, elles furent souvent aussi dévastées et dépouillées dans les pillages que Rome eut à souffrir, dès 537, lorsqu'elle fut assiégée par les Groths, et surtout de la part des Lombards, en 755. Ceux-ci fouillèrent les tombeanx pour en prendre les ossements et les vendre comme reliques, sous n'importe quel nom. Ils y mirent la même avidité que des chercheurs d'or. Jean III (560 — 73) et St Paul 1er (757—68) restaurèrent les catacombes. Cependant la translation des corps des martyrs dans les églises de la ville s'était déjà faite sur une très-grande échelle. Lorsque Bonifaee IV consacra le Panthéon au culte en 609, il y transporta sous les autels une telle quantité d'ossements de saints qu'il en emplit 28 voitures. D'après une inscription, 2,300 corps de martyrs furent placés dans l'église Ste-Praxède le 20 juillet 817. Adrien 1er (772—95) et St Léon III (795—816) veillèrent encore à la conservation des cimetières primitifs, mais St Pascal (817-27), cessa de les entretenir. Dès lors, les catacombes se dégradèrent de plus en plus et l'on finit par les oublier complètement; celles de St-Sébastien restèrent seules connues et ouvertes aux pèlerins.
Ce n'est qu'au xve siècle que quelques-unes commencèrent à être de nouveau visitées par les pèlerins et par les membres de l'académie romaine des Humanistes. Mais on n'eD commença l'exploration scientifique qu'un bon siècle plus tard. Des ouvriers qui travaillaient dans la via Salara, le 13 mai 1578, ayant rencontré un ancien cimetière, leur découverte excita la curiosité générale. C'est de ce jour que date l'étude de la Rome souterraine, dont le clergé romain s'est fait un point d'honneur. Les premières recherches furent faites par Ant. Bosio de Malte, qui y consacra 35 ans. Son ouvrage, la ,,Roma sotteranea" fut imprimé en 1632, 30 ans après sa mort ; mais ses travaux, repris et continués par d'autres savants, couraient risque de tomber dans l'oubli, lorsqu'il trouva de nos jours de dignes successeurs dans le père Marchi, de la société de Jésus, et surtout dans les deux frères de Rossi , le géologue Michèle et l'archéologue Giovanni Battista. Ce dernier a commencé la publication des résultats de ses investigations approfondies dans une collection d'inscriptions chrétiennes (1 vol., 1861), dans un autre ouvrage intitulé Roma sotterranea (ier Vol. 1864 , IIe, 1867), et dans le Bulletino di Archeologia cristiana (à partir de 1863).
II. La disposition des Catacombes était originairement fort simple. On creusait des galeries étroites, larges de 80 centim. en moyenne, plus tard encore plus étroites (55 centim.), et dans leurs parois , on pratiquait des niches (loculi) de la longueur des corps qu'on voulait y placer, plusieurs, jusqu'à 7 et plus, au-dessus les unes des autres. Après l'enterrement, on fermait l'ouverture au moyen de plaques de marbre ou de terre cuite, sur lesquelles, quand il y avait une inscription, se trouvaient d'abord simplement les noms des défunts, avec les mots in pace et quelquefois, à côté du nom, l'épithète martyr. Les plus anciennes inscriptions sont souvent en grec, celles des derniers temps sont toutes en latin. Ce changement de langue marque la transformation du christianisme devenant, de culte étranger, la véritable religion nationale des Romains. D'importantes inscriptions ont été transportées au palais de Latran (p. 275) et les niches sont généralement vides, les reliques en ayant été, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, pillées à plusieurs reprises ou transférées ailleurs, comme cela s'est fait même de nos jours. Maintenant, on laisse les objets là où on les trouve.
L'accroissement de la communauté chrétienne, la substitution des cimetières communs proprements dits aux sépultures de famille, ne pouvaient manquer de se manifester dans leur disposition extérieure. Peu à peu ces sépultures gagnent en étendue; les galeries deviennent plus étroites et plus hautes-, souvent elles ont plusieurs étages (jusqu'à 5); divers cimetières séparés sont réunis au moyen de nouveaux souterrains. En bien des endroits, l'œil attentif y reconnaît la marche compliquée de changements et d'agrandissements consécutifs. Une corpora-
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lion spéciale, celle des fossoyeurs (fossores) , se forme et n'est supprime'e qu'en même temps que l'usage auquel les catacombes doivent leur origine. La physionomie des sépultures se modifie naturellement en raison des changements introduits dans les mœurs pendant le cours des siècles. Originairement , elles ne se distinguaient que peu ou point du tout de celles des païens $ à côté des tombes creusées dans la roche, nous rencontrons aussi des sarcophages, de sorte qu'il y a également là une distinction entre le riche et le pauvre. Le plus souvent, les morts sont enveloppés d'un linceuil, et il y a sur leur corps ou à côté d'eux divers objets symboliques. A côté des plaques fermant les niches, on plaçait des lampes d'argile, non moins dans le but d'éclairer les galeries lors des réunions que pour rappeler la résurrection : l'usage des lampes était du reste aussi général dans le culte des morts chez les aneiens.
Les catacombes ne se composent pas toutefois d'une série uniforme de galeries i il y a en certains endroits de grands espaces qui étaient destinés à des sépultures de famille ou de martyrs ou bien de certains membres de l'association religieuse, comme on en voit un exemple dans les sépultures des papes des catacombes de St-Calixte. Nous trouvons enfin aussi des salles qui servaient au culte. Bien qu'on se soit trompé en admettant que c'était là la destination primitive des catacombes (l'office proprement dit avait lieu dans la ville , dans des maisons particulières), il est néanmoins certain que les fidèles s'assemblaient dès le 11e s. près des tombeaux des martyrs, pour y prier et y recevoir la communion. C'est ce qui se pratiquait, par ex., aux fêtes des martyrs ou d'autres saints, dont les fidèles voulaient célébrer la mémoire par des agapes ou repas en commun. Ces réunions étaient des réminiscences d'usages analogues du paganisme ; mais les persécutions forcèrent aussi les chrétiens de se réfugier dans ces souterrains pour l'exercice de leur culte: de là l'origine des grandes chapelles. Ordinairement, on établissait des deux côtés de la galerie deux salles correspondantes, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes, cette séparation des sexes étant toujours rigoureusement observée dans les anciennes églises. La tribune ou abside s'y trouvait remplacée par le tombeau d'un martyr, devant lequel on plaçait l'autel, ordinairement portatif. Pour se procurer du jour et de l'air/ on avait pratiqué dans beaucoup de chapelles des ouvertures (luminaria) à la partie supérieure. C'est ainsi que ces chapelles, avec les tombeaux des martyrs qu'elles renfermaient ou dont elles étaient voisines, devinrent les centres de ce grand système de sépultures , et comme elles restèrent l'objet de la vénération des fidèles, même après que les catacombes eussent cessé d'être en usage comme cimetières, on les a plus tard rendues accessibles par des escaliers spécialement établis à cet effet.
III. La décoration des catacombes mérite une attention spéciale. Il va sans dire que l'art chrétien primitif n'était qu'une application de l'art antique aux nouvelles idées introduites par le christianisme. Aussi les peintures et les sculptures des catacombes ne se distinguent-elles en rien dans leur style des autres productions de l'art à cette époque, et elles en partagent la décadence d'abord lente, ensuite rapide et complète. Les meilleures fresques sont de la fin du i^r s. et du commencement du 11e s. Avec la décadence générale du vieux monde romain, au 111e et au ive s.; les formes perdent leur beauté. Sous le rapport de l'ornementation , il n'y a pas non plus de différence caractéristique entre l'art païen et l'art chrétien, surtout dans les premiers temps.
Mais sous le rapport du choix des sujets et de leur conception, on reconnaît dès les commencement une direction toute particulière. Comparativement au grand nombre de ces peintures, on n'en trouve que fort rarement qui soient des sujets historiques, destinés à représenter un simple fait, soit de l'histoire juive, soit de l'histoire chrétienne. On rencontre parfois la Vierge et l'enfant Jésus, le plus souvent en compagnie des rois mages (leur nombre varie) apportant des présents -, par exemple, dans les catacombes de St-Calixte, de Domitille, de Ste-Priscille; puis quelques scènes de martyres, etc. Mais la majeure partie des peintures sont symboliques, et font allusion aux dogmes et aux espérances du christianisme.
Décoration.
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C'est surtout la résurrection qu'on rencontre le plus souvent sous diverses formes, soit sous celle de la re'surrection de Lazare, qui apparaît dans une porte tout entoure' de bandelettes comme une momie, tandis que J.-C. (sans barbe) est debout devant lui avec une baguette; soit sous l'image de l'histoire de Jonas assis sous la citrouille, englouti par la baleine et rejeté sur la rive. Souvent aussi, on rencontre le bon pasteur, avec la brebis retrouve'e sur ses épaules , quelquefois entouré d'agneaux écoutant la prédication des apôtres , et montrant de la façon la plus frappante les différentes impressions produites par leur éloquence (catac. de St-Calixte). Les représentations du sacrifice d'Abraham, de Noé dans l'arche, des trois jeunes Hébreux dans la fournaise ardente, rentrent aussi dans ce genre de sujets.
On y remarque encore Daniel dans la fosse aux lions, en prière, les mains élevées , position dans laquelle les morts sont souvent figurés sur leurs tombeaux ou à côté. C'est évidemment une allusion à la croyance que les morts et surtout les martyrs prient pour les survivants , comme le prouvent les mots: "Priez pour votre époux, pour votre fils, etc.", qu'on trouve fréquemment ajoutés à la simple épitaphe: (repose) „en paix". Ces considérations expliquent aussi la grande importance qu'on attachait à être inhumé dans le voisinage du tombeau d'un martyr.
Enfin il n'est pas rare d'y voir , parmi les peintures les plus importantes , diverses compositions groupées de la même manière autour des sacrements de baptême et d'eucharistie. On y remarque la même conception symbolique que dans les autres, bien que le sujet soit traité souvent trèslibrement et d'une manière générale. Nous y voyons en effet, outre la représentation simple du baptême, Moïse faisant sortir du rocher de l'eau que des personnes altérées boivent avec avidité. Le poisson est aussi devenu une espèce d'hiéroglyphe, un des symboles les plus importants du christianisme. En grec, le mot poisson, 1X6Y2, se compose des initiales des mots: ' l-rçao-jç Xpiaxoç Hîou Tioç itorrçp, c'est-à-dire: u Jésus-Christ fils de Dieu, sauveur". La communion est généralement représentée par une société réunie autour d'une table (ordinairement 7 personnes) , et sur la table sont du pain et un poisson , allusion au Sauveur. Dans bien des cas , il y a également des pains dans des paniers placés par terre. C'est en même temps une allusion au miracle de la multiplication des pains , qui est souvent aussi représenté à part. Tous ces sujets et beaucoup d'autres, surtout les traditions de l'Ancien Testament dans lesquelles on pouvait trouver une allusion symbolique aux événements chrétiens, se retrouvent dans les peintures de toutes les catacombes et dans les sculptures des anciens sarcophages chrétiens. Les nombreuses inscriptions ont la même tendance; elles sont très-simples jusqu'au milieu du 111e siècle, comme nous l'avons déjà dit plus haut, mais à partir de cette époque, elles sont plus explicites et plus riches en expressions de deuil et d'espérance. Des peintures, inscriptions et sarcophages des catacombes se trouvent maintenant reunis au musée chrétien de Latran (p. 260), où on peut les étudier à loisir.
Les catacombes s'étendent en une grande circonférence autour de Rome, mais la plupart se trouvent concentrées entre les anciennes voies Salara, Nomentane , Latine, Appienne et d'Ostie. On en a retrouvé jusqu'à présent plus de soixante, différant beaucoup de dimensions; mais il n'y en a aujourd'hui qu'une partie d'accessibles. D'après les calculs précis de M. Michel de Rossi, elles occupent une superficie de 246 hectares (2,466,778 m. car.). Il ne faut pas oublier cependant qu'elles sont à plusieurs étages (jusqu'à 5), dont le plus élevé est à 7 ou 8 m. de la surface ; et dont le plus bas descend jusqu'à 22 m. de profondeur. Toutes les galeries forment ensemble une longueur de 876 kilomètres. Les plus importantes sont:'
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