Le Corso et les rues avoisinantes
Le * Corso, officiellement dénommé corso Umberto I, est une des trois rues qui partent de la place du Peuple (p. 170), au S., la grande du milieu. Il correspond à la Via Lata de l’antiquité, qui commençait au Capitole et se prolongeait hors de la ville sous le nom de voie Flaminienne (v. p. 410). Il a 1500 m. de long, de la place du Peuple à la place de Venise, distance qu’on parcourt à pied en 20 min. env.
La partie N. est peu animée. Entre les deux premières rues transversales, à partir de la place du Peuple, se trouve, à dr., n° 518, le palais Rondanini (pl. 1 17), maintenant Sanseverino ; la cour renferme une Pietà inachevée de Michel-Ange, à laquelle il essaya de travailler encore peu de jours avant sa mort.
Plus loin à dr., l’église S. Giacomo in Augusta , ou degli Incurabili, dont la façade est de Carlo Maderna. Elle dépend de l’hôpital voisin, qui s’étend jusqu’à la via di Ripetta et renferme à l’intérieur, sur un palier de l’escalier, un superbe bas-relief de la Vierge par Andrea Bregno (xve s.; s’adresser au portier). Presque en face, à g., la petite église Gesù e Maria, avec façade de G-irol. Rainaldi.
Dans la 3e rue transversale à dr., la via de ’ Pontefici, se trouve, au n° 57, à g., l’entrée du mausolée d’Auguste (pl. 1 17-18), tombeau que cet empereur fit construire pour lui et sa famille et où la plupart de ses successeurs jusqu’à Nerva furent inhumés. Sur un énorme soubassement, qui renfermait les caveaux, s’élevait en terrasse un tertre ombragé de cyprès et décoré au sommet de la statue de l’empereur. Devant le mausolée
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Le Corso.
qui était entouré d’un parc se trouvaient les obélisques mentionnés p. 193 et 196. Au moyen âge, ce mausolée servit de forteresse aux Colonna. Quelques-uns des caveaux existent encore.
A un endroit où la rue s’élargit, à dr., St-Charles-au-Corso (S. Carlo al Corso; pl. 1 18), église nationale des Lombards, très fréquentée par le monde élégant. Elle a été commencée en 1612 par Onorio Lunghi et continuée par Martino Lunghi le Jeune et Pietro da Coi'tona. La façade disgracieuse a été ajoutée en 1690 par le cardinal Omodei. La riche décoration de l’intérieur est de Pietro da Cortona. Les voûtes ont été peintes par Giacinto Brandi. Le maître-autel est surmonté d’un des chefs-d’œuvre de Carlo Maratta , la Vierge recommandant au Christ St Charles Borromée, dont le cœur est conservé sous l’autel.
C’est à la via Condotti , qui vient de la place d’Espagne à g., et se prolonge à dr. par la via Fontanella di Borghese (p. 230), que commence la partie intéressante du Corso, bordé de beaux magasins et animé surtout vers le soir d’un grand concours de piétons et de voitures.
A dr., n° 418 a, le grand palais Ruspoli (pl. 1 18), construit en 1586 par Ammanati et décoré d’un bel escalier en marbre.
A g., n° 151, à l’angle de la via Frattina, le palais Bernin. Dans le vestibule, grand groupe du Bernin, «le Temps mettant au jour la Vérité», un des plus mauvais spécimens du genre allégorique de son temps, mais d’une très bonne exécution.
Sur une longue place qui s’ouvre à dr. s’élève l’église S. Lorenzo in Lucina (pl. 1 18), fondée au ive s. par une pieuse matrone du nom de Lucina, mais souvent modifiée plus tard, en dernier lieu en 1606. A l’intérieur, au 2e pilier de dr., le tombeau de Nie. Poussin (m. 1665), érigé par Chateaubriand. Au-dessus du maîtreautel, un Crucifîment du Guide. Parmi les reliques, une partie du gril de St Laurent, qui est quelquefois exposée et qu’on peut voir en le demandant (20 c.).
An coin de la place et du Corso, à dr., 1 e palais Fiano (pl. 1 18), auj. pal. Almagià, sur l’emplacement du sanctuaire de la Paix (Ara Pacis, p. 188). Les fouilles commencées en 1903 ont été reprises en 1906, mais interrompues depuis. A côté du palais, il y a eu jusqu’en 1662, un arc de triomphe antique (bas-reliefs, v. p. 264 et 268) qui encadrait le Corso; une inscription en face, au n° 167, rappelle qu’il fut démoli alors pour élargir la rue au bénéfice des courses de chevaux qu’on avait coutume d’y organiser au carnaval.
La via delle Convertite, plus loin à g., conduit à la place St- Sylvestre (pl. I 18), où l’on a érigé en 1886 un monument au poète Pierre Métastase (1698-1782), par Gallori. A l’angle N. -O. de la place est St-Sylvestre in Capite, église des catholiques anglais, construite par Paul Ier (757-767) dans sa propre maison, pour y conserver un fragment de la tête de St Jean-Baptiste, et plusieurs
Le Corso.
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fois modifiée; le parvis est ancien. Une partie du couvent qui en dépendait a été transformée en hôtel des postes et télégraphes (entrées : place St-Sylvestre et via délia Vite ; p. 149). L’autre partie est occupée par le ministère des travaux publics. Dans la cour, grands fragments d’architecture richement décorés, déblayés en 1908; ils appartenaient sans doute au temple érigé ici au Soleil par Aurclien.
Tramivays de la place St-Sylvestre à la gare et de là à la place de Venise, à la porte St-Jean, à S. Agnese fuori, à la policlinique, v. l’app. n»» 2, 8, 9, 11 et 18.
Sur le Corso, à dr., n° 374, le palais Verospi , maintenant Crédit Italien (pl. I 18), construit par Onorio Lunghi et modifié par Al. Specchi. Il a dans une loggia du premier étage de jolies fresques à sujets mythologiques, par l’Albane.
A g., au coin de la via delle Convertite, le palais Marignoli , dont le Café Peroni & Aragno (p. 147) occupe tout le rez-de-chaussée ; puis, aussi à g., les magasins Bocconi , construits en 1886-1887 ; à côté, débouche la via del Tritone (p. 176).
A dr., au coin de la place Colonna, le grand palais Chigi, commencé en 1562 par Giacomo délia Porta , achevé par Carlo Ma derna, maintenant résidence de l’ambassadeur d’Autriche auprès du Quirinal (p. 151). Il renferme une petite collection d’antiques et de peintures, et une bibliothèque (Bibl. Chisiana, p. 161), toutes deux fermées au public.
La belle place Colonna (pl. II 18; musique militaire, v..p. 164), que traverse ici le Corso, est une des plus animées de la ville. Les travaux d’agrandissement, commencés en 1889 par la démolition du palais Piombino et non encore terminés, en ont reculé l’étendue, à l’E., jusqu’à Ste-Marie in Via , église bâtie en 1594 par M. Lunghi le Vieux.
. A dr. sur la place, qui lui doit son nom de Colonna, s’élève la *colonne de Marc-Aurèle, ornée de bas-reliefs, comme celle de Trajan, ayant pour sujets les guerres de l’empereur contre les Marcomans et d’autres peuplades germaniques des bords du Danube. La colonne, attribuée autrefois à Antonin le Pieux, se compose de 28 morceaux, plus le chapiteau et la base, et mesure 100 pieds des anciens ou 29 m. 60 de hauteur. Sixte-Quint en entreprit la restauration en 1589; il fit placer en haut la statue de St Paul et revêtir de travertin les parties supérieures du socle de marbre antique, dont le tiers inférieur est resté enfoui dans le sol. Un escalier en spirale (inaccessible) conduit au sommet.
Les bas-reliefs qui en font 23 fois le tour sont interrompus au milieu, à l’E., par une Victoire écrivant sur un bouclier; ceux du bas sont relatifs à la guerre de Germanie contre les Marcomans et les Quades (172-173), ceux du haut à la guerre contre les Sarmates, les Jazyges et les Quades (174-175). La partie la plus curieuse est au troisième tour à partir du bas, à l’E., où l’armée romaine épuisée est sauvée par une pluie
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Le Corso.
merveilleuse, qu’on expliquait déjà au ive s. par un miracle dû aux prières des soldats chrétiens.
Le bâtiment à l’0. de la place a une galerie de colonnes ioniques antiques provenant de Yéies (p. 464) et qui s’y trouvent depuis 1838. Au rez-de-chaussée sont les restaurants Colonna et Fagiauo (p. 148).
Les rues à dr. et à g. aboutissent à la place du Mont-Citorio (p. 233); une autre à g. mène au S. à la piazza di Pietra (pi. II 18), bordée au S. par 11 colonnes corinthiennes, de 12 m. 90 de haut, d’un *temple qu’on suppose être YHadrianeum, élevé en 145 apr. J.-C. par Antonin le Pieux à la mémoire d’Adrien, son père déifié. Ce temple portait autrefois le nom de temple de Neptune; il avait 8 colonnes sur la façade et 15 sur les côtés; les 11 qui subsistent étaient du côté N. Le bâtiment voisin, la Bourse , auparavant la Douane (Dogana di Terra), comprend un pan de mur de la cella du temple. Les hauts-reliefs, représentant les provinces soumises et mentionnés p. 263, décoraient ce temple ouïes colonnades environnantes. — La via de’Pastini conduit de la place au Panthéon (p. 233), tandis qu’on retourne au Corso par la via di Pietra.
Du Corso à la fontaine de Trevi,par la viadelle Muratte, v.p. 176.
Plus loin dans le Corso, à g., là où il s’élargit, n° 239, le *palais Sciarra-Colonna (pl. II 18), le plus beau de toute la rue, construit par Flaminio Ponzio au commencement du xvne s., avec un portail plus moderne.
En face du palais, à dr. de la rue, la caisse d’épargne (Cassa di Risparmio), bel édifice dû à Cipolla (1868). La première rue suivante, à dr. du Corso, conduit à St-Ignace (p. 221), la deuxième et la troisième au Collège Romain (musée Kircher, p. 221). Entre ces deux dernières rues, à dr., n° 307, le palais Simonetti. En face, un peu en retraite,
St-Marcel (S. Marcello; pl. II 18), église déjà mentionnée en 499. Elle s’écroula en 1519, fut reconstruite par Jac. Sansovino , et a été complètement modernisée en 1874; la façade, élevée en 1708, est de C. Fontana. A g. en entrant, double tombeau des cardinaux vénitiens Griov. Michiel (m. 1503) et Ant. Orso (m. 1511). La 4e chapelle à dr. a au plafond des peintures de Perin del Vaga} achevées après sa mort par le Volterran et Pellegrino da Modena.
Au delà de la rue suiv., celle qui mène à dr. au Collège Romain (p. 221) et à g. à la place des Sts-Apôtres (p. 227), se trouve, à dr., S. Maria in Via Lata (v. p. 215), petite église déjà mentionnée au viie s. L’édifice actuel est du xvne s., avec une jolie façade d’après les dessins de Pietro da Cortona} exécutée en 1680. Un escalier conduit du portique à un oratoire (construit par Yignole) où enseignèrent, dit-on, St Paul et St Luc. Il y a sous cette église et sous le palais Doria de grands piliers en blocs de tuf, restes des Sæpta Julia, édifice commencé par César et achevé par Agrippa et qui servit de salle de vote, puis de cirque et de marché.
Place de Venise.
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A côté de l’église se trouve le palais D or ia (pl. II 18) ; sa façade E. tournée sur le Corso (v. p. 225), est si heureusement conçue que ses hardis profils s’adaptent admirablement à la vue de bas en haut causée par l’étroitesse de la rue.
En face, de l’autre côté du Corso, le palais Odescalchi , construit en 1887-1888, dans le style florentin; à côté, le pal. Salviati, bâti par Carlo Rainaldi, où siégea de 1725 à 1803 l’académie française des Beaux-Arts (v. p. 173).
La dernière maison à dr. est le palais Bonaparte , anc .palais Rinuccini , construit au xvne s. par Mattia de Rossi. C’est là que mourut, en 1836, Lætitia Bonaparte, mère de Napoléon Ier.
Le Corso se termine au S. à la place de Venise (pl. II 17 ; 15 m. d’alt.), où débouchent, à g. la via Nazionale (p. 193), à dr. la via del Plebiscito, prolongement du cours Victor- Emmanuel (p. 241). C’est le centre du réseau de tramways de la ville (v. le pl. de l’app.).
Le *palais de Venise (pal. Venezia; pl. II 17), qui a donné son nom à la place, est un édifice dans le style florentin, aux formes massives (v. p. lxiii). Commencé avant 1455 par le cardinal Barbo, plus tard pape sous le nom de Paul II, il est bâti avec des pierres du Colisée. On ne connaît pas l’auteur du plan, attribué certainement à tort par Vasari à Griuliano da Maiano, celui-ci n’ayant jamais travaillé à Rome; Mco del Caprina a dirigé les travaux de construction. Ce palais, donné en 1560 par Pie IV à la république de Venise, passa avec elle en 1797 à l’Autriche, et a servi depuis de résidence à son ambassadeur près de la Curie. La belle arcade à deux étages de la grande cour, par Giac. da Pietrasanta, n’est pas achevée. Le petit palais (Palazzetto Venezia) qui l’avoisine au S.-E., construit de 1466 à 1469, va être démoli pour dégager la vue sur le monument de Victor-Emmanuel II et la loggia de la cour sera installée à l’O. de la place St-Marc mentionnée p. 220.
Le côté E. de la place de Venise est occupé en entier par le palais d’une société d’assurance ( Assicurazioni Generali Venezia, pl. II 20) pendant moderne du palais de Venise, construit de 1902 à 1907 sur l’emplacement de l’anc. palais Torlonia. On y voit un bas-relief en pierre du lion de St-Marc (xvi s.), provenant de Padoue. Au 4e étage, la direction générale des Antiquités et Beaux-Arts. — Derrière, on jouit d’une vue dégagée sur l’église S. Maria di Loreto et la colonne Trajane (p. 297).
Le versant nord du Capitole, devant lequel on arrive ainsi, est en transformation depuis 1885. C’est là qu’on est en train d’élever le grandiose monument de Victor-Emmanuel II, d’après les plans conçus par le comte Gius. Sacconi (1850-1905), qui sera pour la perspective du Corso une magnifique toile de fond. Le montant des frais est estimé à 24500000 fr. et l’ensemble des dépenses pour expropriation de terrains, soubassements, travaux préparatoires, etc. a déjà englouti une somme de plus de 10500000 fr.
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St-Marc .
Un escalier monumental conduit à une vaste galerie qui est supportée par des colonnes de 15 m. de hauteur, richement décorée de mosaïques et de peintures, et sera précédée d’une statue équestre du roi. La hauteur totale sera de 63 m. 50. On installera dans le soussol un musée dit «del Risorgimento Italiano». On peut visiter le monument le dim. de 9 h. à midi; entrée par la via Giuiio Romano.
Au commencement de la via di Marforio (p. 293), maintenant fermée, qui mène au S.-E. au Forum Romanum, se voit, à g., le tombeau de C. Poblicius Bibulus (pl. II 20), auquel cette sépulture fut donnée par le sénat, pour lui et les siens, en témoignage de reconnaissance: «honoris virtutisque causa», dit l’inscription. Ce monument, de la dernière époque de la République, s’est trouvé en dehors de l’enceinte de Servius, les sépultures étant alors interdites dans la ville.
A quelques pas à l’O. est St-Marc (S. Marco ; pl. II 17), église qui donne sur le square de ce nom, et qui est enclavée dans le palais de Venise. Sa fondation remonte, dit-on, au temps de Constantin. Elle a été reconstruite en 833 par Grégoire IV et décorée de son beau portique en 1469. L’intérieur a été transformée au xvne s. et en dernier lieu en 1744, par le cardinal Quirini.
Sous le portique, inscriptions romaines et chrétiennes. Au-dessus du portail intérieur, St Marc l’Evangéliste, bas-relief, vraisemblablement par Ant. Filarete (p. 347). — On descend plusieurs marches pour entrer dans l’église. L’intérieur est tout couvert d’ornements rococo, à l’exception de l’abside et du beau plafond à caissons, oeuvre de Marco de' Dolci (1467- 1471). L’abside, avec son pavé remarquable en appareil alexandrin, est de plusieurs marches plus élevée que le reste de l’eglise. Les mosaïques datent de l’époque de la dernière décadence de l’art (ixes.; v. p. lxi); elles représentent: au milieu, le Christ; à dr., St Marc, St Agapet et Ste Agnès; à g., St Félicien et St Marc, amenant Grégoire IV. — Bas côté de dr., lr« chap.: Palma le Jeune, Résurrection. 3* chap.: C. Maratta, Adoration des Mages. Bas côté de g., 2« chap., bas-relief de l’autel: Grégoire Barbadigo distribuant des aumônes, par Ant. d'Este. — Dans la sacristie, un autel avec tabernacle par Mino da Fiesole et Giov. Dalmata; excellent portrait du pape Marc, par Melozzo da Forlï.
Les maisons abattues du côté O. de la place St-Marc seront remplacées par le nouveau Palazzetto Venezia (v. p. 219). — La via di S. Marco aboutit à la via d’Aracœli , qui mène à g. à la place d’Aracœli (p. 256) et au Capitole, à dr. à la place du Gesù (p. 242).