LVI
carrés à cannelures verticales ou triglyphes, tandis que l’architrave ionique est divisée en trois bandes et la frise sans triglyphes. La corniche, c’est-à-dire la partie la plus élevée ou la troisième de l’entablement, entre la frise et la toiture, est caractérisée par les mutules, membres saillants et espacés qui sont censés représenter les extrémités des chevrons du comble ; ils sont simples dans l’ordre dorique et denticulés dans l’ordre ionique. L’ordre corinthien se rapproche de ce dernier pour l’entablement; la corniche y est divisée en plus de membres et est plus richement ornée, les denticules y sont remplacées par des modillons ou petites consoles, enfin le tout est comme couvert d’un réseau de feuilles d’acanthe et d’autres ornements. Les Romains cherchèrent aussi à enrichir l’entablement, et ils ont combiné dans la corniche la denticule ionique avec le modillon corinthien.
Une étude exacte et approfondie des particularités et des différences de l’architecture romaine exige plus de temps et d’effort que ne peuvent lui consacrer la plupart des voyageurs. Ils se contenteront donc d’une connaissance plus sommaire. Le plus beau et le mieux conservé des édifices antiques que possède la capitale, c’est le Panthéon (p. 233), qui, commencé sous Auguste par Agrippa, n’a reçu sa forme définitive que sous Adrien. Malgré toutes les mutilations qu’elle a subies tant dans l’antiquité que dans les temps modernes, cette gigantesque rotonde, inondée par le haut de flots de lumière, produit toujours ufi effet irrésistible, semblable à une soudaine révélation qui en dit plus qu’une étude de longue haleine.
Dans la contemplation des chefs-d’œuvre de l’architecture comme de ceux de la sculpture, il sera donc plus sage de s’abandonner sans réserve à l’impression que produit ce qui est vraiment grand et beau, que de s’y soustraire trop rapidement pour voir si possible tout ce qu’il y a à voir sans en retirer aucun profit. Attirer l’attention du lecteur sur ces chefs-d’œuvre et les lui rendre compréhensibles, tel a été le ITut de ces pages. Elles n’ont pas la prétention de prévenir le jugement du lecteur, mais de l’aider à juger par lui-même et de lui permettre de jouir plus facilement et davantage de ce qu’il voit. Les créations de grands artistes ne méritent pas en effet qu’on leur fasse l’injure de les louer en répétant sans le comprendre ce que d’autres en ont dit, et le véritable plaisir que doit inspirer la vue de ces œuvres n’est que pour celui qui apprend à voir de ses propres yeux, à juger et à ne sentir que par soi-même.