LA RENAISSANCE EN EMILIE
Sans avoir la prétention de les énumérer tous, tels étaient en Emilie les foyers secondaires où la Renaissance trouvait ses plus fermes soutiens. Quand on se promène aujourd'hui à travers toutes ces résidences fameuses, lame est assaillie par une mélancolie profonde, tant les rues sont devenues silencieuses et désertes ; seuls les monuments parlent encore des gloires d'autrefois.
Dé le premier éveil de l'âme italienne, le tempérament de l'Emilie se montre plein d'agrément et d'esprit moqueur. Fra Salimbene, malgré les étreintes de la superstition médiévale, égaie sa chronique d'un enjouement aimable ; Benvenuto Rambaldi mêle des anecdotes joviales au commentaire de la Divine Comédie. L'Emilie est la patrie du Roland amoureux, du Roland furieux, du Seau enlevé et de la riante peinture du Corrège.
La Romagne, même a l'époque de la Renaissance, est moins gaie, et les vers que Dante lui consacre n'ont pas cessé d'avoir leur application : La Romagne n'est et n'a jamais été sans guerre, dans les cœurs de ses tyrans. " Néanmoins, l'art n'y fut certes pas négligé, et c'est là que, vers le milieu du XVe siècle, apparut la première grande œuvre conforme aux lois nouvelles de l'architecture, r— — : — œuvre dans laquelle Léon
Battista Alberti ne se borna pas à reproduire des détails empruntés aux modèles classiques, mais voulut et sut donner l'impression complète du sentiment architectonique de l'antiquité (fig. 502). L'embellissement de l'église San Francesco, à Rimini, avait d'abord été confié au me-
Fig. 499. — Château de Torchiara.
(Cliché Cassarini.)
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 5oo. — Imola. — Palais
des Sfohza.
(Cliché Alinari.)
dJIIeur Matteo Pasti (de Vérone)
et a Matteo Nuti (de Nocera). Mais
la réalisation de l'œuvre est due aux
énergies les plus caractéristiques du
temps, concentrées dans les âmes
ardentes d' Alberti et de Sigismondo
Pandolfo Malatesta. Alberti y
apportait le charme tout-puissant
de l'art ; Sigismondo voulait que ce
monument proclamât son amour ;
tous deux, épris de littérature,
recherchaient la gloire, cet idéal
suprême de la culture classique et
de l'humanisme. L'humble église
gothique des Franciscains fut entourée d'arcades et de mausolées,
mais les arcades étaient semblables
aux arcs de triomphe des empereurs
romains, et les tombes furent destinées aux poètes et aux philosophes
qui viendraient ennoblir la résidence des Malatesta. Agostmo di
Duccio sculpta sur les murs intérieurs de délicieuses créatures enveloppées de voiles onduleux et de beaux enfants nus qui s'agitent
dans une danse joyeuse.
Tandis que le temple des Malatesta s'achevait à Rimini, Dome-
nico Malatesta Novello se faisait construire à Cesena, par Nuti, déjà
cité, un superbe palais et une somptueuse bibliothèque (fig. 496).
La ville de Forli, elle aussi, fut avide d'embellissements, en dépit des incidents tragiques et tumulteux qui marquèrent la domination successive des Ordelaffi, de l'Eglise, des Riario et de César Borgia.
La fière et sanguinaire Catherine Sforza eut recours à toutes les ressources de l'art pour faire de son
Fig. 5oi. — Ferrare. — Palais i *. j j-
n , château un séjour de de-
des Diamants. i i i
(Cliché Alinari. j lices, capable de retenir