RAPHAËL ET LES PEINTRES
parvinrent à Bologne et à Plaisance, la brillante Sainte Cécile et la Madone de Saint-Sixte, la plus divine de toutes les peintures, non seulement de Raphaël, mais de tout l'art italien. Les jeunes peintres exultèrent et les défections commencèrent dans les écoles jusqu'alors florissantes.
Parmi les premiers qui se rapprochèrent de Raphaël et qui contribuèrent par la gravure à sa gloire et à la diffusion de ses œuvres, fut le Bolonais Marcantonio Raimondi (1488?- 1534?), suivi de Giulio Bonasone (1521-1574) (de la même ville), de Marco Dente (deRavenne), tué pendant le sac de Rome (1 527), et d'Enea Vico (de Parme) (1541- 1 567). En grand nombre, les peintres de l'Emilie se laissèrent entraîner dans l'orbite du nouvel astre, surtout les Romagnols : Girolamo Marchesi, dit "le Cotignola " ( 1 47 1 - 1 540), était resté fidèle dans ses premières œuvres aux enseignements des Zaganelli, ses concitoyens ; mais il abandonna cette voie pour des formes plus larges : ses tableaux de Bologne, de Forli et surtout celui qui est maintenant à
Berlin eurent beaucoup de succès (fig. 577) ; Bartolomeo Ramenghi (1484-1542; fig.
578), dit " le Bagnacavallo ", du nom de sa ville natale, Biagio Pupini dalle Lame (1490- 1 530) et Innocenzo Francucci d'Imola (1493-1550; fig. 579) subissent d'abord l'influence de Francia, puis celle de Raphaël.
Ramenghi se réclame aussi de Dosso Dossi, dont il réussit à imiter le coloris d'une manière frappante ; Francucci, au contraire, maigre sa prétendue solennité et le fini de son exe-
IG. 578. — Bartolomeo Ramî dit ■' le Bagnacavallo Circoncision .
(Paris, Louvre.) [Cliché Alinari.)
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 579. — Innoc. Francucci
da Imola. — Mariage de
Sainte (Catherine.
(Hologne, San Giacomo Maggiore.)
(Cliché Alinari.)
cution, ne s'éleva pas au-dessus du médiocre. Son coloris est d'une crudité désagréable ; les chairs ressemblent à de la terre cuite ; des vêtements rouges aux reflets jaunes voisinent avec des draperies d'un vert criard. Raphaël avait usé des couleurs changeantes, mais Innocenzo en abusa : c'est le premier des peintres qui cultivèrent à outrance ces tons et marquèrent une date dans l'art bolonais. A Ravenne, l'influence de Raphaël fut moins intense, mais plus durable, grâce à Luca Longhi ( 1 507- 1 580 ; fig. 580), talent suave et timide; il en fut de même à Faenza avec Giacomo Bertucci (1501 ?- 1 5 79) , avec Giulio Tonducci (1513?- 1 583 ?) et avec Marco Marchetti
(T 1 588), dont les petites toiles peuplées d'une foule grouillante et
les grotesques pleins de vivacité furent appréciés jusqu'à Florence et
à Rome. Cette influence de Raphaël
se manifesta aussi à Forli, chez
Francesco Menzocchi (1502-1572),
mais pour peu de temps, car ce
peintre oscillait sans cesse entre la
manière de Palmezzano et de Genga
et même de Pordenone, passait d'un
coloris sombre à des teintes timides
où dominaient des jaunes délicats
comme de l'albâtre. Indirectement,
par l'intermédiaire d'autres écoles et
d'autres artistes fidèles à Raphaël, son
action fut durable. Par Penn del
Vaga,elle se transmit à Livio Agresti
( r 1 580) ; par Francucci, a Prospero
Fontana (1512-1597; fig. 582) ; par
Jules Romain, au Primatice (1504-
1570; fig. 576), son collaborateur,
a Mantoue, dont la réputation de
Fig. 58o. — Luga Longhi.
La Vierge et l'Enfant avec
divers Saints.
(Milan, Musée de Brera.)
(Cl. 1.1. d'Arti Graficlxe.)