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INFLUENCE DE LA MANIERE DE RAPHAËL

FïG. 58l. NlCCOLÔ dell' Abate.

Famille de Musiciens.

(Modène, (ialerie d'Esté.) (Cliché Alinari.)

grand peintre décorateur s'étendit au loin, grâce aux travaux qu'il exécuta avec le Modénais Niccolô dell' Abate (1512-1571; fig. 581)iaFontamebleau, pour le compte de François Ie l et de Henri II.

BenvenutoTisi,dit '* leGarofalo" (1481-1559), après avoir visité Rome, se convertit, lui aussi, à la manière de Raphaël ; il joignait aux qualités de coloris et de lumière de Dosso et de Palma Vecchio un réel talent de dessinateur, sans rien perdre de

la simplicité qu'il tenait de Boccaccino. Au milieu de tant de

maîtres, auxquels nous ajouterons encore Panetti et Costa, il réussit

à se faire un style personnel, où le coloris et les formes peuvent

laisser à désirer, mais qui plaît par la dignité et la grâce (fig. 583).

Doué de peu d'imagination, il se répétait souvent, jusqu'à paraître

vide ; ce défaut fut plus sensible chez lui que chez d'autres, parce

qu'il produisit beaucoup. Mais il convient de retrancher de son œuvre bon

nombre de petits tableaux qu'on lui a

constamment attribués et qui sont au

contraire de Stefano Falzagalloni

(1480-1551); celui-ci ne s'est pas

borné à imiter Tisi : il l'a contrefait.

Il se pourrait qu'Antonio Pirri ait

fréquenté l'atelier de Bernardino

Zaganelli ; plus tard, il se réclama

aussi du Garofalo, comme Nicola

Pisano (1499-1538), d'abord eleve

de Costa, et Girolamo da Carpi ( 1 50 1 -

1 556 ; fig. 584), peintre et architecte

tout a la fois. Ce dernier ne resta

pas indiffèrent a la conception artis- FlG- 582- Prospero Fontana.

tique des disciples florentins de Michel- £É?08ITI0DN. '" P*°IX;

A . , ^ . . f ,. (Bologne, Pinacothèque.)

Ange, ni de Giovanni Luteri, dit (Cliché Boiogmsi.)

6 kj

Fig. 583. — Garofalo.

Vierge et Saints.

(Modène, Galerie d'Esté.)

(Cliché Alinari.)

LE NORD DE L'ITALIE Dosso Dossi"

la plus grande gloire de la peinture ferraraise.

Il est possible que Dosso ait été à l'école de Costa ; dans tous les cas, il ne tarda pas à abandonner la manière circonspecte du vieux maître de Ferrare, poursuivre les exemples hardis des grands

Fig. 584. — Girol. daCarpi.

Miracle de Saint Antoine.

(Ferrare, Pinacothèque municipale.) (Cliché Alinari.)

Vénitiens, surtout de Giorgione et de Titien. Grâce à lui, la peinture ferraraise acquit une nouvelle force de coloris et surtout une poésie qui, des personnages, se communique au paysage, à la composition tout entière (Vision de Dresde). Ses facultés d'imagination, l'attitude héroïque de ses figures, le mystère dont il enveloppe ses fonds de tableaux, lui ont valu à bon droit d'être appelé

YArioste de la peinture. La Circé de la Galerie Borghèse (fig. 588), avec son faste pour ainsi dire oriental et la langueur de ses yeux pleins de séduction, peut être comparée à Alcine ; le Saint Georges du Musée de Ferrare et celui du Musée de Bréra sont proches parents de Roger et de Renaud. Même ses portraits ont quelque chose d'héroïque ; il est donc légitime de supposer une sympathie réciproque entre lui et le grand poète; celui-ci se plut à célébrer dans le Roland furieux à

Fig. 585. — Scarsellino. — Pieta (Rome. Galerie Corsini.) (Cliché Brogi.)

LE CORREGE

Fig. 586. — Le Corrège. — Coupole

de Saint- Jean-l'Évangéliste,

a Parme.

(Cliché Alinari.)

la. fois son ami, l'artiste Dosso Dossi, et Battista Dossi (1 548), qui, tout en travaillant avec son frère, ne resta pas insensible à l'influence de Raphaël.

Sebastiano Filippi, dit ' Sebastianino" (1 540 ?-1602), après s'être efforcé d'imiter Michel- Ange, revint, lui aussi, à la manière plus douce de Sanzio, comme le prouve sa Sainte Cécile du musée de Ferrare.

Son frère Cesare (f 1 603 ?) acquit les ornements dits grotesques ", à l'exemple de ceux des Loges du Vatican.

Le souffle vénitien, qui réchauffait l'art ferrarais, réussit à animer la peinture distinguée, mais froide, d'Ippolito Scarsella, dit le Scarsellino " (1551-1620 ; fig. 585), si raffiné dans ses petits tableaux, à communiquer de l'ampleur et de beaux effets de lumière aux compositions d'Orazio Grillenzoni, de Carpi (1 550 ?~161 7),

sculpteur en même temps que peintre, et à celle du dernier bon peintre de Ferrare, Carlo Bononi (1596-1632; fig. 587).

Tandis que Dosso travaillait avec succès à Ferrare sous l'influence vénitienne, que le Garofalo multipliait ses aimables figures, et que les artistes romagnols, groupés autour de Bologne, alourdissaient les pures créations de Raphaël, naquit au cœur même de l'Emilie un génie vraiment original et novateur, Antonio Allegri, dit " le Correge ", du nom de la ville (Correggio) où il vit le jour, en 1 494, et ou il mourut en 1 534.

Tous les renseignements qu'on

Fig. 58/. — Carlo Bononi.

Sainte Cécii 1

(Rome, Galerie Corsini.)

(Cliché Brogi.)

LE NORD DE L'ITALIE

Fig. 588. — Dosso Dossi. — Circé.

(Rome, Galerie Borghèse.)

(Cliché Anderson.)

répète sur son enfance sont imaginaires. On en est réduit aux conjectures au sujet de ses maîtres ; des affirmations tardives ou de simples hypothèses nous le montrent élève d'Antonio Bartolotti ("T 1 527) dans sa patrie, de Francesco Bianchi- Ferrari à Modène et de Francia à Bologne. Il est probable qu'il apprit les premiers rudiments de l'art dans sa famille, grâce à son oncle Lorenzo Allegri, quoique celui-ci fût un peintre médiocre. Les essais surprenants du jeune homme frappèrent d'admiration ses concitoyens et les nobles seigneurs de Correggio ; ces derniers, qui étaient en constants rapports avec les Gonzague de Mantoue, l'y envoyèrent ; là il put admirer l'œuvre puissante de Mantegna et étudier les compositions de Lorenzo Costa et de Dosso. Il appartient en somme à l'école vénitienne, ainsi que le démontrent ses tableaux de jeunesse, et surtout le grand retable qu'il peignit vers l'âge de vingt ans pour l'église de San Francesco, à Correggio ; on peut le voir aujourd'hui au musée de Dresde. A cette période, marquée par l'influence dominante des souvenirs d'école, en succède une autre (1516- 1 5 1 7), où l'artiste cherche à se débarrasser de toute entrave et à déployer une certaine originalité dans ses œuvres. Mais il n'y réussit pas encore complètement, et ses travaux, où les teintes chaudes rappellent Dosso Dossi, sont d'une expression FlG- 589- — Le Corrègè. — décoration

embarrassée et dénotent /D °/UNE C™E-

(Parme, hx-couvent de San Paolo.)

encore-quelque effort. C est (Cliché AUnari.)

Fig. 5go. — Francesco Maria

Rondani. — Vierge et Saints.

(Cliché Alinari.)

ŒUVRE DU CORREGE

à Parme, où il fut chargé de décorer une salle du monastère de San Paolo

(fig. 589),

que la personnalité du Corrège s'affirme avec éclat. A partir de ce moment, il suivait sa carrière triomphale avec un nombre

Fig. 5qi. — G. Gandini del

Grano. — Vierge et Saints.

(Cliché Alinari.)

d'œvres notable. Après avoir achevé les peintures du couvent de San Paolo, il orna de fresques la coupole (fig. 586) de l'église de Saint-Jean-1'Evangéliste, le bassin de l'abside abattue en 1587, et la lunette où il représenta Saint Jean à Patmos ; il y peignit en outre deux tableaux à l'huile. A la coupole du Dôme, il reproduisit à fresque l'Assomption de la Vierge, au milieu d une myriade d'anges et de saints. Il ne semble pas que cette œuvre merveilleuse ait été admirée ou même comprise à l'origine ; elle fut bien plutôt en butte à d'âpres critiques et à des quolibets moqueurs, comme ceux d'un certain chanoine qui la compara à un ragoût de grenouilles.

Elle était loin d'être achevée lorsqu'à la fin de 1530 le peintre revint à Correggio, où, sauf de courtes absences, il resta jusqu'à sa mort ; il travailla

pour le duc de Mantoue

Fig. 5g2. — Le Corrège. — Danaé.

a des tableaux mytholo- (Rome, Galerie Borg hèse ) (Cliché Alinari.)

LE NORD DE L'ITALIE -

giques, entre autres une Danaé (fig. 592), une Léda, une Io, etc.

Peu d'artistes ont possédé au même degré le don inestimable de la personnalité. Chez lui, les traces de l'influence des Ferrarais et de Mantegna cèdent de très bonne heure la place à une manière tout individuelle de comprendre le dessin, le coloris, le clair -obscur, la vie. Dans ses compositions, il s'efforce de justifier et d'animer toutes les figures ; nous en

Fig. 5q3. — Le Parmesan.

Portrait d'Antea.

(Naples, Musée National.)

(Cliché Alinari.)

voyons la preuve dans le Mariage de Sainte Catherine au Louvre, dans la Madone de Saint-Sébastien, dans celle de Saint-Pierre-Martyr et dans la Nuit,

à Dresde tous les trois ; dans la Madone

Fig. 594. — M. -A. Anselmi.

Vierge et Saints.

(Parme, Musée.)

(Cliché Alinari.)

Mazzola-Bedoli.

détail du tableau de la Conception.

(Parme, Musée.) (Cliché Alinari. )

de Saint- Jérôme et dans la Madone de l'Ecuelle, à Parme.

Il fut certainement moins profond dans le choix de ses sujets que Michel- Ange et que Raphaël ; mais la puissance exceptionnelle de son art communique un élan lyrique aux motifs les plus simples. Pour lui, la peinture n'avait pas de secrets ; son pinceau triomphait des difficultés les plus redoutables et donnait une vision parfaite de tous les raccourcis, de tous les mouvements, presque jusqu'à Y exagération. La joie est chez lui

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