LA PEINTURE DU XVIL AU XIX' SIÈCLE — L'ÉCOLE DES CARRACHES
L'ÉCOLE BOLONAISE; SON ORIGINE ET SON IDÉAL: LUDOVIC CARRACHE • FONDATION DE L'ACADÉMIE DE BOLOGNE. — AUGUSTIN ET ANNIBAL CARl RACHE; FRANCESCO ALBANI; GUIDO RENI ; LE DOMINIQUIN ; B. SCHEDONL LE GUERCHIN. — LE XVIII* ET LE XIX* SIÈCLE. — CONCLUSION.
LE mérite principal de l'école de peinture dite des Carraches " fut, à notre avis, de rejeter les formules vieillies et anémiées des disciples de Raphaël ou de Michel-Ange, en revenant au point de départ même de l'école de Buonarroti, et surtout au Corrège et au Titien. Rappelons qu'Annibal Carrache considérait ces deux derniers artistes comme ses vrais maîtres; il écrivait qu'à côté du Saint Jérôme du Corrège, le Saint Paul de Raphaël, qui lui avait d'abord paru un prodige de beauté ", lui semblait " un personnage de bois, dur et coupant ".
La célèbre école rompit-elle pourtant avec le tempérament de son siècle ? Elle était incapable même d'y prétendre. Ceux qui lui reprochent de ne pas avoir fait remonter l'inspiration de sa réforme jusqu'au XVe siècle, et la taxent de lourdeur et d'obscurité, montrent qu'ils ne savent pas la considérer sous son vrai jour historique. Tout en restant foncièrement baroque ", cette école mit un frein aux excès du genre. La tradition des plus grands maîtres, l'étude de l'antique, l'imitation de la nature, tel fut le programme de la lutte entreprise par les Carraches ; or ce programme ne pouvait
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 604. — Francesco Albani.
Amours dansant.
(Milan, Musée de Bréra.) (Cliché Alinari.)
être réalisé que s'il était en harmonie avec le sentiment contemporain. En d'autres termes, il pouvait corriger et atténuer les exagérations de certaines formes, mais non pas modifier le caractère général de l'art.
En fait, les maîtres qu'imitaient les Carraches avaient été les initiateurs du style baroque ; ils avaient étudié l'art antique d'après les morceaux dont le modelé manquait le plus de sobriété, ou d'après des statues d'une musculature forcée ; l'étude de la nature enfin se bornait presque exclusivement au nu et à l'anatomie humaine. Les œuvres en font foi. Un membre n'est vraiment bien peint, écrivait Tassoni, que si les veines, les muscles, avec leurs plis et leurs mouvements, sont tous mesurés, examinés, pesés et scrupuleusement copiés d'après les membres vivants, et comparés avec ceux des morts écorchés et décharnés, pour en vérifier tous les effets.
Mais ces peintres ne recherchaient plus la simplicité de la nature, ni la lumière suave, partout répandue, qui distingue les grands maîtres de la Renaissance. La composition, les poses, la lumière et les ombres, tout chez eux devient excessif, comme aussi les actions des hommes de leur temps.
Une qualité pourtant que les Bolonais parurent hériter virtuellement des Vénitiens, c'est la variété individuelle, ou, si l'on préfère, l'indépendance de l'expression picturale.
C'est ce qui les sauva longtemps de la complète décadence. Si tous
Fig. 6o5. — Le Dominiquin.
Communion de Saint Jérôme.
(Rome, Vatican.) (Cliché Anderson.)