LA PROCESSION DE SAINT-MARC
de Salis, assistait à la procession
sur la place Saint- Marc, lorsqu'il
apprit que son fils venait de se blesser
mortellement. Il s'agenouilla et supplia
Saint Marc de sauver son enfant :
tel est le sujet de cette page admirable. Gentile, fils de Jacopo Bellini,
naquit en 1 429 ; il étudia la peinture
sous la direction de son père et l'aida
dans quelques-uns de ses travaux;
en 1 469, il fut créé chevalier et comte
palatin. Dix ans plus tard, la Seigneurie l'envoya à Constantinople, où
le sultan Mahomet II avait demandé
un bon portraitiste. Il y demeura un
an, puis revint dans sa patrie, vivre
d'une vie de labeur ; avant de mourir,
il pria son frère Giovanni de terminer la Prédication de Saint Marc,
qui est aujourd'hui à la Galerie Brera,
à Milan (fig. 98).
Giovanni Bellini naquit peu après Gentile et fut aussi élève de
son père ; il partagea ensuite l'atelier de son frère, puis, lorsque
celui-ci partit pour Constantinople, il le remplaça dans les travaux
du Palais des Doges. Aidé de nombreux élèves, il y consacra de
longues années, sans pour cela renoncer à d'autres œuvres, qui
l'occupèrent jusqu'à lage de quatre-vingt-cinq ans environ ;
il mourut en novembre 1516.
Tant pour la noblesse
des formes que pour la
profondeur du sentiment,
il surpasse encore son père
et son frère (fig. 99, 100,
101 et 110). Gentile donne
plus de caractère à ses
personnages, mais son art
est rude ; Giovanni, au
contraire, transfigure les Fig. 98. — Gentile Bellini. i , ,
DÉTAIL DE LA PRÉDICATION DE S.UNT MARC. «eilS dU PeUPIe et leur
(Milan, Musée de Brera.) donne une noblesse que 5i
Fig. 97. — Marco Basaiti.
Les fils de Zébédée.
(Venise, Académie.)
(Cliché Alinari.)
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 99. — Giovanni Bellini.
Madone des Arbrisseaux.
(Venise, Académie.)
toute une génération d'artistes ne pourra se lasser d'admirer et d'imiter.
Comme son père, il sort volontiers de la peinture sacrée pour chercher des satisfactions nouvelles dans les sujets mythologiques et allégoriques ; témoins les cinq incomparables petits tableaux, réunis à l'Académie de Venise, et l'allégorie dite des Ames du Purgatoire, inspirée par un poème français du XIVe siècle (Musée des Offices à Florence ; fig. 1 10).
Après avoir suivi l'enseignement paternel, Giovanni prit pour guide Andréa Mantegna et fit, avec lui, de grands progrès dans la science des formes et de la perspective; plus tard, il ne dédaigna pas d'étudier à fond la technique d'Antonello (de Messine). Puis, se livrant à son inspiration, il exécuta des chefs-d'œuvre de grâce et de netteté, de beauté profonde, rehaussés par la chaleur d'un coloris qui prélude aux splendeurs de Giorgione et du Titien. Quoi de plus admirable que le triptyque des Frari ? C'est une de ces manifestations surhumaines du génie qui exaltent l'âme et bercent la pensée. La magnificence de la couleur, l'harmonie des décorations, surtout la figure idéale de la Vierge, suave et pensive, la beauté des enfants, le calme austère des saints, tout concourt à réaliser ce prodige
(fig. 101).
Parmi les contemporains, les uns suivirent les traditions d'Alvise Vivarini et de Bastiani ; les autres, plus nombreux, s'inspirèrent de Giovanni Bel-
Img. 100. — Giovanni Bellini. — Pieta. [, " v-»*v t »**»*** ^
(Milan, Musée de lirera.) (Cliché Alinari.) lmi.
LA VIERGE SUR LE TRONE Par Giovanni Bell i ni. — Venise. Église Son ta Maria dei Frari.
ALV1SE VÎVARINI ET SES DISCIPLES
La supériorité des élèves d'Alvise Vivanni est évidente ; nommons Bartolomeo Montagna, Girolamo Maceto, Marco Basaiti, Jacopo da Valenza, Lorenzo Lotto, etc. ; d'autres, comme Gian Battista Cima da Conegliano. Giovanni Boncensiglio, dit il Marescalco ", et Francesco Bonsigneri, ne furent qu'in-
FlG. 102.
Cima da Conegliano.
Saint Pierre et autres Saints.
(Milan, Musée de Brera.)
(Cliché Alinari.)
(1460?- 1525), d origine dalmate ou albanaise, possède un talent limité bien qu'estimable, qui nous charme par la clarté du coloris et l'élégance des personnages ; son chefd'œuvre, les Fils de Zébédée (fig. 97), se voit au
Fig. ioi. — Giovanni Bellini.
Madone et Saints.
(Venise, Église dei Fret ri.) (Cliché Alinari.)
directement les disciples de Vivarini ; nous reparlerons d'eux quand il sera question des Véronais et des Vicentins.
Le plus grand de ces artistes est Bartolomeo Montagna. Marco Basaiti
Fk;. io3. — Cima da Conegliano.
Raphaël i i i i mis de Toôie
avec DEUX S \in rs.
(W'itisc. Académie.) (Cliché Alinari.)
LE NORD DE L'ITALIL
Fig. 104. — Benedetto Diana.
Vierge avec l'Enfant Jésus et deux Saints.
(Venise, Académie.) (Cliché Alinari.)
Musée de Venise. La manière un peu froide de Girolamo Moceto, qui vécut de 1450 a 1520, présente des affinités avec celle de Basaiti ; il est très supérieur à Jacopo da Valenza, qui travailla surtout à Serravalle di Vittorio, et dont l'imagination indigente se bornait à répéter mécaniquement les mêmes formules.
Gian Battista Cima da Conegliano ne subit l'influence d'Alvise Vivarini qu'à travers l'œuvre de son maître, Bartolomeo Montagna. Né à Conegliano, en 1 459, il y resta jusqu'à l'âge de trente ans environ, puis il se rendit à Vicence ; vers 1492, il s'établit à Venise et y travailla pendant plus de vingt ans. Sa patrie ne le revit qu'en 1516, et il y mourut l'année suivante. Comme tous ses contemporains, il joignit au respect de l'art d'Alvise et de Montagna une réelle admiration pour le génie de Giovanni Bellini. Mais, en même temps, il sut conserver une originalité très caractérisée. Ses personnages sont pleins de dignité, son coloris est clair et son exécution d'une finesse idéale (fig. 102 et 103), et pourtant chez lui les types, ceux de femmes en particulier, manquent souvent de beauté. Ce qu'on remarque le plus volontiers dans ses tableaux, ce sont les délicieux paysages et les motifs d'architecture ; il arrive à représenter jusqu'à la variété des marr bres, notamment dans la Présentation de la Vierge au Temple (Dresde), qui annonce déjà, dans l'en-
Fig. io5. — Marco Marziale.
Le Repas d'Emmaus.
(Venise, Académie.) (Cliché Alinari.)
Fig. 106. — Pier Maria
Pennacchi. — Ange.
(Venise, Académie.)