CARACTERE DEFINITIF DE L'ART VENITIEN
FlG. I27. — LORENZO LOTTO.
Portrait de gentilhomme.
(Milan, Musée de Brera.)
(Cliché Alinari.)
l'opéra italien, fondé par Gioacchino Rossini, est resté dans son ensemble tel que Rossini l'avait établi, malgré les modifications que lui firent subir Bellini, Donizetti, Verdi.
Bonifazio (de Vérone), Cariani, Lotto furent en grande partie les élèves ou les disciples de Palma Vecchio.
Bonifazio dei Pitati naquit à Vérone, en 1487, et, à peine âgé de dix-huit ans, se rendit à Venise, où il épousa la nièce d'Antonio Palma, son collaborateur pour quelques ouvrages. Il faut reconnaître en lui un artiste abondant et passionné, un des plus gais et des plus brillants coloristes de cette glorieuse école, un chroniqueur incomparable de la vie vénitienne, dont il réussit à traduire les principaux aspects, sous prétexte de traiter des sujets bibliques. Dans le Moïse sauvé des Eaux, du Musée de Brera, il représente une joyeuse compagnie de dames, de cavaliers, de chanteurs, de pages, de bouffons, qui font une partie de campagne en septembre. Dans la Parabole du Mauvais Riche (fig. 133), il nous introduit dans la villa d'un patricien de Venise, fastueux et oisif, au milieu de courtisanes et de musiciens.
Giovanni Busi, appelé Cariani, né à Fuipiano, dans la région de Bergame (1480 ?- 1550 ?) est moins distingué et moins joyeux (fig. 126). Il aida Palma dans plusieurs grands travaux, termina même l'Adoration des Mages,
Fig. 128. — Titien. — Portrait
d'inconnu.
(Florence, Musée Pitti.) (Cliché Alinari.)
LE NORD DE L'ITALIE
aujourd'hui au Musée de Brera, et acquit dans le portrait un cachet de distinction qui lui manqua dans les tableaux sacrés.
Son contemporain, Lorenzo Lotto, né à Venise (1480?- 1556) et non, comme on Ta souvent prétendu, à Bergame ou à Trévise, lui était supérieur. D'abord disciple d' Alvise Vivarini, il développa son talent au contact de Giorgione et de Palma Vecchio, tout en gardant une précieuse individualité, due à un coloris précis et vivant, qu'on pourrait comparer à celui du Corrège. Sa manière de
camper ses personnages sur des lignes obliques n'est pas toujours heureuse, mais il sait à merveille leur donner une expression de piété rayonnante. On trouve ses fresques à Trescore Balneario, dans l'Oratoire des Comtes Suardi, et sur les parois latérales du monument Onigo, à San Nicolo de Trévise ; ses tableaux sont disséminés à peu près dans toute 1 Europe, mais on en voit surtout à Bergame (fig. 125) et dans les Marches, où il vécut longtemps ; il mourut à Loreto en 1556. Sa vie intime fut consacrée à la prière ; il recherchait la solitude et ne peignait que des sujets sacrés empreints de tristesse ascétique, ou des portraits, les uns pleins de douceur confiante, les autres d'une admirable sévérité ; tels sont celui de l'évéque Bernardo de' Rossi, au Musée de Naples, et l'homme a la barbe rousse (fig. 127) du Musée de Brera, deux morceaux de premier ordre. Ce fut de toutes manières un solitaire ; aucune de ses œuvres ne représente la vie dissipée et fastueuse de ses concitoyens.
Les sujets de ce genre attirèrent au contraire Paris Bordone (de Trévise) (1500-1571), peintre abondant et inégal, élève du Titien, mais inspiré surtout par l'art de Giorgione et de Palma. Il a traité avec une brillante facilité les motifs les plus variés ; cependant il manque de p^fondeur et se contente d'effets superficiels.
Fig. 129. — Paul Véronèse. — Apothéose
de Venise.
(Venise, Palais des Doges.) (Cliché Alinari.)