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PARIS BORDONE, NOVATEUR

Son coloris est vigoureux, mais parfois criard, son dessin hardi, mais souvent incorrect ; dans les vêtements, il abuse des effets de plis serrés, et cette habitude finit par dégénérer en manière. Dans quelques portraits, il se montre grand artiste, surtout dans la toile du Musée de Venise (fig. 130), son chef-d'œuvre, et l'un des tableaux les plus intéressants de l'art vénitien : un gondolier présente au doge l'anneau qu'il a reçu de Saint Marc, qui lui est apparu pendant la nuit et lui a demandé de le transporter, ainsi que deux autres Saints, en pleine mer, audevant d'un bateau rempli de démons menaçants. Ce tableau a, comme on le voit, le rare mérite de traiter un sujet nouveau.

L'abondance et la variété des spectateurs, la splendeur des vêtements et de l'architecture ne détournent en rien l'attention des deux figures centrales, sur qui se concentre tout l'intérêt. La lumière et le coloris rappellent la manière du Titien.

Giovanni Antonio de' Corticelli, dit le Pordenone (1483-1530), fut un esprit austère aux visées grandioses : ses peintures montrent la violence de son tempérament bien plutôt que Y affabilité " et la

courtoisie " dont parle Vasan. Son énergie se manifeste mieux dans les fresques que dans les tableaux ; les plus belles se voient à la Madonna di Campagna à Plaisance (fig. 131), à Pordenone et à Crémone ; celles de Cortemaggiore sont moins connues. Elève d'Alvise Vivarini, il se forma au contact de Giorgione et du Titien et fit à son tour des disciples ; parmi ceux-ci, nous rappellerons Bernardino Licinio, issu d'une famille bergamasque, qui préféra les portraits et la peinture de genre aux sujets sacrés et travailla entre 1511 et 1549 (fig. 136).

Fig. i3o. — Paris Bordone. — La remise

de l'Anneau de Saint Marc au Doge.

(Venise, Académie.)

LE NORD DE L'ITALIE

Fig. i3i.

(Piacen^a, Santa Maria di Campagna.) (Cliché Alinari.)

Entre la vieille école vénitienne et la nouvelle, se place également Girolamo Savoldo de Brescia (1480M550 ?). Il emprunta aux novateurs (Giorgione, Palma et Lotto), la vigueur du coloris et des formes ; à leurs prédécesseurs (Bonsignori et Bellini), le calme et la simplicité dans la composition, qualités qui se retrouvent plus pleinement qu'ailleurs dans son grand retable du Musée de Brera (fig. 132). Andréa Meldolla, dit le Schiavone, parce Pordenone. — Adoration qu'il était né à Sebenico (1522- 1 582), suivit une voie opposée ; il partit des procédés vigoureux du Titien et de Giorgione pour

aboutir aux grâces mièvres du Parmegianino.

La famille des Da Ponte, dite de Bassano, à cause de son lieu

d'origine, fut, comme celle des Bellini, des Carrache et des Nasoc-

chi, eux aussi de Bassano, très féconde

en peintres.

Le premier, dans Tordre chronologique, fut Francesco ( 1 470 ?- 1 540) ;

il appartient à l'ancienne école et se

rattache surtout à Montagna. Son fils

Jacopo, le plus célèbre de la dynastie,

se forma sous l'influence de Bonifazio

dei Pitati, et mourut en 1 592, à l'âge

de plus de quatre-vingts ans, après

avoir peint avec beaucoup de verve et

de chaleur un nombre infini de scènes

d'intérieurs et champêtres (fig. 135),

auxquelles servent souvent de prétextes

des sujets sacrés. Ses fils, Francesco

(1 548-1 591 ), Giovanni Battista (1 553-

1613), Leandro (1558-1623) et Girolamo (1 560-1 622) cultivèrent avec des

Fig. i32. — Girolamo Savoldo.

Vierge et Saints.

(Milan, Musée de Brera.)

(Cliché Alinari.)

FlG.

l33. — BONIFACIO DE VÉRONE. — Le MAUVAIS

Riche.

(Venise, Académie.) (Cliché Alinari.)

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