PAUL VÉRONÈSE ET LE TINTORET
talents et des succès divers Fart de leur père. Francesco exécuta des compositions heureuses (fig. 1 38), et Leandro réussit de bons portraits, mais ses deux autres fils ne surent guère que copier les œuvres paternelles.
Pour en revenir à de grands peintres, c'est ici que se placent deux artistes prodigieux, qui surpassent tous les autres par la composition et par l'habileté du pinceau : Paolo Caliari, appelé généralement Paul Véronèse, et Jacopo Robusti, dit le Tintoret. Tu es l'honneur de la peinture vénitienne ", disait Titien à Paul Véronèse ; Annibal Carrache le proclamait le premier génie du monde ; Guido Reni disait que, s'il avait pu choisir sa personnalité artistique, il aurait voulu être le Véronèse — louanges hyperboliques, mais qui nous montrent bien le prestige dont jouissait ce grand maître. Contemporain du Tintoret, il opposa à la violence dramatique de son émule la séduction d'un art éminemment calme, riche et serein. Par là, il réalise mieux l'idéal de faste et de joie des Vénitiens de son temps. Il accueille tout ce qui charme et resplendit dans la nature et dans la vie, dans le costume et dans l'art :
le luxe et la magnificence des édifices, des vêtements et des étoffes, les concerts, les fêtes, les processions, les banquets, la beauté et la séduction de créatures Fig. 134. — Giovanni Coriani,
•n • Portrait de Giov. Benedetto
merveilleuses, souriant a
1 • 1 1 - DA 'ARA.VAGGIO.
1 amour, pleines de volupté, (Bergame, Musée Canari.) (Cliché Alinari.)
LE NORD DE L'ITALIE
Fig
i35. — Jacopo Bassano. — Le Peintre et sa Famille.
(Florence, Musée des Offices.) (Cliché Aîinari.)
s'harmonisant dans une lumière, dans une transparence de coloris original avec ses tons voilés ou opaques, comme avec ses reliefs ensoleillés ; ce coloris a doté l'art d'une palette nouvelle, dont on se sert toujours, car on n'a encore rien trouvé de plus brillant ni de plus noble.
Né à Vérone, en 1528, Paolo Caliari eut pour maître Antonio Badile, qui, au cours d'une longue vie (1480-1560), sut s'affranchir du style ancien et acquérir un style souple et indépendant. Dans la composition, surtout pour ses premiers sujets sacrés, traités à Venise (fig. 141), le Véronèse subit l'influence du Titien; mais peu à peu son individualité se manifesta librement, aussi bien dans ses tableaux sur toile que dans les œuvres destinées à des panneaux décoratifs d'une forme déterminée. La composition quadrilobée de l'Académie, représentant Hercule et Cérès (fig. 137), qui provient de la Salle de la Magistrature des Blés, et Y Apothéose de Venise (fig. 129), au plafond de la grande salle du Palais des Doges, sont des témoins irréfutables de son talent décoratif et de la richesse de son génie. Parmi les sujets bibliques, son choix se porta de préférence sur
les banquets somptueux ; mais il arrivait à représenter ceux de son temps bien plus que le Souper dans la maison du Pharisien, ou le Repas chez Lévi (Musée de Brera et Académie de Venise ; fig. 117), les Noces de Cana (Louvre et Musée de Dresde), ou la Cène de Grégoire le Grand (Monteberico, près de Vicence). Dans ces gran-
Fig. i36. — Bernardino Licinio. —
La Famille de son Frère.
(Rome, Galerie Horghèse.) (Cliché Alinari.)
Fig. 137. — Paul Véronèse. — L'Abondance. (Venise, Académie.) (Cliché Alinari.)