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INEGALITE DE L'ART VENITIEN

Fig. i53. — Antonio Zanchi.

La Peste de i63o.

(Venise, École de Saint-Roch.)

admire la Bataille des Dardanelles, au Palais ducal. Les œuvres de Raphaël et de Michel- Ange, à Rome, et celles du Corrège, à Parme, l'avaient vivement impressionné, sans nuire à l'unité de sa propre manière ; l'éclat de son coloris fut apprécié, bien qu'il fît un usage parfois excessif du rouge, pour accentuer les contours et les ombres de ses charmantes figures ; on retrouve un charme analogue chez Niccolô Bambini (1651- 1 736), mais sa couleur manque de force. C'est avec lui, avec le Padovanino et encore d'autres artistes, que se prépare à Venise la palette claire du xviir siècle ; en même temps se multiplient les sujets empruntés à la mythologie grecque.

Il serait impossible de parler ici de toutes les médiocrités de ce temps : avec les étrangers qui imposaient leur manière ou imitaient maladroitement le genre italien, avec les Vénitiens incapables d'une réaction sérieuse, l'art devint inégal. A peine peut-on citer, parmi ceux que soutenait encore la foi dans les vieux maîtres, Antonio Zanchi (d'Esté) (1639-1722); on lui reproche les tons sourds de sa palette, tout en reconnaissant la solidité de ses compositions (fig. 1 53) ; associé à Pietro Negri, il peignit le long des escaliers de la Scuola di San Rocco les impressionnantes allégories de la peste de 1 630 ;

Antonio Fumiani (1643-

I71A\ j\ r . • • Fig. t5j. Padovanino. — Le Triomphe

1/ IUJ, dune fantaisie atta- H

. . . DE \ ÉNUS.

chante, quoique ses pem- (Bergame, Académie Carrara.) (Cliché A linari.)

LE NORD DE L'ITALIE

tures du plafond de San Pantaleone soient d'un coloris sombre et fumeux (fig. 156) ; Andréa Celesti (1637-1 706), dont les couleurs défectueuses ont obscurci les tableaux (fig. 157), et Niccolô Casana (1659-1714), d'une famille d'artistes, auteur de portraits et de bacchanales aux tonalités éclatantes.

L'orage qui avait troublé la peinture vénitienne fit place au calme, et l'art resplendit d'une lumière et d'une grâce nouvelles ; le XVIIe siècle s'achève, et nous entrons dans le magnifique XVIIIe siècle vénitien avec Gregorio Lazzarini (1654-1740) : sa palette a souvent de la force et de la gaieté ; son dessin est fin et séduisant ; il possède surtout un sens très vif de la composition sans rien de la manière contournée de ses prédécesseurs ; on lui reprochera même un peu de froideur académique, notamment dans la Charité de Lorenzo Giustiniani.

Lazzarini forma de nombreux élèves, parmi lesquels on peut citer, assure-t-on, Tiepolo, bien que celui-ci ait eu des maîtres d'une autre envergure et d'une fantaisie plus éclatante. Sebastiano Ricci (1660-1734) (de Belluno), pur tempérament d'artiste, au pinceau facile (fig. 155), semblait réunir et concilier les tendances les plus opposées ; élève de Cervelli à Venise, imitateur en Lombardie de Magnasco, et à Bologne de Cignani, aussi prompt à s'inspirer des vieux maîtres que du Corrège, il acquit une palette abondante, surtout après avoir étudié, au cours de ses voyages, les artistes hollandais et flamands. Il peignit à Venise de vastes toiles, malheureusement disparues ; le palais de Schœnbrunn, près de Vienne, et celui de Hampton-Court, lui doivent de fastueuses décorations. Il exécuta le carton de la belle mosaïque des Magistrats vénitiens vénérant le corps de Saint Marc sur la façade de la basilique. Gian Battista Pittoni (1687-1767), au pinceau aristocratique et facile, savait reproduire avec originalité, mais non sans affectation, les mouvements rapides, instantanés, des personnages ; l'art qu'il a

Fig. i55. — Sebastiano Ricci. — Pie V et des Saints.

(Venise, Église dei Gesuati.) (Cliché Alinari.)

FlG. l56. — A. FUMIANI. — DÉTAIL DU PLAFOND DE SAN PaNTALEONE, A VENISE.

(Cliché Alinari.)

— PlAZZETTA, PRECURSEUR DE TIEPOLO

mis dans le choix de ses couleurs le fait apprécier (fig. 147). Son tableau célèbre de la Multiplication des pains et des poissons, qu'on croyait perdu, est exposé dans la sacristie de Santo Stefano. Jacopo Amigoni (1675-1 752) est un artiste très vivant, à la manière un peu menue.

Comme il travailla longtemps en Allemagne, à Londres et en Espagne, où il mourut au service de la Cour, il est plus facile de l'étudier à l'étranger qu'à Venise.

Au commencement du XVIIIe siècle, nombreux étaient à Venise les peintres capables d'exécuter de vastes compositions d'une allure théâtrale, sur des toiles immenses, d'un grand effet décoratif. Rappelons Antonio Molinari (né en 1665, qui vivait encore en 1 727) ; on admire dans la salle de la Librena son Triomphe de l'Armée Sainte, autrefois à l'église du Corpus Domini, et une autre composition grandiose à San Pantaleone ; Gaspare Diziani (1690-1 763), élève de Ricci, spécialement apprécié pour ses décors de théâtre; Giovanni Pellegrini (1675-1 741), qui voyagea à travers presque toute l'Europe, invité par les cours souveraines : â Paris, il peignit la fameuse salle du Mississipi, où il groupa plus de cent figures. Mais celui qui vraiment prépara Tiepolo, celui dont le dessin vigoureux rendit à l'art vénitien du XVIIIe siècle le nerf et la force, fut Piazzetta, bien mieux que Lazzarini, en général d'une sage modération, ou que Ricci et d'autres artistes trop exubérants.

Gian Battista Piazzetta (1682-1754)

s occupa d abord de (Venise, Palais des Doges.) (Cliché Alinari.)

LE NORD DE L'ITALIE

Fig. i58. — Domenico Maggiotto.

La Peinture.

(Venise, Académie.)

sculpture sur bois, dans l'atelier de son père Jacopo. Puis il fit de la peinture et suivit les leçons du Bolonais Giuseppe Crespi ; il lui emprunta, en l'exagérant, son amour des contrastes d'ombre et de lumière et prodigua l'argent, là où les vieux Vénitiens avaient employé l'or (fig. 160). Artiste élégant dans ses dessins, dans ses gravures et dans ses tableaux de petite dimension, il s'est vu reprocher quelque faiblesse dans la conception et le coloris des grandes toiles ; cependant la Décollation de Saint Jean-Baptiste, à Padoue, et le Saint Dominique en gloire, à l'église des Saint Jean et Saint Paul à Venise, font justice de cette critique.

Giuseppe Angeli (1709-1798), qui peignit aux Frari une suave Immaculée Conception ; le Dalmate Federico Bencovich, dont on admire à San Sebastiano un beau tableau attribué autrefois à Piazzetta; Domenico Maggiotto (1729-1798; fig. 158), se réclamèrent de Piazzetta jusqu'au moment où Tiepolo les entraîna à sa suite. D'autres s'élancèrent immédiatement dans le sillage de Tiepolo, comme Fabio et Giovanni Battista Canal, qui peignirent à fresque un grand nombre d'églises de la province de Trévise. C'est de Tiepolo que procède le nouvel éclat de la peinture vénitienne, et ce sont ses propres fils, ceux qui subiraient le plus directement son influence, qui éclipsèrent ses autres disciples. Quelques œuvres de l'aîné, Giovanni Domenico (1727-1804), sont d'une force réelle et ont quelquefois été attribuées à Tiepolo : le second, Lorenzo (1736-1772), acquit la réputation d'un graveur remarquable.

Avant de nous occuper de la grande peinture décorative de G. B. Tiepolo, il faut parler d'autres formes artistiques qui fleurirent en même temps à Venise. Tel est le portrait, brillamment renouvelé par Sebastiano Bombelli (d'Udine), déjà nommé ici, maître du fameux Vittore Ghislandi (1655-1743), Bergamasque, appelé aussi

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