‹ Italie du nordChapitre 62 sur 200 · FRANCESCO GUARDI · texte numérisé non relu

FRANCESCO GUARDI

Fig. 162. — Francesco Guardi.

Le Grand Canal.

(Milan, Musée de Brera.) (Cliché Alinari.)

de Canal, ni de celle plus grande encore de Bellotto, pour reproduire ce qu'il ressent. Des nuages vaporeux, les ténèbres d'un orage derrière des édifices inondés de soleil, l'atmosphère opaque où les figures s'estompent, les rayons sous lesquels elles s'illuminent, mettent une variété enchanteresse dans ses tableaux.

Souvent, d'un long portique, il n'éclaire que trois ou quatre arcades ; ou bien il accumule toute la lumière sur un seul angle de palais, comme si ses ombres venaient des nuages et non des monuments voisins. A l'or sombre succède l'argent, à l'argent une série de teintes irisées, telles que son œuvre paraît, comme les coquillages, l'œuvre de la mer, Ses petits personnages ont grand air avec leurs manteaux agités par le vent ; leur démarche est pleine d'élégance ; ils sont supérieurs à ceux des autres artistes contemporains.

Bernardo Bellotto (1720-1780), quoique très habile, est inférieur à Canal et à Guardi ; sa perspective plus étudiée, plus exacte, est aussi moins poétique. Il rend les détails d'architecture avec une attention vigoureuse (fig. 1 63) ; chaque colonne, chaque pilastre

se profile en pleine lumière; il applique cette précision même aux édifices lointains et perd ainsi de cette transparence tant admirée chez Canal.

Quant aux figures, il les rend par des coups de pinceaux savoureux et adroits.

En résumé, la perspective de Bellotto est correcte, celle de Canal aérienne, celle de Guardi

Fig. i63. — Bellotto. — La Piazzetta

a Venise.

(Rome, Musée National.)

LE NORD DE L'ITALIE

sentimentale. Le succès de leurs peintures suscita de nombreux imitateurs, et la production abondante tomba dans la vulgarité.

Marco Ricci (1676-1729), neveu de Sébastien, fut original dans des paysages et des marines de pure fantaisie ; après lui, Francesco Zuccarelli ( 1 704- 1 788) jouit de la faveur publique ; il était Toscan, mais avait étudié la peinture à Venise, d'où il se rendit à Londres ; là, ses tableaux lui valurent des succès ; il y représentait des campagnes fraîches et lumineuses et peuplait de personnages d'une élégance toute française non seulement ses propres toiles, mais encore celles de Bellotto et de quelques autres. Après Giuseppe Zais (mort en 1784), le dernier disciple de Canaletto, Ippolito Caffi (1809-1866), mort à la bataille de Lissa, cultiva ce genre jusqu'en plein XIXe siècle.

C'est encore à l'école de la perspective vénitienne que se forma le beau talent de Gian Battista Piranesi (1 720-1 778), qui abandonna sa patrie attiré par le charme tout-puissant de Rome ; il y acquit la réputation d'un graveur remarquable ; ses estampes, étonnantes de force et de profondeur, reproduisent les ruines romaines les plus grandioses.

Le meilleur des aquafortistes est Marco Pitteri (1703-1786), dont l'art animait jusqu'aux œuvres des peintres médiocres, sans parler de ses interprétations des figures de Piazzetta. Il y avait à Venise toute une école d'habiles graveurs, où se forma, avant de se rendre à Londres, le Florentin Bartolozzi. Parmi eux, Francesco Novelli (1776-1836) mérite d'être mentionné pour l'étude toute spéciale qu'il fit des œuvres de Mantegna et de Rembrandt, dont il imita les estampes très habilement. Antonio Mario Zanetti ( 1 720-

1 778), critique impeccable de la peinture vénitienne, était lui-même, malgré sa modestie, mieux qu'un simple dilettante de la gravure.

Mais le génie le plus puissant du XVIIIe siècle vénitien et de tout le XVIIIe siècle italien, celui qui semble résumer le grand art de Venise pour

Fig. 164. — Luca Carlevaris.

Vue de Venise.

(Rome, Musée National.)

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