‹ Italie du nordChapitre 94 sur 200 · UNIVERSALITÉ DU GENIE DE LEONARD · texte numérisé non relu

UNIVERSALITÉ DU GENIE DE LEONARD

temps aux œuvres qu'il entreprenait ; elle lui valut auprès de ses contemporains une réputation d'inconstance et de paresse, reproche injustifiable à nos yeux. En effet, quand nous examinons le travail gigantesque que représentent ses manuscrits, nous sommes confondus de la profondeur de ses recherches ; et, en face de ses peintures, nous admirons à la fois la technique parfaite, la beauté des formes, l'expression des sentiments.

A cette valeur intellectuelle, s'ajoutaient chez lui un extérieur séduisant et des manières pleines de grâce et de dignité. Le More, si désireux d'embellir sa cour, ne laissa pas échapper un artiste d'une qualité aussi rare. De son côté, Léonard, par la nature même de son génie, ses goûts de luxe, son amour des honneurs, devait préférer la vie splendide d'une grande cour à celle de Florence, plus modeste, où les jalousies et les rancunes se donnaient libre carrière.

Ses propres aspirations et celles de Ludovic se trouvaient donc d'accord. Aussi, en 1483, quitta-t-il Florence, où il avait étudié et travaillé avec Verrocchio, peint peut-être Y Annonciation des Offices (fig. 261) et esquissé, entre 1481 et 1486, Y Adoration des Mages, commandée par les moines de San Donato à Scopeto. Une fois établi à Milan, tout en s'occupant d'organiser des fêtes, de faire des projets pour des travaux hydrauliques et pour des fortifications de châteaux, il trouva le loisir nécessaire pour se consacrer à ses recherches de prédilection, dont il ne dédaignait pas de communiquer les résultats à ses amis et à ses disciples ; ceux-ci formaient comme une seconde cour autour de lui.

Le champ de son activité artistique

Fig. 266. — Léonakd.

La Viergi \i \ Rochers.

(Londres, National daller)-.)

(Cliché Anderson )

LE NORD DE L'ITALIE

s'élargit de plus en plus.

Il peignait, modelait, dessinait des plans pour des édifices civils et des églises. Nous possédons une partie des études préparatoires considérables (fig. 264) par lesquelles il préluda à l'exécution de la gigantesque statue équestre de François

Fig. 268. — Léonard.

Le Musicien.

(Pinacothèque Ambrosienne.)

(Cliché Montabone.)

Boltraffio. En revanche, il est certain que la Vierge aux Rochers est bien de Léonard, et que c'est le tableau de Paris (fig. 265), et non celui de Londres (fig. 266), qui est l'œuvre originale du maître.

D'un document publié en 1893, il résulte que Léonard et son élève Ambrogio de Prédis

Fig. 267. — Léonard. — Fragment de " la Gène " de Sainte-Marie-des-Graces.

Sforza; malheureusement, il n'avait pas encore pu la couler en bronze quand éclata la guerre qui précéda la ruine des Sforza, et les arbalétriers français la détruisirent stupidement. Un sort analogue était réservé à ses peintures.

Les portraits qu'il fit de Ludovic le More sont perdus. Le portrait de femme du Louvre, où l'on reconnaissait jadis à tort l'effigie de Lucrezia Crivelli, et qui porte le nom de la Belle Ferronnière, est aujourd'hui attribué par quelques-uns à

Fig. 2oq. — Léonard. — Fragment de " la Gène " de Sainte-Marie-des-Graces.

LA

Page 1