FER AURAS
Ohî une aventure bien plaisante... Ecoutez tous : J'e'tais poste derrière un buisson, près du ravin de Saint-Paul... J'aime cette place , parce qu'il n'est besoin que d'un coup de pied pour cacher et enterrer un cadavre... Je vois passer ue capucin , je le saisis au bras en lui mettant moK poignard sous la gorge... il pousse un petit cri de femme. — Ce capucin, camarades, n'était autre qu'une novice échappée du couvent des Cordelières , à qui son amant avait donné un rendezvous d'amour... — Senora , vous n'avez rien , lui dis-je, mais votre amant sans doute a quelque chose, lui; et j'aiguisais mon poignard... — Épargnez-le, me dit-elle, je vous promets de l'or pour lui et pour moi , car il est riche. — De l'or ! Senora. C'est à des vieillards, à de vieux spectres blanchis, à des italiennes surannées qu'on demande de l'or.
— Mais à vous, oh! non, un baiser, rien qu'un baiser, pour vous sauver vous et votre amant. — D'abord , elle ne voulut pas ; mais ma foi , avant d'aller retrouver le jeune seigneur, la jolie nonnette passa parles bras du lazzarone... J'eusse pu avoir de l'or..., mais j'ai trouvé cela plus original.
— Qu'en dis-tu , Sander ?
SANDER
Je dis que vous liiiircz par attirer la foudre sur vos têtes.
FERAHRAS.
Je crains plus vingt carabines de ces maudits habits rouges , que tous les tonnerres de Tenfer et du paradis.
SANDER
Si vous m'en croyez , nous quitterons ce métier. Nous avons e'të heureux jusqu'à présent ; — mais n'abusons pas de la fortune ; — l'arc trop tendu finit par se briser !
FERABRAS.
Moi, quitter ce métier! Yive Dieu! autant ne pas vivreFOn me donnerait une couronne en échange, que je n'en voudrais pas... J'aime mieux mon roc escarpe, que la tenture dorée d'un palais ; — je préfère mon escopette et mon sabre retentissant , à un sceptre, jouet d'enfant, qui ne sert à rien. — Et je suis sûr que mon bœuf cuit au soleil , et ma portion de macaroni, me semblent meilleurs, à moi , que tous les mets ëpice's à ces grands seigneurs ; car eux , dans leurs repas , ils craignent toujours de mâcher et d'avaler leur mort. — Ya, si tu le veux , toi , Sander, prendre la toque brune d'ermite... moi, je ne me sens pas de vocation pour
cctclat... : une seule eliose me plairait, cependaiil, ce serait de confesser les senoras à l'œil noir....
STROZZI, iiai.t.
Et les duègnes?...
JACUPO.
Silence!... voici (juelqu'un.
Ils se versent à bouc.
GEORGINO, niliaiit loin «-.«.soitHle.
Holà ! inaiire, holà !
VERNERljiinivaul.
Qu'y a-l-il donc? tu es tout essoufle, Georgino?
GEORGINO.
Je crois bien!... j'ai tant couru.
VERNERI.
Allons , voyons : qnV a-t-il ?
GEORGINO.
Ce qu'il y a , maître? Sachez que là-bas au détour de la foret, vous savez, à la croix de la Madone, on vient d'assassiner quelqu'un.
FERABRAS, à ses conipiii^uons.
A la croix de la Madone!... nos camarades y étaient...
VKRNERl.
Grand Dieu !
5« riAJJh, DRAME.
GEORGINO.
Sachez de plus, maîlrc, qu'il vient se loger ici.
VERNERI.
De par saint Marcel mon patron! il j)eut bien aller se loger au cimetière.
GEORGINO.
Mais c'est un grand seigneur.
Qu'il soit seigneur ou manant, gentilhomme ou vilain, Georgino, il n'aura pas plus de six pieds de terre au tombeau... et son corps, devenu cadavre , n'en pourrira pas moins, — comme celui d'un chien.
VERNERI.
Cet homme a raison, Georgino;... — et d'ailleurs, je ne loge que des vivans.
GEORGINO,
Mais c'est un vivant , aussi.
VERNERI.
Imbëcille ! tu viens de me dire qu'on l'avait assassine.
GEORGINO.
Qu'on avait voulu l'assassiner.... Imaginez-vous, maître, que c'est un grand seigneur, avec de beaux chevaux blancs à sa voiture armoriée ; un
DEUXIEME TA li LE AU. Ô7
postillon qui le conduit comme réclair. liiiaj^lnc?/vous donc qu'il venait de passer la forêt , et qu'il détournait par la croix de la Madone , lorsque sa voiture fut assaillie par ces émissaires de Satan , que Dieu foudroie î ces damnes lazzarones qui de'vastent le pays, pires que loups et Sarrazins. Ils arrêtèrent le postillon et dévalisèrent la voiture.
FEIRABRAS, à ses compagnons.
Une belle voiture , un grand seigneui', la prise doit être bonne.
VERNERl.
Et le seigneur , qu'est-il devenu?
GEORGINO.
Pour le seigneur, ils l'allaient accrocher à quelque branche d'arbre , pour lui faire conserver, même après sa mort, une position élevée dans ce monde; déjà ils le tenaient dans leurs griffes comme un damné , lorsque tout-à-coup paraissent les
deux étrangers qui étaient là tout à l'heure
en un instant ils délivrent le seigneur, et , pour apprendre aux lazzarones à ne plus recommencer, ils en étalent deux par terre , qui ne se relèveront pas, je vous assure, à moins que Belzébuth lui-même ne vienne les reSvSusciter.
STROZZI, h pan.
Enfer sur ces étrangers!
r»« ITALIE, DRAME.
UN MULETIER , nu-ddiors , <jiii passr avrr sfs niulc*.
lloKi! lie ! mcssirc Vcrncri , holà !
VERNERI , sortant.
Voilà! voilà!.... Attends-moi, Gcorgino.
Les la^zaroncs se lèvent de table.
JACOPO , fiappaiit sur IN-piiilr de Grorf;ino.
Il paraît que tu n'aimes pas trop les lazzarones, toi?
GEORGINO.
Je crois bien ! des bandits qui vous grillent les pieds , mangent de la chair humaine et boivent du sang.
JACOPO
Les lazzarones mangent du pain cuit comme celui-ci, Georgino ; boivent de la bière pareille à celle-là.... et s'ils en veulent aux grandes escarcelles, ils ne font aucun mal aux petites.,, (cas à se» corapagnons.) Allous , nous autrcs , à la caverne Saint- Jean ; nous serons peut-être plus heureux que nos camarades.... — Allons, adieu, Georgino; au revoh\