‹ Italie et Espagne [Texto impreso]Chapitre 13 sur 37 · Sur le droit pénal et la peine de mort (en alleinaml · texte numérisé non relu

Sur le droit pénal et la peine de mort (en alleinaml

DECCARIA.

lions quij imprimées dans toutes les langues d’Europe depuis 1750, sont nées de cette controverse.

L’homme est-il fait pour obéir aux autres , ou pour s’obéir?

Doit-il être dirigé par la sévérité seule, ou livré ù lui-méme ?

Dans cette dernière hypothèse, si son éducation morale n’est pas faite, comment agir?

En un mot, quelle est la nature de l’homme? Voilà toute la question.

Si la méchanceté naturelle et irrémédiable de l’homme, son défaut de charité, son égoïsme, sa cruauté ne peuvent être refrénés ou combattus que par la compression violente d’un milieu redoutable et d’une législation farouche, Hobbes a raison ; Beccaria a tort. Si l’homme est perfectible ; si là civilisation peut susciter dans chacun de nous, en proportions diverses, un certain développement relativement complet des facultés, le sentiment du juste, celui du devoir et celui du droit qui est la liberté ; — le xviii* siècle a raison, — Beccaria est un de ses prophètes.

Il fut reconnu pour maître par l’Europe entière. Lord 'Manslield ne prononçait jamais le nom de Beccaria sans ôter son chapeau. Môme la tourbe et les goujats de l’armée philosophique l’adorèrent; et cette ferveur d’humanité dont l’engouement protégeait alors jusqu’au médiocre Dargens et à l’ampoulé Raynal — (en l’honneur de celui-ci la Chambre des Communes anglaises suspendit un jour sa séance) — aurait mené Beccaria aux emplois les plus hauts et aux honneurs suprêmes, s’il avait donné accès à la moindre ambition. 11 se contenta de desservir paisiblement ses leçons d’économie publique ou politique, les prémières qui aient eu lieu en Europe ; ce fut même

ITALIE

pour lui que le mot fut inventé, car cette science, pressentie pîir Xénophon et Aristote, portait alors le nom étrange de sciences camérales {camerali), — celles qui ne doivent pas sortir du cabinet et de la chambre; — elles en soçt sorties, très-heureusement.

Tel était le courant de l’époque et l’assentiment secret des intelligences que Vlndex môme respecta Beccaria; on eut soin de ne pas l’y nommer. Kaunitz, Firmian, l’empereur Léopold, Élisabeth, Catherine II le protégèrent à l'envi.

« N’enlevez pas (écrit Kaunitz à Firmian le 17 octo- « bre 1768), — n’enlevez pas à M. Beccaria l’espoir d’ob- « tenir un emploi quelconque en temps opportun et de « se trouver quelque jour investi de fonctions plus luit cratives que n’est sa chaire. C’est à mon sens un grand (I avantage pour le public, que les penseurs 'et les philo- « sophes soient dotés de manière à le servir, et mis en « leur lieu et place; pourvu toutefois qu’ils sachent se (I maintenir en de certaines limites, et qu’au lieu d’agir « seuls et selon leur caprice, ils se conduisent avec « discipline et avec ensemble. Vous savez que vers (I le commencement de l’année dernière, l’impératrice Il de Russie, excitée par le bruit de l’Europe entière Il en faveur de M. Beccaria et par l’acclamation pu- « blique, lui proposa de passer à Saint-Pétersbourg et a de venir s’y établir, promettant de subvenir à ses be- « soins et de lui faire une position honorable. Vous vous (I souvenez aussi que nous avons invité M. Beccaria h (( renoncer à ces avantages, en lui donnant l’assurance a que nous le placerions convenablement dans sa patrie,' « 11 est temps de tenir cet engagement et d’y satis- « faire. . . » Le sentimental et paresseux Beccaria fut donc nommé conseille)' et magistrat du cabinet {catnifale).

Diuiiiz?d h‘ G;.

BECCARIA

puis membre du conseil de l’instruclion publique, donna quelquefois son avis, lut quelques Mémoires, ne publia rien, et fut frappé d’apoplexie foudroyante, le 23 novembre 1794. A celte époque toutes les altentions étaient fixées sur la France renouvelée; la disparition de Beccaria Qt peu de sensation. Cette société italienne, — alors morte elle-mômc et destinée sans doute revivre, — n’avait point tourmenté ou avili sa vieillesse; il échappa du moins à la calomnie. — « Parmi nous « (dit M. Canlù ', avec une véhémente éloquence et une « sorte de fureur révoltée), la vie intellectuelle des (I hommes supérieurs se divise en deux parties. Pendant <1 la première moitié de leur carrière on les frappe, on « les déchire dans ce qu’ils ont de plus sensible et de « plus respectable ; on les lacère en mille lambeaux « pour avoir osé s’élever au-dessus de la médiocrité (I générale, pour avoir osé penser et dire autrement que « les dispensateurs de la renommée et les heureux de la « terre. Pendant l’autre moitié, lorsque l’assentiment « des étrangers et le laps du temps ont consolidé leur « autorité, on ^'ecte de les livrer à l’oubli, on s’empare « des faits qu'ils ont mis en lumière et des vérités a qu’ils ont proclamées; on les pille en les passant «sous silence;» — -et ils sont bien heureux encore si à cet oubli l’on ne substitue pas les fureurs de l’envie et du dénigrement le plus vil. C’est le fait des derniers temps littéraires, — en Italie, en Grèce, en Espagne, partout où la Liberté s’éteint.

Beccaria vivait encore lorsque Kaunitz et Firmian, résistant aux oppositions des magistrats milanais et florentins, essayèrent l’application de ses doctrines.

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