I.E POÈME DU CID
dard, non contre son roi, mais pour son compte, asseml)le des troupes, leur promet le butin, bat les Arabes et tient la campagne; disons en passant que telle est la seule signification possible du mot campeador, qui n’est ni le « champion, » ni seulement le «guerrier, n comme des gens d’esprit et de savoir l’ont cru, mais bien le chef de bandes indépendantes; — maître de sa troupe; — courant par monts et par vaux, ne se fiant pas aux citadelles, ne s’y enfermant que dans les extrêmes nécessités, et bivouaquant dans la plaine.
Quelquefois, dans les cas extrêmes, il se réfugie avec ses hommes, à l’ombre des tourelles du château de Penafiel, pour tenir en échec les Africains qui ont passé la mer; sagesse militaire qui prouve son talent et sa capacité. Nécessairement les ennemis auxquels il échappe lui en savent mauvais gré. — « Tu t’appelles el Kambithour « (Campeador), le teneur- de la campagne (lui crient « les ennemis); et te voilà perché là-haut, sans que l’on « puisse arriver jusqu’à toi. Descends donc dans la plaine « pour ne pas mentir à ton nom. » La chronique arabe, bien commentée par le grand érudit et le sagace philosophe M. Dozy de Leyde, prouve donc que le Cid a été un indépendant, un « bandit. »
Je ne fais pas l’éloge des guérilleros et des condottieri; la vie de bandit m’inspire peu d’amour. Mais c’était la constitution même de l’Espagne ou plutôt sa désorganisation. Islamites et chrétiens labouraient, l’arc sur le dos et le glaive au côté. On n’allait couper .du bois dans la forêt voisine que sous bonne escorte, en ayant soin de placer des vedettes pour se garantir des Arabes. Les plus paisibles forestiers jouaient de la hache, — atzah en arabe, en espagnol acha; — le mot, venu d’Espagne, né des azariahs ou « expéditions à la hache », est resté dans
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les langues du Nord ; — hache en français, axe en anglais.
Ce grand pOle-môle de razzias et de pillages perpétuels assurait à un honnête bandit, à un brave, entouré de quelques centaines de guerroyeurs hardis, — s’il avait quelque talent militaire, — un rôle très-important. L’;\-propos, la sagacité, la prévoyance et le coup d’œil, l’instinct du général en chef, la rapidité des combinaisons, la promptitude dans l’exécution en faisaient plus qu’un roi. Chroniqueurs et poètes font honneur de ces qualités à Roth-reich ou Rodrigue, le « Campeador» du XI® siècle, au Cid.
C’est lui qui conseille au joi Sanctius ou Sancho de surprendre l’ennemi dans ses tentes, dès l’aurore et pendant le sommeil; c’est lui qui va s’emparer de la forteresse isolée d’où il raille des Africains et les déconcerte. Sans cesse il bat les Arabes; et sa renommée s’étend. Alors, en homme de sens et de loyauté, il fait hommage au roi de ses conquêtes et lui envoie des présents.
Toutefois, homme de prudence et qui connaît son monde, il a soin de ne pas se démunir; il garde et ravitaille sa petite armée, et tient toujours la campagne. Cette conduite est fort intelligente. Le « Campeador » sait que celui qui fait peur au.x autres doit avoir de la force. Ne pouvant atteindre un rebelle si courtois et de si nouvelle espèce, le roi accepte les présents qui lui sont offerts, appelle le guerrier chrétien son cher Cid, « mio Cid », son seigneur, — ce qui n’engage à rien, — et l’engage à venir le voir. Mio Cid répond avec le respect convenable, remercie le maître de ses avances, et ne se presse pas beaucoup d’obéir. ”
Le voilà donc chef libre. 11 force Alphonse de compter avec lui. Les Arabes le redoutent, les Espagnols le vénèrent. Le roi , qui voudrait alors se l’attacher par des ré-
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compenses, marie les filles de ce soldat de fortune à deux grands vassaux de la couronne, aux deux comtes de Carrion. Ceux-ci obéissent, mais se tiennent pour déshonorés. Quelle mésalliance! Les filles du Cid ne sont pour eux que barraganas. épouses de seconde main et de second ordre; quasi uxores, dit Roderich de Tolède; — les « subintroductæ » de Cyprien; les femmes de la main gauche, de la porte secrète; espèces de demi-légitiraées dont la condition était admise dans les pays méridionaux. Ainsi le banni, le guérillero, Ruy ou Roderich, ou Rot-reich, de race inférieure, se trouve affilié à la première grandesse gothique espagnole ; — et quand il s’est emparé de Valence, qu’il gouverne comme un roi, ses gendres viennent habiter sa cour; ce qui doit les humilier assurément.
Leurs dédains d’aristocratie gothique, de vieille noblesse et de sangre ozul (sang d’azur) pour le beau-père et le nouveau maître de Valence se manifestent alors d’une façon piquante. Il y a dans le poëme des traces d’une malveillance mutuelle; les sarcasmes que se renvoyaient les partisans des Carrion et les partisans du Cid sont amers. Une certaine aventure de lion, défavorable aux Carrion, assez mal racontée, est caractéristique. Quand on n’aime pas les gens, on leur prête mille traits ridicules, on les fait parler, on les fait agir. Les comtes sont représentés comme s’étant cachés derrière un banc ou derrière le fauteuil du roi, parce qu’un lion qui s’est détaché de sa chaîne" leur a fait peur. Il est probable que les airs de ces seigneurs rie plaisaient pas aux amis plus rustiques du grand- Roderich, petit noble, soldat héroïque, devenu roi. On avait contraint ces gentilshommes d’épouser des filles de race moins bonne que la leur; et maintenant on se moquait d’eux. Ils
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avaient donc à se venger. Comme des lâches qu’ils étaient, quoique très-nobles, ils se vengèrent sur les femmes. Ils battirent cruellement les filles du Cid et les abandonnèrent au milieu d’une forêt, nues, sanglantes, meurtries. La dernière partie dw poëme est consacrée à ta vengeance du Cid.
Le roi prend sa défense, le grand jugement national est invoqué; les cortès s’assemblent. C’est devant cette populaire assemblée que se livre le combat entre les amis du vieux guérillero, du Cid , et les partisans nobles des Carrion. Ceux-ci succombent. Dieu a jugé. Les dernières fanfares du poète populaire saluent la victoire du parvenu et la défaite de l’aristocratie de premier sang.
Voilà le vrai sujet du drame. Telle en est la vraie trame, où se mêlent avec un intérêt incomparable le drame et la politique, la passion et l’histoire.
Le premier, en 1779, un antiquaire espagnol, Sanchez, savant d’une médiocre sag.acité, rendit à l’Europe le .service de lui révéler ce débris qu’il a publié sur l’unique manuscrit que l’on connaisse. Vers 1842, don Eugenio de Ochoa, excellent littérateur espagnol, découvrit à la Bibliothèque impériale un autre fragment qui se rapporte non à l’âge mùr du héros, comme le manuscrit de Sanchez, mais aux ét^énements de sa jeunesse. Ce second fragment signalé par don Eugenio de Ochoa n’a ni commencement ni fin. Celui de Sanchez n’a pas de commencement, et il a une (in.
Le premier fragment incomplet que Sanchez a publié comprend, je crois, trois parties distinctes, et il me
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semble que les éditeurs ont tort de les confondre. Vers le tiers de l’œuvre le vieux poëte s’arrête tout à coup. L’expédition du Cid est terminée. La campagne est finie; le chantre a soin de vous dire que le Cid distribue son butin à ses guerriers. Après cette distribution, notre chanteur n’a plus rien à chanter.
Puis vient un autre chant, un nouveau cantar, qui recommence par ces paroles ;
Afjui xconpieza la Gesta de min Cid el de Bivar.
« Ici commence ou reprend la Geste de mon Cid de (( Bivar. »
Ce vers jeté au milieu du récit a singulièrement embarrassé les critiques. L’explication que j’en donne est si naturelle qu’il est surprenant qu’elle ne se soit présentée à personne. M. Damas-Hinard, qui a tout publié avec un soin extrême, croit qu’il y a là une erreur de copiste; peut-être en effet, au lieu de sconpieza (commence), doit-on lire reconpieza (recommence). Mais ce qui ne peut être l’objet d’un doute, c’est que ce vers ouvre la seconde narration du recueil, qui se continue sans interruption jusqu’au vers 2285. Là le poêle s’arrête encore et fait de nouveau sa révérence à l’auditeur :
Las copias deste cantar a qui van acabando,
« Les couplets de cette chanson ici vont finissant. »
Le second cantar qui se termine ainsi est consacré à des événements sans rapport avec ceux que le cantar précédent a racontés; à des scènes distinctes où le Cid est toujours en première ligne, mais s’engage dans de
nouvelles entreprises, s’empare d’un nouveau rôle et occupe une autre place.
Avec le vers 2287 s’ouvre le dernier cantar, qui se distingue encore par un nouveau caractère et une nouvelle couleur, traite de nouvelles matières et montre le vieux Cid sous un jour nouveau. Le Cid meurt enfin; et 'œuvre entière se termine nettement par les mots:
En este logar se acaba esta razon.
« En cet endroit prend fin celte histoire. »
Si l’on ajoute aux trois cantares de Sanchez celui que iM. Ochoa nous a restitué, on a tout le poëme, partagé en quatre narrations diverses ou cantares, — la première, d’une sauvage et farouche humeur, sans moralité, sans poésie et sans grand mérite, — c’est celle qui a été retrouvée récemment par don Eugenio de Ochoa; — le second cantar, exhumé comme les suivants par Sanchez, et remarquable par la vérité, la fermeté, la netteté, la vive exactitude des peintures, la passion comprimée qui éclate à chaque vers, l’amour enthousiaste du poëte pour son héros, et cette précision des détails géographiques et matériels qui ferait croire qu’un page ou un écuyer du Cid a écrit le journal de son maître, sous la tente, après avoir nettoyé la cuirasse et fourbi l’épée; — le troisième cantar, du même genre et de la môme main; — le quatrième beaucoup plus orné, s’arrêtant davantage aux circonstances extérieures, plus descriptif et plus raisonneur, écrit avec plus de recherche et de soin littéraires, prêtant plus de jeu aux caractères, plus d’ombre et de lumière aux paysages. Le jongleur ou le p:\tre qui a chanté la première chanson n’était qu’un barbare. Le second se rapproche de Villehardouin
et de ce beau style de fer poli que vous connaissez. Le troisième n’est pas sans analogie avec l’élégant Froissart, qui raconte si bien les faits et décrit les armures avec une si aimable naïveté.
Si la régularité du plan et le soin du détail, si la perfection de la' forme et le fini de l’exécution répondaient à l'énergique grandeur et à l’unité du sujet, ce serait une des plus complètes çt des plus fortes créations du génie épique. Ce serait môme la plus personnelle ; car la seule figure du Cid remplit tout l’espace et suffit pour l’animer. Malheureusement deux ou trois chantres, de • talent fort inégal, et l’un d’eux tout à fait barbare, ont mis la main à cette œuvre mélangée, écrite dans un style rustique, fruste, quelquefois sauvage, ensevelie sous la rouille du langage archaïque. Bien des parties sont restées à l’état d’ébauche. Et cependant que de traits admirables, môme sublimes I
De l’époque où vécut le Cid date le développement social de l’Espagne moderne.
Les Arabes qui s’étaient emparés de la Péninsule, capables de faire de grandes actions, de se battre bravement, de cultiver les lettres et de les répandre, étaient incapables de se gouverner, de se modérer, de s’entendre, de sacrifier leurs passions et leurs rivalités au bien commun. Pendant qu’ils s’entr’égorgeaient de la manière la plus folle, les Goths chrétiens, repliés et ramassés sur eux-mômes, arrachaient aux vainqueurs, lambeau par lambeau, quelques portions du territoire conquis.
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Comme ce recouvrement était partiel, il donnait lieu à mille stipulations spéciales. L’esprit qui les dictait était un génie local, pratique et attaché à la coutume; spécial etnon général, contingentet non absolu, l’esprit sauvage dos Germains etGoths; — celui que l’Angleterre n’a pas abandonné; on sait combien la coutume est puissante en Angleterre, où elle domine encore la loi écrite. Chaque niunicipe ou aidée, chaque territoire stipulait pour lui-méme, par lui-même, son existence sociale, admise et consentie sous de certaines conditions, d’après de certaines convenances de localité. Chacun se donnait sa loi propre, son tribunal, son forum: « foro, fuero. » Les coutumes des Gotlis de l’Ouest, ou Visigoths, revues par .\Iphonse le Savant {el Sabio), furent rédigée* en fueros dans le même siècle.
L’Espagne chrétienne s’organisait donc au temps du Cid par l’esprit municipal, c’est-à-dire par l’esprit de liberté pratique, de concession mutuelle et d’ordre indépendant; — tandis que l’invasion arabe se désorganisait par les envies, les intrigues, les ambitions et les discordes. Autant de chefs musulmans que de grandes villes; autant d’assassinats que de révolutions. Les Orientaux avaient plus d’esprit, de grâce, d’élégance, de civilisation, de goût et de richesses que les chrétiens d’Espagne; ces derniers avaient plus de fermeté, de persistance, de force individuelle et de sens politique.
Dans l’Espagne chrétienne comme dans la France du moyen âge, l’élément féodal avait pris trop de prépondérance et d’e.xtension. Les grandes familles, comme celle de Carrion, que nous avons vue tout à l’heure en scène, écrasaient les petits nobles et gênaient singulièrement les rois; il fallait que ces derniers se préoccupassent surtout de dompter leurs vassaux et de corri-
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(jer ces esprits rebelles ; — « rebelles animos corrigere, » (lU le moine de Silos. Pour un roi, vivre, commander, régner, se maintenir, c’était la première affaire. Avant de batailler contre les Maures, il fallait se rendre maître chez soi; et pour achever cette œuvre les rois espagnols n’avaient que peu d’argenf, beaucoup d’envieux et partout des querelles. Places entre les incursions arabes et les prétentions de leurs vassaux, ces roitelets de Castille, de Léon, d’Aragon et de Navarre, plus embarrassés que nos anciens rois de France, encourageaient les libertés municipales. Ils donnaient avec empressement au peuple des fucros ou lois organiques, qui limitaient le pouvoir des nobles et rendaient chaque localité indépendante de l’aristocratie. Le peuple, de son côté, aimait mieux pencher vers les- rois que vers les grands, dont le joug plus dur l’effrayait davantage; et la discipline guerrière, qui exige l’unité, resserrée et rendue plus sévère par la guerre continuelle avec les Arabes , accroissait encore ce mouvement de centralisation monarchique qui s’exécutait sur une ligne parallèle au mouvement de constitution municipale.
Tout cela était conforme au génie actif et pratique de l’Occident européen ; l’Occident grandissait.
L’Europe accomplissait ses destinées. L’islamisme oriental, après avoir entamé l’Europe, pris la Sicile, pénétré jusqu’à Pise , était forcé de reculer. La chrétienté devenait plus solide ; le mahométisme plus faible. Les trois kalifats de Bagdad, du Caire et de Cordoue pâlissaient; l’un captif sous une garde turque, l’autre corrompu et délabré, le troisième démembré et détruit. La papauté s’élevait: les croisades s’annonçaient. Nos révolutions communales s’accomplissaient de tous côtés. On voyait poindre le sentiment de l’égalité, sentiment nou-
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veau qui jaillissait naturellement de cette communauté chrétienne réunie sous tant de drapeaux, — allemands, français, anglais, italiens, — et qui allait marcher d’un pas égal, barons et vilains, à la conquête de Jérusalem. Les paysans normands (dit Robert Wace) commencèrent à s’assembler et à se compter :
Ceux des niontagiies et des champs
S’assemldèrent très-privément
Et tinrent plusieurs piarlemens;
Ils vinrent par trente, par cent,
Ne sais par quel enticement
(« quelle persuasion «, mot anglais)
Ni qui les mut premièrement.
Après s’être confié leurs peines, s’être plaints de leurs souffrances et avoir maudit les seigneurs qui les écrasaient;
Nous sommes (s'écriaient-ils) hommes comme ils sont!
Tels membres avons comme ils ont!
Nos corps sont aussi vigoureux;
Nous sommes robustes comme eux * !
De là le développement des Communes. Il s’opéra, en France sous la protection des rois; en Angleterre sous celle des nobles. Les barons et comtés anglais comprirent que leur politique était de s’unir au peuple. La noblesse française, moins avisée, laissa les rois s’emparer du rôle que les barons avaient su prendre en Angleterre. La noblesse anglaise s’appuya sur les Communes ; nos rois élevèrent les Communes comme un rempart contre leurs Grands-Vassaux.
1. Roman de Rollon (du Rou). J’ai changé quelques mots de la vieille langue.
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Les mêmes éléments existaient en Espagne, mais comprimés par la présence de l’Islam. Tout le monde était occupé à refouler les Arabes et à les rejeter dans la mer.
Les rois n’avaient ni le temps ni le désir de détruire leur féodalité guerrière ! Les grands n’avaient pas le temps d’arracher aux communes leurs droits nouveaux !
Quant aux bourgeois et aux manants, protégés à la fois contre les Maures par l’aristocratie et contre les nobles par le monarque, ils se gardaient bien d’affaiblir de tels défenseurs.
Ainsi se formait la monarchie; ainsi se resserrait * ce tien d’unité espagnole, qui, à force de devenir ^plus ► * véhément et plus strict, plus sévère et plus étroit, a fini par étouffer et comme par étrangler le pays. Cette unité contrariait les fueros, les « chartes » écrites; mais elle était amenée par les faits. Quand elle se t rouva consacrée en outre par le sceau religieux, quand le tribunal du Saint-Offlce, institué pour cela seul, con- ^ fondit l’unité catholique dans l’unité monarchique; quand ce double idéal d’une politique absolue et d’une foi absolue plana sur le tout, il se passa quelque chose d’étrange. Écrite dans les fueros, bannie des institutions, comprimée par le cours de l’histoii'e, l’individualité invincible se réfugia dans les mœurs populaires. L’administration était monarchique; la civilisation aristocratique ; et la vie démocratique. On eut des droits sans en avoir le goût; des maîtres sans leur obéir; des privilèges sans en user; — un des plus bizarres phénomènes de l’histoire.
Le symbole hardi de la nouvelle nationalité espagnole qui se forme entre l’an 1000 et. l’an 1200, de son lier isolement, de son indomptable indépendance et de .son obéissance apparente, c’est le Cid.