Tirar et a/Ioxa>-, jeu qui s’est coiiscrvd en Espagne
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heurs qu’éprouvent les rois sont très-nombreuses, et je vais vous en dire quelques-unes. La première est de faire peu de cas des hommes; la seconde est d’usurper leurs biens et de montrer grande avarice; la troisième est de vouloir faire dominer sa volonté; la quatrième est de renverser les lois, et la cinquième est d’user de cruauté.
« Quant au premier point, mépriser les hommes est folie manifeste, et quiconque a versé le sang injustement s’expose aux plus grands maux de la vie; et c’est pour garder les peuples, et les empêcher d’être tenus à mépris par ceux qui les commandent, que de grands et sages hommes ont fait des lois et ordonnances destinéés à conserver la paix et le bonheur des peuples pendant ce court temps de la vie humaine. Et sachez que quand l’humiliation et obéissance des hommes est contrainte, elle n’est pas durable, et que l’obéissance volontaire est seule réelle et solide; et quand on blesse leurs volontés, alors s’émeuvent leurs cœurs, et leurs yeux et leurs langues, et leurs mains. Ne craignez-vous pas leurs complots? Au moins vous devez craindre leurs malédictions et les pensées qui se nourrissent dans leurs cœurs, car lorsque tontes les pensées et les volontés se concentrent sur une chose, celte voix est entendue dans le ciel; et si vous ne craignez ni le Ciel ni les hommes, vous devez craindre votre renommée en la vie et en la mort : car la renommée est une seconde vie, et on a vu beaucoup de bons religieux quitter volontairement l’existence et aimer la mort, pour obtenir renommée dans le ciel et sur la terre. Et si vous dites que vous êtes roi, je vous répondrai qu’il n’importe, et que les rois ne s’excusent pas plus que les autres hommes; et si un roi refuse justice à ses sujets, voilà que ses sujets lui refusent obéissance. Les sages rapportent qu’un roi se tenait dans son palais,
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et que les siens vinrent à la ix)rte de l’Alcazar lui demander une chose juste .et convenable, et ils attendaient la réponse. Le roi se fâcha et il dit à son alguazil : « Va, et dis-leur qu’il ne me plaît pas. d Et l’alguazil se mit en roule, puis il se retourna vers son maître, lui disant : « Seigneur, app^enez-moi quelle réponse je leur donnerai, s’ils me disent à leur tour que cela ne leur plaît pas non plus. » Et un moment après, le roi le rappela et lui dit : « Va leur répondre que je ferai ce qu’ils demandent. »
(( La seconde occasion des malheurs des rois est la grande cupidité et avarice qu’ils montrent en prenant les propriétés des hommes, sans règle et sans loi; et c’est la cause de tfts-grands maux. Les biens sont pour les hommes une source d’honneur, et il en est qui aiment mieux leurs biens que leur honneur. Grand roi, les biens et taxes que l’on donne aux rois ne sont autre chose qu’un crédit qu’on leur fait, pour qu’ils en usent en leurs besoins et guerres; et si tout à coup on épuise tout son crédit, il est impossible que plus tard on remplisse tous ses engagements et dettes, et que l’on trouve un crédit nouveau. Les propriétés des particuliers sont la base du pouvoir des rois, et le roi qui veut les leur arracher pour son propre usage et l’agrandissement de sa puissance, ressemble à l’insensé qui, pour bâtir les salles et appartements intérieurs de son palais, en arrache les fondements.
« La manière du roi envers ses sujets est celle du berger envers son troupeau. C’est chose très-connue que la grande pitié avec laquelle il traite ses brebis, leur procurant la meilleure eau et le meilleur pâturage possible, et les défendiint de leurs ennemis les loups, et les débarrassant de leur toison et leur ôtant leur lait sans
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leur faire de mal, sans déchirer leur chair et sans affamer leurs enfants. Et ce berger, c’est le roi.
<i Et la troisième occasion des pertes et malheurs des rois, est de vouloir toujours faire dominer leur seule volonté ; par là im roi devient serf, sa volonté le tient^captif ; ses appétits sont ses rois, lui ôtant sa noblesse éi M dignité, et lui enlevant la supériorité naturelle qu’il est écrit que l’homme a sur les bêtes. Et comment l’homirié qui ne peut maîtriser sa volonté deviendra-t-il maître de ses ennemis?
« Et c’est vilaine chose que vouloir faire les hommes scs escla\'es, quand on est soi-même esclave de ses passions*.
a Et la pire des volontés est l’impudicité des désirs : quiconque s’y livre perd le sens et l’esprit et l’entendement, et l’homme acquiert mauvaise renommée et s’assimile aux bêtes. Dieu qui, selon les sages chrétiens, se revêtit d’une forme humaine pour sauy.er le monde, ne tomba jamais dans ce péché; et l’homme bon et sage cherche à ressembler à Dieu autant que possible. Quant aux maux advenus à divers rois à cause de ce péché, ils sont publiquement et généralement connus; et c’est ainsi que les rois goths perdirent l’Espagne.
« La quatrième occasion des pertes et malheurs des rois, c’est-à-dire le mépris des lois et de ceux qui rendent Injustice, est la plus grave de toutes. Ce poison est mortel, car la loi est chose générale. La loi est la vérité, et le roi est son esclave et son gardien; et celui qui avilit la loi s’avilit soi-même.
<( La colère de Dieu dans l’autre monde et la haine des hommes en cette vie seront son partage. Et les peuples qui voient le roi avilir les lois qu’it doit maintenir ne se fient plus en ses serments, et cesseht de lui rendre
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