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nérale fui proclamée, cl les droits mêmes qu’elle avait soutenus au prix de son sang lui furent assurés; Elle avait beau se soumettre au gouvernement du roi de Castille; vaincue, elle était victorieuse; sa conquête était achevée.
Un officier portugais, qui servait alors dans les armées royales et castillanes, don Francisco Manuel de Melo, intelligence ferme et pénétrante, homme d’action et d’esprit, mêlé aux mouvements politiques de son époque, et profondément instruit surtout des mœurs et des habitudes de la Catalogne, a écrit en espagnol l’Histoire des premiers troubles de celte province ; comme acteur et témoin, il mérite toute confiance; comme historien, il se place très-haut près des écrivains les plus remarquables.
La destinée, qui se joue des livres comme des hommes, a longtemps enseveli ce beau talent dans les ténèbres de quelques bibliothèques dont les possesseurs attachaient peu de prix à leurs trésors. M. Simonde Sismondi ne cite pas môme le nom de Melo dans son ouvrage sur les littératures du Midi. Bouterwek n’en fait pas mention dans son Catalogue. Mal imprimé à Lisbonne en 16*5, oublj^ depuis, réimprimé à Madrid en 1808, au milieu d’événements qui eussent étouffé la j célébrité des chefs-d’œuvre les plus brillants, réimprimé > à Paris en 1826 par les soins d’un savant Espagnol; toujours négligé par la critique ; — il semble qu’un mauvais génie ait condamné à cette injuste obscurité l’ouvrage le plus intéressant et le plus énergique, le meilleur peut-être que la littérature espagnole ait produit vers le milieu du xvii' siècle.
La simplicité mülle du style, — étrangère aux ornements ridicules dont la poésie se couvrait alors; —
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la liberté des jugements, la vigueur avec laquelle les caractères se dessinent sont dignes du sujet. On y voit une nation sauvage, — se battant pour ses droits, se gouvernant elle-même, toute républicaine par les mœurs, toute catholique par les croyances, monarchique par habitude, — souvent décimée par l’ennemi, jamais abattue.
Les personnages du drame se placent tous en relief; vous les connaissez; vous les entendez; le mouvement dramatique de Thucydide et d’Hérodote se trouve là, sans effort , sans imitation de l’antique. Des circonstances analogues ont dû amener de pareils résultats ; ces hommes ont dû tenir de semblables discours ; ils ont dû se conduire ainsi ; vérité, puissance, éloquence, intérêt énergique sur un théâtre resserré, peinture animée des mœurs catalanes ; axiomes politiques naturellement déduits du jeu des passions et du cours des événements ; ces mérites nombreux auraient dû fixer l’attention sur un livre qui malheureusement a^aru pour la première fois en Portugal, dans un pays alors peu littéraire, et qui se précipitait rapidement vers la décadence.
Don Francisco Manuel de Melo, dont 1e nom manque à nos biographies et ne se “trouve que dans Biblioteca lusitana de F. Antonio Barbosa, était né à Lisbonne en novembre 1611. La poésie, la littérature, la guerre et l’amour occupèrent sajeunesse : ce mélange d’héroïsme, de galanterie et de travaux intellectuels est de tradition toute portugaise. Don Melo faisait partie de troupes qui allait servir en Flandre sous les drapeaux de l’Espagne; comme Camoëns, il fut assailli par une tempête qui, après dix-neuf jours de bourrasque, jeta le navire brisé dans le port de Saint-Jean de-Luz. La narration
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de ce naufrage est curieuse, comme document des mœurs de l’époque :
« La nuit du dernier jour était venue. Elle se passa (( dans un grand trouble ; chacun faisait des vœu.x et (( son testament. Le général n’ignorait pas dans quel « péril il se trouvait; cependant il prit une résolution « étrange : il s’habilla de ses plus riches vêtements, et « tous ceux qui étaient avec lui l’imilèrenl. a Si le nau- « frage met Un h notre existence, disaient-ils, au moins <( ceux qui trouveront nos cadavres reconnaîtront qui « nous sommes, et nous jugeront dignes d’une honoa rable sépulture. » Une fois habillé, le général tira de « sa poche plusieurs papiers, et, en ouvrant un, s’appro- « cha de don Francisco Manuel de Melo, qui avait passé «presque toute la nuit. «Voici, lui dit-il, un sonnet « inédit de Lope de Vega. Il m’en a fait cadeau la der- 0 nière fois qu’il est venu à la cour. Discutons-le. »
« En effet. Don Manuel lut le sonnet; et pendant que « l(ft mâts du navire volaient en débris, tous deux cona tinuèrent à faire leur métier de critiques, comme s’ils « eussent été au sein d’une paisible académie. Un vers « leur paraissait oiseux, ils s’occupaient encore à cher- « cher à le remplacer par un meilleur vers, quand ils « touchèrent la côte. » Cette puissance de la poésie, ce sentiment d’orgueil qui porte nos Castillans à mourir sous leur plus beau costume, ce mélange de forfanterie, de fatuité et de pédantisme, au milieu de l’héroïsme et de la sérénité d’âme les plus merveilleux, composent un tableau piquant et complet.
Melo rentra en Espagne, ût la guerre en Catalogne et en Flandre avec bravoure; et, comme cela arrive aux meilleurs citoyens sous les gouvernements arbitraires, il subit sans motif, comme sans accusation d’aucune
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espèce, un emprisonnement de trois mois. Son innocence était évidente, et l’injustice trop criante pour durer longtemps. On le relâcha. Il passa en Angleterre, visita la Hollande et revint en Portugal, sa patrie, que le duc de Bragance avait récemment délivrée. Il prit part aux atfaires politiques de son pays, et le servit avec autant de prudence et d’habileté qu’il avait déployé de courage. Accusé d’un assassinat commis sur la personne de Francisco Cardoso, il passa douze années dans les cachots, et fut reconnu innocent de nouveau; tant l’exécution de la justice était prompte à Lisbonne et son autorité protectrice.
Ce fut pour adoucir l’ennui de sa prison que Don Francisco de Melo y commença l’Histoire de VInsurrectiôn catalane. L’aversion des Portugais pour les Espagnols était extrême ; Mélo fut obligé de cacher son nom et de publier sous celui de Clemente Libertino un ouvrage où il était question de l’Espagne. Il mourut à Lisbonne, le 13 octobre 1667.
Telle fut la vie de l’homme remarquable dont, après une existence si agitée, le talent môme et les œuvres ont subi un injuste oubli. N’attendez pas d’un tel personnage une histoire purement élégante , le produit d’un rhéteur ou d’un moine. Il parle des choses politiques en homme qui les connaît. Sa manière est brève et audacieuse; il n’a point de caresses pour le lecteur, point de séductions de style.
Voici l'originale et énergique préface qui sert d’introduction à l’histoire de Don Francisco de Melo :
« Je parle à qui me lit :
H Cherches-tu la vérité, je te convie à me lire. Ne te a faut-il que délassement et belles paroles, ferme celle
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« histoire, et leiuercie-nioi de t’avoir si tôt désa- « busé.
« Ni art ni mensonge n’ont eu part à mon travail. « Citations, sentences, aphorismes extraits des philo- « sophes, ici tu ne trouveras rien de tel.
« Tout ce que l’auteur écrit, lui-même l’a pensé; béante coup de faits que je rapporte pourront te donner de « fortes leçons, mais il faut que tu saches, avec un juge- (( ment solide, les comparer aux résultats. A toi l’utilité, « à moi la peine : ainsi cet ouvrage aura deux auteurs, « moi qui écris la narration, toi qui la tourneras à ton (» profit.
(( J’offre à l’avenir un exemple, aux vivants une vérité « inconnue, au passé un souvenir. Je raconte les événe- <( menls d’un autre siècle, dont le siècle actuel et les (( suivants peuvent profiter par une interprétation que « je leur abandonne.
« Quelques-uns condamneront mon histoire comme « lugubre et terrible. Le moyen de rapporter des tra- « gédies en termes plaisants I Jamais Tive-Live n’admit a les bouffonneries de Piaule ou les saillies de Martial.
« Si quelquefois ma plume s’écarte du récit et s’aban- « donne à des réflexions sur les événements de cette « histoire, ne vois là aucun artifice ; c’est qu’alors la « matière prêtait davantage et m’entraînait à mon insu.
(( Je parle des actions de grands princes et d’autres <i personnages éminents : c’est le fait 'de l’histoire. (I Quand je m’occupe des rois, je n’oublie point le res- « pect dû à la pourpre qui les couvre; mais touchez une « plaie sanglante, même avec délicatesse, elle saigne et « fait souffrir.
« Beaucoup de choses que tu prendras pour des se- « crets impossibles à pénétrer sont pour moi des faits
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Il avérés. Ne me juge pas témérairement ; n’affirme Il point ce que tu ignores. Un motif caché au vulgaire Il et renfermé dans un petit cercle n’est point un se- II cret. Telles sont les choses que j’écris.
Il Je nomme quelquefois catholiques les soldats de Il l’armée du roi Philippe, et le roi Philippe lui-même. Il Que personne ne s’en plaigne; je suis l’écho des autres Il historiens. D’autres fois je les appelle Espagnols, Il Castillans ou Royaux : je veux toujours désigner le Il même parti ; chacun choisira le nom qui lui convien- « dra le mieu.x.
Il J’ai apporté une grande attention à faire parler les « hommes comme ils parlaient, à les représenter tels Il qu’ils étaient. Peu d’écrivains se sont eflorcés plus Il vivement de saisir et de retracer les passions comme IC elles se développèrent. Si j’ai réussi, je l’attribue au Il destin qui m’a fait connaître particulièrement la plu- « part de ceux qui jouent un rôle dans cette histoire. Il J’ai voulu dévoiler leurs âmes, non décrire leurs vê- « tements de soie, de laine ou de pourpre, comme l’a Il fait un historien célèbre de ces derniers temps.
a Crois-tu me devoir quelque reconnaissance ? N’es- « saye pas, je te prie, de connaître sur mon compte Il plus que je ne veux t’en apprendre. Je le communique « mes pensées telles que mon esprit les a formées; je Il ne t’offre point ma personne ; elle n’a point de rap- « port avec le jugement favorable ou contraire qui ab- « soudra ou condamnera mon travail. S’il le déplaît, 0 cesse de me lire; s’il te plaît, je te liens quille des « remercîments : je ne crains pas plus le blâme que je Il ne suis vain de l’éloge. Au surplus, celte histoire peut Il se continuer. Vaste est le théâtre; immense fut la « tragédie. Une autre fois-nous nous reconnaîtrons l’un