VATICAN
bronzo, donnant accès à un Yestibule au fond duquel on aperçoit un escalier (scalaregia).A. cette entrée se tiennent les gardes suisses du pape, dans leur costume bigarré, comme des valets de carreau, et ils ne laissent passer, pour aller aux galeries, que les personnes munies de billets.
C'est depuis l'occupation de Rome par les troupes italiennes qu'une autorisation est exigée pour visiter les galeries du Vatican. Auparavant, on pouvait entrer tous les jours, sans qu'il fût besoin d'autorisation, et visiter les divers musées de 9 h. du matin à 3 h. — Au lieu de faire le détour fatigant, derrière S'-Pierre, on entrait seulement par le Portone di bronzo; et voici comment on se dirigeait. Quoiauocesoitun itinéraire rétrospectif et abandonné, il y a quelque utilité à le rappeler ici, parce qu'il servira à rendre intelligible la topographie compliquée de cette partie du palais :
Au lieu de se diriger, comme aujourd'hui, vers la 3cala regia, arrivé à une certaine distance dans le vestibule, on montait, à dr., Veicalier de Pie IX (c'est Pie IX qui l'a fait couvrir en 1860). Cet escalier mène dans la cour San Damato, entourée, sur trois côtés, de plusieurs étages de portiques {Loggie) et fermée sur le quatrième par Pie IX. — L'aile à dr. e»t habitée par le pape. •-- On pouvait, en consultant le plan cijoint*, se diriger très-facilement : Arrivé dans la cour San Damaso [ainsi nommée du pape qui réunit les sources alimentant la fontaine), on tournait à g., comme l'indique la flèche, vers la porte ouverte au milieu de l'aile gauche de cette cour. On montait l'escalier, puis on entrait dans la grande galerie des Loges du 1*' étage. On la suivait jusqu'au fond ; là est la grille de la porte du Musée DES Sculptures antiques. — A dr. de cette grille, sur la galerie en retour d'équerre, une porte ouverte (en dedans de laquelle est une fontaine) aonne sur un escalier, qui mène par (>3 marches a la galerie des Loges de Raphaël (Ingresso
* Les personnes qui éprouvent quelque difficulté a se diriger en consultant un plan, devront se l'aire accompagner une première fois par un domestique de place, pour se mettre au courant de la topographie compliquée du i)alais, et bien noter, pour leurs visites ultérieures, les escaliers et les corridors à suivre, et l'emplacement des portes "ermées auxquelles fl faut Ârapper.
ALLE sale eloggib DI Raffablb); od tirait la sonnette pour appeler le autodf, — De là 73 marches conduisent à la galerie des loges supérieures. Au milieu de cette plerie, une porte en marbre est l'entrée de la Pinacotrèque (on sonnait). Un autre escalier an fond et dans l'angle à g. de la cour San Damaso (l'entrée est indiquée au plan par une flèche) conduit aux loges, aux chambres, etc. Cet escalier monte de fond et dessert tous les étages (118 marches jusqu'à l'is-
GRESSO ALLE LOGGIE DI RaFFAELE).
Pour voir les statues du Vatican, ainsi que celles du Capitole, à la lueur des flambeaux, il faut obtenir la permission du majordome; elle se délivre ordinairement pour douze personnes, et la dépense est de iOO fr. On peut s'inscrire pour cette partie à la librairie SpilbcBver. — Les personnes qui veulent dessiner ou peindre au Vatican doivent en aller, eux-mêmes, faire la demande aa maggiordomo du musée; on obtient promptement la permission.
Pour visiter les galeries du Yatican, il faut maintenant (1875) aller demander une permission au secrétariat du maggiordomo, qui ouvre à 9 h. du matin.
Pour cela on se présente au portone di bronzo {V. plus haut); un des prdes suisses vous conduit au secrétariat, où l'on vous remet (gratis), sur votre simple signature, deux billets imprimés contenant la nermission de visiter : Tun, la chapelle Sixtine, les lo^es, les chambres de Raphaël, la galerie de peinture et la bibliothèque; l'autre, les galeries de sculpture. Pour cette dernière permission, on serait très-embarrassé de savoir où s'adresser, si l'on n'était pas renseigné d'à vance. En elTet, il faut aller à la gauche de la façade de S^Picrre, passer sous une arcade qui mène à des cours intérieures, faire tout le tour de S^Pierre, puis, franchissant une porte, tourner à g. et remonter une longue avenue, bordée à dr.
par le Palais du Vatican et à g. par le mur du jardin du Vatican. Après cette longue course, on arrive à la porte d'entrée de cette extrémité du musée, située sous la salle de la biçue.{^\.i5.) — Les personnes qui ont déjà vu cette extrémité du musée, peuvent obtenir des gardiens de sortir par une grille donnant sur le jardin délia pigna^ afm de le traverser jusqu'à une porte située en face, et par laquelle on remonte au tnmé€
ROUTE 29. — ROME. — CHAPELLE SaTDfl.
Chiaranumii, près de Tescalier de la chambre du torse.
Un billet suffit pour faire entrer avec fo\ A personnes. Ces permissions ne sont valables que pour une seule fois, mais on peut les renouveler en s'ad ressaut au fecrélariat. — Le musi^e est fermé les dimanches et jours de fêle. — On visite les galeries le matin depuis 8 h. jusqu'à il h., et dans l'après-midi, depuis 2 h. jusqu'à 4 ou 5 h. Ce fractionnement de temps est très-incommode et multiplie les courses q^u'il faut faire de la ville jusqu'au Vatican. Dans l'intervalle de 11 h. à 2 b., le pape vient, dit-on, souvent se promener dans les galeries.
Escalier Royal — (scala regia).
Escalier principal du palais, près de la statue équestre de Constantin le Grand, placée dans le vestibule du portioue de la basilique de S*-Pierre ; ce bel escalier à deux rampes est du Bemin,
La scala regia conduit au premier étage à la :
Salle Royale — («a/a regia) y que Paul ni fit construire par Ant. da San Gallo. Cette salle, qui sert de vestibule aux chapelles Pauline et Sixline, est décorée d'ornements en stuc >ar Daniel de Volterre et Perino del 'aga^ de fresques historiques médiocres (dont les sujets sont expliqués par des inscriptions placées au-dessous), par Vasari, Hor. Sammacchini, Tad. et Fed. Zucchero, Saîviati, Siciolatite.,, — à gauche est la:
Chapelle Sixtine* — {V. le plan) ; ainsi nommée de Sixte IV, qui la fit construire vers l'an 1473, par Baccio Pintelli, C'est Ik que, depuis plus de trois siècles, on va admirer les fresques grandioses de Michel^Ange; — le Jdgemekt dernier en occupe le
* .Celte chapelle est ordinairement fermée ; on frappe à la porte, et le custode vous ouvre. On lui donne on sortant une rétribution de 1 fr. ou 1 fr. 50 pour plusieurs personnes. — Le pape officie en personne dans cette chapelle pendant la semaine sainte. C'est là que se chante le fameui Jf>êerere.
fond ; et le plafond est couTeh d'une innombrable quantité de figures et de compositions bibliques mTant lesquelles Tesprit reste confondu et où le président de Brosses trouve « une furie d^anatomie ».
Les peintures conservées sur les parois latérales forment, par la timidité et la petitesse de leur style, un contraste frappant avec la forte manière de Micbel-Ânge, et ne servirent cpi'à mieux constater le pas immense au géant en avant de ses prédécesseurs et de ses contemporains. A peine regarde-t>on, malgré leur mérite, ces œuvres réduites à n'être ici qu'un encadrement gracieux. Ces peintures sont d'artistes du xv* siècle, la plupart florentins. !'• série : (Ancien Testament) 1. Luca SignoreUi, Moïse et sa femme Séphora voyageant en Egypte [œuvre tr^remarquable].
— 2. ^ndro Boliicelli, Moïse tue l'Egyptien, chasse les bergers et abreuve les brebis des filles de Jéthro ; il voit Dieu dans le buisson ardent. — 3. Coiimo Rosselliy Pharaon périt dans la mer Rouge. — 4. Moïse recevant les tables de la loi et détruisant le Veau d'or. — 5. Sandro Botticelli^ Punition de la révolte de Coré. — 6. Luca Signorelli, Mort de Moïse. — II* série: (Nouveau Testament). 1. Pérugin, Baptême de J.-C. — 2. Sandro Botiicetli. Tentation de J.-C. — 3. Dom.
GhirlandajOy Vocation des apôtres Pierre et André. — 4. Cosimo Ro»seîli. Sermon sur la montagne. — 5. Pérugin, S* Pierre recevant les clefs ; cette œuvre intéressante du maître de l'Ombrie présente dans les fonds, entre deux arcs de triomphe, le petit temple polygone que Raphaël a placé dans son Sposalizio (Milan).
— 6. Cosimo Rosselli, la S** Cène. — Sur la porte d'entrée, Arrigo Fiamminao. Résurrection (originairement de Ghirlandajo). — Dans l'intervalle des fenêtres sont 28 papes, par Sandro BoiUcelli.
Plafond. — Le plakmd de la cha-
pelle Si^ine, l'œuvre la plus puissante qu'ait créée la peinture, fut commencé le 10 mai 1508 (Michel-Ange avait alors 35 ans). Il ne fut pas achevé en vingt mois, comme le dit trop légèrement Yasari, et comme on répète étourdiment une chose aussi impossible. L'impatience de Jules II ne permit pas à Michel-Ânge de naettre la dernière main à son travail ; il fit découvrir, le !•' novembre 1509, la moitié de ce plafond à peine terminée ; mais, même à la mort du pape, en 1515, les échafaudages étaient encore debout, et la chapelle n'était pas entièrement ouverte au public.
— A première vue, l'œil s'égare et ne se fixe sur rien au milieu de ces compartiments divers de forme et de grandeur. Il faut savoir les isoler successivement. On ne peut s'empêcher de regretter que cette multitude de chefsd'œuvre, qui se nuisent pai- leur confusion, ne soient pas plus facilement accessibles au regard. — Michel- Ange a divisé sa voùle en trois séries de compartiments. I. Au milieu est le plafond proprement dit, où dans des compartiments carrés soutenus par des figures sont les sujets suivants :
i. Séparation de la lumière d'avecles ténèbres. 2. Création du soleil et de la lune, et ensemencement de la terre, 5. Dieu planant sur les eaux. 4. Création d'Adam. 5. Création d'Eve.
(Une crevasse à la voûte traverse les figures d'Adam et d'Eve.) 6. Chute du
Sremier homme et expulsion du parais. 7. Sacrifice de Noé. 8. Déluge.
9. Ivresse de Noé. — II. Autour du plafond, dans les pendentifs, sont les figures colossales si célèbres des Prophètes et des Sibylles : — à dr. de r autel, i . Jérémie. 2. SibvUe de Perse. 5. Ezéchiel. 4. Sibylle Erythrée. 5.
Joél. 6. Au-dessus du portail : Zacharie. 7. Sibylle de Delphes. 8. Isaïe. 9. Sibylle de Cunies. 10. Daniel. 11. Sibjllc libyquo. 12. Au-dessus de la grande fresqu»; du Jugement dernier : Joms. — Autour sont grou- j
— JU6BMENT DERNIER.
pées une (quantité d'autres fifiires de moindre dimension. — III. Dans les tympans des quatre coins sont les compositions suivantes : 1. Assuérus etEsther, et supplice d'Aman. 2. Serpent d'airain. 5. David et Goliath. 4.
Judith et Holopheme. — Enfin, 14 compartiments circulaires et 8 triangulaires dans lesquels sont jetées une centaine de figures sans signification saisissable et qui paraissent purement décoratives.
Jugement dernier. — (F. p. 137.) Ce fut près de trente ans après avoir
Seint le plafond de la Sixtine que lichel-Ange "^entreprit ce grand ouvrage. 11 avait 66 ans quand il termina cette fresque d'un style si puissant et si terrible, qui échappe à 1 analyse et à la critique ordinaires, et reste une œuvre à part, ainsi que le poëme de Dante, dont le peintre s'est inspiré et qu'il avait lu, en dessinant sur les marges ce que l'imagination du poëtc lui faisait entrevoir. Commentaire précieux qui a péri. Ainsi que Dante, il place dans son enfer chrétien Minos et Caron : ce dernier est évidemment dessiné d'après le poëte : « Batte col remo qualunque s'adagia. » Il s'est également inspiré du jugement dernier de Signorelli, à la cathédrale d'Orvieto, et lui a fait quelques emprunts à peine transformés par son génie. La figure du Christ lui aurait été, dit-on, suggérée par celle du Christ de frà AngelicOy dans le dôme d'Orvieto ^ L'humidité, les défauts do l'enduit, la fumée des cierges ont
* Une belle copie du Jugement dernier, par Sigalon, existe à Pans au palais de* Keanx-Àrts. On y avait aussi réuni les plâitres des plus belles statues de MicheUAnae, Des copies des principales parties du plafond de la chapelle Sixiine seraient venues compléter ce bel ensemble. Paris eût possède là un précieux sanctuaire consacre au génie du ^vd^nà. artiste. Mais ce projet, conçu pendant le ministère de M. Thiers, fut complélement déhiissé par les administrations qui lui succi^dèrenl. Il serait à désirer qiio l'on s'occnp.H enfin d'achever ce muf('e micÏK'lnnffesque,
ROUTB 29. — ROME. — JOGBMKiNT DERNIER.
beaucoup altéré cette peinture*. [Une forte déchirure traverse de haut en bas, par le miJieu, toute la fresque du Jugement dernier. La peinture de queloues figures est tombée, et Tenduit blanc apparaît.] (1875.)
Paul m fit e£facer trois fresques du Pérugin qui couvraient la muraille où il Toulait que Michel-Ange peignit le Jugement dernier.
« Dans cette sublime création, Michel-Ange s^occupe peu du sentiment religieux ; ce qu il glorifie c'est Tart exclusÏTement. U ne considère son sujet que comme un moyen de mettre en relief ses émînentes qualités. — H savait que dans une Peinture de dimensions énormes, il «^'ait inutile de demander de Tintérét au jeu des physionomies ; il préfère, profitant d une occasion unique, donner ample carrière à cette fougue de lignes, qui, nulle part ailleurs, ne trouve à se développer si librement. » On admirera toujours le mouvement aérien qu'il imprime à ses personnages. [Ici, aucun attrait de ckdr-obscur ni ae coloris.
La conception est toute sculpturale.] < Dans cette œuvre où Témotion manque, la monotonie systématique des formes et des types n'éveiUe qu'une approbation stupéfaite. » — La fresque du Jugement dernier, iiprès huit années de travail, fut découverte le 25 décembre 1541, con <^ttpore e maraviglia di tutta Roma (Vasari).
On a conservé une lettre de l'Arétin, écrite de Venise en 1545, dans laquelle ce pamphlétaire du xvi« siècle adresse à
' U fiffure, dans le coin à dr., avec des 'veilles a'âne, est celle de Messer Biagio, nultre des cérémonies de Paul 111, qui, dioqoé des nndilés de ces fibres, dit au pipe qu'on tel ouvrage n'était pas conveuable dans une chapelle : qu'il était plutôt ^it pour figurer dans une salle de bains. Le ■ttltre des cérémonies se plaignit au pape <^, ee mauvais tour : « Si Michel-Ange t'avait mis en purgatoire, lui dit Paul III, je ^Çhsrais de t'en tirer : mais, puisqu'il ta ^ «1 enfer, je n'y pais rien ; tu sais bien 9<)«là il D'y t pas d« rédemption. »
Michel-Ange, à l'occasion de la frc'S(|ue du Jugement dernier, des critiques et des reproches d'une impudence révoltante... « Encore ne parlé-je pas de ce personnage entraîné par les aémons, personnage si indécent c^u'un ramas de ûUes perdues se boucherait les yeux pour ne le point voir... et maintenant c|ue Dieu vouâ pardonne tout cela. Car, si je vous parle sur ce ton ce n'est pas que vos erreurs m'inspirent une très-vive colère, mais pour vous donner l'occasion de terminer en diligence l'ouvrage que vous m'avez promis et d'apaiser par là mon indignation. Mais si les trésors que vous a laissés Jules II pour lui sculpter un tombeau n'ont pas suffi à votre reconnaissance et à votre bonne foi, que doisje espérer de vous?... Prenez eii considération que je suis un homme aux lettres duquel répondent les Empereurs et les Rois. i> Arétin avait adresse à Michel-Ange un projet fantastique de composition pour le Jugement dernier, et il avait été irrité que l'artiste n'eût pas tenu compte de son imagination.
[Après Paul III, qui tout en aimant Erasme et Sadolet, fit organiser l'inquisition romaine, un rigorisme religieux très-sévère îillait réagir contre les tendances païennes de la Renaissance. Peu s'en fallut que Paul IV ne fît effacer, par scrupule religieux, la fresque de Michel- Ange. Daniel de Vol terre dut habiller quelques-unes de ces nudi tés ( T. p. 137) . ] a L'austérité chagrine qui, sous les papes de la seconde moitié du xvi* siècle, succède comme une réaction contre l'esprit de la Renaissance naguère personifié dans Léon X, doit être considérée comme une des causes qui contribuèrent à la décadence de l'art à Rome. La papauté, attaquée violemment par le protestantisme, lui oppose la plus exacte discipline. La cour de Rome, devenue irréprochable dans ses mœurs, proscrit la philosophie, le platonisme, les joies de lu
Pensée. La tyrannie de la congrégation de Index, récemment instituée, devient de plus en plus ombrageuse. La Jérusalem délivrée, du Tasse, est censurée comme un ouvrage antichrétien et licencieux.
Ce n'est que lorsqu'il a répudié son génie, et fait, comme une amende honorable, son triste et malheureux poème de la Jénualeni conquise^ que le poète désarme les rigueurs de l'Eglise, et que Clément VII songe à le couronner au