ROUTE 38. — KAPLE8. — ASPECT. — LAZZARONI
bravier ardent, sont des chaudronnées d'eau bouillante prêles à recevoir le macaroni. De toutes parts s'exhalent d'épais parfums de viandes cuites, de p< i^sons frits, tandis que la foule, qui attend son souper, se presse autour de ces ofUcines et surveille les préparatifs. Les marchands de pastèques surtout se distinguentpar le mouvement qu'ils se donnent, par leurs cris et leur langage expressif. Ils ouvrent à chaque instant une nouvelle pastèque, la découpent en longues tranches, en morceaux plus petits, et en vantent sur tous les modes l'excellence au client, a Co tre calle vive, magne e te lave a faccia, » (Avec 3 centimes tu bois, tu manges et lu te laves la figure.) Tous accourent et se procurent cette triple volupté. Malheureusement, l'ojpération terminée, hommes, femmes, enfants jettent çâ et là les écorces sur les dalles, et cela devient une occasion fréquente de chute pour les passants.
Un inconvénient plus fâcheux encore blessa it naguère le voyageur dès son arrivée à Maples : c'étaient les immondices déposées par toute la ville. La police du dernier gouvernement laissait, sous ce rapport, toute liberté à la population napolitaine, qui en usait trop largement. Il est juste de reconnaître les améliorations mtroduites à cet égard depuis le nouveau régime. — L'étranger sera surpris d'assister, en passant, à certains détails de toilette auxquels les habitants ne craignent pas de se livrer en public. Les femmes du peuple napolitaines, à ^ui Ton a voulu, a tort, faire une réputation de laideur, ont, en général, outre Texpression animée de la physionomie et la vivacité du regard, de belles chevelures noires dont elles semblent prendre grand soin. Â certaines heures, on peut les voir, dans certaines rues, devant leurs portes se coHTant les unes les autres avec recherche, et on a peine à comprendre comment, avec ces soins assidus, d'odieux insectes les obligent à un nettoyage préliminaire, dont la touchante mutualité atteste du moins de bons rapports de parente ou de voisinage, si elle confirme le reproche de malpropreté qu'on leur adressa.]
Lazzaroni, — [Ils ont si souvent figuré dans les descriptions des poëtes et les récits des romanciers, qu'ils sont aujourd'hui connus de toute l'Europe, excepté des Napolitains eux-mêmes. Il est
bon de prévenir, à cet égard, les voyageurs qui pourraient, à leur sujet, se livrer à des recherches infructueuses ou s'abandonner à une facile crédulité. Les lazzaroni, en tant que classe particulière à la ville de Naples, sans asile, couchant à la belle étoile, nus comme les sauvages,
F assaut les jours dans la fainéantise et oisiveté, n'existent plus. Les progrès introduits, par l'administration française ont contribué à faire perdi e son caractère à cette race de parias insouciants de la Naphs d'autrefois. Les lazzaroni d'aujourd'hui, à y comprendre les portefaix {facchini), les pécheurs, les vendeurs ambulants de fruits, de légumes, forment une population laborieuse, active, agile, travaillant souvent beaucoup pour on très-modique salaire, sobre, contente de peu, de très-peu, pour sa nourriture et pour son costume; cependant, n'allant pas tout à fiiit nue, comme allaient ses ancêtres. L'origine de ces parias, qui étaient, dit-on, jusqu'au nombre de 30,000» vivant comme dos animaux sau* vages, remonte à l'époque de la viceroy-iuté espagnole. Ces maîtres étrangers épuisaient le pays en s'enrichissant, et ce sont eux qui nommèrent lazzaroni, lazzari, ces prolétaires dont le patron était Lazare. € Auteurs de cette misère, ils la flétrissaient par un mot qui en a éternisé la mémoire. •
Les mendiants qui pullulent à Naple?
sont, par leur nombre cl leur importuuité, un objet de plainte pour les étrangers. La mendicité est malheureusement une chose si générale dans toute l'Italie, qu'il n'y a pas lieu de s'en étonner davantage ici, au milieu de la grande population de la ville. Cependant l'assiduité opiniâtre d'ofli es de services dont on n'a que faire met journellement la patience à une rude épreuve. L'étranger est reconnu de tous eu Italie. A peine paraii-il qu'une nuée d'officieux viennent l'importuner : l'un veut lui vendre quelque babiole, l'autre veut cirer ses bottes, tous veulent lui indiquer son aliemin, le conduire aux monuments publics; les cochers des calèches ou des citadines se dirigent dia^onnlement sur lui, le serrent contre Ta muraille pour mieux lui faire sentir l'inconvénient d'aller à pied. (R(.^cemment encore, se décidait-il à mouler, à l'instant un inconnu, le premier venu, s'éliinçait de la foule et montait derrière la voiture. Ce quidam,