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CLIMAT DE ROME. XXXV

rélal physique et le génie de la race ont été si difîérents dans les divei'ses périodes, c'est parce que tantôt ils étaient soumis à des influences qui combattaient ou parvenaient même à neutraliser celle des lieux, et que tantôt ces influences n'existant pas, le climat pouvait agir avec toute sa puissance. » (D' Carrière, passlm,) Le Romain des temps modernes a perdu son énergique activité ; et, pour les femmes particulièrement, les maladies nerveuses occupent le premier rang dans la statistique pathologique de la ville.

« Rome, ouverte au N. E. et au S. 0. dans l'axe de la direction du Tibre, est sous la double impression des vents froids et secs qui passent au-dessus de^ cimes de TApennin et des montagnes voisines, et des vents tièdes et humides qui soufflent sur le territoire d*Albe, d'Ardée, et sur la partie de la campagne bordée par la mer. Lo pays étant très-découvert vers les régions méridionales, relativement aux régions opposées, la prépondérance appartient aux vents chauds. L'obstacle des collines Iransvereales ne forme d'ailleurs qu'une barrière insuffisante, car la vallée du Tibre, largement ouverte entre le Capitole et le Janicule, permet aux vents méridionaux do parvenir sur la ville sans avoir beaucoup perdu de leurs propriétés. Cette opposition directe entre les points de l'horizon d'où proviennent les vents prédominants explique les subites transitions des conditions de l'atmosphère ; elles ont lieu moins souvent dans la journée que le matin et le soir. » — Le climat romain présente des conditions hygrométriques prononcées, par suite de la prédominance des vents humides sur les vents secs, par suite du voisinage et des crues du Tibre, et de l'état de la campagne environnante. Le nombre moyen des jours de pluie est de i 14, le minimum ayant été de 56 en l'année 1828, et le maximum de 158 en 1784. « Les journées les plus brillantes n'excluent pas cette décoration de vapeur richement colorée que les vents répandent dans l'atmosphère. Le privilège du ciel de Rome, c'est de ne pas ressembler, sous le rapport de l'éclatante pureté de l'air, au ciel de r^aplcs et des rivages de la Calabre. La lumière, qui est vive sans cesser d'être douce à la vue, correspond, par la modération de son éclat, à cet moiteur si connue de l'air romain, dont la sensation n'échappe à personne. — Cet air moite est signalé par M. Carrière comme étant propre à calmer l'irritation pulmonaire. Rome est donc une des stations de la Péninsule indiquées comme favorables au traitemcnt de cette redoutable affection. Mais — et c'est une remarque qui a été faite et qui est applicable à d'autres localités — le climat ne convient que dans les commencements de l'aftection. Faute de distinction à cet égard, bien des mécomptes ont pu avoir lieu.

Les oscillations entre les températures les plus chaudes, 58% et les plus froides, 5^,9, et embrassant par conséquent une échelle de près de 44*, prouvent qu'on {>eut souffrir à Rome des deux températures extrêmes. Peu d'années se passent sans ^ue le sommet du Soracte se couvre de neige. « Rome, au temps de la république, iit Ampère, vit des hivers comme elle n'en voit plus. Denys d'Halicarnasse parle i'une année où il tomba 7 pieds de neige, et où le froid fit mourir les hommes et les bestiaux. Une autre année, la neige tint 40 jours; les arbres périrent; les loups parcouraient la ville et traînèrent un cadavre jusque dans le Forum, où la neige s'élevait à une hauteur effrayante. Aujourd'hui il neige très-peu à Rome, et un 'our ou deux. » r^ a

XXXYI APERÇU GÉNÉRAL DE L*1TALIE.

L*automne est le temps le plus fayorable pour visiter Rome. Le mois d'octobre est le mois favori des Romains. Le mauvais temps pour Rome et sa campagne, c'est juin et juillet; c'est la saison du mauvais air [mal'aria). Elle dure jusqu'en septembre. « A Rome, dit Ampère, le mois de septembre passe pour le mois le plus dangereux. Au temps d'Auguste, la fièvre de Tété et du commencement de l'automne est clairement indiquée à Rome dans les auteurs : alors la plus petite fatigue, dit Horace, adducil febres et testamenta résignât. Les jours où souffle le scirocco (vent de S. E.), ce vent de plomb [plumbetts auster. Horace, Sat. If, 6), sont les plus funestes. »— Dans la Rome antique, le champ de Mars, exposé aux inondations du Tibre, était une région insalubre. Cette plaine, alors déserte, est devenue la ville moderne ; nonseulement elle ne souffre pas du mauvais air, mais le Ghetto ^ quartier infect des juifs, malgré son absence de pratiques hygiéniques, en est exempt jusqu'à un certain point. La mauvaise influence a principalement son siège dans la partie aujourd'hui déserte et dévastée, a Le Vélabre, d'une part, cette extrémité si malsaine de l'ancienne cité, et, de l'autre, le bourg de Saint-Pierre, avec tout le littoral qui sépare le fleuve du pied du Janicule, sont considérés avec quelque raison comme les seuls quartiers dangereux. On ne comprend pas d'abord bien clairement la cause de cette préférence (de la mal'aria] pour la région de la rive droite du Tibre. Les rues du bourg et la Lungara sont bien percées; la place où s'élève la basilique papale est une des plus spacieuses et des mieux aérées ; la campagne qui entoure le bourg est accidentée de culture et de gracieuses collines chargées de vignes et couronnées de pins.... » M. E. Carrière explique cette singularité d'une manière ingénieuse: principalement par l'action des vents méridionaux, qui transportent des miasmes délétères développés dans le Vélabre, et qui, une fois parvenus sur la rive droite du Tibre, sont arrêtés par la double colline allongée du Janicule, qui domine jusqu'au Vatican toute la région habitée. — En hiver et au printemps on devra se tenir en garde contre les brusques changements de température, quand le vent du N. succède subitement à celui du S., ou lorsque des vastes places exposées au soleil on passe dans les rues froides et étroites. On ne doit pas, en été, laisser la nuit ses fenêtres ouvertes, et l'on devra aussi éviter de prolonger trop longtemps ses visites dans les salles froides des musées, situés à d'assez grandes dislances des points de la ville où sont les logements des étrangers.

Mal'aria {aria cattiva^). — Quelle que soit la cause qui développe la fièvre intermittente, on la voit régner endémiquement sur plusieurs points de l'Italie, et particulièrement sur des portions considérables du littoral, telles que les Maremmes de la Toscane. Elle se manifeste au printemps quand la chaleur et la germination vivifient de nouveau le sol, et en automne surtout, lorsque les pluies et la nudité de la ferre, après la moisson, contribuent à développer les miasmes avec plus d'intensité. La mal'aria règne aux portes de Rome. Sur plusieurs points du littoral

* Le D' Folchi (giornale Arcadico, XXXIX) a combattu les différents systèmes qu'on a imaginés pour rendre raison de la mal'aria, dont la cause serait encore inconnue. « On l'attribue en général aux marais; cela peut être vrai pour le littoral, mais la campagne qui entoure immédiatement Rome n'est point un pays marécageux. Les endroits les plus secs et les plus aérés sont souvent les plus malsains. Je citerai la villa Albani et ie Monte Mario. » (Ampèro.)

CLIMAT DE NAPLES. IXXVlt

campauien, elle a décimé et éteint les populations de plusieurs villes antiques disparues ; elle sévit encore de nos jours et fait souvent des victimes autour des ruines de Pœstum, et les habitants, pour se souslraire à cet empoisonnement, se réfugient le soir sur les hauteurs; a la limite où le mauvais air n'a plus de traces et laisse régner Tair salubre, est entre 120 et 150 mètres de hauteur. » Les populations exposées à l'apparition périodique de la fièvre intermittente et qui persistent à vivre au milieu des influences délétères, contractent et transmettent un tempérament et un aspect sur les caractères desquels il est impossible de se méprendre. — Des travaux intelligents et dirigés avec persévérance ont réussi, en Toscane, à combattre avec avantage ces conditions menaçantes et si redoutables. Ils consistent à procurer un écoulement aux eaux stagnantes ; à élever, par des colmates, les vallées marécageuses trop déprimées ; à empêcher sur le littoral le mélange des eaux dormantes avec les eaux de la mer.... Les plantations sont ensuite les agents les plus sûrs pour réhabiliter le sol et débarrasser Tair des miasmes morbigènes.

Climat de Ifaples^.

Le beau ciel de Naples aété si souvent célébré par les poètes, que l'imagination, fascinée par ces descriptions, dépasse, en y pensant, la réalité telle que la fournit la météorologie, qui procède par d'autres voies que l'enthousiasme. Ainsi elle nous apprend que la température moyenne des hivers de Naples [9*',5, est la même que celle de Nice (9*,6). C'est là, certes, un résultat fait pour surprendre et qu'on n'attendrait guère de la latitude méridionale de la ligne voisine du Vésuve. Si, après celte première déception, on veut, sur les ailes de la poésie, se réfugier dans son ciel d'azur, au lieu d'une transparence permanente, la météorologie enregistre 80 jours de pluie dans- l'année [99 selon le docteur Glarck; — le plus grand nombre, 50 environ, en automne), 70 jours couverts, 120 variables. La proportion des beaux jours, comparée à celle des jours sombres et pluvieux, ne serait que le 1/4 ou même le 1/5 de l'année. II faut se défier des poètes !

Quelles que soient, du reste, les observations plus ou moins précises de la science, elles n'enlèvent pas à Naples son enchantement traditionnel. Si elles devaient produire un tel résultat, le charme des souvenirs nous empêcherait de les recueillir ici. Mais une seule belle journée passée sur les rivages du golfe de Naples fait oublier bien des jours sombres et pluvieux. La sensibilité humaine est ainsi fai(e, et c'est heureux, car elle a souvent besoin d'oublier ; les instruments de la science n'oublient rien et enregistrent tout.

La température la plus élevée de Naples n'atteint que 38o,7 (5 dixièmes de plus que celle de Paris) ; la plus basse ne descend qu'à 5 degrés au-dessous de zéro, «c II neige assez souvent pour établir que ce n'est pas une exception. » La neige persiste quelquefois pendant des semaines entières sur le Vésuve et le mont Sant' Angelo. Les brouillards sont rares et de courte durée. — Le docteur Carrière établit ainsi

' Consulter l'ouvrage du D* Salvatore de Renzi : Topografla e statiaiica medica délia cUlà di Napoli» Oisia Guida medica per la città di Napoli e pel Regno. Quarta •diàone, 1845.

XXXVIIT APERÇU GÉNÉRAL DE l'i\AI1E.

riniluence proportionnelle des vents : le libeccio (S. 0.), qui domine sous le ciel de Naples, étant représenté comme 5 pendant le cours des vicissitudes annuelles, la proportion du vent du S. est exprimée par le chiffre 3; celle du N. 0., par 2 i/4; de 10., par 2; du S. E., par 1 i/5; et de TE. par 1. Il en résulte que les influences boréales s'exercent comme 6, et les influences antagonistes comme 9. « La supériorité d'action des vents méridionaux, qui passent tous sur des surfaces humides avant d'arriver sur Naples, annonce par anticipation que l'atmosphère de cette partie de la Gampanie doit être assez humide. Ils soufflent surtout pendant les mois qui correspondent au printemps et à l'été. Il faut compter au nombre de ces vents 1*0., qui adoucit les derniers froids et tempère les vives chaleurs. Malgré leur prédominance, il est important de ne pas oublier le rôle du vent N. étésien, qui entretient la sérénité du ciel pendant l'été, et a une si grande influence sur l'atmosphère de la Péninsule. — Le mois le plus sec de Tannée est, après ceux de juin et d'août, le mois caniculaire de juillet. Cette sécheresse delà belle saison est due à la suprématie régulière des vents étésiens. » Le vent de mer qui, dans l'été, s'élève chaque jour vers la même heure, sert à tempérer la chaleur. Nous avons vu à Paris des Napolitains être accablés et malades de la chaleur excessive et sans relâche de quelques périodes de nos étés; chaleur dont le poids insupportable et continu est inconnu dans leur ville, malgré sa latitude beaucoup plus méridionale. — Les variations quotidiennes de température sont plus grandes à Naples qu'à Rome. Aussi Naples ne doit pas être considérée comme une station médicale convenable pour les personnes délicates et particulièrement pour les phthisiques. L'élégant quartier de la Villa Beale, le beau quai de Chiaja, qu'habitent de préférence et avec raison les étrangers qui veulent jouir de l'aspect animé du golfe, sont des moins favorables pour les malades, parce qu'ils sont ouverts à toutes les influences variables du vent. Les médecins recommandent des stations plus éloignées de la mer; mais les meilleures, les mieux habitées de la ville, ne peuvent jamais, dit le docteur Carrière, se soustraire entièrement aux conditions dominantes du climat. La zone orientale et méridionale delà ville, ainsi que la campagne du même côté, ont une atmosphère moins excitante, mais en même temps moins salubre. Elle est dans le voisinage des paludi, marais cultivés à la porte de la ville, où peut se contracter la fièvre intermittente.

On trouvera dans l'ouvrage du D' E. Carrière une suite d'études sur le climat de SalernCf de Caprée, de Massa, de Sorrente, aux ridies ombrages d'orangers et dont on vante la douce température et la stabilité de l'atmosphère, de Terre del Greco, Résina^ Porlici, ainsi que sur les climats de Pouzzoles^ de Baja, àlsckia, de Gaëte,... Nous y renvoyons les personnes que ce genre de recherches intéresse.

ORIGINES DE l'aRT EN iIâLIE. XXXIX

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