‹ Italie; itinéraire descriptifChapitre 27 sur 422 · XLII ORIGINES DE L ART EN ITALIE · texte numérisé non relu

XLII ORIGINES DE L ART EN ITALIE

révolulions, un art nouveau aussi devait apparaître après un long et pénible enian* tenient. Avant sa venue, la société devait s'asseoir, l'Église devait se fonder, et, jusqu'à ce que, sortant du temple tout imprégné de foi, cet art pût étendre son vol sous un soufQe inspirateur de liberté et de patriotisme, il devait traverser pendant plusieurs siècles une période sacerdotale d'immobilité traditionnelle, comme il Tavait déjà fait aux époques antiques, en Asie, en Egypte, dans la Grèce 1 A cette période hiératique appartient l'art byzantin, dont nous parlerons plus loin. — « Toute religion nouvelle est nécessairement iconoclaste. Pour la grande majorité des hommes, les symboles d'une foi sont la foi elle-même. Tant que le symbole subsiste, la foi n'est pas éteinte. Le christianisme, voulant établir la supériorité de l'esprit sur la matière, devait proscrire ce qu'avait adoré la religion de la matière et des sens : pour anéantir le paganisme, il dut détruire les temples et les statues des dieux de la Grèce et de Rome.... Constantin défendit les sacrifices, fit briser les statues, fermer ou démolir les temples. Les successeurs de Constantin suivirent son exemple. Théodose décréta la fin du culte de Jupiter. « Cest notre plaisir et notre volonté — » (Code Théodosien.) — « Symmaque et Libanios adressèrent aux empereurs d'humbles et inutiles prières; mais l'habitude de l'obéissance avait tellement abaissé les âmes qu'on n'essaya même pas de résister. Pendant plus d'un siècle, le monde retentit du bruit des marteaux qui brisaient les ouvrages immortels des Phidias, des Scopas, des Polyclète et des Praxitèle. On ne sait même pas comment disparurent le Jupiter d'Olympie et la Minerve du Parthénon. La destruction fut si générale, excepté à Rome et à Constantinople, que, lorsque pour la quatrième fois Honorius renouvela l'ancienne loi qui ordonnait de briser les idoles, il fut forcé d'ajouter : S^il en subsite encore. « Si quae etiam nunc in templis fanisque consistunt. » Les premiers chrétiens, ce sont là les véritables barbares qui ont anéanti les chefs-d'œuvre de l'art antique. Les barbares na dépouillèrent les temples que de leurs richesses; ils s'attaquèrent aux statues de métal, parce que le métal servait de rançon de guerre. Le Goth Théodoric, devenu maître de l'Italie, put gémir sur les dévastations ordonnées par le grand Théodose et ses fils. Il institua des magistrats chargés de veiller à la conservation des chefs-d'œuvre de l'antiquité. « La dégradation de ces merveilles, écrit-il à Symmaque, doit être un sujet de deuil pour le public. »

Malgré les invectives sévères des premiers Pères qui condamnent les beaux-arts, comme inventés pour des jouissances criminelles, dès les premiers siècles de notre ère, les sectateurs du christianisme y ont recours, à l'imitation des païens. Dans la Rome souterraine des catacombes^ déjà leur austérité se livre à de timides essais. Cet art rudimentaire qui embrasse plusieurs siècles n'est pas encore chrétien par la forme, et il est loin de la pureté classique. Cependant, au milieu de leur rudesse, de leurs négligences etde leurs incorrections, quelques fresques présentent des contours puissants et expressifs. « Leur mérite et leur nouveauté consistent surtout dans l'expression intime de la vie morale, signification différente du caractère de l'art antique. » Ce n'est pas toutefois des catacombes que devait sortir l'art chrétien, destiné à illuminer le monde, comme on essaye de l'établir aujourd'hui qu'il y a une réaction archéologique très-marquée contre l'art antique pour exalter l'art du moyen âge. Il devait prendre sa source dans la tradition, et la tradition avait été

ORIGINES DE L ART EN ITALIE. XLIIl

conservée ailleurs. C'est de la Grèce, c'est de Byzancc qu'elle devait être apportée à l'Italie.

Avant d'arriver à cette époque, arrêtons-nous encore aux temps intermédiaires. (( Quand le christianisme ne fut plus la religion de quelques inities qui mouraient ou luttaient pour leur foi, l'esprit sombre des premiers temps s'éclaircit ; on eut besoin des signes visibles et attachants pour parler à l'imagination des masses ; il fallut eu revenir aux créations de l'art. Alors d'autres Pères de l'Église prouvèrent que l'Ancien Testament et l'Évangile même avaient préconisé les arts. Malheureusement l'art était alors dans une complète décadence, et le christianisme était encore trop jeune, trop controversé dans ses doctrines pour se formuler nettement par des types qui lui fussent propres. C'est le paganisme qui fournit d'abord ses types et ses décorations à l'art chrétien, jusqu'à ce que celui-ci ait formé sa langue figurée. Dès qu'on voulait des peintures et des sculptures, il fallait retourner en arrière et commencer à copier dans leurs formes les modèles échappés à la destruction. Dans le sarcophage de Junius Bassus, mort en 539 (V. S»-Pierrede Rome, p. 202), l'imitation de l'antique est poussée si loin, que, sous les pieds du Glirist, est une figure d'Atlas qui soutient l'escabeau.... Bientôt, cependant, l'esprit chrétien vint modiiiiu* le style trop païen de l'ajustement des figures ; les formes furent plus enveloppées, le nu fut voiié, le caractère général commença à devenir ascétique, de telle sorte qu'on peut reconnaître l'âge des sai'cophages à leur plus ou moins de similitude avec les sarcophages antiques. j>

A cette époque de rénovation sociale et religieuse, il est très-difOcile, à travers la rareté et l'incertitude des monuments, et au conflit de tant de courants diveis de peuples et de traditions, de découvrir une direction de l'art et d'établir son caractère typique. Quelles que soient les sources auxquelles il puise, l'exécution reste barbare, l'habileté pratique est absente.

Architecture. — L'architecture, l'art fondamental, par sa nécessité même, continue à être particulièrement cultivée. Le christianisme, démolisseur des temples païens, adopte, pour ses premiers temples, les basujques antiques, tribunaux et bourses de conunerce, et les approprie aux exigences du culte. (V., sur les basiliques, Rome : Histoire de l'art, p. 124). Ces édifices deviennent le type de toutes les églises de l'Occident (F. à Rome SWean de Lalran, S^^-Marie-Majeure, S»-Paul hors les murs, S*-Clément, etc.). — Quelques écrivains récents ont voulu prétendre que le véritable type de ces églises était sorti des catacombes; mais celte opinion singulière n'a point triomphé.

Pendant que cette transformation s'opérait en Occident, une rénovation complè le de l'architecture s'accomplit à Byzance, à partir de l'époque où s'y établit Constantin, a On peut dire que toutes les surfaces rectilignes, carrées, angulaires, des temples d'Athènes se changèrent, dans les églises de Constantinople, en surfaces circulaires, curvilignes, concaves à l'intérieur, convexes à l'extérieur. Ce furent là les caractères les plus saisissants du nouveau style d'architecture adopté, à partir des v« et vi« siècles, à Conslantinople. Les architectes byzantins, en adoptant la coupole*, l'inscrivirent au centre d'un carré divisé en deux nefs se coupant à angles

* L'emploi des coupoles, qui distingue rarcbilecture orientale du Bas-Empire de l'architecture romaine, se fait de deux manières : !• les coupoles pai-tant de fond ; 2« colles sur

Page 1