‹ Italie; itinéraire descriptifChapitre 30 sur 422 · XLVI ORIGINES DE L ART EN ITALIE · texte numérisé non relu

XLVI ORIGINES DE L ART EN ITALIE

toutes captives dans les mêmes formes, sous un masque semblable. La science et Tart, apanage exclusif du clergé, ne se mouvaient que sous l'inspiration sacerdotale et suivant le mode traditionnel. Il ne faut donc pas s'étonner que la statuaire et mêutie In peinture portent alors ce sceau fatal empreint sur toutes les œuvres de la période hiératique. » La liberté de l'artiste ne se traduit que dans des créations grotesques, triviales, quelquefois satiriques, consacrées à la représentation des vices, du péché et du démon. Il faut toutefois se rappeler que la sculpture n'est qu'un art subordonné, accessoire du grand art par excellence, de l'architecture. Il ne faut pas isoler les statues du moyen âge, il ne faut les voir qu'avec leur valeur de position et d'harmonie dans les temples qu'elles décorent.

Les précurseurs de la rénovation artistique sont : Nicolas de Pise, mort en 1275, qui fut pour la sculpture ce que Gimabue fut pour la peinture (V. Florence, t. il) ; l'architecte Arnolfo di Lapo, mort en 4310 ( V. ibidem) ; Cimabue (né en 4240 et vivant encore en 1302), dont le nom est si grand, dont les oeuvres' causèrent un enthousiasme si difficile à comprendre aujourd'hui, et que Yasari place entête de son histoire des peintres comme le génie révélateur envoyé par Dieu, après que toute la race des artistes, dit-il avec exagération, était éteinte [spento affatto tuUo il ■numéro degV arteficj).

Peinture. — La chaîne des peintres ne fut jamais complètement interrompue, pas plus que celle des sculpteurs ; aux époques où on a le moins peint, les uiniatu- JUSTES et*les mosaïstes la continuaient. — La mosaïque est l'intermédiaire entre l'art ancien et l'art moderne. Sans compter les peintures byzantines, des artistes italiens (même antérieurs à Gimabue qui illustrait Florence), et deux villes, Sienne et Pise, éliiient déjà célèbres.

C'est un fait commun aux républiques italiennes du moyen âge, et qui établit à travers les siècles une noble conformité avec les républiques de la Grèce antique, savoir : que l'essor du génie artistique y coïncide avec le développement de la liberté politique. Malgré les agitations intestines, les désordres auxquels elle donnait lieu, c'ie communiquait une trempe aux caractères, elle éveillait une énergie vitale, qui faisait entreprendre de gi'andes choses et créait en même temps les grands citoyens cl les grands artistes.

Quand Cimabue vint au monde, les Pisans avaient déjà une école formée par les artistes grecs qu'ils avaient amenés d'Orient. Parmi les premiers peintres de ce temps, nous citerons Andréa Rico, de Candie, mort en 11 05, dont le coloris est si Irais, si éclatant; Margaritone, d'Arezzo (1236-4313); Andréa Tafi, Guido, de Sienne, et Duccio di Buoninsegna (F. Dôme de Sienne) ; Giunta^ de Pise (V. ses fresques dans l'église d'Assise, etc.). Tous ces premiers maîtres suivent la manière grecque. « Dans toute l'Italie, dit M. Rosini, vers le commencement du XIII* siècle, s'agissait-il de bâtir, de sculpter ou de peindre, il n'était question que des Grecs. Leur mérite était réel : » (le beau tableau de la Mort de saint Ëphrem; la rare perfection des miniatures ornant un Évangile à la bibliothèque de Lucques ; les mosaïques de San Vitale, à Ravenne). Pour la grande peinture cependant, il faut le reconnaître, tout était à créer. La sculpture et l'architecture trouvaient des modèles dans les monuments antiques; mais il ne restait rien de la peinture des anriens. Pompéi ne devait être découvert que quatre siècles plus tard. Et c'est certain

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nement un des spectacles les plus intéressants que celui de Tépanouissement de l'art à partir du xiv* siècle.

L'art néo-grec, la peinture traditionnelle vient expirer à Cimabue, qui ne s*en dégage pas. Le véritable créateur de l'école italienne, c'est Gloito (1276-1536). Avec lui, la peinture sort pour la première fois du conventionnel. Giolto, peintre, sculpteur et architecte [campanile du Dôme de Florence}, communique un grand mouvement artistique à l'Italie; il exécute des fresques à Florence, à Pise, à Assise, à Arezzo, à Ravenne, à Bologne, à Padoue, à Milan, à Rome, à î^aples.... 11 fut le chef d'une école nombreuse et florissante. Pendant longtemps l'art italien ne releva que de lui.

Il y a, du reste, dans la peinture de cette époque, une condition que, pour être juste, il faut avoir présente à l'esprit en appréciant les ouvrages des artistes précurseurs ou contemporains de la première période de la Renaissance : c'est qu'ils ne possédaient pas le procédé de la peinture à l'huile. La fresque était un procédé Ubre et indépendant, comparée à l'œuvre patiente et froide de la mosaïque*. Au point de vue d'une majestueuse simplicité, de la largeur dans l'exécution, de l'affranchissement des détails, du dédain des qualités secondaires, la fresque est le grand art, la peinture populaire nationale. Elle suflit pour parler aux masses ; mais elle ne se prête pas à la fantaisie, à la rêverie de l'artiste, à ses convoitises inces> santés d'imitation en présence du merveilleux spectacle de la nature. Le procédé de la peinture à l'huile, infiniment plus souple, allait étendre sa puissance d'expression et devenir un moyeu délicat d'analyse.

On sait qu'on attribue généralement au Flamand Jean van Eyck, dit Jean de JSrtf^ax (1590- 1441), sinon l'invention, du moins le perlectionnemcnt du procédé de la peinture à l'huile ; car les peintres se servaient déjà de ce procédé depuis longtemps. Les Italiens ont essayé de revendiquer ce perfectionnement en faveur à!Antonello de Messine, mais cette opinion n'a pas prévalu.

GioUo est le plus grand nom de la première période de la peinture italienne de la Renaissance. On peut dater de Giolto, contemporain et ami de Dante, l'époque de la Renaissance, expression qu'on a coutume d'appliquer au xv« siècle. Pour trouver un aussi grand nom au point de vue de la nouveauté de la conception et du style, ainsi que de l'impulsion donnée à l'art, il faut aller à un siècle de distance,

* La peinture à fresque s'exécute avec des couleurs à l'eau sur un mur revêtu d'un enduit frais, épais de quelques millimètres. Cet enduit [intonaco) se compose de chaux et de pouzzolane, ou de chaux et de sable fin et taïuisé. On n'applique l'enduit que successivement, par portions devant être peintes en une seule séance. Il faut qu'il ne soit pas trop humide; s'il devenait trop sec, les couleurs ne s'emboiraient pas avec l'enduit, el.au lieu de fresque, on aurait seulement de la peinture en détrempe. On comprend quelle sûreté de main exige un travail exécuté dans des conditions de temps si limitées. La composition, préliminairement arrêtée sur un carton de la grandeur de la fresque, est successivement décalquée sur l'enduit ; pour plus de précision, les contours sont (ixés par un trait creusé avec une pointe. Les couleurs employées, devant être délayées dans de l'eau de chaux, seront choisies parmi celles que la chaux n'alière pas (le blanc est formé de chaux éteinte). On commencée peindre par le haut. On peut compléter l'effet de la peinture par des retouches à sec, au moyen de la tempera, c'est-à-dire d'un mélange d'œufs, de vinaigre et d'eau; ou bien décolle chaude à l'œuf.

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jusqu'à il/a«acao (1402-1 445). Hasaccio marque Tavénement du grand style de la peinture italienne.

Masaccio est le chef de l'école de Florence, qui, vers cette époque, devint la première école de llialie. Entre Giotto et Masaccio, les noms les plus célèbres à citer sont : Buffalmacco, Simone Memni ou Mentmi, Taddeo et Agnolo Gaddi, Spinello d'Arezzo, Antonio Veneziano, Giottino, Orcagna, Gentile da Fabriano, Masolino da Panicale, Paolo Uccello, PeselUf Squarcione, Avanzi ou d^Avanzo et Aldighiero da Zevio.

Pendant que Masaccio ouvre la voie dans laquelle entrera la peinture moderne, quelques grands artistes conservent plus ou moins le respect ou l'amour du style archaïque, mais le tempèrent par une grâce et une suavité particulières. Le plus célèbre d'entre eux est frà Angelico da FtVso/e (1387-1455), A la peinture liturgique traditionnelle, il substitue une peinture aussi profondément religieuse, mais tout empreinte du sentiment mystique et de la sérénité angélique qui étaient en lui et qui s'exhalaient comme un parfum de la pureté de sa vie et de sa douce imagination d'artiste. Ce sentiment intime et tendre est rare dans l'école florentine, qui fait montre de science, étonne ou séduit l'esprit, plus qu'elle ne parle au cœur. On le retrouve, à cette première période de l'art, dans Gentile da Fabriano, et chez les peintres de l'ÉpoLE d'Ombrie ( K. Pérouse, p. 66).

En dehors de cette direction spiritualiste de quelques artistes, la tendance gêné* raie de la peinture est plutôt de se rapprocher de la réalité. On étudie, on copie la nature, on se livre à l'étude du portrait, et, suivant l'exemple donné par Masaccio, on accorde une large place aux portraits des contemporains dans la représentation des scènes historiques anciennes. Parmi les peintures qui se rattachent à ce nouvel aspect de l'art, il faut citer : frà Filippo Lippi (1412-1469) — et cet Andréa del CasiagnOy qui assassina ses amis (1406-1408), — Baldovinetti (142,^1 i99), — Botticelli (1437-1515), — Benozzo Gozzolif le peintre fécond du Gampo Santo.

Manlegna (1430-1506) est un grand artiste qu'il est difficile aujourd'hui d'apprécier à toute sa valeur. Admirateur de l'antique, il lui emprunte l'élévation et la gravité du style; mais il ne s'y asservit pas, et il se livre à une étude assidue de la nature. Sa puissance d'invention, la science et la précision de son dessin lui constituent une originalité à part. Mais, dans son austérité, il a une absence d'expression et souvent une sécheresse qui nuisent à l'impression de ses œuvres. Il manqua à Mantegna, dans la peinture, la connaissance d'un pi-océdé plus avancé. Treize années seulement séparent sa mort de celle de Léonard de Vinci.

Il faut citer à part Domenico Ghirlandajo (1451-1495), le maître de Michel- Ange, si Michel-Ange a eu un autre maître que son génie naturel. Ghirlandajo excella dès sa jeunesse à saisir des portraits, et appartient à la classe des peintres naturalistes. 11 étudia la nature, parce que l'art y revenait de son temps ; mais il conserva la convenance et la dignité du style. — Un autre artiste éminent fui, encore à cette époque, Luca Signorellij de Cortone (1441-1524). Si fresque du Jugement dernier, œuvre capitale qu'on va admirer dans la cathédrale d'Orvielo, fut imitée par Michel- Ange. — Le Vatican et principalement la chapelle Sixtine, bâtie par Sixte IV, furent alors pour la peinture ce qu'avaient été, au xni« et au xiv«

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