‹ Italie; itinéraire descriptifChapitre 300 sur 422 · SICILE. — APERÇU GÉNÉRAL. — DIALECTE · texte numérisé non relu

SICILE. — APERÇU GÉNÉRAL. — DIALECTE

le fi en soi, le l en r. Je que en chi. Il y a une foule d'élisions, de redoublements, de retranchements, de modifications particulières qui rendent le dialecte sicilien plus vif, plus énergique, mais aussi beaucoup moins élégant que le toscan. Le même défaut a été reproché au grec qu'on parlait en Sicile. (Cicéron, Divin, in Q. Cœeilium XÎI. — Plante, dans le prologue des Ménechmes, désigne le langage des Siciliens par le mot sicelissetare.) — Les Siciliens occupent une place importante dans l'histoire de la poésie en Europe. Pendant la période hellénique, ils comptent dans leurs rangs : Stésichore d'Himera, que l'antiquité plaçait à côté d'Homère; leSyracusain Épicharme, regardé comme l'inventeur delà comédie; Eschyle, qui passa une partie de sa vie à la cour d'Hiéron et mourut à Gela ; Théocrite et Moschus, de Syracuse, ete. — La Sicile produisit aussi des historiens : Diodore de Sicile est le plus célèbre; et dans les sciences un des plus grands génies de l'antiquité : * Archimèdc, de Syracuse. — On a répété d'après le témoignage de Dante, mal interprété, que la langue vulgaire prit naissance en Sicile, et c'est là une opinion soutenue par le patriotisme sicilien. Elle fut effectivement cultivée à la cour de l'empereur Frédéric II, et par suite de l'éclat de cette cour, cette poésie prit le titre de poésie sicihenne. Mais a tout annonce que le dialecte italien de la Sicile a dû se former plus tard et plus laborieusement que la plupart des autres, dans les diverses parties de la Péninsule. Il est constaté que, jusqu'à une époque très-voisine de l'invasion normande, le grec était resté, en Sicile, l'idiome du gouvernement et du culte. Sous la domination des Arabes, le grec perdit du terrain en Sicile, et ce qu'il en perdit, le néo-latin du pays le gagna. Après les Arabes vinrent les Normands, qui apportèrent dans l'île le roman du nord de la France. Durant cette période de la domination normande, le sicilien put et dut même continuer à s'étendre et à faire des conquêtes sur le grec; mais il n'eut aucune chance de devenir un idiome de gouvernement et de cour. En 1166, le français était encore l'idiome de la cour de Palerme. » C'est à dater de 1220, quand l'empereur Frédéric II établit son séjour e|i Italie, que l'idiome sicilien reçut une haute consécration par son introduction dans la poésie chevaleresque. Mais le travail de formation des différents dialectes italiens s'effectuait depuis longtemps. Dante compte de son temps seize grand dialectes provinciaux, et il parle d'un millier de sousdialectes. « Dès le xu* s., presque tous les dialectes étaient parvenus à un degré suffisant de politesse et de fixité. » — De nos jours, l'abbé Meli, le Théocrite et l'Anacréon sicilien, en écrivant en sicilien* ses gracieuses poésies [Poésie siciliane^ Palerme, 1814, 7 vol. in-8), a donné au dialecte qu'il a adopté une véritable importance littéraire. Nous citerons sa charmante poésie^ A une abeille, avec une traduction italienne en regard.

Dimmi. Dirami, apuzza nica, Uni val eussi matutinu?

Nun c'è cima chi arrussica De lu muati a nui vicinu.

Dimmi, Dimmi, apetta cara, Ove val si di mattino?

Tutto è nette e non rischiara Anco il monte a noi vicino.

* Pour l'étude du dialecte sicilien voir le Vocabolario manuale compléta Siciliano- Italiano (libr. Pedone-Lauriel), Palerme, 1865, 1 vol. in-i2; 4 fr. 50 c.

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