‹ Italie; itinéraire descriptifChapitre 338 sur 422 · DE TERRANOVA A SYRACUSE · texte numérisé non relu

DE TERRANOVA A SYRACUSE

PAU CALTAGIRONR.

kil.

De Terranova à Nisccmi . 15

De Niscemi à Caltagirone 18

De Caltagii'onc à Syracuse 74

On peut faire en voiture le trajet de Terranova jusqu'au pied de Niscemi ; mais entre ISisccmi et Caltagirone le trajet ne peut se faire qu'à cheval. On a en vue l'Etna. Le chemin est difficile en temps de pluie.

Niscemi* — 8145 hab. Cette ville a éprouvé un tremblement de terre en 1790. Il se fit, malgré l'éloignement de la contrée volcanique, des fissures d'où sortirent du soufre, de l'huile de pétrole, de l'eau chaude et de la boue. Un sentier va par la montagne en 4 h. à :

Caltagirone. — Sur cette ville et sur la route de Caltagirone à Syracuse (V. R. 86).

Syracuse* — (Siracusa^ Syracusse), 20,000 hab.

On lira sans doute avec intérêt la description suivante de Syracuse, faite par Cicéron, qui y avait été questeur [In Ver rem, IV, 52-53) : « Syracuse est si vasle qu'elle semble composée de quatre grandes villes : la première est Vile [Or- . tygie qui], séparée par un petit bras de mer, communique par un pont au reste de la ville. C'est là que se trouve l'ancien palais d'Hiéron, aujourd'hui le palais du préteur. On y voit aussi un grand nombre de temples. Deux l'emportent sur tous les autres : celui de Diane et celui de Minerve. A l'extrémité de l'île est une fontaine d'eau douce qu'on nomme Aréthuse; son bassin, d'une grandeur incroyable (incredibili magnitudine). rempli de poissons, serait inondé par la mer s'il n'était défendu par une forte digue. — La seconde ville, VAchradine, renferme un forum spacieux, de très-beaux portiques, un superbe Prytanée, un vaste palais pour le sénat, un temple majeslueux de Jupiter Olympien. — La troisième a été nommée Ttjcha, parce qu'il

y avait là auicefois un templa de la J^ortune; on y remarque un très-grand gymnase et plusieurs édifices sacrés.

£ est la partie la plus populeuse. — La quatrième est NeapoltSf ainsi nommée parce qu'elle a été bâtie la dernière. Dans sa partie la plus haute est un théâtre immense. On y voit de plus deux beaux temples, de Cèrès et de Proserpine. »

« Il est en Sicile, dit M. VioUeMe- Duc, beaucoup de villes et de paysages plus beaux que Syracuse et ses environs ; il n'est pas un lieu qui laisse dans l'esprit de plus profonds souvenirs. — Les habitants conservent assez bien le type grec : les fenunes y sont belles el savent se draper de la façon la plus pittoresque dans leur manteau de soie noire. » — De toutes les parties dont était composée l'ancienne et opulente cité, la seule habitée aujourd'hui est l'ile d'Ortie, qui forme la moderne Syracuse. Elle est séparée de la Sicile par un canal étroit, ouvert par ordre de Charles- Quint, et au delà duquel sont des envisages de fortifications. On n'y pénètre qu'en traversant quatre pont-ievis.

Elle est défendue par des murailles bastionnées, et à 1 extrémité S. par le château de Maniacé, construit, diton, par le général grec Maniacès, envoyé au XI* siècle pour chasser les Sarrasins. On a construit récemment :

1** en avant de ce château une série de casemates pour loger la garnison, qui est de 700 hommes ; — 2" une prison, près de la porte de terre, à l'extrémité N.-O. d'Ortygie. Cet édifice frappe le plus les regai^ds quand on est en mer. — Les rues sont étroites et tortueuses; celle de Maestranz, large et ayant quelques belles maisons, sert de promenade aux habitants ; avant 1860, on ne pouvait sortir de cette ville de guerre après le coucher du soleil. Pour sortir de la ville et gagner la terre ferme, il faut faire d'ennuyeux tours et détours à travers les fortifications. Dans ce trajet, de I près d'un kil. de^lon^pur, il faut

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SICILE. — ROUTE 72. — SYBACUSE.

passer par 5 portes et sur 3 ponts. — L'extrême chaleur de Tété et le voisinage des marais de l'ouest contribuent à rendre la ville malsaine. — Le port de Syracuse est un des plus beaux de l'Europe ; il est parfaitement garanti contre tous les vents. Toutefois il est encore presque désert ; on espère que le chemin de fer lui donnera un peu de vie. — Une belle promenade longe le grand port, au pied des murailles.

— La Porta del Mare, par laquelle on entre en ville en débarquant, a, audessus de l'arcade, des ornements gothiques d'un fini d'exécution remarquaole.

Des fortifications et une plage sablonneuse bordent aujourd'hui le petit port {porto piccolo)y appelé aussi le port de Marbre, la merveille de Syracuse antique, ainsi nommé à cause de son pavage en dalles de marbre et de ses nombreuses statues, élevées par Denys et Agathocle. — 11 n'y a aujourd'hui en moyenne que i met. 50 d'eau dans ce bassin, s'enfonçant entre Ortygie et la côte qui borde l'Achradine.

Le Grand port de Syracuse s'étend au S.-O. d'Ortygie (Syracuse moderne), entre cette ile et la prescju'ile du Plemmyrium (désigné aussi sous le nom d'/nstt/a), plateau rocheux, dont un cap avancé resserre l'entrée du port, du coté opposé de Syracuse. C'est dans ce port que la flotte athénienne livra contre la flotte de Sparte la désastreuse bataille navale où elle fut vaincue.

Histoire. — La fondation de Syracuse, la plus puissante de toutes les colonies grecques, remonte à 755 ans avant J.-C. Le Corinthien Ârchias, chassant les habitants, s'établit dans l'île d'Orly g ta (île des Cailles), aui tut unie à la Sicile par un pont solide. C'est la jjarlie qui forme aujourd'hui la ville moderne de Syracuse La population croissant, s'étendit au dehors. Alors se formèrent successivement les nouveaux quartiers :

Ackradlne [Achradina], bâtie en partie le long de la mer; Tycha, du côté du

Î^.-E., dans la direction deCalane; Teménitès ou Neapolis au g-0., du côté du grand port (de 6 kil. de circuit entre l'île d'Ortvgie et le promontoire Plemmyrium). Vers le N.-O. étaient les Epipoles (Epipoli), sommet couronné par des forts et des palais et séparé de l'enceinte de la ville. Selon Strabon, la ville entière couvrait un espace estimé à 33 k. de tour. Elle présentait alors la forme d'un trian<çle aigu dont la base était le rivage de la mer, et le sommet le fort Euryale (V. p. 605).

Syracuse, ayant d'abord un gouvernement républicain, soumit la moitié de la Sicile à sa domination. Gélon (484-477) fut le fondateur de sa puissance; il remporta sur les Carthaginois, alliés des Perses, une çrande victoire le même jour que ces derniers perdaient la bataille de Salnmine. Il eut pour successeurs ses frères lliéron I"^ et Thrasybule, qui fut chassé (466) au bout de huit mois, pour sa tyrannie. Le gouvernement républicain lut alors rétabli jusqu'en 405. — Les Athéniens entreprennent une expédition contre Syracuse et éprouvent une complète défaite (414). Syracuse soutient ensuite plusieurs luîtes contre les Car- Ihaginoi?. — Profilant des dissensions intestines, Denys s'empare du pouvoir absolu, en 405 ; il meurt empoisonne en 368. — Son (i.s Denys, le Jeune, opprime les citoyens, et est deux fois chassé; il va mourir à Corinlhe. Celte dernière ville envoie à Syracuse Timoléon, grand homme qui y rétablit le gouvernement républicain (."42). — Un aventurier, Agathocle s'empare du pouvoir en 317; il porte la guerre en Afrique ; il meurt empoisonné en 289. Syracuse jouit de quelque repos sous le gouvernement de Hieron II, lidèle pendant 50 ans à l'alliance romaine et qui meurt en 215. — Bientôt Syracuse, entraînée par les intrigues d'Annibal, se déclare contre les Romains. Elle résiste pendant 3 ans à Marcellus, qui s'en empare en 212, malgré les efforts d'Àrchimède, qui est tué par un soldat. Elle suivit depuis lors la fortune de Rome. On cite encore parmi les grands hommes qu'elle a produits les poètes Théoci'ile et Moschus. — Saint Paul aborda à Syracuse et y demeura trois jours. — Syracuse, tombée au pouvoir des barbares, fut reprise par Bélisaire en 555 ; saccagée par les Sarrasins et soumise après un siège de 10 mois [voy.

SICILI^,

ROUTE 75i.

p. 546), elle fut cruellement ravagée par eux en 878. KUe passa ensuite successivement au pouvoir des Normands, des Allemands, des Français et des Espagnols. Syracuse était encore en 1837 une des sept intendances de la Sicile ; mais en 4837, l'invasion du choléra ayant donné lieu de la part de la population à de grands désordres et à d'odieux massacres amenés par les terreurs de l'épidémie, que l'on attribuait à des empoisonnements, le gouvernement napolitain transféra l'intendnnce à Noto. — Syracuse a eu plusieurs fois à soulïrir des tremblements de terre. (F. Capodieci, Monumenti di Siracusa; Syracuse, 1813, 2 vol. in-4*. — Délie antiche Syracuse, recueil des écrits de Bonanni Montalta, Mirabella, etc.. Palerme, 1717, 2 vol.

in4«».)

Monuments et antiquités.

Ville actuelle de Syracuse.

Sur la principale place de la ville sont situées : la Cathédrale ; — au S., les tristes constructions de l'archevêché, dans la cour sont 1 4 colonnes provenant d'un temple (de Cérès?) ; — au N. la maison de ville, plus laide encore.

Temple de Diane. — Les restes de ce temple dorique sont situés à peu de distance de la cathédrale (vicoSan Paolo), dans une maison particulière.

On y a fait il y a peu d'années des fouilles considérables. Les fragments d'architecture découverts ont un caractère qui fait considérer ce temple comme un des plus antiques. Les colonnes devaient avoir 8 met. 50 de hauteur sur 1 met. 90 h la base; l'architrave 1 met. 80 de hauteur. Le progrès est bien plus sensible dans le temple consacré à la Vierge. La hauteur des colonnes est presque de 5 fois leur diamètre ; c'est à peu près la proportion normale.

Temple de Minerve (?) — (aujourd'hui cathédrale). Cicéron a décrit la magnificence de ce temple, construit sur le modèle de ceux d'Agrigente et de Pœstum, six siècles avant l'ère I

chrétienne, et que Yerrès dépouilla de ses riches ornements. Sur le faite brillait un immense bouclier de bronze qu'on apercevait de la mer. Archimède avait tracé une méridienne sur le pavé. Ce temple, de style dorique antique, était hexastyle-périptère (K. p. 584); il avait 36 colonnes et était orienté au quatre points cardinaux. Le rang de colonnes latérales qui subsiste encore a été en partie engagé dans la maçonnerie, quand on a converti ce temple antique en église. Les colonnes du S.

sont celles qui sont le moins engagées dans l'épaisseur de la muraille ; en entrant dans le bas-côté de la cathédrale, on peut, au pied de cette rangée de colonnes, se rendre parfaitement compte de l'architecture du temple antique. Ces colonnes sont inclinées dans des directions diverses par suite du tremblement de terre de

Cathédrale. — Elle occupe remplacement d'un temple antique qu'on croit être celui de Mmerve ( V. ci-dessus), dont le péristyle a été engagé dans ses murs. Façade détestable au XVII 1* s. Le bassin en marbre des fonts baptismaux, porté par 7 petits lions de bronze, est un monument du Bas-Empire trouvé dans la catacombe de S.

Giovanni. On lit dans l'inscription grecque le nom de Tévêque Zozime, qui consacra au vu" s. le temple de Minerve au christianisme. Dans une chapelle du côté dr. on remarque, à la base d'un autel, le bas-relief en marbre de la Cènô, par un artiste français et, à la voûte, des fresques par Scilla^ de Messine (1650). — Deux colonnes monolithes de marbre sont étendues au pied des murailles de l'église.

Eglises : — Quelques-unes, telles que San Benedetto, San Giovanni Bat- TJSTA, présentent de l'intérêt par les détails d'architecture du moyen âge ; Près du château de Maniacé, la façade de l'église San Martino ; — A l'église San Filippo, un puits curieux.

Presque vis-à-vis de la cathédrale,

SICILK. — ROUTE 72. — SYHAtUSE.

et dans une salle basse de la maison commune, est le :

MosÉE*. — Ce musée (pour lequel on cherche un local plus convenable) est peu riche pour un sol classique aussi célèbre. On y remarque une admirable statue de Vénus, en marbre de Paros, trouvée en 1804 dans TAchradine, que quelques-uns prétendent être la Vénus Callipyge décrite Sar Athénée et Lamçride, et qui fut onnée aux Syracusains par Héliogabale. Il lui manque la tête et le bras droit. Son attitude et ses gestes rappellent ceux de la Vénus de la Tribune de Florence, à laquelle elle est inférieure ; — Une tête colossale, dégradée, de Jupiter ; une statue d'Esculape, d'un mètre de haut ; im buste en bronze de Méduse; diverses sta- . tues de personnages romains, trouvées récemment dans les fouilles de Neapolis ; statuettes , bas-reliefs ; fragments d'architecture ; vases, lampes e(c... — Il reste un grand nombre de médailles et de monnaies de Syracuse d'une très-belle exécution, et égales aux plus belles monnaies d'Athènes.

— Le chanoine Lentinelli en possédait une collection précieuse « que la ville de Syracuse doit acheter pour l'ajouter au Musée. » — Au-dessus du Musée, ime bibliothèqtie de 9,000 vol. est ouverte tous les jours de 10 h. à midi.

Cabinet d'histoire naturelle — (Via di Santa Maria). Objets d'histoire naturelle et de la géologie de la Sicile.

Ville antique.

Il reste peu de choses de l'ancienne Syracuse, et, si ce n'était la célébrité de ce nom, les ruines disséminées au loin dans les champs, et la plupart inintelligibles aujourd'hui seraient peu

* S'adresser d'avance au conservateur, M. le chev. Targia, qui indiquera l'heure à laquelle on pourra le visiter.

dignes d'intérêt. On ne peut les visiter en une seule journée.

On a prétendu que l'ile d'Ortygic avait été autrefois reliée au continent syracusain par une communication sous-marine. Des travaux exécutés en 1854 ont fait reconnaître Texistence d'un aqueduc qui s'enfonce en terre à une profondeur de 28 met. , et, au point où étaient arrivées les fouilles, se trouve à 4 met. 90 au-dessous du niveau de la mer. Une merveille des temps modernes, le tunnel de la Ta • mise, perdrait son prestige, s'il était démontré que, dans les temps les plus reculés, les Syracusains ont pu faire arriver l'aqueduc sous-marin jusqu'à l'ile d'Ortygie.

MuRAiLLKS. — Les voyageurs qui auront le temps de faire le tour du plateau, aujourd'hui désert, de l'ilchradine (le quartier le plus populeux de la ville antique] , en suivant la cote, trouveront ça et là des traces des anciennes murailles. — Il reste çeu de traces des murailles de Néapolis. •^— Au contraire, on peut suivre, dans presque toute lem* étendue les murs des Èpipoles, mais principalement du côté de l'est. Ce fut, selon Diodore de Sicile, Denys l'Ancien qui fit élever (402 ans av. J.-C.) en vingt jours, par 60,000 ouvriers et 6000 bœufs, cette enceinte d'une force prodigieuse.

Nous allons visiter les antiqtdtés de Syracuse en parcourant successivement les emplacements des trois villes ou quartiers de terre ferme, qui la composaient, et en commençant^ après avoir quitté Ortygie, par l'Achradme, quartier qui en était le plus rapproché.

Aohradine.

Immédiatement après avoir franchi la cinquième porte, on voit à droite, au milieu du plateau où était l'ancien Forum, une colonne de marbre rouge , que l'on croit avoir fait partie des portiques de l'Achradine. -pj^lus loin on

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