‹ Italie; itinéraire descriptifChapitre 345 sur 422 · ROUTE 73. — DE SYRACUSE A CATANE · texte numérisé non relu

ROUTE 73. — DE SYRACUSE A CATANE

à la moitié de la superficie de l'Etna, dit M. E. Reclus, et à la trentième partie de Pîle entière, est peuplée néanmoins par un huitième de tous les Siciliens. A proportion égale, la France n'aurait pas moins de 170 millions d'habitants. »

2«» La région boisée (il Bosco); elle est composée principalement de châtaigniers, de chênes et de pins, et larj^e de 8 à 12 kil. « L'Etna méridional présente partout le même spectacle. Dans cette vaste étendue, couverte autrefois de forêts séculaires, il ne reste pas aujourd'hui un seul arbre que n'aient entamé le fer et le feu. (Les montafjnards imprévoyants ont livré leurs belles forêts à des spéculateurs.) Les laves des boccarelle del Fuoco^ en 1766, détruisirent, au dire de Gemellaro, plus d'un million de chênes dans cette partie de la forêt. » (De Quatrefages.) — La limite d'altitude de la région boisée, sur le chemin de Nicolosi au cratère, est à 1777 met., et la limite extrême de la végétation à 2805 mètres. Au-dessus du Bosco s'élève la gibbosité centrale, ou :

3* La région déserte^ couverte de laves noires et de scories et où luttent sans cesse le feu et la neige, qui pendant presque toute l'année en couvre le sommet et les flancs.

Summo cana jugo cohibet (mirabile dictu I) Vicinam flammis glaciem, aBlernoque rigore Ardentes horreut scopuli. (Silius Italicds).

Les versants de l'Etna offrent une étonnante variété d'aspects. « Du côté où, durant les derniers âges, l'activité volcanique a été moindre qu'ailleurs, les pentes qui se redressent au-dessus de la vallée de l'Alc^intara sont en grande partie recouvertes de bois. » On y voit aussi des prairies et des champs cultives en céréales. — a Sur la face occidentale, le volcan se révèle au contraire dans toute l'horreur de ses éruptions. La montagne n'offre dans toute sa hauteur que couloirs de neige, talus de cendres et traînées de scories. De nombreux cônes de débris, ayant une élévation de 200 à 400 met., environnent la base du dôme et marquent les crevasses d'où jaillirent autrefois les courants de lave. Deux de ces coulées enserrent la ville de Broute [V. p. 621) et l'avertissent du sort qui lui est sans doute réservé dans l'avenir. D'autres coulées récentes, après avoir gagné la base de la montagne, ont barré le cours

du Simeto et se sont accumulées contre les pentes opposées des montagnes Neptumennes : de là ces magnifiques défilés : le Salto del Pecoraro ( V. p. 620), le Sallo del Pulicello, et d'autres encore que le fleuve a dû se creuser par voie d'érosion dans les murs compactes de rochers qui l'arrêtaient au passage. — Le versant méridional de l'Etna (du côté de Gatane) est d'un aspect moins formidable que celui de l'ouest. L'inclinaison générale de la montagne est beaucoup plus douce.

Les campagnes cultivées entre les divers courants de lave sont plus riches et plus étendues. — Néanmoins, tout admirable qu'est la vue de la montagne, contemplée de la plaine de Catane, c'est bien de la mer, qui baigne les promontoires basaltiques de la base orientale, que le volcan apparaît sous son aspect le plus majestueux. Les falaises, hautes de plus de 100 mètres, sont composées de couches alternantes de scories rouges et de laves d'un noir bleu. » (Ë. Reclus: Revue des Deux Mowrf^s, juillet 1865.)

Du Piano del Lago se détachent à l'E., deux crêtes étroites, presque tranchantes, qui font partie de la gibbosité centrale, et embrassent comme deux bras, le grand précipice connu sous le nom de val del Bove. Les parois extérieures présentent une inclinaison d'environ 32 degrés. Uais les lits superposés de matières volcaniques formant les parois du val del Bove, au lieu d'incliner vers tous les points de l'horizon comme le font les couches de U Somma, au Vésuve, plongent vers la mer, ou à peu près vers l'E.: ce qui prouve que le cirque du val del Bove n'est point un ancien cratère comme la Somma. 11 aura probablement été formé par un effondrement.

Le cirque elliptique du val del Bove a environ 7 kilom. de diamètre; il est entouré de trois côtés par des falaises verticales de 300 à 975 met. de hauteur.

Les couches volcaniques de ces falaises sont tiaversées par des milliers de dykes, ou coulées verticales plus ou moins obli-

3ues, de trachyte, de oasalte, qui, à cause e la résistance plus grande des matériaux, persistent et font saillie sur les strates, plus facilement décomposées sous les alternatives de congélation et de dégel, a Lorsque les neiges sont fondues, tout l'espace compris dans l'enceinte du val del Bove offre l'image d'une mer aux flots [noirs qui se seraient solidifiés en

SICILE. — ROUTE 75. — l'ETNA.

f>leine tempête. Les tortueux courants de aves diversement entremêlés inclinent tous leur surface rugueuse dans la directions de l'E., puis arrivés à l'arête de rocher qui forme le seuil du cirque supérieur, ils plongent en manière de cataracte de 120 met. de hauteur, pour descendre dans un deuxième bassin, le val de Cfl/flwna, qu'entourent également de hautes parois rocheuses. » (Reclus.)

C'est dans le Piano del Lago que se trouvent la casa degli Inglesi et la torre del Filosofo (2885 met. au-dessus du niveau de la mer), petit édifice grec ou romain dont il reste quelques assises en briques et en lave taillée. On a dit qu'il avait été habité par Empédocle, qui se précipita dans le cratère environ 400 ans avant J.-C On croit que c'était plutôt un belvédère bâti pour ^empe^eu^ Adrien, loi-squ'il monta sur l'Etna. — Tandis que les laves et les cendres modernes s'accumulent rapidement sur les pentes éloignées du centre*, elles n'accroissent presque pas les parties centrales et élevées du massif; sans quoi la torre del Filosofo, qui a au moins dix-sept siècles, aurait été ensevelie par elles. — Selon Elie de Beaumont, l'Etna serait un cratère de soulèvement, c'est-à-dire que les laves déposées dans le principe en nappes horizontales un peu inclinées, ont été à une certaine époque soulevées par une com- ' motion violente qui donna à la montagne sa forme conique. Cette hypothèse n'est pas admise par les derniers géologues qui ont étudié les volcans; ce serait le volcan lui-même qui a élevé à travers les siècles, par des milliers d'éruptions, les parois de son cratère et élargi ses pentes. « Si l'on suppose, d'après les données approximatives fournies par les éruptions les plus récentes que le volcan Tomisse en moyenne, pendant le cours de chaque siècle, la masse d'un milliard de mètres cubes de laves et de cendres, il ne lui aurait pas fallu moins de 400,000 années pour faire surgir du sein des eaux Tamas de rochers et de débris qui constitue le dôme actuel de l'Etna. » — Nous ajouterons ici un dernier renseignement sur la structure géologique de l'Etna, que nous empruntons à Lyell. Les flancs de l'Etna au S. et à l'E. présentent des dépôts

* Au S.-C, du côté de Biancavilla, il n'y a pas eu une seule coulée de lave dans les temps modernes.

sédimentaires et volcaniques d'oriîçinc sous-marine. On a trouvé aans ces strates des coquilles marines à 195 ou 260 met. au-dessus du niveau actuel de la Méditerranée. D'où il semble résulter que le noyau volcanique de la montaçne a participé au soulèvement lent et général, qui a été constaté, des côtes de la Sicile.

Une des particularités de l'Etna, c'est la multitude des cônes ou volcans secondaires répandus sur ses flancs, et dont 3uelques-uns ont des dimensions consiérables. Celte montagne volcanique est un monde ; les cônes aes cratères secondaires se comptent par centaines. « Us sont creusés en entonnoir à l'intérieur, et disséminés depuis les limites extrêmes de la région cultivée jusqu'au Piano del Lago. La plupart sont répartis dans la région boisée. L'origine du plus grand , nombre se perd dans la nuit des temps antéhistoriques. »

M. Sartorius de Waltershausen, léminent çéolojrue qui a étudié l'Etna pendant SIX années, a reconnu cjue les laves ont un poids spécifique de 2,911 (le même que celui des laves de l'Islande). « I^ conséquence probable que le calcifl peut déduire de ce fait, dit M. Reclus, c'est que les roches rejetées par l'Etna proviennent d'une profondeur de près de 125,000 met. Ainsi le puits qui s'ouvre au fond du criitère n'aurait pas moins de 124 kil. et la lave qui bout dans cet abîme serait soulevée par une force de 36,000 atmosphères. » Suivant M. de Wallenstein, les Eierres lancées par l'Etna atteignent une auteur de 2500 pieds (812 met.) audessus du cratère. M. Geraellaro estimait celte hauteur (éruption de 1832) trois fois plus considérable. (Cosmos de Humboldt).

ÉRUPTIONS DE l'eTNA.

Une des plus désastreuses éruptions fut celle de 1669. Près de Nicolosi, dé;truit par un tremblement de terre, il s'ouvrit deux gouffres d'où sortit une telle quantité de sable et de scories, que dans lespace de trois mois ils formèrent une double montagne (monti Hossi) de 157 met. de haut. La lave sortie des monti Hossi parcourut 24 kil. et mit 46 jours pour atteindre les bords de la mer. c La lave, refroidie à sa base par le contact de l'eau, présentait un fropt perpendiculaire de 1400 met. d'étendue, delO à 13 met.

SICILE

— ROUTE 73. — DE 8YAÀCU8Ë A GÀTANE.

d'élévfttion, et s'avançait lentement, charriant d'énormes blocs solidifiés, mais encore rouges de feu. En atleignant l'extrémité de celle espèce de chaussée mobile, ces blocs tonibaienl dans la mer, la comblaient peu à peu, et la masse fluide avançait d'autant. A ce contact brûlant d'énormes masses d'eau, réduites en vapeur, s'élevaient avec d'affreux sifflements, cachaient le soleil sous d'épais nuages, et retombaient en pluie salée sur toute la contrée voisine. En i|uelques jours la lave avait reculé d'environ 300 met. les limites de la plage. Dans tout le trajet la Cheire (Schiîirra, surface d'une coulée de lave refroidie et recouverte de blocs) présente l'aridité la plus absolue. » (De Quatrefages.) L'auteur que nous citons prétend^même que « pas un brin d'herbe n'a pu encore pousser sur cette roche, qui semble repousser toute végétation. » 11 y a là de rexa^ération : en beaucoup d'endroits la Cheire est convertie en champs. Les paysans ont commencé à reconquérir les monts Rossi en y plantant çà et là de la vigne et des arf»res fruitiers. — La lave, après avoir envahi 14 villages, dont plusieurs avaient une population de 5000 a 4000 individus, flnit par s'avancer jusqu'aux murs de Gatane, distante de l'Etna de près de 16 kil. Déjà, le 14 avril, la ville avait échappé à une coulée, heureusement détournée; mais, le 50 avril, la lave, après s'être amoncelée contre les remparts, se déversa par-dessus, renversa 40 met. de murs et entra par cette brèche. Le 8 mai elle s'arrêta, après avoir brûlé 300 maisons, quelques églises, et le couvent des bénédictins. Le 11 juin, un nouveau courant envahit Gatane; mais, avec des murs en pierres sèches construits à la hâte, on parvint à le détourner. Après 4 mois et demi, la violence du volcan s'épuisa. Cette éruption de i6G9 avait couvert 5 ou 6 lieues carrées d'une couche de lave épaisse, sur certains points, de 33 met., et elle avait détruit les habitalions de 27;000 personnes.

En 1819, on put observer un courant qui, neuf mois après sa sortie du cratère, 8 avançait s«r une pente considérable, ne parcourant qu'un met. environ par heure. On cite, comme une des curiosités les plus singulières, qu'en 1828 on trouva sur l'Etna une masse de glace considérable recouverte par un courant de kive et qui était ainsi conservée depuis plusieurs

siècles peu^-être. On auppoae que la nei^e avait été dans le principe couverte par des sables volcaniques, mauvais conducteurs de la chaleur. Des muletiers >ieunent chercher de la neige cachée sous la cendre et la descendent à Gatane.

PRINCIPALES ÉROPTIORS DE l'e^NA.

La plus ancienne éruption est mentionnée par Diodore de Sicile (1. V). Elle fut si violente qu'elle força les Sicaniens, antérieurs aux Sicules, à abandonner cetle

Partie de l'île. — Divers écrivains de antiquité parlent d'éruptions qui ont eu lieu aux ?•, 6% 5«, 4% 3", 2" siècles av. J.-C. — Thucydide mentionne trois éruptions, — Platon fut invité par Denys le Jeune à venir examiner l'état du volcao après une éruption. — Les éjruptions se continuèrent pendant la durée de l'empire romain et au moyen âge. — Voici la liste des principales éruptions depuis la fin du XV s.: 1556, 1557, 1566, 1578, 1603, 1607, 1610, 1614, 1619, 1634, 1646, 1651, 1669 (une des plus épouvantables donton aitconservé la mémoire), 1676, 1682, 1688, 1689, 1693, 1694, 1696, 1698, 1702, 1723, 173i, 1735, 1744, 1747, 1755, 1759, 1763, 1766, 1780, 1781, 1792, 1797, 1798, 1799.

Au mois de juillet 1863 le cône supérieur de l'Etna s'ouvrit. La casa dcglilnglesi fut détruite. — Dans la nuit du 30 au 31 janvier 1865, les laves ne pouvant s'élever jusqu'à la bouche du volcan se firent jour par une Qssure de 2 kil. et demi de long. Dès le 2 février le courast principal, large de 300 à 500 met., sur une épaisseur moyenne de 15 met., se précipitait en cataracte du haut d'un escarpement. Au milieu de février, la coulée était déjà longue de 15 kil. L'éru^ tion reprit avec violence à la tin du mois de mars.

Parmi les ouvrages publiés sur l'Etoa, un des plus intéressapts est eelui du chanoine Récupéra, Storia naturale e $e»tr^le deiV Etnq (Catape, 1815). — tn Mémoire de &f. Ëlie de Beaumoat (1838). — Ferrara, Descrizione delV Elna, (Palerme, 1818). — Un ouvrage allein.

d'Hoffmann (Berlin, ^839], qui en donne une très-^bonne descriptiop. — - Le géologue allemand Sartorius de Wallerebau-

— ROUTB 74. — TOUR D£ L'ETMA.

San a eonsacré 6 «ntiées à l'étude de l'Etna, et en a publié une carte minutieusement détaillée.

Du plnteau de la casa degU Inglesi on peut facilement descendre dans la plaine du Simeio, soit à Livoéia, soit à Biancavilia ou à Adernà»

Page 1