‹ ItalieChapitre 127 sur 169 · De Brîndisi à Tarante, Métaponte et Réggio de Oalabre · texte numérisé non relu

De Brîndisi à Tarante, Métaponte et Réggio de Oalabre

Ch. de fer, 544 k., en 3 h. 35 jusqu'à Métaponte et en 15 h. 30 de Métaponte à Kéggio; prix de Brîndisi à E.éggio: F® cl. 210 L. 85, 11^ cl. 141 L. 40, IIP cl. 82 L. 35. Jusqu'à Tarente la ligne parcourt la plaine à travers la presqu'île de Salente, puis elle longe presque toujours la mer Ionienne; à partir de la stat. Rocca Impériale, où l'on entre en Calabre, le paysage devient pittoresque. La longue ligne déserte, les localités étant loin des gares, est desservie par des trains lents; elle est rarement parcourue par les touristes. Peu de confortable.

Brindisi, p. 410. On paixcurt les vastes plaines de la presqu'île de Salente, à peine ondulées par les dernières ramifications des Murge. Partout des vignobles, des oliviers et des figuiers. Jusqu'à Latiano, on suit presque le tracé de l'ancienne Voie Appienne qui finissait à Brîndisi, p. 410. - 31 k. Ôria, à 166 m., 9.730 hab., dans un beau site, sur un gradin des Murge, dominant la plaine dite le Tavoliere de Lecce. Belle vue sur les deux mers.

C'est l'antique ville à-'Uria, capitale des Messapiens; ce serait le berceau de la famille des Doria. Magnifique Château, édifié par Frédéric II en 1227; dans le Palazzo degli Uffici, petit Musée contenant des objets des époques messapienne et grecque.

Tarente.

DE BRfNDiSl À RÉGGIO

lî. 10. 429

37 k. Francavilla Fontana avec un puissant Château Imperiali du XVI^ s.; embranchement, 62 k., pour Lecce, p. 413 - 52 k., Grotlâglie tire son nom des nombreuses cavités carstiques des environs. On entre dans un terrain un peu plus accidenté (Murge Tarantine) où s'étendent de très riches cultures. On contourne le Mare Piccolo, V. ci-dessous.

70 k. TARENTE (ital. Târanio), dans l'angle N. du golfe du même nom, est une ville de 87.071 hab., gaie et propre, un important entrepôt de commerce et, après la Spezia, le premier port militaire de l'Italie aux vastes chantiers de constructions navales. Ses excellents fruits et son miel sont renommés.

Voitures de place: service à Th.:

5 L. la V^ h., 4 L. chaque h. suivante.

Barques: pas de tarif: faire prix à l'avance.

Agence des chemins de fer: Agenzia Ferroviaria Moro, via Archita.

Bureaux publics: Hôtel de Ville, pi. (lu Municipio; Poste, Télégraphe et Téléphone, corso Vitt. Eman.

Hôtels: Europa, corso Due Mari, 2, sur 11' :\rare Piccolo, 5U lits, recomm.; Bologna, via Margherita 2, 60 lits; DatiÂolo, 40 lits; Parténope, via Margherita, 8, 25 lits; Aquila d'Oro, corso Umberto, 24, 40 lits; Itâlia, 27 lits; Roma, 16 lits; Sole, 30 lits; Tripoli, 26 lits.

Restaurants (outre ceux des hôt.): Nuovo Gambrinus, via De Cesare. |

Taras (en latin Tarentum), ville fondée par les Spartiates en 708 av. J.-C, en lutte d'abord contre les Messapiens, les Peucétiens et les Lucaniens, puis contre les Romains, appela à son secours Pyrrhus, roi d'Épire. - Elle était alors une des plus riches villes de la Grande-Grèce; après diverses vicissitudes, elle tomba toutefois au pouvoir de Rome, qui y fit un immense butin. Elle continua à garder ses mcem'S grecques et elle fut gravement punie par les Romains pour- s'être donnée à Annibal; puis, sous l'Empire, elle se latinisa rapidement; mais, en 927, elle fut détruite par les Sarrasins. Elle se releva en 967, grâce à l'empereiir Nicéphore Phocas. C'est la patrie des philosophes Arcliytas et Aristoxène et du compositeur Giovanni Paisiello. DaiiS l'antiquité elle était fameuse pour l'élevage des mm'ex et pour ses laines.

La ville a une forme singulière. Sur la terre ferme se trouve la gare du ch. de fer. Entre celle-ci et la mer voisine, s'étend le Borgo, avec des magasins ou des dépôts de marchandises. Le long pont de Porta Nâpoli relie la terre ferme à travers des bas-fonds à l'îlot, à pou près rectangulaire, où est la città vecchia, la vieille ville. Les constructions y sont exceptionnellement compactes et divisées par quatre voies parallèles (via Garlhaldi au N., vers le Mare Piccolo; via, di Mezzo, via Maggiore et corso Vittorio Emanuele vers le Mare Grande); ces trois dernières mènent à l'autre extrémité (S.-E.) de l'île ou Porta di Lecce; là un autre pont (mobile sur le profond Canal navigable, par où peuvent passer les plus gros navires de guerre), permet d'aller à la Città Nuova qui s'étend toujours plus sur la terre ferme au S. du Mare Piccolo. Celui-ci est une vaste lagune intérieure dont le premier bassin sert de port militaire tandis que le second est affecté à l'ostréiculture. Du côté de la mer Ionienne (Golfe de Tarente) sont les îles Côradi fortifiées. Entre celles-ci et la ville se trouve le Mare Grande,

En venant de la gare on traverse le Borgo et le Ponte di Porta Nâpoli fit l'on entre dans la Città Vecchia, ville aux rues étroites et tortueuses. Dans la via Maggiore, est le Dôme (S. Cataldo), du XI* s., remanié: intérieur grandiose et somptueuse Chap. S. Cataldo, de style baroque. Presque au bout de la rue, deux colonnes d'un temple dorique, du commencement du VI* s., et, un peu plus loin, le Château, du X* s. - Franchissant, sur un pont tour-

430 E. 10. DE BRiXDISÎ Métaponte.

nant de 86 m. 40, le canal navigable, on entre ainsi dans la Città Nuova, et l'on arrive bientôt à la piazzu Archita, où sont le Palazzo degli Vffici et le Musée contenant des objets provenant de Tarente et des environs: sarcophages, urnes funéraires; objets de la période néolithique et de l'âge d'airain et trouvés dans des nécropoles antérieures à la civilisation grecciue; vases grecs de la période archaïque et du V^ s.; ivoires, bronzes et verres; deux belles statues en marbre; monnaies. - Au S.-E., sur la piazza Anfiteatro, restes d'im Amphithéâtre; vers l'E., l'Arsenal et à 1 k. 5, Solito, où il y a ime grotte de Basiliens, ornée de fresques anciennes.

Le train court le long du golfe de Tarente: le paysage est caractérisé par les hautes dunes parallèles à la mer, couvertes de macchia (maquis) et d'un aspect désert. Ces dunes isolent les bas-fonds marécageux qui seraient, en été, une grave source de malaria. Partout des travaux d'assainissement sont en cours. On traverse le Brâdano et l'on entre dans la Basilicate. - 114 k. Alétaponte (buffet avec ch.), station isolée avec quelques maisons. Embranchement pour Baitipâglia, p. 384. Les quelques ruines de l'antique Métaponte, une des villes les plus puissantes de la Grande-Grèce, sont à 2 k. env. au X.-E. de la station.

Fondée au VIP s. av. J.-C, Métaponte donna de nombreiix adeptes à la doctrine de Pythagore; celui ci y mourut en 497. Pendant la 2^ guerre punique, Métaponte prit parti pour les Carthaginois, et Annibal, quand il se retira de l'Italie en 207, en éloigna les habitants pour les soustraire à la vengeance de Rome; depuis lors, la ville disparut peu à peu, ne laissant plus de traces dans l'histoire. - À 1 h. env. au X. de la station quelques débris d'un Hemple dorique (Tavole Paladine, tables des paladins) périptère hexastyle; il n'y a plus que 15 colonnes dans une solitude solennelle. Ces colonnes sont entourées maintenant d'une enceinte ae protection, dont la clef est à Ginosa, mais elles se voient assez bien même de l'extérieur. Plus près de la station, à 2 k., 20 min. env. vers le X.-E., les restes appelés Chiesa di Sansone, d'un temple dorique dédié à Apollon Lycien.

Tout près de la voie, restes à peu près invisibles de l'ancienne cité; on peut y passer au retour des Tables Paladines. On continue le long du golfe de Tarente, mais à une plus grande distance de la mer. On franchit le Basento, le Casuentus des anciens, qui naît près de Potenza, et l'on continue dans la zone plate qui s'étend entre la base des collines et la mer; cette zone est en grande partie inculte ou bien elle est semée en automne et abandonnée jusqu'au moment de la récolte par les populations des villages que l'on voit au loin sur les hauteurs. Nombreux marécages formés par des cours d'eau temporaires entre les dunes. Nombreuses plantations d'eucalyptus. Le long de la côte, de nombreuses tours qui servaient de défense contre les pirates, sont aujourd'hui utilisés comme postes de douaniers. -130 k. Montalbano lônico. On passe l'Agri, l'ancien Aciris. - 136 k. Station de Policoro. Non loin de là, était la ville grecque d'Héraclée, où Pyrrhus, en 280 av. J.-C, remporta, grâce à ses éléphants, sa première

Slbari. À RÉGGIO DE CALABRE R. 10. 431

victoire sur les Romains. On traverse le Pantano di Policoro, taillis marécageux à la végétation luxuriante, espèce de forêt vierge de lentisques, de lauriers-roses et de myrtes. On franchit le Sinni avant (146 k.) Nova Siri. Aussitôt après, la voie entre en Calabre, p. 386, et côtoie la mer; la région se fait plus accidentée. -150 k. Station de Rocca Impériale. La localité est à 4 k.: restes d'un château fort, bâti par Frédéric II. Le trajet devient de plus en plus pittoresque, la voie étant resserrée entre la mer et les collines. Puis se suivent les stations de Montegiordano, Roseto (sur la g., ruines), Amendolara (un peu avant, sur la g., ruines), et Trebisacce. On entre alors dans la vaste plaine où débouche le Crati. La vue devient magnifique sur les monts de la Sila qui la bornent au S., et plus encore sur les crêtes calcaires escarpées, rayées de neiges jusqu'à l'été, du Mt Pollino qui la borne au N. (point culminant: 2.271 m., Serra Dolcedorme). - 194 k. Sîbari (buffet avec quelques ch.), station isolée dans la plaine, où sévit la malaria.

C'est au S.-E., 2 k. env. en amont sur la rive g. du Crati, qu'aurait été située Sybaris, ancienne colonie achéenne, célèbre par sa richesse et dont la mollesse et la corruption sont devenues proverbiales. Elle aurait été détruite par Crotone, en 510 av. J.-C; V. p. 434. À env. 7 k. au S.-O. de la gare de Sibari, vers 443, Athènes avait fondé Thurii, qui prospéra jusqu'à l'époque du Bas-Empire. Il ne reste rien des deux villes.

Ch. de fer SiBARi-CosENZA, 69 k. en 3 h. env.; prix: I" cl. 27 L. 65, IP cl. 19 L. 65, IIP cl. 12 L. 30. - La voie se dirige vers l'O., dans la grande plaine du Crati, appelée Gadella, au N. de ce dernier et de son affluent, le Coscile. Elle* permet de jouir d'une vue circulaire magnifique, surtout vers les crêtes calcaires escarpées du Mt Pollino, 2.240 m. et de la Serra Dolcedorme, 2.271 m., qui en est le prolongement. - 10 k. Station de Cassano al lônio. La petite ville (hôt. Regina Elena) est à 10 k. au N. (diligence en 2 h.); du haut d'un rocher élevé un ancien château la domine; de là, *vue de la vallée du Crati et du Coscile, ainsi que du Mt Pollino. - 16 k. Station de Spezzano Albanese (hôt.: Stella; Dorm). Le village (3.855 hab.), à 320 m. d'alt. est à 6 k. 5 au S. (place dans une voit., 5 L.; voit, particulière, 15 L.) pittoresquement épars sur des collines. La visite en est des plus intéressantes à cause des costumes et du dialecte de ses habitants. C'est un des centres fondés au XV« s. par des Albanais qui avaient fui devant l'invasion turque. Le type ethnique est encore assez bien conservé et se distingue, parmi la population petite et brune qui l'entoure, par les yeux bleus, les cheveux blonds et la haute stature. - Ch. de fer Spezzano Albanese-Castrovîllari, 32 h. en 1 h. 25, 2 dép. par j.; prix: I" cl. 11 L. 55, IIP cl. 5 L. 10. - Castrovlllarl (hôt.: d'Atri-Unione, 18 ch.; Excelsior, 8 ch.) à 350 m. sur un plateau d'aspect riant, est une petite ville de 8.955 hab., bien construite avec une large rue centrale, une belle enceinte de murs moyenâgeux et un château de 1490. Le ch. de fer va être continué jusqu'à Lagonegro, p. 385. - 24 k. Station de Tarsia. On passe sous un petit tunnel et l'on pénètre dans la belle vallée du Crati dont on côtoie à une petite distance, sur la rive g., les immenses étendues de gravier, jusqu'à Cosenza. - 62 k. Station Castiglione Cosentino, embranchement pour Pâola, p. 387.

69 k. COSENZA, à 240 m., ville de 19.696 hab., sur le versant N, d'une colline à peu de distance en amont du confluent du Crati et du Busento, aux rues étroites et sombres et dominée par les ruines de son château.

432 R. 10. DE BRtN^DISl Cosenza.

Hôtels: Véterc, via Paradiso, ' chaque malle à l'extérieur de la près du ThéUre, avec belle vue, voit., 50 c. - Service à Th.: 7 L. 60 lits; Excelsior, corso Telesio, 45 à l'h. pour 2 pers.; chaque pers. en lits; Modcrno, via Villanello Sot- plus, 3 L. à l'h. en plus, tano, 22 ch. Agence des Chemins de Fer:

Voitures de place: en ville dans Impresa Trasporti Automobilistki l'enceinte de l'octroi, pour 2 pers. Silana (aussi renseignements sur la 1 L. 50, 1 L. 80, 2 L. 50 selon la j Sila), corso Telesio. distance, chaque pers. en plus 1 L.; |

C'est l'ancienne Consentia, métropole de Brutium, ville romaine à partir de 204 av. J.-C, détruite deux fois par les Sarrasins, endommagée par les tremblements de terre en 1783, 1854, 1870 et 1905. Elle n'a pas de monuments bien remarquables. C'est à Cosenza que mourut, en 412, Alaric, roi des Visigoths, qui, après le sac de PiOme, se dirigeait vers la Sicile. Selon la tradition, il fut enseveli avec ses trésors, sous le lit du Busento. On a fait inutilement des recherches au confluent de ce dernier, près de la gare, au <; ponte Alarico » et un peu plus en amont. C'est le lieu de naissance du philosophe Bemardino Telesio (1509-1588). La Cathédrale gothico-provençale, consacrée en 1222, a une façade mal restaurée et contient le tombeau d'Isabelle (m. en 1270, femme de Philippe III de France), par un artiste français et celui de Louis III d'Anjou. Dans la partie haute de la vieille Cosenza, restes de l'église S. Francesco, avec quelques fragments antiques. Sur la colline qui domine la ^-ille, le Château, construit par Frédéric II: vue. Sur la pL ^i F J/arzo se trouve le Teairo Gomunale, avec le Musée: ustensiles provenant d'une nécropole à Torre Mordilo, du IX^ au YIP s. av. J.-C. et belles stalles en bois, provenant de S. Domenico. Sur la même place, la statue- de Bemardino Telesio et le monument des Frères Bandiera, patriotes fusillés près de la ville en 1844.

Ch. de fer Cosexza-Soyeria Maxxelli, 59 k. en 3 h. env.; 2-3 dép. par j.; prix: I" cl. 21 L. 30, IIP cl. 8 L. 80. Cette ligne est importante pour le touriste, car elle permet de s'approcher plus facilement de la Sila, V. ci-dessous. - La voie se dirige vers l'E., puis tourne au S. vers (8 k.) Pedace, à 600 m., et continue en montant fortement. - 11 k. Aprigliano, à 720 m.; 20 k. Pian del Lago. - 24 k. Rogliano (hôt. Milanese, 1* ch.), à 650 m. d'alt., 3.702 hab., sur une hauteur, commande une vue admirable sur les montagnes environnantes. - 37 k. Carjyanzano; 59 k. Soveria Mannelli, p. 388. De là, route carross. 25 k. pour Tiriolo. p. 388.

Ch. de fer Cosexza-S. Pietro ix Guaraxo, 29 k. en 1 h. 30, 2 dép. par j, desservant des localités de peu d'importance.

La *EorTE de la Sila Cosexza-Cotroxe, 146 k., AnoBus en 12 h. env., 1-3 dép. par j. seulement dans la bonne saison; jusqu'à S. Giovanni in Flore, 71 k. en 5 h., 31 L. 50; de S. Giovanni à Cotrone, 75 k. en 5 h. 30, 32 L. 65. - La *Sila est vm plateau de gneiss et de granit à une ait. moyenne de 1.000-1.200 m. et dont la formation remonte aux temps les plus anciens, antérieurement au soulèvement des Apennins. Le massif, divisé en trois parties, du X.-E. au S.-O., {Sila Greca, où se trouvent la plupart des colonies albanaises en Calabre, Sila Grande et Sila Piccola), est délimité au X. et à l'O. par la vallée abrupte du Crati, à l'E. et au S. par la côte Ionienne et, au S.-O., par la Sella Marcellinara. Les cimes les plus élevées sont: la Botte Donato, 1.930 m., le Montenero, 1.881 m., le Mt Cûrcio, 1.772 m., le Mt Femminamorta, 1.740 m., le Mt Volpintesta, 1.730 m., le Mt Timpone Bruno, 1.730 m. La Sila était anciennement couverte d'immenses forêts qui foiirnirent le bois de construction des navires pour les villes de la Grande-Grèce, les Sicules et les Romains. Aujourd'hui le déboisement a remplacé en plusieiurs endroits la forêt par des pâtm-ages. De la côte à la flore presque tropicale on monte en peu de temps à la zone des chênes, des rou\Te3 et des châtaigniers, puis à celle des grands bois de hêtres et enfin à celle des forêts solennelles de mélèzes. Les neiges ne disparaissent qu'en mai ou en juin; pour la visite de cette contrée, il faut

la Sila. À IIÉGGIO DE CALABKE li. 10. 433

donc choisir l'été. Le centre principal est S. Giovanni in Fiore, V. ci-dessous; on trouve aussi un hôtel et des chalets à Fago dcl Soldato, V. ci-dessous. - La route de Cosenza h Cotrone, très bien tracée, a un parcours des plus beaux. En sortant de Cosenza la route se dirige au N.-E. et monte en faisant de larges détoiu-3 à (14 k.) Spezzano Grande. À mesure que l'on s'élève, le paysage devient de plus en plus alixîstre. Après avoir passé le point le plus élevé de la route (1.637 ni.) on descend à (32 k.) Fago dcl Soldato (hôt. simple), quelques chalets à 1.550 m. env. d'alt. au milieu de forêts de mélèzes. On est ici sur le plateau de la Sila. On desceud ensuite à (71 k.) S. Giovanni in Fiore (hôt.: Rotelli; Jaquinto; Libano, tous très simples), pittoresque village de 11,808 hab., à 1.008 m. d'alt., séjour d'été et centre d'excursions. Le village se forma au XII*" s. autour de V Abbaye de S. Giovanni in Fiore, fondée par l'abbé Gioacchino, que l'on croyait un prophète. Beaux costumes. - 85 k. Cerénzia; on traverse le fleuve Neto. - Le Neto, ainsi que ses affluents l'Arvo et l'AmpoIino, est depuis peu l'objet d'une exploitation hydro-électrique hardie. Le Ncto, barré par une digue de 62 m. de hauteur et de 190 m. de longueiu:, forme, près de S. Giovanni in Fiore, un lac de la capacité de 17 millions de me. L'Arvo est de même barré dans la localité Nocelle par une digue de 275 m. de long, permettant d'obtenir une réserve de 157 millions de me. d'eau; enfin un autre réservoir de la capacité de 61 millions de me. recueille les eaux de l'AmpoIino. Ces trois réservoirs aliinentent trois grandes centrales hydro-électriques, qui produisent ensemble 170 000 HP. L'énergie sera transportée jusque dans la Fouille et en Sicile. - 112 k. S. Severina, à 325 m., forteresse byzantinonormande, avec de nombreux monuments de la même époque: Cathédrale à 3 nefs, presque complètement remaniée; Ba-ptidère, des VIIP-IX^ s,; la vieille Cathédrale, où L'Addolorata, du X^ s.; S. Maria a Pozzalio, qui rappelle les églises arméniennes. Château, d'origine normande. C'est la patrie du pape St Zacharie (VHP s.). - On descend par de larges détours dans la petite plaine de Cotrone. - 146 k. Cotrone, p. 434.

On franchit le Grati. - 208 k. Station de Corigliano Câlabro; la petite ville est à 4 k. au S. sur la hauteur.

De là, promenade de 2 h., au S.-E., au Convento del Patire, 605 m., abbaye célèbre fondée par St Nil (V. ci-dessous) sur une crête sauvage, dans le cadre d'un magnifique paysage. C'était, au XIP s., ime espèce de Mt Athos. Dans l'église, reste d'un pavement en mosaïque.

Excursion à S. Demetrio Corone, 31 k. de route (Autobus 1-3 dép. par j., en 2 h. 20, dép. de la station Corigliano, 12 L. 30). S. Demetrio Corone, à 521 m. d'alt., est une des colonies albanaises de la Calabre. Ferdinand I«' y fonda en 1791 un collège pour les jeunes Albanais du royaume de Naples. Dans les environs, autres centres Albanais.

220 k. Station de Rossano.

Rossano (hôt. Centrale, 8 ch.; Nuova Bruzia, 8 ch.; Elena), à 297 m., 10.787 hab., est à 6 k. (autobus) au S., dans une position extrêmement pittoresque. C'est la patrie de St Nil (910-1005), fondateur de Grottaferrata, p. 251. À V Archevêché, le célèbre *Codex purpureus, du VP s. S. Marco, petite église byzantine à 5 petites coupoles et 3 absides. De la terrasse, au mUieu du corso Garibaldi, *vue sur le Mt Pollino, et, par un temps clair, sur la presqu'île de Salente.

Excursion à Longobucco, 43 k. de la station Rossano, autobus, 1-3 dép. par j., parcours en 6 h., 18 L. 95. - Longobucco (hôt. Bruni), à 770 m., agréablement situé sur un plateau entouré de montagnes sur le versant E. de la Sila.

On contourne vers le S.-E. le Cap Trionto et à partir de la station de Mirto-Crôsia, on longe de nouveau la mer, parmi les oliviers et les vignobles dans un paysage d'une grande beauté.

434 B. 10. DE BRIXDISI Cotrone.

- 290 k. Strôngoli; le bourg, l'ancienne Petélia, est à 10 k. de la gare. - On traverse le Neto qui descend du plateau de la Sila, Y. ci-dessous. - 306 k. Cotrone (hôt.: Concordia, 50 lits; Pitagora, 40 lits, mis à neuf en 1923), petite ville de 8.588 hab., à moins de 2 k, au S. de la gare, et construite sur une langue de terre qui s'avance dans la mer, sur l'emplacement de l'ancienne Crotone. est un petit port prospère.

Crotone, fondée par les Achéens, en 710 av. J.-C, devint la cité la plus puissante du Brutium, avec Sybaris, qu'elle détruisit en 510, mais elle fut vaincue par les Locriens et dut ensuite se soumettre aux SjTacusains. Pythagore qui y avait fixé sa demeure, en fut chassé par une révolution. Les ruines d'édifices antiques, qui abondaient encore au XVI^ s., furent employés par don Pedro de Tolède, en 1541, pour la construction du Château. - De la gare en allant à la ville, on passe entre les magasins qui servent de dépôts d'olives, d'oranges et de réglisse. La visite du Château (caserne) est intéressante; demander l'autorisation de l'officier de service à la porte; du haut de la tour, vue. Belle promenade Margherita, au Port. Antiquités intéressantes au Mu?eo Civico. - ExcmsiON (que l'on peut faire à cheval, 12 k., fatigante, ou en barque) au Capo délie Colonne, où est ime esplanade avec une colonne dorique, reste du temple de Junon Lacinienne. À côté de l'emplacement du temple se trouve l'église de la Madonna del Capo (pèlerinage tous les sept ans).

EOUTE COTROXE-COSEXZA par la Sila, p. 432.

La voie pénètre dans l'intérieur des terres, pour éviter la saillie du Cap délie Colonne au Cap Rizzuto. Elle s'élève entre les collines, traverse par un tunnel de 2.600 m. l'éminence sur laquelle est Cutro, puis redescend vers le S., tout droit à la mer. À (313 k.) la Station d' Isola Capo Rizzuto, on découvre le golfe de Squillace, dont on suit la côte à peu de distance. On est là dans la partie la plus étroite de la presqu'île calabraise qui. à vol d'oiseau, entre le golfe de Squillace (mer Ionienne) et le golfe de Sant'Eufémia (mer Tyrrhénienne), mesure à peine 30 k. - 366 k. Catanzaro Marina (buffet); embranchement pour Catanzaro et St Eufémia, p. 388. À 2 k. au S.-O., se dresse l'imposante abbaye de Roccella, grande basilique normande du XP s., que l'on voit à dr. du ch. de fer. La voie continue vers (372 k.) la Station de Squillace. Avant d'y arriver, on voit sur un haut rocher, à dr., (340 m.) le pittoresque Squillace.

À 8 k. à ro., Squillace, l'ancien SchiUétion, cité grecque d'origine ob' scure, devint la romaine Scolacium ou Scylacium; elle compte aujourd'hui 2.738 hab. C'est le pays natal de Cassiodore et du général Pepe. Cassiodore né en 480 ap. J.-C, secrétaire de Théodoric le Grand, à la mort de ce dernier se retira à Squillace, y écrivit ses œu^Tes et y mourut en 575. Dans la Cathédrale, bonnes sculptures du XVI* s.; de la grosse tour du Château, belle Mie.

Suivent deux tunnels, puis un autre à Soverato.- 412 k.

Station de Monasterace-Stilo.

À 1 k. env. au N., autour de la colline de Capo Stilo, ruines de la Caulônm des anciens, colonie achéenne du YIP s., détruite par Denys

Gerace. À RÉGGIO DE CALABRE B. 10. 435

de Syracuse, en 389: mur d'enceinte et restes d'un temple dorique, près de la maison garde-barrière 339. - Autobus (17 k., 1 départ par j., 8 L. 30) remontant la pittoresque vallée du Stilaro jusqu'à *StiIo (hôt.: Centrale; Consolino), à 400 m., pittoresquement étage sur le versant du Mt Consolino; des rochers calcaires de celui-ci domine la Cattolica, petite église byzantine à 5 coupoles, un vrai bijou. C'est la patrie du philosophe Tomaso Campanella (1568-1639). Dans les environs vivaient jadis de nombreux ermites basiliens. - Excursion fatigante, d'une demi-journée, au X., à S. Giovanni Vécchio, basilique à coupole; panorama superbe.

On traverse l'Allaro, le Sagras des anciens, sur les rives duquel 130.000 Grotoniates auraient été défaits par 10.000 Locriens. - 426 k, Caulônia. - 432 k. Roccella lônica, 6.042 hab., comprend deux parties bien distinctes, la Ville et la Marine. La partie ancienne, avec un Château en ruine est située sur un rocher pittoresque dominant la mer. - 439 k. Station de Gioiosa lônica; près de la gare, restes d'un petit théâtre romain; à 5 k. dans l'intérieur, un réservoir, reste d'une villa romaine, et que l'on appelle le Naviglio. À partir de Gioiosa, sur les hauteurs sont disséminées de très nombreuses maisons de cultivateurs, jusqu'au delà de S. Ilario. - 443 k. Siderno Marina, point de départ pour une excursion à Cânolo, à 480 m., petit village très pittoresque dans la haute vallée du Nôvito. - 449 k. Gerace Marina (hôt. Locri, via Garibaldi), petite ville d'origine très récente, avec un Musée d'antiquités locriennes, V. ci-dessous.

Par un Autobus, 9 k., ou va à Gerace Superiore, à 479 m., 2.765 hab., sur une colline aux parois presque à pic. La ville fut fondée par des réfugiés locriens, aux VIP- VHP s. ap. J.-C; ses ruines byzantines et normandes lui donnent un aspect caractéristique. Insigne * Cathédrale, fondée par Robert Guiscard en 1045, refaite par Frédéric II, en 1222, la plus vaste église de la Calabre, avec une façade sévère, 20 colonnes provenant de Locres et une belle crypte. En outre, S. Giovannello, église normande, et S. Francesco, église gothique du XIV* s.

Route Gerace Marina-Giôia TAuro, 53 k. (autobus en été). On passe par (9 k.) Gerace Superiore; on franchit les Apennins dont on parcoiu-t quelque temps la crête (953 m.) et d'où l'on jouit d'une belle vue BUT les deux mers. - 32 k. Cittanova, ville de 13.494 hab., avec un vaste panorama sur la mer Tyrrhénienne. - 38 k. Radicena. - 39 k. Jatrinoli: 53 k. Giéia Tâuro, p. 390. La traversée est du plus grand intérêt: des bords de la mer Ionienne on monte dans le paysage sévère des Apennins entra la Sila et l'Aspromonte (grands bois et pâturages) pour descendre dans les olivettes de Giôia.

453 k. S. Ilario dell'Iônio, où l'on descend pour visiter les ruine de Locres.

À 1 k. au N.-E., ruines de Lokroi Epizephyroi, ville célèbre, fondée en 710 ou en 683 av. J.-C, la première d'entre les cités grecques qui ait eu (en 664) un code, recueil de lois écrites, par Zaleucas. Cette ville se donna plus tard à Rome et fut détruite par les Sarrasins vers le VII« s. Le tour des murs mesure 7 k. 5. Près de la plage, restes d'un temple dorique du V* s.; dans une gorge, ruines du célèbre sanctuaire de Perséphone; un peu plus loin, fondements d'un petit temple d'Athéna; en outre dea piurs des tours et une nécropole des Sicules.

436 lî. 10; carte, ci-contre. DE BRLNDISIÀ RÉGGIO le Cap SpaHivento.

482 k. Braiicaleone, presque détruit par le tremblement de terre du 23 octobre 1907, qui atteignit les hauteurs au S. de Gerace. À 15 k. au N.-O., restes considérables de l'église byzantino-normande de S. ?rlaria Tredenti. On contourne le Cap Spartivento, l'ancien Promontorium Herculeum, considéré comme l'extrémité de la Calabre. Le lit desséché des rapides cours d'eau temporaires, qui descendent de l'Aspromonte, au printemps, est tout parsemé d'oiéandres en fleurs. - 501 k. Bova. Plus loin, commence la zone désolée par le tremblement de terre de 1908. La côte E. de la Sicile apparaît avec l'Etna, puis on jouit du superbe panorama du détroit. Après Mélito di Porto Salvo, à dr., en haut, les pittoresques rochers, et le village de Pentedâttilo. On passe Saline di Réggio, le Cap dell'Armi et la Pointe de Péllaro, après laquelle on est en vue de Messine. La côte fut battue en cet endroit par un violent raz de marée en 1908. Le pont en fer de Péllaro fut porté en amont par la mer et jeté dans la fiumara (cours d'eau temporaire). - 544 k. Réggio de Calabre, p. 391.

La Sicile.

Aperçu géographique. - C'est l'île la plus grande et la plus importante de la Méditerranée, ayant une superficie de 25.738 k. carrés, de forme triangulaire, d'où son nom de Trinacria (qui dériverait, selon d'autres, de Trinacia, vUle des Sicules, détruite par les Syracusains en 493 av. J.-C). Dans l'orographie on reconnaît d'une part la continuation de la chaîne des Apennins, et de l'autre celle de l'Atlas de la Tunisie. Le peu de distance qui les sépare et la ressemblance de l'aspect des côtes ont fait croire que la Sicile dans une époque reculée avait été violemment séparée de la Calabre par un tremblement de terre. Mais il semble que cette opinion n'est pas fondée; aujoiurd'hui on soutient au contraire que, lors des mouvements de la croûte terrestre auxquels est due la forme actuelle des Apennins, le détroit de Messine était plus large, car la Calabre n'était alors qu'un archipel. Les principaux groupes de montagnes sont: les Peloritani (Pizzo di Polo, 1.286 m. et Mt Ântennamare, 1.12-4 m.) de structure semblable à celle des monts de la Calabre; les Nébrodi (Mt Sori, 1.847 m.) souvent couverts de forêts de chênes au pied, et de hêtres plus haut, d'où s'élancent des cimes nues; les Madonie (Pizzo Carbonara, 1.977 m., Pizzo Antenna, 1.975 m., Pizzo Palermo, 1.955 m.), massif calcaire dans la partie centrale, où les eaux s'engouffrent dans des cavités carstiques pour réapparaître aii pied en des sources puissantes, dont la plus importante est celle de ScUlato (plus de 500 litres d'eau par seconde) alimentant l'aqueduc de Palerme; les Erei (Mt Zimmara, 1.332 m., Mt Carangiaro, 911 m.) au centre de l'île, ligne de partage des eaiix entre la mer Ionienne et la mer Africaine; les Iblei (Mt Lauro, 986 m.) occupant la pointe S. de l'île. Le mont le plus élevé est VEtna (3.274 m. en 1900), le plus grand volcan d'Europe, à la forme caractéristique. H faut mentionner encore les montagnes de la partie occidentale de l'île (Mt S. Calogero, 1.325 m., Pizzo MagazzinOb

PROPR.DFL T.C.I.- RIPROD VIET

Scala di 1 : 250 000 '^— .J--

TAMPA AVALLARCl-I^ILANO

Notice historique. LA SICILE 437

1.333 lu., Mt Sparâgio, 1.109 m., Rocca Busanibra, 1.615 in., Mt di Caminarata, 1.579 ni.) et le plateau sulfiirifère sur le versant de la mer Africaine. - Les phénomènes sismiques sont particulièrement intenses dans la partie E. et S.-E. de l'île; les tremblements de terre les plus terribles pour leui's conséquences ont été celui de 1693 qiii ravagea la pointe S. de la yicile, et celui de 1908 qui détruisit Messine. L'activité volcanique est révélée aussi par des fumerolles, des petits volcans de boue (maccalube) et par des soiu-ces thermales. - La Sicile est entourée do plusieurs îles et d'arcliipels: au N.-E., les Ues Éoliennes ou îles lÂpari: au N.-O., VUe Ûstica, qui, géologi(iuement, appartient au groupe précédent; à l'O., les îles Éaades: au S.-O., l'île Pantelleria et, plus loin, les îles Lavipedusa et Linosa: au S., le groupe de Malte. Les fleuves principaux sont le Simeto, qui a le plus grand débit moyen (25 me. par seconde), le Plâtani, le Salso, le Bélice; en été ils sont très pauvres en eau.

La population de la Sicile est de 4.132.156 hab. La ville principale est Palerme; viennent ensuite par ordre d'importance historico-artistique: Girgenti et Syracuse, puis Messine, Catane, Caltanisetta et Trâpani, chefslieux de provinces. Autres localités remarquables: Cefalù, Ségeste, Sélinoute. Monte S. Giuliano, Castrogiovanni, Taorininc, Randazzo. L'agriculture, à laquelle la plupart de la population est adonnée, a baaucoup progressé en certains endroits près de la côte (Palerme et Catane), mais les défavorables conditions climatériques et le système des grandes propriétés rendent peu productives de grandes étendues de terrain. La culture la plus intéressante est celle des « agrumi », c'est-à-dire oranges, mandarines, citrons, etc.; les principales industries sont celles du soufre, des dérivés des « agrumi », de la pêche du thon et de l'espadon.

Notice historique. - La Sicile, déjà habitée dans la période néolithique, fut occupée, dans la période énéolithique, par les Sicules et les Sicanes et entre le XV« et le X« s. av. J.-C, eut des rapports avec les Égéo-Mycéniens. Au VHP et au VIP s., elle fut colonisée par les Grecs, qui y fondèrent Naxos en 735 av. J.-C, Syracuse en 734, Leontinoi, Catane, Mégare Hybléenne, Zancle (Messine) et Gela. La ville dominante fut Syracuse, qui compta parmi ses rois Hippocrate vainqueur des Sicules en 492, et Gélon vainqueur des Carthaginois en 480. Cette prédominance suscita la jalousie d'Athènes, et amena une lutte qui fut fatale pour celle-ci. L'île, grâce à Denys l'Ancien et à Agathocle, put encore échapper en partie à l'invasion des Carthaginois, mais elle devint la proie tant convoitée de Rome, à la fin de la l'« guerre pimique. Sous la domination romaine elle déchut; au V« s. apr. J.-C, elle fut prise par les Vandales, puis par les Ostrogoths et ensuite par les Byzantins.

Toujours plus désorganisée, elle n'opposa aucune résistance aux Arabes ou Sarrasins (826-901) et devint musulmane. En 1060, le comte normand Roger de Hauteville avec ime poignée de chevaliers la déli^Ta. Le plus grand de ses successeurs fut Roger II; l'île passa ensuite par droit de succession au fils de Frédéric Barberousse, Henri VI, auquel succéda ^xa grand monarque, Frédéric II. Le fils de ce dernier, Conrad, étant mort, le pape investit de la Sicile Charles d'Anjou, qui vainquit à Bénévent en 1266 le prétendant Manfred, frère naturel de Conrad, et à Tagliacozzo en 1268 Conradin, fils de Conrad. Mais le mauvais gouvernement angevin, amena en 1282, la révolte appelée les Vêpres siciliennes, et l'île passa successivement aux princes d'Aragon, aux rois d'Espagne, aux Bourbons, tous tyrans de plus en plas féroces, contre lesquels la Sicile se révolta plusieiu-s fois et dont elle fut délivrée en 1860 par Garibaldi, lors de l'expédition des Jlille, qui réunit l'île au Royaume d'Italie.

Notice historico-artistique. - L'art chez les Sicules trouva sa première expression dans la céramique, puis subit l'influence de la civilisation égéenne. L'invasion grecque fit disparaître l'art des Sicules et le remplaça par un art qui se révéla dans le temple dorique, austère et 8obre, dans la décoration architectonique, au moyen des terres cuites

438 LA SICILE Notice hhiorico-artistique.

coloriées, dans les terres cuites figurées et dans les monnaies. La conquête romaine détermina une rapide décadence. L'art refleiu-it avec la domination de Byzance et s'affirma d'une façon merveilleuse, grâce aux Arabes, dans l'architectiure, dans la décoration, dans la sculpture sur bois et dans la céramique. Bien plus, l'art arabe survécut à la domination politique et eut ime seconde floraison sous les Normands. Sous la domination souabe, surgirent le Château Maniace à Syracuse, le Château Ursino à Catane et C€lui d'Augusta. Au XIV* et au XV* s., de simples particuliers bâtirent des palais, des châteauX; des monastères à la forme sobre et élégante. Les petites villes de Taormina et de Randazzo, le Palais Abbatelli et le Palais Aiutamicristo, par Matteo Camelivari, et Santa Maria délia Catena, qui est peut-être du même architecte, à Païenne restent typiques. La sculpture reçut une grande impulsion, grâce à ^œu^Te très noble du Dalmate Fr. Laurana et à la copieuse production des Gagini. La peinture, après de timides essais, au XIV« et au XV* s., brilla à Palerme d'un vif éclat, grâce au génie d'Antonello da Messina. Dans la 2* moitié du XVI* s., Montorsoli révéla l'art de Michel-Ange; dans la 1'* moitié du XVIP s., dans la peinture, la place d'honneur appartient à Pietro Xovelli da Monreale. Au XVII* et au XVIII* ?., s'élevèrent des églises, des couvents et de palais, portant l'empreinte du faste et du grandiose espagnols. Les églises surtout fm-ent décorées avec une profusion superbe d'ouvrages de marqueterie en marbre, de fresques, par Borremans, Vito d'Anna, etc., et de stucs dont le prestigieux animateur fut Giacomo Serpotta.

Plan de voyage. - La Sicile, la <- perle des îles », est un pays extrêmement intéressant et caractéristique, qui promet de grandes satisfactions au visiteiu". Des souvenirs historiques, remontant à la plus haute antiquité et aux soiurces mêmes de la mji:hologie, s'y rencontrent en plus grand nombre peut-être que sur aucun autre point de l'Italie et de la Grèce. Ici, des ruines imposantes, restes précieux de l'architecture grecque, se dressent au milieu de paysages désolés d'un grand caractère; là, des monuments, d'ime architecture toute spéciale, mélange de style arabe, normand et byzantin, apparaissent au milieu de bosquets de citronniers, d'orangers et de lauriers-roses. La Sicile est célèbre par la sérénité de son ciel et par la douceur de ses hivers. Dans toute l'île, les journées sans soleil sont absolument très rares. Le mois le plus pluvieux est novembre, et, en certains endroits, décembre; le mois le plus sec est partout juillet. Sur les côtes, par ex. à Taormine, à Palerme, etc., la température moyenne de l'hiver est 11° C, tandis que la chaleiu' de l'été n'y est pas excessive (25-27° C. en moyenne). Il y a toutefois de violents siroccos, particulièrement secs dans la Conca d'Oro, qui soufflent pendant des périodes de moins de trois jours, et portent quelquefois en été la température à 40° C. - Les mois les plus propices pour im voyage en Sicile sont mars, a\Til et mai ou octobre et novembre. Le nombre des toiuristes qui passent l'hiver dans l'île croit toutefois de plus en plus, car même janvier y est souvent beau.

Le TOUR CLASSIQUE, que l'on peut faire en 15-20 jours, est le suivant, en partant de Palerme: Palerme, p. 450, visite de la ville et excursion à Monreale, p. 471, et à Solunte, p. 474, 3 j.; - excursion de Ségeste, p. 476, Sélinonte, p. 478, et Trâpani, p. 483, avec retour à Palerme, 3 j.; - excursion de Palerme à Términi et Cefalil, p. 448, et retour, 1^/2-2 j.; - de Palerme à Girgenti, p. 487, visite de la ville et des ruines de l'antique Agrigentum, 2 j.; - de Girgenti par Caltanissetta et Castrogiovanni à Catane, p. 501, visite de Catane, 1-2 j.; - ascension de l'Etna, p. 505, 2 j.; Syracuse, p. 512, 2 j.; - de Sj-racuse à Taormine, p. 495, 1 j.; - de Taormine à Messine, p. 440, 1 j. Ce même circuit peut être fait en arrivant à Messine et en partant de Palerme par mer.

Xatiu-ellement im voyage aussi rapide ne peut donner qu'une vision fugitive de la Sicile; pour avoir une idée moins superficielle il faut au moins un mois. On pourra alors faire quelques-unes des excursions indiquées par ce guide en s'écartant des grands coxirants des touristes,

N aptes- Paterme par mer. LA SICILE 439

Si le voyageur ne dispose que d'une semaine, il devra se borner aux points suivants: Palerme, p. 450, avec l'excursion à Monreale, p. 471, 2 j.; - Girgenti, p. 487, avec la visite aux temples, 1 j.; - Syracuse, p. 512, 1 j.; - Catane, p. 487, 1 j.; - Taormine, p. 495, 1 j.; - Mensine, p. 440, 1 j.

Palerme, Taormine, Syracuse, Catane ont d'excellents hôtels; Girgenti, Messine, ïérmini des hôtels en général passables; dans les autres localités l'organisation hôtelière est insuffisante, quoiqu'en voie d'amélioration.

De Naples à Palerme par mer. Bateaux des Chemins de fer de l'État, partant tous les soirs vers 7 h. de Naples et arrivant à Palerme entre 7 et 8 h. du matin. On s'embarque à quai à la station maritime (Plan de Naples II 22); on ix^ut prendre son billet à bord, mais il est préférable de retenir sa iilace à l'avance aux Bureaux de l'E.N.I.T., via Chiatamone, 5, ou au Molo Pisacane au Port; pour retenir une cabine s'adresser à l'Agence J. P. Spanier, Marina Nuova, 17-18; après 5 h. du soir s'adresser aux Agents à l'Immacolatella Nuova. - À Palerme l'Agence I. et V. Florio, via Roma 147 et Banchine S. Lucia au port, délivre les billets et se charge de retenir les places. Les départs ont lieu vers 6 h. du soir pour arriver à Naples le matin suivant vers 7 h. 30 - 8 h. - Le parcours est de 310 k. ou 168 milles marins env. Prix du billet en 1" cl. 101 L. 60, en II* cl. 63 L. 70, en IIP cl. 22 L. 05; les enfants d'âge inférieur à 5 ans ont droit au passage gratuit, s'ils occupent la place ou la cabine de la personne qui les accompagne. Les enfants de 5 à 10 ans payent en P« cl. 51 L. 75, en II* cl. 32 L. 55, en IIP cl. 11 L. 45. Les baf/ages que l'on peut transporter gratuitement ne doivent pas dépasser le poids de 100 kg. en P« cl. et de 70 kg. en IP et en IIP cl. - Dans le prix des billets n'est pas comprise la nourriture, que l'on paye à part. Le dîner est servi à bord au dép. de Naples ou de Palerme; repas à prix fixe, 14 L. 20, y compris les taxes et le service, mais sans vin.

Se lever de bon matin, car le spectacle devient magnifique quand on approche de Palerme ou de Naples. - À l'arrivée, aussitôt le navire à quai, il faut s'occuper de ses bagages, pour la visite d'ailleiu-s assez sommaire de la douane; les autobus des hôtels, das auto-taxis et des voit. de place attendent les voyagexirs.

Le bateau sort du port de Naples et se dirige en ligne dr. vers le détroit, qu'il franchit entre l'île de Capri à dr. et la Punta délia Campanella à g. La sortie du golfe de Naples est magnifique; mais elle a lieu le plus souvent de nuit. Après 8 ou 9 h. de navigation, vers le matin, on lais.* à g. les îles Lîpari, dont, par un temps clair, on aperçoit vers le S.-E. les ])lus occidentales, Alicudi et Filicudi; au loin, à l'O., ou découvre l'île d'Ûstica. On commence à voir dans la direction du S. la côte septentrionale de Sicile, où se dressent à g. les Madonie, toutes couvertes de neige en hiver, plus à ro. le Capo Mongerbino avec le Montalfano et le Mt Pellegrino qui protègent respectivement à l'E. et à l'O. l'entrée du port de Palerme; à dr. à l'O., le Capo di Gallo. Enfin, se présente au regard la ville de Palerme, au delà de laquelle s'étend la verte et sombre forêt d'orangers, de citronniers et de caroubiers de la plaine dite Conca d'Oro, encadrée par une magniflriue ceinture de montagnes calcaires. - Palerme, p. 451.

De Naples à Messine et A Catane par mer. Bateaiux de la Società Itdlia, 1-2 dép. par semaine, le plas souvent avec continuation pour Syracuse et Tripoli. Le parcours est de 324 k. jusqu'à Messine, en 12 h. env.; de Naples à Catane, 415 k. en 17 h. env. Pour retenir sa place, et pour l'embarquement ainsi que pour les renseignements sur les jours et h. de dép., 8'adre.sser à VAge)ice de la Società Itûlia, via Depretis, 18-24, à Naples. Prix: de Naples à Messine, P* cl. 125 L. 30, IP cl. 84 L., IIP cl. 42 L.; de Naples à Catane, I"cl. 148 L., IP cl. 99 L., IIP cl. 49 L. 60, sans la nourriture. - Le bateau quitte le port et le golfe de Naples en passant par le détroit entre l'île de Capri et la Punta délia Campanella, et continue en se tenant à une certaine distance des côtes de la Calabre. On côtoie l'île de Stràmboli,

440 îiA SICILE Napîes-Catane par met.

dont la cime est souvent enveloppée de nuages de fumée, car le volcan est en activité presque continuelle. Par un temps clair, on aperçoit à dr., dans la direction de l'O., les îles Lipari. Bientôt après, on décou\Te les montagnes de la Calabre et de la pointe X.-E. de la Sicile, qui cachent la ville de Messine. On pénètre enfin dans le détroit de Messine, le Fretum Siculum des anciens. On passe devant Scylla, p. 390, à g. sur la pente d'un rocher, \'is-à-vis du Cap del Faro, que l'on dépasse ensuite. La traversée du détroit, qui, ici, n'est large que 3 k. env., est vraiment magnifique: les deux rivages sont couverts d'une végétation luxuriante. Â g., au-dessiLS de Villa S. Giovanni et de Réggio se dresse l'Aspromonte, p. 435; de l'autre côté le regard embrasse une vue incomparable depuis Messine jusqu'à l'Etna. Mes.^ine apparaît enfin étendue sur les premières pentes des Mts Peloritaui. - En continuant sur Catane, on jouit encore poiu' im temps du merveilleux panorama du détroit. Le parcours suit toujours la côte à ime petite distance. À dr. l'horizon est borné par la chaîne des Mts Peloritani; on aperçoit ensuite le promontoù-e de Taormine, puis Taormine même. À partir de là la masse de l'Etna, couronnée de neige presque toute l'année, devient de plus en plus imposante. On voit, sur la côte, Riposto avec sa Cathédrale, puis Acireale, et près d'Aci Castello, les îles des Cyclopes. - Catane, p. 501. Le paquebot continue pour Syracuse, Malte et Tripoli.

*De Villa S. Giovaxxi ou de Réggio i Messixe par ferry-boat.

La traversée du détroit de Messine se fait au moyen des ferry-boats des Ch. de fer de l'État, en partant de Villa S. Giovanni ou de Réggio. Le bateau part du quai. La *traversée du détroit est pour le touriste une jouissance incomparable, car le paysage est vraiment splendide. On a, en face de soi, la chaîne des Mts Peloritani; le point culminant, le Mt Antennamare, 1.730 m., se trouve un peu au S. de la grande tache blanche que Messine fait sur la rive. De Messine jusqu'au Capo Peloro oii Punta del Faro, vers le N. entre le vert des montagnes et le bleu foncé de la mer, s'alignent des villages. C'est au débouché X. du détroit que .sont, en regard l'un de l'autre, le toiirbillon et le rocher célèbres sous les noms de Charybde et de Scylla. Au X. la mer libre s'élargit vers la Calabre, qui semble finir au Cap Vaticano, p. 390. Le bateau s'éloigne de la côte; on la découvre alors dans toute sa beauté. Le regard embrasse toute la longue file presque ininterrompue des localités qui se succèdent du rocher de Scylla à Réggio, dominées par l'im.posante masse de l'Aspromonte (point cuRninant: Montalto, 1.956 m. d'alt.). On entre dans le port de Messine en contournant la presqu'île de S. Ranieri, langue de terre en forme de faucille, d'où le nom grec de Zancle donné à Messine, et l'on aborde à la Stazione Porto, qu'im tronçon de ch. de fer relie à la Stazione Centrale, p. 441.

Page 1