XII. — Le Palatin
Sommaire: Notice historique, V. ci-dessous; la Maison de Livie, p. 15.5; le Palais des Flaviens, p. 155; la Villa Mills, p. 157; le Psedagogium, p. 158.
Au S. du Forum, à 50 m. environ au-dessus du niveau de la mer, et à 40 au-dessus du sol du Forum, en forme de trapèze, de 1.800 m. de tour, le *Palatin{P\. il-lll 16-19) est celle des sept collines historiques qui a gardé les plus anciens souvenirs de la cité. Le Palatin, outre un ensemble grandiose de ruines, constitue une promenade merveilleuse, unique au monde, pour la pittoresque variété de son décor, créée par la fréquence des vestiges les plus divers du passé, au milieu d'une grande richesse de végétation, savamment distribuée. De quelque côté que le regard se porte, il découvre des vues d'une incomparable beauté: sur le Forum, la Promenade Archéologique, les éghses environnantes, les Collines du Latium. Le coucher du soleil, au Palatin, est un spectacle inoubliable. Même en dehors de son intérêt archéologique, à n'importe quelle heure, le Palatin est une promenade reposante et pleine de poésie. V. le plan, ci-contre.
Autrefois, on y distinguait trois cimes: le Palatium proprement dit, au S.; le Germains, au N.; et la Velia, en forme de selle, qui le reliait à l'Esquilin. Le nom de Palatium se rattache probablement à celui de Pales, déesse des pasteurs, en l'honneur de laquelle se célébraient les Palilia, (lui devinrent plus tard la fête de la fondation de la ville, le 21 avril, fixée à peu près en 753 ou 754 av. J.-C. Mais aujourd'hui il est démontré que Ips premiers colons s'y établirent au nioins deux siècles auparavant. Le commencement de l'histoire du Palatin est l'histoire même de la viUe. C'est là que sont les habitations d'Évandre et de Faustulas, c'est là que se fonde la Borna quadrata, ville de type itali lue, orientée comme les cités lacustres et les palafittes. dans la vallée du Pô. Jusqu'à l'époque impériale, la colline fut habitée même par de simples citoyens (on rappelle les noms d'Hortensius, de Cicéron, du tribun Clodlus, son ennemi; c'est là que naquit Augaste), mais avec l'Empire, elle devint la résidence presque exclusive des Empereurs. Toutefois, à partir de Néron, ceux-ci y firent des séjovirs
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de plus en plus rares et choisirent des demeures plus vastes. La colline resta le sanctuaire des souTenirs patriotiques. Mais, dans la suite, les édifices ayant été dévastés et détruits lors des invasions barbares, les famille» des barons et spécialement les Frangipani, élevèrent leurs châteaux sur les ruines. Au XVP s., une grande partie de la colline fut transformée en une somptueuse villa, celle des Famèse et c'est alors que commencèrent les premières fouilles. En 1860, le Palatin appartenait à Napoléon III, qui en favorisa l'exploration archéologique. En 1870, il fut acheté p^r le Gouvernement italien et Pietro Eosa, alors Directeur des antiquités, commença des fouilles méthodiques. Celles-ci furent reprises avec succès en 1893 et l'on décou\Tit les œuvres du temps de Septime-Sévère ainsi que les coteaux au N. et à l'O. Plus récemment Glacomo Boni a mis au jour les plus anciens souvenirs de la partie centrale et les magnifiques ruines superposées des Palais de Tibère, de Xéron et des Flaviens. Mais une partie considérable, celle de la Vigna Barbe rini, de la Villa Mills et du couvent de St-Bonaventure, est encore- inexplorée.
L'entrée est par le Forum, à côté de l'église de Ste-Mariel'Antique. On monte la rampe ancienne et l'on arrive sur la colline qui de ce côté est taillée artificiellement à pic. On peut prendre aussi la route à g. de l'Arc de Titus. La description suivante commence par Sle-Marie-î'Antique.
On tourne à g., en montant le clivus Victoriœ, là où l'on suppose qu'était la Porte Romaine, ou porte du fleuve de la ville ancienne. Ensuite, le chemin continue sous les grandes substructions en briques du Palais Impérial, qui passa pour le Palais de Galiguîa, d"oii le fol empereur voulait jeter un pont sur les édifices du Forum, pour descendre en simple particulier au Temple des Dioscures, mais aujourd'hui on les a reconnues comme constructions du temps des Antonins.
Remarquer, sur les pierres du chemin, des tables de jeu gravées, et, dans les souterrains obscurs, des mosaïques et des stucs. Dans un endroit fermé (faire ouvrir par le gardien), intéressants graffiti, parmi lesquels une scène de bal sur ime corde.
On monte par un large escalier à dr. et Ton arrive à la terrasse des Jardins Farnèse (Orti Farnesiani), sur laquelle s'élève le casino de la Villa qui est du XVI^ s. Le pittoresque Xymphée est enchâssé au milieu d'antiques souterrains. C'est là qu'était l'ancien Viridarium d'Alexandre-Sévère. Il fut remplacé au XVP s. i^ar le Jardin Botanique Farnèse et l'est maintenant par les spécimens de la flore classique et monumentale, dont Giacomo Boni a embelli et encadré les ruines du Palatin comme celles du Forurn. La terrasse la plus élevée occupe un rectangle, qui est considéré comme l'emplacement de la Domus Tiberiana.
De là, on Jouit du panorama du Forum romain au N.-E., de celui de la via S. Teodoro au N.-O. et, au S.-O., on a celui du CirqueMaxirae avec, devant soi, l'Aventin. Il ne reste rien au-dessus du sol du Palais Impérial; c'est pourquoi il est difficile d'en déterminer la forme et l'époque. Autoiir d'un vieux palmier, im parterre reproduit le dessin du labyrinthe du Palais d'Adrien.
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De l'extrémité S. de la terrasse, on descend par un petit escalier à un palier plus bas. Les substructions de la terrasse, au S., étaient afTectées à la résidence des soldats, comme le montrent quelques intéressants graffiti. Sur le palier et presque en face, se trouvent des restes d'un petit temple archaïque, celui de la Magna Mater (Cybèle), fondé en 191 av. J.-C, peu de temps après la 2* guerre punique et restauré par Auguste et par Pertinax.
La cella est à présent occupée par un bosquet de chênes; tout autour, restes de colonnes cannelées, chapiteaux, statue de Cybèle assise entre deux lions. - Au S. du temple, restes de monuments des plas archaïques: quelques marches de l'escalier de Cacus, restes de maisons particulières de diverses époques et d'édifices en tuf. On croit qu'en ce lieu était la maison de Romxdus, laquelle, jalousement conservée, dura jusqu'à une époque avancée du temps de l'Empire romain.
Sur la place, on voit une citerne du temps de la République, et, à dr., on descend vers l'édilice appelé ^.ial:^on de LIvIe (couverture moderne), le monument le mieux conservé du Palatin. La maison a-t-elle appartenu à Livie, femme d'Auguste, à l'Empereur même ou à Germanicus? C'est une question qui est fort discutée.
L'entrée est à l'angle O. C'est une riche maison du temps d'Auguste, typique dans son plan, élégante pjr ses peintures juurales. Sur l'atrium carré, où est un autel, s'ouvre à dr. le triclinium, avec la cuisine contiguë. Le triclinium est peint avec maestria et bon goût: nature morte (remarquer les vases, peints avec un singulier réalisme). Au fond, trois salles: celle du milieu est le tablinum, décoré dans le style appelé second style pompéien, et reproduisant ime architecture compliquée, polychrome, aux marbres do couleur et précieux, avec ornements de métal doré: les tableaux du centre des parois représentent, à dr., Mercure délivrant lo gardée par Argus, à g., Polyphème contemplant Galatée (ce dernier est aujourd'hui complètement effacé); sur la frise, imitations de petits tableaiLX, où sont figurées des scènes de toilette. Des de\ix salles latérales, les alcp, celle de g. a une incrustation imitant le marbre; celle de dr. a une frise jaune, représentant des scénettes variées et très fines d'art alexandrin: au-dessous, de magnifiques festons de feuilles et de fruits. Par derrière, est l'appartement particulier, avec de petites pièces.
En sortant, à dr. de la maison de Livie, on entre dans le Cnjptoportiqne, long passage couvert, qui servait à faire communiquer entre elles diverses parties des palais impériaux. Il passe sous le front S. du Palais de Tibère; un embranchement, à dr., conduit au Palais des Flaviens; les escaliers plus en avant, à g., montent au Palais de Tibère. Remarquer les stucs élégants de la voûte. Enfin on tourne à dr. et l'on entre dans l'Area Palatina, sorte de place sur laquelle donne le Palais des Flaviens. appelé autrefois Domiis Augustana. Il fut arrangé spécialement par Domitien, qui construisit une entrée monumentale, peut-être un arc de triomphe, dont il
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reste vers le Forum des traces cachées dans les ouvrages de fortification du moyen âge. Du N.-E., une côte montait de la Nova Via, et sur l'area Palatina donnaient trois masses d'édifices monumentaux: au S.-O., le front majestueux du Palais Impérial, refait par Rabirius; à dr., la demeure appelée Domus Tiberiana; à g., le Temple d'Apollon et les Bibliothèques. Avant de commencer à visiter le Palais Impérial, se rendre vers le S.-O., jusqu'au bord de la terrasse, où l'on voit le peu qui reste d'un temple qu'on identifie avec le Temple de Jupiter Vainqueur, sanctuaire suprême de la colline, construit par Fabius [Nlaximus en 295 av. J.-C, après la victoire de Sentinum sur les Samnites, restauré sous les Antonins, dévasté au XVI« s. Selon d'autres, ce seraient les restes du célèbre temple d'Apollon.
H rest6 le grand escalier qui précédait le temple, aiusi que la celîa et des colonnes. La base de marbre que l'on voit sur un palier de l'escalier, n'a aucun rapport avec le temple. L'inscription qui y est gi'avée rappelle un ex-voto de G. Domitius Calvinus, après la victoire remportée en Espagne en 36 av. J.-C.
Visiter maintenant l'ensemble embrouillé des constructions dans le vrai centre du Palatin, où les fouilles récentes du Sén. Boni ont remis au jour toute l'histoire des transformations du Palatium proprement dit. En eîïel, au milieu du péristyle, on a découvert les vestiges des cabanes primitives des colons latins des premiers temps et tout près de là, un grand puits pour conserver les denrées est creusé dans le roc; M. Boni croit y reconnaître le mundus de l'ancienne Rome, sorte de fosse creusée par Romulus au centre de la Roma quadraia et se rattachant au culte des dieux Mânes.
Laissant de côté, pour le moment, les ruines superficielles, un peu au X,-E. on trouve, découverte par les fouilles, une maison des derniers temps de la République, décorée de peintures imitant, d'une manière encore naïve, des incrustations de marbre: il y a donc là une trace considérable des habitations occupées par des particuliers avant que la colline ne devînt la demeure exclusive des Empereurs.
Retournant en arrière, à l'autre bout de l'esplanade, on voit les diverses couches du sol avec les fondations superposées des palais impériaux, de celui de Tibère à celui de Néron. En descendant le petit escalier construit exprès pour cela, on remarque quelques pièces de la véritable Domus Tiberiana, de petites dimensions, mais élégamment décorées.
Dans un des cubicula, il y a des peintures des plus délicates sur une frise décorée de stucs et d'or. On voit le devant d'une riche fontaine, représentant une façade architectonique.
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De la maison de Néron, on voit les puissantes jetées de béton, qui coupent les pièces placées au-dessous. Le luxe n'y faisait pas défaut; il y a, pour l'attester, un merveilleux pavement d'opns sectile ou marqueterie de marbres de couleur dans le triclinium impérial, auquel on accède en remontant sur l'esplanade.
À dr. du triclinium, il y a une fontaine en forme de nacelle; il s'en trouvait une pareille en face, de l'autre côté du palais. Ce dernier, harmonieux, symétrique et grandiose, est l'œuvre des Flaviens et l'on y voit la conception architectonique d'un génie supérieur comme l'était celui de Rabirius. Mais il fut ensuite transformé et enrichi surtout par Adrien, par les derniers Antonins et par les Sévères. Le riche pavement du Triclinium est remarquable; il s'est affaissé par suite de l'écroulement de la voûte. Le Triclinium s'ouvre sur le péristyle spacieux et carré: en face est le tablinum, immense salle des audiences, de 45 m. de long siu" 36 de large; il est flanqué, à g., de la Basilique, et, à dr., du Lararium, ou chapelle particulière. Au milieu du péristyle, il y a une fontaine remarquable, à la façon d'un labyrinthe hexagone, du temps d'Adrien. Du côté O., sous les pièces du palais, fut découverte une piscine.
La \ illa Mills, du côté S., qui doit être démolie partiellement, dérobe à la vue une grande partie des constructions du Palais d'Auguste, dont la topographie est pour cela incertaine. La Villa, autrefois Villa Spada, a une jolie loggia Renaissance et un pavillon orné de fresques de l'école de Raphaël. - De là, soit en passant par le Couvent de St-Bonaventure, soit en tournant derrière le Palais des Flaviens, on descend vers l'extrémité S. de la colline, presque entièrement occupée par les grandes constructions de Septime-Sévère. Celui-ci, trouvant trop étroite l'aire sur laquelle, pendant deux siècles, s'étaient accumulées les constructions du Palais, eut l'idée d'étendre la superficie de la colline et de lui donner de ce côté un aspect imposant.
Le corps des bâtiments dus à S. -Sévère est séparé du sommet du Palatin par une dépression du sol, où s'ouvre ce qu'on appelle le Stade ou Hippodrome, cour de 160 m. de long et de 48 de large, du temps de Domitien, affectée à la représentation des spectacles ou à des exercices militaires; selon certains, ce Stade aurait été un vaste jardin, espèce de serre, qui plus tard, peut-être à partir de Théodoric, fut transformé en partie au moyen d'une enceinte ovale et destiné aux spectacles. Au milieu du côté S.-E., on voit la niche colossale de la loggia impériale.
En passant par les grands promenoirs pittoresques, on peut monter, par des escaliers, au haut de la terrasse artificielle, soutenue par plusieurs rangées de voûtes, sur laquelle s'élevait le Palais de Septime-Sévère. Il est difïlcile d'en reconnaître les parties et leur destination; mais il est inté-
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ressaut d'examiner les détails de la construction et en particulier le système de chauffage des murs et des pavements, au moyen de tuyaux à air chaud. Des plafonds à caissons et quelques restes d'escaliers des étages supérieurs sont les seuls vestiges du vrai palais, qui s'étendait majestueux, d'un côté, vers la vallée du Cirque, de l'autre, vers la Via Trionfale. De ce côté, s'élevait l'édifice à sept étages, appelé Septizonium, dont, au XYI" s., il restait trois étages, qui furent démolis par Sixte-Quint.
La terrasse, qui se prolonge vers le S.-E., oifre un des plus caractéristiques *panorama5 de la Rome antique, surtout au coucher du soleil. Derrière les masses de verdure du Jardin Botanique, on voit l'église St-Grégoire, et l'église St-Jean-et-St-Paul. avec son campanile roman et, à dr., comme fond, la Promenade Arctiéologique, avec les gigantesques mura roages des Thermes d'Antonin; au loin, l'étendue des CoUines du Latium. En bas, au 6.-0., dans la vallée, entre le Palatin et l'Aventin. est le cimetière israélite. lieu auti'efois occupé par le Cirque Maxime. En bois jusqu'au temps d'Auguste et par lui bâti en pierre, ce cirque pouvait contenir jusqu'à 200.000 spectateurs; il avait deux obélisques de granit, qui sont à présent sur la place du Peuple et sur la place de Lptran. De l'édifice, il reste le tracé et quelques pans de murs.
En descendant du Palais Impérial, par le Stade, on voit la Loggia Impériale qui donne sur le Cirque ?>Iaxime. C'était une exèdre spacieuse, peu profonde, permettant d'assister aux .spectacles. Hn continuant à descendre, on arrive à l'édifice appelé Ptçdaîjogiiim, qui. à l'origine, était la maison d'un particulier, Gelotius; elle fut incorporée au Palais Impérial, puis reconstruite par Adrien et destinée à l'école des pages impériaux.
E en reste xme série de chambres et une exèdre, avec des traces de
peintures, de stucs et de pavements. Un des côtés du portique est ime reconstruction de Luigi Canina. Dans les chambres, il y a d'intéressants graifiti qui montrent que, jusqu'à une époque avancée, il y avait là, peut-être, des soldats de garde, des esclaves, etc. Dans la deuxième chambre, il y a un dessin représent:^,nt un âne, avec ces mots: lahora, aselle, qiiomodo ego laboravi et prodeiit tibi (travaille, ânon, comme j'ai travaillé, moi, et cela te servir;"i). La troisième pièce, à en juger par les expressions des graffiti, était utilisée comme prison. C'est du Paedagogium que pro- %ient le célèbre graffite d'Alexameuos, maintenant au Musé:' dos Thermes, p. 109-
Plus bas encore, à l'angle O. de la colline, il y a un autel archaïque en péperin, que le préteur de Tan 100 av. J.-C, C. Sextius Calvinus, dédia à un Dieu inconnu, « sei deo sei deivffi sacrum ■> (dédié soit à un dieu, soit à une déesse), comme le dit l'inscription en latin archaïque. Quelques-uns supposent qu'il est à la place de l'ancien sacellum d'Aius Locutius, c'est-à-dire du dieu parlant, qui aurait averti les Romains du danger imminent de l'invasion gauloise.
VAntiquarium Communal. liOME 7?. J; ïÂan, p. 1. 159
En continuant, on voit à dr. des restes de murs, faits de gros blocs de tuf, extraits de la colline même: on les donne, arbitrairement, comme les murs de Romiilus, mais ils sont certainement d'une haute antiquité, comme le démontre leur construction. Derrière, il y a une petite enceinte irrégulière, que l'on considère comme le Lnpercaî, la grotte où, selon la légende, la louve aurait allaité les deux jumeaux.
En cet endroit, des fouilles ont été coiniiiencéesà ioccasion du centenaire de Vii-9:ile.