Excursion en Sardaigne
Bateaux a vapeur. La ligne la plus importante pour les étrangers est celle de Civitavecchia à Golfo Aranci par les bateaux des Cliein. de fer de l'Etat (p. xvti): départs tous les jours à 8 h. du soir, trajet en
8 h. 1/2 les jours impairs, en 12 h. 1/2 les jours pairs; dép. de Golfo Aranci à
9 h. i/a, trajet en 12 li. 1/2 ou en 8 h. 1/2; pi'ix, en l'» cl. 15 fr. 50, eu 2» cl. 9 fr. 95; restaurant à bord. — Cagliari est également desservi par de bons bateaux de la Suoietà Nazionale di Servizi Marittimi (p. xvii) 1 fuis par sem. de (Oênes) lAvourne (29 h. '/4 ; beau trajet entre l'île d'Elbe, Pianosa, Monteoristo et la Corse; le bateau continue pour Tunis, v. p. 472), de JSfaples (29 h. '/i), de Palerme-Trapani (27 h. 1/2). — Un petit vapeur fait 2 fois par sem. le service entre Porto Torres et Livourne (Gênes) en passant la première fois par Bastia, et la seconde par Castelsardo, S. Teresa, La Maddalena et Capraia. — Le bateau de Gênes à Cagliari fait une fois par sem. escale à tous les ports de la côte orientale (La Maddalena, Terranova, Golfo Aranci, Siniscola, Orosei, Dorgali, Tortoli et Muravera), tandis qu'un bateau côtier faisant tous les 15 jours le trajet de Cagliari à Porto Torres, dessert ceux de la côte occidentale (Sant'Antioco, Carloforte, Oristano, Bosa, Alghero). — On peut avoir à Rome des billets d'aller et retour pour Cagliari, Iglesias, Sassari et Terranova, valables 12 jours. En outre, la Sardaigne est comprise dans le service des billets internationaux à coupons combinés.
La Sardaigne (en ital. Sardegtm, en lat. Sardinia, en grec Sardo), située par 38° 51' et 41° 15' de latitude N. et séparée de la Corse par le détroit de Bonifacio, large de 12 kil., est après la Sicile la plus grande île de la Méditerranée. Elle a 268 kil. de longueur, du N. au S., sur 144 de largeur, de l'E. à l'O., et sa superficie est de 24109 kil. carrés (y compris les petites îles voisines). On y comptait 791754 hab. en 1901. Les montagnes, suivant la direction de la Corse, sont orientées du N. au S. Elles couvrent plus des ^/k,»» de l'île et se composent principalement, au N., de granit, et au S., de schiste paléozoïque, sur lesquels reposent généralement des formations tertiaires interrompues çà et là par des volcans
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éteintH. La plus haute cime est la Punta Litinarniora dans le massif du (feiinar(/r,itii (18;U m.). La côte est uniforuio; elle se préseute dans les couditioiis les plus favorables au S., avec le golfe de CJagliari. Quelques îles plus petites eiitoureut la Sardaigne , p. ex. les îles d' Asiiiara , de Maddalena, de Caprera et de Tavotara au N., et celles de S. Antioco et de S. Pie.tro au S.-O. Le Temo, qui a son embouchure près de Bosa, est la seule rivière navigable (sur une longueur d'env. 2 kil.)- La Sardaigne fut jadis un des greniers de Carthago, puis de Rome. Aujourd'hui, une grande partie du sol reste sans culture; '/s" <ie la superficie de l'ile est couvert de vastes forêts consistant en majeure partie en chênes verts ou yeuses; le chêne-liège est aussi très répandu. L'exportation du bétail, du sel marin, des conserves de thon, de l'huile (surtout de Bosa) et du vin, dont elle produit un grand nombre de sortes, en particulier des vins blancs ressemblant à ceux d'Espagne, est constamment très active; la pêche du thon seule donne un rendement moyen annuel de 790500 kilos d'une valeur de 1120000 fr. (v. p. 457). Toutefois, ce qu'on y exporte principalement, ce sont des métaux. Des 120 mines en exploitation (13 000 mineurs) les plus importantes sont celles de Montevecchio (plomb), Monteponi, [ngurtvBu, GenimmaH (plomb et ziuc), Buggerrii (zinc); la miue de Montenarba donne de l'argent, celle de Su Suergiu de l'antimoine; Vorreboi livre du cuivre, Oonnesa du lignite, Seiii de l'anthracite. Rendement total des mines en 1903: 208900 tonnes d'une valeur de plus de 21 millions de fr. La malaria (v. p. xxi, 206) contre laquelle le gouvernement a engagé une lutte énergique rend dangereuses les parties basses de l'île,, la côle en particulier, pendant les mois de sept, et d'oct.; il n'y a que les districts montagneux plus élevés qui en soient exempts. Les indigènes y résistent mieux que les étrangers; leur principale précaution consiste à porter des foulards qui ne laissent que le visage de libre. Les grosses peaux de moutons (mastruca) dont ils s'habillent les protègent contre les refroidissements dus au mistral (maestrale).
L'origine des Sardes est encore absolument incertaine; les habitants du N. (Sassari, etc.) ne doivent leur afiinité avec ceux de la Corse qu'aux colons venus de cette île vers la fin de l'antiquité. Le caractère sérieux des Sardes contraste avec la mobilité italienne; ils sont hospitaliers et généreux. La faible densité de la population (33 hab. par kil. carr.) cl sa pauvreté constante, l'isolement des districts les uns des autres ont entravé le développement du pays (72% d'illettrés). Le costume national disparaît au S. et dans les villes. Le lait sous ses différentes formes (ricotta, fromage frais et doux; frue, lait caillé qu'on trouve dans les chalets dits «ovile») et la viande (surtout le capretto et l'agnello) forment la nourriture du peuple ; le mets national est le « porchettu ^>, cochon de lait rôti à la broche. La langue, qui se divise en trois dialectes principaux, a conservé beaucoup de formes et de mots latins, p. ex. mesa pour tavola (table), domu pour casa (maison), casu pour formaggio (fromage), die pour giorno (jour; bouas dies bonjour), deus pour dio (dieu), est, sunt pour è, sono (est, sont), etc. L'étranger ne saurait guère la comprendre, mais ou trouve presque partout des gens parlant l'italien.
Les ANTIQUITÉS ne se rapportent que dans une faible mesure à la domination des Carthaginois et des Romains; celles du moyeu âge ellesmêmes sont également en petit nombre et ne sont représentées que par les tours de guet des Aragonais, visibles de loin sur les côtes, et par un certain nombre d'églises et d'ouvrages de fortification des Pisaus. Les temps préhistoriques, au contraire, ont laissé dans le pays une empreinte plus durable et les témoins de cette époque reculée attestent qiie l'île jouit alors d'une importance qu'elle ne devait plus retrouver. Tels sont les nuraghe (peut-être forme dialectique pour muraglie), au nombre d'env. 4 à 5 mille et pour la plupart fort oieu conservés; ces tours eu forme de cônes tronqués, terminées par une plate-forme, ont une hauteur de 12 à 20 m. sur 10 à 30 m. de diamètre il la base et sont faites de blocs de rocher souvent énormes, bruts ou plus ou moins bien taillés et superposés sans mortier. Les murs ont île 4 à 7 m. d'épaisseur. Du eutre par
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une porte basse et un corridor dans une chambre voûtée d'euv. 5 m. de diamètre dans le bas et de 6 à 7 m. de hauteur; la forme de cette chambre est presque ovoïde, à l'instar des tombeaux à coupole de Mycènes, par suite de la disposition en encorbellement des assises. Un couloir montant en spirale dans l'épaisseur de la muraille conduit à, la plate-forme. Audessus de la chambre du bas s'en trouve souvent une seconde et quelquefois, mais très rarement, une troisième. Les nuraghe se rencontrent d'habitude sur des collines isolées et sur les coteaux, mais aussi eu plaine ; ils sont parfois réunis par groupes. Ils servaient moins de tombeaux que de châteaux forts, car il est souvent possible de constater autour d'eux l'existence d'ouvrages de fortilications extérieures ou aussi de villages ayant consisté en cabanes de forme ronde. On doit aussi regarder comme des produits de la même civilisation, s'étendant de la fin de l'âge de la pierre aux guerres de conquête des Carthaginois et des Romains, les «tombeaux de géants» (tumbas de sos gigantes), constructions quadrangulaires de forme allongée et semblables aux dolmens celtiques, mais vraisemblablement remplies de terre, longues de 5 à 11 m. sur 1 à 2 de large et faites de pierres debout ou de blocs superposés. Elles semblent avoir été les mausolées des familles de chefs établies dans les nuraghe. Les domus de gianas ou domighéddas («maisons de fées»), tombeaux creusés dans le roc et comprenant deux ou plusieurs chambres carrées ou rondes, placées l'une derrière l'autre, datent d'une époque encore plus reculée, celle des premiers temps de l'âge de la pierre.
Visite de la Sardaigne. — L'époque la plus convenable pour une excursion eu Sardaigne est de la mi-avril à la mi-juin; l'intérieur n'étant guère visité par les étrangers, on y vit à très bon marché. — Les CHEMINS DE FER Ont restreint l'usage des voitures et des chevaux; sur quelqiies routes principales, on a introduit des services automobiles. Les diligences ordinaires (gervisio i^ettiire) ne sont pas très reoommandables, mais les voitures à deux roues, Aiiea saltafossi (S à 15 fr. par j.) sont plus agréables. — Les hôtels, à part ceux de Cagliari, de Sassari et de Macomer sont médiocres, parfois à peine passables loin des chemins de fer; il est bon de s'informer des prix à l'avance. Il y a des puces partout, rarement des punaises. On est souvent réduit :i loger chez des particuliers ou à accepter l'hospitalité, qui est offerte de bon cœur. Dans les endroits écartés, on a besoin de lettres de recommandation. Ou peut presque partout louer de petits chevaux de selle dociles (3 à 5 fr. par jour). — Le pays laisse à désirer sous le rapport de la sûreté publique; cependant, l'étranger n'est que rarement menacé, la plupart des crimes ayant pour cause les dissensions de famille ou des querelles politiques.
Histoire. Parmi les peuples civilisés de l'antiquité, les Phénîcietis sont les premiers qui aient colonisé la Sardaigne. Les rades de Carales (Cagliari) et de Sulci (S. Autioco) leur offraient un abri lorsqu'ils étaient assaillis par les tempêtes dans leurs voyages d'Afrique ou de Sicile à Tartesse, en Espagne, où ils allaient chercher le minerai d'argent. Lorsque les Carthaginois eurent acquis l'hégémonie sur les colonies phéniciennes de la Méditerranée occidentale, le nombre de leurs villes augmenta aussi en Sardaigne, et ils soumirent une grande partie de l'île, surtout les plaines fertiles. L'intérieur conserva, au moins en partie, son indépendance sous leur domination et même plus tard sous celle des Romains. On reconnaît les traces de la civilisation phénicienne dans quelques inscriptions puniques. Les pierres taillées eu scarabées, des chatons de bague dont le caractère tout oriental frappe immédiatement, portent le même témoignage. En 238, peu après la première guerre punique, la Sardaigne fut enlevée aux Carthaginois par les Romains, qui tirèrent un grand parti de la fertilité de son sol et de la richesse de ses mines. Mais le climat de l'île était réputé comme malsain dans l'antiquité, les habitants étaient mal notés pour leur manque de culture, et leur fier esprit d'indépendance qu'ils gardaient même daus les fers était proverbial.
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Eu l&S, les Vaiidalen viiirt'ut d'Afrique soumettre la Sardaigue !i leur domiuatiou. Siius Justinien, elle fut reconquise en 533 pour Vempire d'Orient, dont la faiblesse, jointe aux attaques incessantes des Sarrasins, favorisa la fortune des prince» indigène», qui reconnurent dans le pape leur protecteur et leur suzerain. Lorsque les Arabe» commencèrent entin à y prendre pied, en 1004, Jean XVIII prêcha contre eux une croisade, eu promettant de donner l'île eu fief à celui qui l'affranchirait du joug des infidèles. L'entreprise réussit aux Génoi» et aux Pi»an»; ces derniers l'emportèrent en 1025, dans la lutte que suscita ensuite la possession définitive de la conquête commune. L'île était alors divisée eu quatre «judicats» ou districts: Cagliari, Torres ou Logudoro, Gallura et Arborée, aduiiuistrés par des juges (giudici) qui s'érigèrent bientôt en princes indépendants, et gouvernèrent le pays d'après ses propres lois et ses usages. Boniface VIII eu fit dou en 1297 aux rois d'Aragon, qui, après de longs combats, réussirent à y maintenir leur domination contre les prétentions de Gênes et de Pise. A cette époque, la «giudichessa» Eléonore d'Arborée (m. 1404) se rendît célèbre, autant par ses luttes avec l'Aragon que par sou code , la Carta de logu (del luogo). Cette législation fut étendue à toute l'île par Alphonse d'Aragon, en 1421, et le nom d'Eléonore y est encore le plus populaire de sou ancienne histoire. Eu 1355, la Sardaigne fut dotée d'un parlement (Cortès), composé de trois Etats (Stamenti), la noblesse, le clergé, et la bourgeoisie, dont la principale attribution consistait à voter les impôts. Avec Ferdinand le Catholique, en 1479, cessa l'indépendance des princes indigènes, et des vice-rois espagnols gouvernèrent l'île à la satisfaction générale. Après la guerre de succession, l'Espagne dut la céder par la paîx d'Utrecht à la maison d' Autriche, en ]714, et, par voie d'échange avec la Sicile, elle passa en la possession du duc de Savoie, Victor-Ainédée II, eu 1720. Depuis, elle a partagé les destinées de la maison de Savoie, à laquelle elle donna asile et protection pendant la dounuation de Napoléon I". Une attaque des Français en 1793, à laquelle prit part Bonaparte lui-uièiue, échoua complètement. Les ducs de Savoie ont porté le titre de roi de Sardaigne de 1720 à 1861.
Bibliograph.ie. Le principal ouvrage sur la Sardaigne est dû au comte Alberto Ferrero Délia Marmora; il a pour titre Voijage en Surdaigne ou Description statistique, physique et politique de cette Isle (Paris et Turin, 1839 à 1800, ô vol.); l'itinéraire en a été réédité en italien (Caglîari, 1868) par Spano. La belle carte de Sardaigne, du même auteur (au 25000(t«, en 2 feuilles [1845], avec des suppléments pour les chem. de fer jusqu'en 1898, prix 2 fr. 40) a été remplacée dans ces dernières années par la carte de l'état- major italien (31 feuilles au 100000"; feuilles à la planchette au 60000» et pour une partie du S. de l'île, aussi au 25000»). — Le meilleur ouvrage illustré sur la Sardaigne est celui de G. Vuîllier, Le» Iles oubliées. Les Baléares. La Corse et la Sardaigne (Paris, 1893, 30 fr.). Les questions géologiques sont traitées dans Deux voyages en Sardaigne, en allemand, par G. vom Rath (1883-1885); l'ouvrage de G. Sergi, La Sardegna (Turin 1907, 3 fr.), étudie l'île, par contre, au point de vue anthropologique et économique. Pour les voyages dans l'intérieur, ou recommande le guide détaillé de Franc. Corona, intitulé Guida delV Isola di Sardegna (Bergamo, 1896; 5 fr.).