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Citernes,
Histoire. CARTHAGE. IV. B. 43. 493
envoya une colonie de vétérans et fit de Carthage, l'an 29 av. J.-C, la capitale de la nouvelle province à la place d'Utique. Dès lors, la ville renaquit de ses cendres, devint rapidement, à côté d'Alexandrie, le port le plus important de la Méditerranée et passa au rang de troisième ville de l'empire. Ses écoles de rhétorique et de pliilosophie étaient célèbres; son évêché était le plus important de l'Afrique septentrionale; Tertullien (160 à 245 env.) et Cyprien (m. 2.58), les vaillants champions du christianisme, l'un fondateur de la secte qui porte son nom, l'autre qui commenta la préséance de Rome dans les affaires intérieures de l'église, avaient tous deux leur résidence à Carthage. C'est là que siégèrent de nombreux conciles (dep. 39.S) qui fixèrent les dogmes de l'église catholique, là aussi que, dans le synode tenu aux thermes de Gargilia, St Augustin (354-130) réfuta en 411 avec une éloquence enflammée les doctrines des donatistes.
«Sous Genséric (p. 475), qui transforma l'anc. palais des proconsuls en résidence royale, Carthage devint la capitale de l'empire des Vandales; sous les Byzantins, elle fut la résidence des gouverneurs. Sous les Arabes, Hassan Ibn en-Nôman fit combler les ports et détruisit la ville (p. 475) en 698 aussi radicalement que Scipion l'avait fait cinq siècles auparavant. Depuis, les ruines ont fourni les matériaux nécessaires à la construction de Kairouan (p. 503), de Tunis, de la ftoulette et des petites localités voisines; les Maures ont même transporté à Cordoue des colonnes romaines et byzantines, comme le firent aussi les Italiens à Palerme, Amalfi, Pise et Gênes. Les efforts des Hafsides (p. 475) pour coloniser de nouveau Carthage n'eurent que peu de succès. St Louis mourut de la peste en 1270 sur la colline du château, lors de sa croisade contre Tunis; Charles- Quint en fit le point de départ de son expédition contre Tunis, en 1535. Une nouvelle fièvre de construction commença avec le cardinal Lavigerie (1825-1892) qui, par ses missions d'Afrique, créa un centre d'action catholique dans l'Afrique du N. et réussit à reconstituer l'ancien archevêché.
Ces destructions répétées et ces changements de terrain continuels ont empêché de fixer exactement le plan de la Carthage punique et romaine ; on a cependant constaté que les rues de cette dernière étaient disposées en échiquier. La beauté du paysage et la foule de souvenirs historiques dédommagent amplement de l'état déplorable dans lequel se trouvent la plupart des monuments d'architecture encore existants. Les trouvailles précieuses faites dans ces dernières dizaines ^'années ont trouvé un asile au musée Lavigerie (v. ci-dessous), au musée du Bardo (p. 488) et au Louvre.
La Byrsa (59 m.), nom qu'on donne à la vieille colline du château de Carthage, située à 600 m. de la côte, portait un temple consacré à Eschmund à l'époque carthaginoise; sous les Romains, elle était occupée par un temple d'Esculape et par le palais du proconsul; aujourd'hui, elle porte le nom de colline de St-Louisde-Carthage et est surmontée de la chapelle St-Louis, du séminaire et de la cathédrale. De la terrasse qui donne sur la mer, à côté de l'hôtel St-Louis-de-Carthage (p. 491), on a une *vue admirable sur le golfe de Tunis et les ruines de l'antique Carthage.
Le grand séminaire de Carthage, établissement fondé en 1875 par le cardinal Lavigerie, est attenant à la cathédrale. Consacré à L'instruction des pères missionnaires d'Afrique appelés communément pères blancs, du nom de leur costume à moitié arabe, il renferme aussi le *inusée Lavigerie, fondé en 1875, oxi l'on a déposé le produit des fouilles faites par le savant directeur du musée, le R. P. Delattre. Ouvert au public les lundi, jeudi, vendr. et sam. de 2 h. à 5 h. ^^i ^^s dim. et jours de fête'de 2 h. cà 3 h. ^4
Bœdeker. Italie méridionale. 15« éd. 31
4!)i I\'.R.43. 0ARTI1A(JE. Musée iMvigerie.
et de 4 11. '/)j à 5 h. '/.j, sur demande spéciale les autres jours et le matin jusqu'à 11 h.; fermé pendant la semaine sainte à partir du mercredi. Déposer sou offrande dans le tronc. Pas de catalogue, mais de nombreuses publications sur les découvertes; on les trouvera au magasin de souvenirs, à l'entrée du jardin ; en demander la liste.
Dans le joli jardin, au-dessous de la chapelle St-Louis, modeste construction fondée en 1840 à la mémoire du saint roi, se trouvent huit voûtes en berceau à niches semi-circulaires, restes d'un antique édifice lie destination inconnue. Sur la terrasse qui précède la chapelle, un grand sarcophage romain en marbre entouré de nombreuses urnes funéraires carthaginoises. Dans les allées, restes architectoniques antiques et autres; aux murs, mosaïques romaines, inscriptions et restes de sculptures.
Le PORTIQUE est orné de trois hauts-reliefs de dimensions colossales figurant des Victoires, du temps du proconsul Q,. Aurelius Symmachus (873-375), un des derniers champions du paganisme mourant. — Dans le VESTIBULE, deux beaux bas-reliefs chrétiens très endommagés: l'Annonciation aux Bergers et l'Adoration des Mages, provenant de Damous el-Karita (p. 497); inscription provenant de la Basilica Majorum (p. 497) et donnant les noms des mart^-rs Perpétua, Félicitas, Saturnus, Saturninus, Revocatus et Secundulus. A dr., vitrine renfermant des statuettes de la Vierge et des invocations. — A g., dans la salle de la Croisade, inscriptions puniques, égyptiennes, grecques, romaines et chrétiennes primitives, coufiques et arabes.
Salle punique, à dr. : collections de haute importance consistant presque essentiellement en trouvailles faites dans des tombeaux puniques creusés dans le roc (vni«-ii« s. av. J.-C.) qui ne trouvent leur pendant qu'au musée d'Ibiza (Baléares). Dans la l" vitrine du milien: scarabées et amulettes do provenance égyptienne; objets de parure, en partie de même Provenance; poids. Dans la 2« vitrine: lampes et vases d'argile; parure 'or; bel ivoire grec sculpté (déesse montée sur un cygne); inscription étrusque, la seule trouvée en Tunisie; cachets égyptiens, etc. Dans la .*?« vitr. : colliers composés d'amulettes, amulette de verre à grotesques éraaillés; cachets en or à figures intaillées très profondément; débris d'oeufs d'autruche recouverts de peinture; ustensile de toilette en plomb ; un Cupidon en terre cuite (ressemblant aux figurines de Tanagra, travail grec). Dans la 4« vitr. : miroirs en bronze et rasoirs (probablement des amulettes). Dans les armoires, à g. de l'entrée: vases et masques en terre cuite, 'de provenance punique; armes de fer et de bronze. A la longue paroi de g.: statuettes d'argile de stj'le ég>-ptien et cypriote; vases corinthiens et attiques; vase étrusque (scène intime); deux cruches en bronze ornées de jolies figures aux anses. A la paroi du fond: sculptures en terre cuite. — Au bout de la longue paroi de dr. : dans l'embrasure de la fenêtre, urne funéraire du prêtre Baalchelek; urne d'un autre prêtre ornée d'un beau portrait du défunt en relief. A l'avant-dernière fenêtre de la longue paroi de dr. : cinq urnes funéraires; devant, un sarcophage contenant deux squelettes. De plus, au bout de la salle: quatre ♦sarcophages anthropoïdes de style grec (fin du rv» s. av. J.-C); deux prêtres barbus en prière (l'un d'eux, moulage); prêtresse à ceinture très bien conservée, tenant un pigeon et une situle dans ses mains.
Sallk des abtiquitkk romaines et chrétiennes, où l'on entre par le jardin. A la petite paroi de g.: mosaïques et lampes des premiers temps de l'ère chrétienne. Au mur du fond: mosaïques romaines (entre autres l'Automne et l'Hiver); sculptures en marbre (Cérès, buste d'Aj)ollon, Auguste, Octavie, Marcellus, etc.). Au long mur de dr. : terres cuites et ♦lampes romaines, revêtues de figures; trois bas-reliefs en stuc, fragments de la pierre tombale d'une dame de distinction. A la paroi d'entrée: poids romains et byzantins. — Dans la l™ armoire du milieu: objets chrétiens de l'époque primitive, trouvés dans la colline du couvent (p. 496)
Amphithéâtre. CARTHAGE. IV- R- -i^- 495
et datant en grande partie du temps des Vandales. — Dans la 2^ armoire : lampe en bronze; terre cuite représentant un orgue. Dans la 3«arm.: bronzes et verres romains; rouleaux de plomb portant des malédictions, du cimetière des Offlciales (p. 496) et de l'amphithéâtre (v. ci-dessous); monnaies byzantines et médiévales. Dans la 4° arm. : monnaies de la période phénicienne à la période byzantine.
La cathédrale (primatiale de St-Cyprien et de St-Luuis), basilique à trois nefs de style byzantino-mauresque, construite de 1884 à 1890 par l'abbé Pougnet, renferme dans le chœur le trône archiépiscopal et le tombeau du cardinal Lavigerie (p. 493). Sur le maître-autel, le précieux reliquaire de St Louis, travail de l'orfèvre lyonnais Armand Caillât. Ouverte de 5 h. à 11 h. '/^ et de midi 1/2 à 5 h. 1/2 (™ été 6 h. 3/^).
Les blocs de calcaire qu'on voit au côté S.-O. de la cathédrale, à côté du petit bosquet d'eucalyptus, sont des restes du stylobate d'un temple romain. Du haut de la colline, on a un beau coup d'œil d'ensemble sur l'emplacement de l'anc. port militaire (p. 492) et sur le cirque romain (p. 496). La vue du lac Bahira est admirable au coucher du soleil.
Les fouilles que le P. Delattre a entreprises entre le chemin carro!<sable qui descend à Douar ech-Chott (p. 491) et le bord de la colline, ont mis au jour un certain nombre de restes d'architecture qui appartiennent à des époques éloignées de plus de mille ans l'une de l'autre. C'est ainsi qu'en haut, sur la colline, on a retrouvé une nécropole punique très intéressante, ayant de nombreux tombeaux creusés dans le roc; plus bas, les ruines de la muraille d'enceinte rétablie à la hâte en 424 apr. J.-C; puis quelques traces d'une voie romaine qui partait du port, et des tombeaux puniques, enfin tout en bas, les fondements d'une maison particidière byzantine (dans une des salles, tombeaux mauresques d'une époque reculée).
On rencontre aussi d'anc. restes de fortifications au-dessous de l'angle S. de la colline du château, et plus bas, un 7nur de soutènemeid très dégradé composé de milliers d'amphores romaines de date très ancienne, ainsi qu'une chapelle creusée dans le roc où l'on voit encore aux murs des restes de fresques (un Saint bénissant) dans le goût des fresques de catacombes.
Si l'on en a le loisir, on se rendra en ^4 <i'li- de la colline du château au N.-O., par le chemin carrossable qui mène à Sidi-Daoud et croise la route de la Goulette à la Marsa (p. 499), <à l'amphithéâtre romain qui ne fut démoli qu'au xvi« s. et qui, d'après la description d'Edrisi (p. 294), surpassait en magnificence toutes les constructions de ce genre. On ne voit plus que quelques restes des fondements profondément enfouis sous les décombres, plusieurs passages souterrains et, au milieu de l'arène, à l'endroit où se trouve au-dessus d'une chapelle une croix commémorative des martyres chrétiennes Félicitas et Perpétua (p. 497), trois pièces souterraines qui servaient probablement de magasins pour les machines et tout
4<M) I\'. R. 43. CARTHAGE. Plateau de rOdëon.
rattirail nécessaire lors des représentations théâtrales et des combats d'animaux.
Vers le S., non loin de Dou;ir ech-Chott (p. ■101), quel(Hics maigres restes d'un cirque romain; sa longueur était de 700 m., sa largeur de 100 m.; la spina elle-même, mur qui dans les eourses de chars séparait les pistes d'aller et de retour, avait 350 m. de long.
A une centaine de pas au N.-O. de l'amphithéâtre, près d'une ferme, se trouve le cimetière des O/pciales (i'""-ii«s.) pour les affranchis et les esclaves occupés dans les bureaux du proconsul. — Au delà de l'amphithéâtre, le chemin carrossable mène à dr. à un second cimetière de ce jjenre et aux fondements (à g.) de la villa de Scorpiantis, comme l'atteste l'inscription (Scorpianus in adamatu).
La Malga (25 m.), village malpropre rempli de petits mendiants, est à ro. de la route, à 12 min. de la colline du château. On voit au S.-E. des ruines insignifiantes de thermes romains. Les (■iTER"NEs qu'on rencontre au milieu du village, grands réservoirs très dégradés, voûtés en berceau, au nombre de 15 (autrefois 24), servent auj. d'étables ou d'habitations; elles faisaient partie du grand réservoir de Voqueduc romain (p. 500) commencé en 117 sous le règne d'Adrien, mais terminé seulement en 163. Des tuyaux de plomb souterrains distribuaient l'eau de cet endroit dans toute la ville.
Une voie romaine mène presque en ligne droite de la Malga au N.-E. d'abord tout près de Damons el-Karita (p. 4V)7) et à la Basilica Majovum (p. 497), puis à l'arrêt de la Briqueterie (p. 491).
De la Malga, on va à l'E. à la Croix de St-Cyprien, monument érigé à la mémoire de l'évêque de ce nom (p. 493), puis, en longeant le conduit souterrain, à la colline du couvent (52 m.), située au N.-E. de la colline du château et nommée sans raison colline de Junon. Au sommet, le monastère du Carmel ou couvent de carmélites, et la Maison Lavigerie, orphelinat des sœurs missionnaires d'Afrique, fondé aussi par le cardinal. En bordure du chemin carrossable, entre les deux bâtiments, on a mis au jour des restes de tnaisons particulières romaines et de citernes.
Sur le versant du plateau de l'Odéon (55 m.), qui fait suite à la colline du couvent au N.-E., non loin du pont du tramway, à 3 min. à g. de la route d'en haut qui relie Oarthage à Sidi Bou- Saïd (p. 498), on voit encore quelques rangées de sièges du théâtre romain et quelques parties de la scène. Après une restauration partielle du théâtre, on y a donné en 1908 une grande représentation, qui sera suivie d'autres quand l'occasion s'en présentera. — ■ A quelques pas au S.-O. de la scène, se trouvent aussi les fondements d'un petit temple circulaire romain; on a de même mis au jour au N.-E. du théâtre, sur le versant S.-E. du plateau, des restes plus importants de maisons particidières i-omaines qu'on se propose de démolir.
Sur le plateau même, à 75 m. env. derrière le théâtre, se trouve